Peter Dale Scott : « La guerre de terreur des États-Unis : la CIA, le 11-Septembre, l’Afghanistan et l’Asie centrale »

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L’État profond américain et le 11-Septembre  

 

La guerre de terreur des États-Unis : la CIA, le 11-Septembre, l’Afghanistan et l’Asie centrale

 

Par Peter Dale Scott (Traduction : Maxime Chaix)

 

« Quatorze ans après les tragiques événements du 11-Septembre – et tandis que l’ancien directeur de la CIA conseille au gouvernement des États-Unis de collaborer avec des transfuges d’al-Qaïda pour lutter contre Daech (!) –, je reproduis sur mon site un important chapitre du dernier livre de mon ami et mentor intellectuel Peter Dale Scott. Intitulé L’État profond américain, cet ouvrage a été recensé positivement dans Paris Match en juin 2015. Le chapitre suivant était déjà paru sur Internet en 2012, mais je publie ici sa toute dernière version, qui est plus que jamais d’actualité. En effet, n’en déplaise aux esprits conformistes, le 11-Septembre reste un événement mystérieux et irrésolu, dont les funestes conséquences se font encore ressentir à l’échelle globale. D’avance, je vous remercie de lire cette enquête de Peter Dale Scott avec la plus grande attention, et de la diffuser autour de vous si elle vous semble pertinente. »

 

(Source : L’État profond américain, Éditions Demi-Lune, 2015)

 

« La fabrication d’une série de provocations destinées à justifier une intervention militaire est réalisable et pourrait être accomplie à l’aide des ressources disponibles. » [1]

– Rapport du J-5 du Comité des chefs d’États-majors interarmées des États-Unis (JCS), 1963

 

La guerre de terreur de Bush et la falsification des renseignements

 

Le 11 septembre 2001, dans les heures qui suivirent les attentats meurtriers perpétrés ce jour-là, George W. Bush, Donald Rumsfeld et Dick Cheney avaient engagé les États-Unis dans ce qu’ils nommèrent ensuite la « guerre contre la terreur » (décrite dans les deux précédents chapitres comme une guerre « contre » le terrorisme). Selon moi, nous devrions plutôt l’appeler la « guerre de terreur », des actes effroyables ayant été systématiquement perpétrés contre les civils par l’ensemble des belligérants, qu’ils soient des acteurs étatiques ou non. Une guerre de terreur est un conflit dans lequel les armes de destruction indiscriminée sont employées massivement, qu’il s’agisse d’engins explosifs improvisés (EEI) enterrés au bord des routes ou de missiles lancés depuis les airs par un drone de haute technologie. [2]

 

Nous devrions également envisager la guerre de Bush comme faisant partie d’un plus vaste processus, d’ampleur globale. À travers celui-ci, la terreur a été utilisée contre les civils par toutes les grandes puissances lors de campagnes étroitement liées entre elles – la Chine dans le Xinjiang et la Russie en Tchétchénie, autant que les États-Unis dans de nombreuses régions du monde. [3] Dans son contexte global, la guerre de terreur pourrait être perçue comme la dernière étape de l’expansion de la civilisation transurbaine dans des zones où prédomine une résistance rurale – un processus enclenché il y a plusieurs siècles. Dans ces régions, il s’est avéré que les formes conventionnelles de guerre ne peuvent trouver de véritable conclusion, et ce pour des raisons géographiques ou culturelles.

 

