Maxime Chaix : « Droit de réponse à Jean-Marc Manach »

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Droit de réponse

 

Droit de réponse à Jean-Marc Manach

 

Par Maxime Chaix

 

Dans mon article du 27 juin 2015 – intitulé « L’État profond “français” » et publié sur DeDefensa.org , j’ai maladroitement écrit, dans la note 44 : « À noter que le journaliste Jean-Marc Manach a remis en cause ces révélations du Monde concernant la surveillance de masse de la DGSE, essayant de discréditer [sic] Jacques Follorou [NdlR : je pensais en effet que l’expression “paranoïa généralisée” dans le titre de son article était plutôt réductrice]. Or, comme je l’ai écrit à Monsieur Manach sur Facebook le 18 juin 2015, “Jacques Follorou et Antoine Lefébure expliquent – en se basant notamment sur des documents internes de la NSA –, que les responsables politiques français (et mondiaux) ignorent dans leur grande majorité les activités/liens de leurs propres services de renseignement avec la NSA (voir par exemple : http://www.slate.fr/story/102539/loi-renseignement-france-coupe-americains). Vous êtes donc très bien informé !” En date du 23 juin 2015, Jean-Marc Manach n’a pas répondu à ce commentaire. »

 

Le 29 juin 2015, après avoir « retweeté » mon article, Jean-Marc Manach – qui vient notamment de collaborer avec Liberation.fr pour analyser/diffuser les dernières révélations de Wikileaks –, m’a répondu sur Facebook : « De fait, les responsables politiques ne savent pas “tout” de ce que font les services de renseignement, mais je pense aussi avoir un tantinet plus travaillé la question que lesdits responsables politiques français ; accessoirement, je ne cherche pas à “discréditer” Jacques Follorou : j’ai fact-checké ses papiers, et il a cumulé de très nombreuses erreurs ; mes factchecks des “Unes” du Monde sont en ligne, et vérifiables ; et personne ne les a contesté avec des informations vérifiables. »

 

Je lui ai alors répondu : « Dans tous les cas, vous ne remettez pas en cause le manque de contrôle des responsables politiques sur les activités de la DGSE, telles que déplorées par MM. Follorou et Lefébure ? » Jean-Marc Manach m’a alors écrit cette réponse intéressante : « Comme indiqué dans la 2ème conférence que j’ai faite à Pas Sage en Seine (…), le principal problème du #PJLRenseignement me semble résider dans les critiques formulées par Jean-Marie Delarue, et donc sur le contrôle de l’utilisation des moyens de renseignement technique, notamment sur les flux France<->étranger, où les “boîtes noires” tournent déjà, et pas qu’en matière d’antiterrorisme. »

 

Je remercie Jean-Marc Manach d’avoir retweeté mon article et d’avoir pris le temps de me répondre de façon claire et argumentée. Enfin, je reproduis ci-dessous le passage de mon article concerné par cet échange.

 

Le système de gouvernance abyssale de l’« État profond »

 

À la suite des révélations de Wikileaks sur l'espionnage de trois Présidents français par la NSA entre 2006 et 2012, Julian Assange a appelé la France à prendre la tête d'un mouvement européen de rébellion contre la puissance états-unienne. Finalisé au moment de ces révélations, cet article s'inscrit de fait dans cet objectif. (Crédit photo : capture d'écran)

À la suite des révélations de Wikileaks sur l’espionnage de trois Présidents français par la NSA entre 2006 et 2012, Julian Assange a appelé la France à prendre la tête d’un mouvement européen de rébellion contre la puissance états-unienne. Finalisé au moment de ces révélations, cet article s’inscrit de fait dans cet objectif. (Crédit photo : capture d’écran)

Selon le docteur en Sciences politiques et ancien diplomate canadien Peter Dale Scott – dont je suis le principal traducteur francophone –, l’« État profond » est « un pouvoir qui ne provient pas de la Constitution, mais de sources extérieures et supérieures à celle-ci, et qui est plus puissant que l’État public. » [41] Afin d’illustrer un tel pouvoir, je vais citer un exemple méconnu, mais sur lequel nous reviendrons à travers cette analyse. Il s’agit des réseaux clandestins que la NSA a tissés avec la DGSE, dont les procédures d’échange massif de renseignements échapperaient au contrôle et à la supervision des responsables politiques français – selon les informations du journal Le Monde basées sur des documents internes de la NSA. [42]

 

Dans son dernier livre, L’État profond américain, Peter Dale Scott indique que « l’expression “État profond” [gizli devlet ou derin devlet] est née en Turquie en 1996. Elle faisait référence à des éléments [initialement] soutenus par les États-Unis – avant tout dans les services secrets et dans l’armée – qui avaient à maintes reprises employé la violence afin d’interférer dans le processus démocratique de la Turquie et le rediriger de force. » [43] La définition de base de cette notion se réfère donc à des éléments nationaux agissant clandestinement et illégalement pour le compte d’une puissance étrangère, en l’occurrence les États-Unis. Ainsi, toujours selon Le Monde, la loi sur le renseignement adoptée en France en juin 2015 est une loi « sous influence », qui renforcera et légalisera un système de surveillance favorable à la NSA et souhaité par celle-ci – mais déjà établi à des niveaux profonds. [44] D’après Antoine Lefébure, un expert en technologies de la communication à l’origine de ces révélations, cette nouvelle loi mettra la France « sous la coupe des Américains », essentiellement grâce à l’emprise de la NSA sur nos services de renseignement. [45] » (…)

 

Notes 

 

[41]. Peter Dale Scott, L’État profond américain : la finance, le pétrole et la guerre perpétuelle (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2015), p.28.

