Philip Giraldi : « L’“Establishment” des États-Unis a favorisé des “États profonds” »

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États profonds états-unien, turc et égyptien

 

« L’“Establishment” des États-Unis a favorisé des “États profonds” »

 

Par Philip Giraldi (traduction par Maxime Chaix)

 

« Dans la foulée de mon interview exclusive de l’ancien officier de la CIA Philip Giraldi, voici ma traduction d’une tribune libre qu’il a récemment publiée dans le New York Times, dans le cadre d’un débat organisé par ce journal avec trois autres intervenants. Sachant que l’“État profond” est un thème récurrent sur ce site et dans les travaux de Peter Dale Scott, dont je suis le traducteur, ce bref exposé de Philip Giraldi me semble pertinent. Je vous en souhaite une bonne lecture. »

 

(Source originale : NewYorkTimes.com, 6 novembre 2015)

 

Dans de nombreux pays, les citoyens se demandent comment certaines politiques gouvernementales peuvent persister malgré une large opposition populaire, ou une nette perception de leur nocivité. Leur persistance est souvent attribuée à un « État profond ».

 

Cette expression est fréquemment appliquée à la Turquie. Dans ce pays, les services de sécurité nationaux et l’élite au pouvoir partagent les mêmes objectifs, qui sont marqués par le chauvinisme et le repli sur soi, et ce indépendamment de qui est le Premier ministre.    

 

Pour les États-Unis, soutenir de telles forces – qui imposent la stabilité au prix de la démocratie –, ne permet d’acheter aucune amitié, et cela renforce les radicaux.  

 

Néanmoins, chaque pays a sa propre forme d’État profond. L’« Establishment », tel qu’on l’a nommé aux États-Unis, s’est développé depuis l’axe Washington-New York formé par les hauts responsables de la sécurité nationale et les dirigeants des services financiers. Ils sont supposés savoir ce qui est « mieux » pour le pays et agir en conséquence, quel que soit le locataire de la Maison Blanche.

 

Aux États-Unis, ce consensus bien commode favorise les forces qui apportent une forme de stabilité dans des régions secouées par des troubles, notamment en Turquie et en Égypte. Pourtant, une telle stabilité a un coût.

 

En Turquie, les forces de l’État profond ne soutiennent pas seulement les intérêts oligarchiques mais, comme on l’a pertinemment avancé, des criminels. Ces derniers incluent des trafiquants de drogue, des blanchisseurs d’argent et des marchands d’armes, lorsque ce soutien satisfait certains intérêts. Des analystes pensent que l’Égypte a elle aussi un État profond hégémonique et développé, qui dirige réellement le gouvernement. Comme en Turquie, cette version égyptienne de l’État profond s’est construite sur les bases de l’establishment de sécurité nationale.

 

Dans ces deux pays, la vraie démocratie a été la première victime [de l’État profond]. Tant la Turquie que l’Égypte sont aujourd’hui dirigées par des autocrates qui ont, parmi leurs premières mesures, éliminé la presse indépendante et la liberté d’expression.

 

Les États-Unis rechignent à affronter sérieusement les conséquences de leur soutien de forces qui imposent la stabilité au prix de la démocratie. Au final, ces politiques ne permettent d’acheter aucune amitié, puisque favoriser les promoteurs de la répression violente du radicalisme sert uniquement à renforcer ces mêmes radicaux.      

 

Philip Giraldi

 

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