La guerre de terreur fut formellement déclarée par George W. Bush le soir du 11 septembre 2001, lorsqu’il annonça dans son discours à la nation que les États-Unis ne feraient « aucune distinction entre les terroristes qui ont perpétré ces actes et ceux qui les abritent ». [4] Cependant, la notion voulant que la guerre de terreur de Bush ait pour objectif de traquer les terroristes perdit de sa crédibilité en 2003, lorsque cette formule fut appliquée à l’Irak de Saddam Hussein – un pays connu non pas pour abriter des terroristes mais pour en avoir été la cible. [5] En 2005, cette notion fut de nouveau décrédibilisée à la suite de la publication en Grande-Bretagne de ce que l’on appelle le « mémo de Downing Street ». Dans celui-ci, le directeur du MI6, les services de renseignement extérieurs britanniques, rapporta après une visite à Washington en 2002 que « Bush voulait renverser Saddam Hussein via une action militaire, justifiée par le lien entre le terrorisme et les ADM [c’est-à-dire les ‘armes de destruction massive’]. Mais les faits et les renseignements étaient truqués pour répondre aux objectifs politiques. » [6] Plus tard, de faux récits liant l’Irak aux ADM, à l’anthrax et au concentré de minerai d’uranium du Niger (le « yellow cake ») furent publiés aux moments opportuns.

 

Ce chapitre va démontrer qu’avant le 11-Septembre, une petite faction au sein de l’Unité ben Laden de la CIA et des agences qui lui sont liées – que l’on appelle l’« équipe Alec Station » – manœuvrait également afin de « truquer » les renseignements en les supprimant. Cette machination permit le déclenchement de la guerre de terreur, que ces effets soient recherchés ou non. Elle consista à dissimuler des preuves au FBI concernant deux futurs pirates de l’air présumés du 11-Septembre, Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi, de sorte que le Bureau ne puisse surveiller ces deux hommes et leurs complices avant les attentats.

 

Les auteurs du Rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis (appelée ici la Commission d’enquête sur le 11-Septembre) ont reconnu cette défaillance dans l’échange de renseignements, mais elle fut considérée comme un accident qui aurait pu être évité « si plus de ressources avaient été allouées ». [7] Toutefois, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, cette explication a depuis été réfutée par Thomas Kean, le président de cette même commission d’enquête officielle. Par ailleurs, elle a été totalement décrédibilisée dans le livre important de Kevin Fenton – Disconnecting the Dots (ce qui signifie « semer le trouble »). [8] Dans cet ouvrage, Fenton démontre comment les interférences et les manipulations perpétrées par l’« équipe Alec Station » devinrent particulièrement flagrantes et controversées les jours précédant le 11-Septembre ; elles conduisirent l’agent du FBI Steve Bongardt à prédire avec justesse le 29 août 2001 – soit moins de deux semaines avant les attentats – qu’« un jour, des gens perdraient la vie ». [9] Dans le chapitre 5, j’ai souligné que j’approuvais les conclusions de Kevin Fenton. Selon lui, au cours des dernières semaines précédant le 11-Septembre, « l’objectif de la rétention d’informations [par l’‘équipe Alec Station’] était désormais de permettre le déroulement des attentats ». [10]

 

Cette appréciation de Fenton implique qu’un crime d’homicide ait été perpétré par des membres de l’« équipe Alec Station », même si nous devons parler d’homicide involontaire et non de meurtre avec préméditation. [11] En effet, nous pourrions imaginer des raisons bienveillantes à cette rétention d’informations. Par exemple, la CIA aurait pu tolérer les agissements des deux Saoudiens afin de retrouver leurs complices. Dans ce cas, nous n’aurions eu affaire à rien de plus qu’une erreur de jugement – bien qu’elle ait abouti à un homicide.

 

La guerre de terreur et le projet de domination globale de Donald Rumsfeld, Dick Cheney et Paul Wolfowitz

 

Mais dans ce chapitre, je m’intéresserai aux activités de Richard Blee, le directeur de l’Unité ben Laden de la CIA en Ouzbékistan et en Afghanistan. Le territoire ouzbek était une zone d’intérêt majeur pour Blee et son supérieur, Cofer Black ; mais il s’agissait aussi d’une région très intéressante pour le Vice-président Dick Cheney. En effet, Halliburton, l’entreprise qu’il dirigea entre 1995 et 2000, était active depuis 1997 – au moins – dans l’exploitation des réserves pétrolières de l’Asie centrale. En 1998, lors d’un discours devant des industriels du pétrole, Cheney lui-même déclara : « Je ne me souviens pas avoir vu une région acquérir si soudainement une telle importance stratégique comme [le bassin] Caspien aujourd’hui ». [12]