 

[42]. Jacques Follorou, « La France, précieux partenaire de l’espionnage de la NSA », LeMonde.fr, 29 novembre 2013 : « Ces documents internes à la NSA ou au GCHQ [britannique] attestent que les décisions inhérentes à la création de ce versement dans un vaste pot commun de données privées et publiques françaises se sont prises, en grande partie, au niveau des directeurs des services secrets techniques de ces pays. Ils posent la question du pouvoir et de la place prise par les techniciens du renseignement qui ont pu, à certains égards, s’affranchir de leur tutelle politique et des lois protégeant les libertés » ; Antoine Lefébure, « Une loi de renseignement sous influence », LeMonde.fr, 6 mai 2015.

 

[43]. Peter Dale Scott, L’État profond américain : la finance, le pétrole et la guerre perpétuelle (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2015), p.28.

 

[44]. Gaël Lombart, « Renseignement : le PNCD, ce service secret que la loi légaliserait », LeParisien.fr, 20 avril 2015 : « François Hollande et Jean-Yves Le Drian ont admis ces derniers jours l’existence depuis 1999 d’un service chargé de déchiffrer les messages codés. Il sera désormais encadré par la loi sur le renseignement, mais les contours de ce contrôle sont flous. » ; ce dispositif est déjà utilisé par la NSA, comme l’a démontré le journal Le Monde. Voir Jacques Follorou, « La France, précieux partenaire de l’espionnage de la NSA », LeMonde.fr, 29 novembre 2013 ; Voir également Antoine Lefébure, « La loi renseignement va mettre la France sous la coupe des Américains », Slate.fr, 10 juin 2015 : « La loi que vient d’adopter le Sénat est censée régulariser une “zone grise”. En France, la DGSE espionne, avec une intensité que peu de gens connaissent et la complicité active de responsables non identifiés des opérateurs télécoms, les communications nationales et internationales. Selon le gouvernement français, il s’agit d’activités internes aux services, dont il n’a pas à connaître le détail. (…) Mais la loi sur le renseignement ne peut pas simplement être considérée comme une mise sous tutelle des États-Unis. C’est aussi l’occasion pour notre pays de financer et de réaliser des outils nationaux d’interception et de sécurité qui représentent un marché énorme, vu qu’Internet est devenu un outil à la sécurité déplorable suite aux activités délictueuses de la NSA et de ses partenaires, avec les risques déjà évoqués. (…) Voilà le risque mécanique que la loi sur le renseignement rend possible : surveillance accrue de la population et croissance préoccupante des industries de la surveillance, le tout dans une dépendance stratégique face à l’allié américain. »

 

À noter que le journaliste Jean-Marc Manach a remis en cause ces révélations du Monde concernant la surveillance de masse de la DGSE, essayant de discréditer Jacques Follorou. Or, comme je l’ai écrit à Monsieur Manach sur Facebook le 18 juin 2015, « Jacques Follorou et Antoine Lefébure expliquent – en se basant notamment sur des documents internes de la NSA –, que les responsables politiques français (et mondiaux) ignorent dans leur grande majorité les activités/liens de leurs propres services de renseignement avec la NSA (voir par exemple : http://www.slate.fr/story/102539/loi-renseignement-france-coupe-americains). Vous êtes donc très bien informé ! » En date du 23 juin 2015, Jean-Marc Manach n’a pas répondu à ce commentaire.

 

Mise à jour du 29 juin 2015 : aujourd’hui, après avoir « retweeté » cet article, Jean-Marc Manach m’a répondu : « De fait, les responsables politiques ne savent pas “tout” de ce que font les services de renseignement, mais je pense aussi avoir un tantinet plus travaillé la question que lesdits responsables politiques français ; accessoirement, je ne cherche pas à “discréditer” Jacques Follorou : j’ai fact-checké ses papiers, et il a cumulé de très nombreuses erreurs ; mes factchecks des “Unes” du Monde sont en ligne, et vérifiables ; et personne ne les a contesté avec des informations vérifiables. »

 

Ma réponse : « Dans tous les cas, vous ne remettez pas en cause le manque de contrôle des responsables politiques sur les activités de la DGSE, telles que déplorées par MM. Follorou et Lefébure ? »

 

Réponse de Jean-Marc Manach : « Comme indiqué dans la 2ème conférence que j’ai faite à Pas Sage en Seine (…), le principal problème du #PJLRenseignement me semble résider dans les critiques formulées par Jean-Marie Delarue, et donc sur le contrôle de l’utilisation des moyens de renseignement technique, notamment sur les flux France<->étranger, où les “boîtes noires” tournent déjà, et pas qu’en matière d’antiterrorisme. » Je remercie Jean-Marc Manach de ce tweet et de ses réponses.

 

[45]. Antoine Lefébure, « La loi renseignement va mettre la France sous la coupe des Américains », Slate.fr, 10 juin 2015 (…)

 

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