 

Je vais expliquer en quoi le but et le résultat de la protection des deux Saoudiens auraient pu être de remplir les objectifs de Dick Cheney, de Donald Rumsfeld et du Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC pour Project for the New American Century). En effet, cette faction de néoconservateurs souhaitait établir des « forces prépositionnées » en Asie centrale. [13] Comme nous le verrons, le matin du 11-Septembre, le directeur de la CIA George Tenet téléphona à Stephen Cambone – un homme clé du PNAC au Pentagone. Visiblement, il lui transmit alors des informations confidentielles qui n’étaient jamais parvenues au FBI et concernaient les pirates de l’air présumés Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi.

 

L’un des objectifs de ce plan des néoconservateurs était de maintenir la domination des États-Unis et d’Israël sur cette région, et ce pour des motifs sécuritaires. Comme nous le verrons, leur projet consistait aussi à créer les conditions favorables à de futures actions préemptives unilatérales contre des États jugés inamicaux, tels que l’Irak. En particulier, le PNAC visait à établir de nouvelles bases militaires permanentes au Moyen-Orient, anticipant l’annonce prévisible de Donald Rumsfeld en 2003, selon laquelle les États-Unis retireraient d’Arabie saoudite « pratiquement toutes leurs troupes, à l’exception du personnel employé pour l’entraînement [militaire] ». [14] Néanmoins, un autre objectif de ce plan était de renforcer l’influence états-unienne sur les nations récemment indépendantes de l’Asie centrale, avec leurs considérables réserves non prouvées de gaz et de pétrole.

 

Ainsi, à la lumière de ce projet, la conclusion alarmante de Fenton sur les actions de la CIA menant aux attaques du 11-Septembre acquiert une plus grande pertinence. Il en va de même si l’on s’attarde sur les trois autres anomalies flagrantes de la guerre de terreur de George W. Bush. La première est le paradoxe découlant du fait que cette prétendue lutte contre al-Qaïda fut menée avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, les deux nations qui soutenaient le plus activement cette organisation à travers le monde. Dans ce chapitre, nous verrons comment les services de renseignement des États-Unis et de l’Arabie saoudite ont coopéré de manière à protéger les agents saoudiens au sein d’al-Qaïda, au lieu de les neutraliser.

 

Deuxième anomalie : bien que la CIA aurait pu être mobilisée pour détruire al-Qaïda, Rumsfeld et Cheney avaient dès le départ l’intention de lancer une guerre à bien plus grande échelle. En septembre 2001, aucun renseignement sur le 11-Septembre ne liait l’Irak aux attentats. Pourtant, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, soutenu par son adjoint Paul Wolfowitz, observait déjà le 12 septembre « qu’il n’existait pas de cibles convenables à bombarder en Afghanistan, et [qu’il fallait] bombarder l’Irak, [ce pays] disposant d’après lui de meilleures cibles ». [15] L’argument de Rumsfeld était appuyé par un document du Département de la Défense préparé pour les réunions de Camp David des 15 et 16 septembre 2001, qui « proposait que ‘les cibles immédiatement prioritaires pour les premières actions [militaires]’ devaient être al-Qaïda, les talibans et l’Irak ». [16]

 

Cette nation était dans le collimateur de Rumsfeld et Wolfowitz dès 1998 au moins, lorsque les deux hommes cosignèrent une lettre du PNAC adressée au Président Clinton, qui appelait au « renversement du régime de Saddam Hussein ». [17] Cependant, l’Irak n’était pas le seul objectif dans le projet de Cheney, Rumsfeld et Wolfowitz. En effet, depuis 1992, ces derniers souhaitaient instaurer la suprématie globale des États-Unis, ou ce que l’ancien colonel de l’US Army Andrew Bacevich appela « l’hégémonie américaine globale et permanente ». [18] Il s’agissait d’une priorité importante pour les néoconservateurs. Même avant la désignation de George W. Bush par la Cour Suprême en décembre 2000, Cheney manœuvrait pour assurer aux cosignataires de la lettre du PNAC de 1998 l’accès à des postes clés au sein de la Maison Blanche, du Département d’État et du Département de la Défense. Ces cosignataires incluaient les néoconservateurs Richard Armitage, John Bolton, Richard Perle, ainsi que d’autres membres du PNAC comme Stephen Cambone – dont nous reparlerons dans ce chapitre.

 

L’intérêt des néoconservateurs pour le renversement de Saddam Hussein a été documenté de façon assez abondante. Une attention bien moindre a été accordée au fait que les majors pétrolières – tout comme leurs soutiens au sein du Conseil des Relations Étrangères (CFR) – avaient également fait campagne en faveur d’« une révision immédiate de la politique [des États-Unis] envers l’Irak, incluant des évaluations militaires, énergétiques, économiques, politiques et diplomatiques ». [19]

 

Depuis les prémices de la guerre de terreur, l’Irak était un objectif de cette campagne militaire. Le 24 septembre 2001, Condoleezza Rice, alors conseillère à la Sécurité nationale, « aborda la question du soutien étatique au terrorisme : ‘Quelle est notre stratégie à l’égard des pays qui soutiennent le terrorisme comme l’Iran, l’Irak, la Libye, la Syrie et le Soudan ?’ » [20] Dans ses mémoires, le général Wesley Clark révéla qu’à partir de novembre 2001, cette question était devenue un plan quinquennal du Département de la Défense :

 

« Alors que je suis retourné au Pentagone en novembre 2001, l’un des principaux officiers parmi les hauts responsables de l’armée m’accorda du temps pour discuter. Oui, nous étions toujours en route pour attaquer l’Irak, me dit-il. Mais ce n’était pas tout. Il me fit savoir que cette attaque était envisagée dans le cadre d’un plan quinquennal organisant une campagne militaire. Au total, sept pays étaient ciblés, en commençant par l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, l’Iran, la Somalie et le Soudan. » [21]

 

Plus tard, Clark s’exprima devant le Commonwealth Club à San Francisco, où il parla d’un « coup d’État politique » mené par une petite faction de l’administration Bush. Il expliqua également qu’en 1991, Paul Wolfowitz lui avait dit lors d’une discussion au Pentagone que les États-Unis avaient « tiré comme enseignement [de la guerre du Golfe qu’ils pouvaient] employer [leur] armée (…) au Moyen-Orient sans que les Soviétiques ne s’y opposent [et qu’ils avaient] environ 5 ou 10 ans devant [eux] pour nettoyer ces vieux régimes clients des Soviétiques – la Syrie, l’Iran, l’Irak – avant que la prochaine superpuissance ne vienne [les] défier ». [22]

 

Toujours en 2001, l’ancien officier de la CIA Reuel Marc Gerecht publia un article dans The Weekly Standard soutenant la nécessité d’un changement de régime en Iran et en Syrie. [23] (Dans cet hebdomadaire néoconservateur, Gerecht continue de mettre en garde l’opinion sur les menaces que représenteraient aujourd’hui ces deux nations.) Durant la présidence Clinton, Gerecht, à l’instar de Cheney et de Rumsfeld, faisait partie du Projet pour le Nouveau Siècle Américain (PNAC), une faction belliciste appelant à une intervention militaire contre l’Irak en particulier, et plus généralement à un budget de Défense plus important – qui aurait « considérablement augmenté les dépenses militaires » pour faire avancer « la cause du leadership [global] des États-Unis ». Le rapport du PNAC publié en septembre 2000 – Reconstruire les défenses de l’Amérique (Rebuilding America’s Defenses) – traitait largement de la question du pétrole du golfe Persique et de l’importance de maintenir et de renforcer « des forces prépositionnées dans cette région ». [24]

 

Il est intéressant de remarquer qu’à la fin de l’année 2001, peu après le 11-Septembre et le déclenchement de la guerre de terreur, les États-Unis avaient déjà établi de nouvelles bases militaires en Ouzbékistan, au Tadjikistan et au Kirghizistan. Ainsi, ils étaient en bien meilleure position pour influencer les politiques des gouvernements récemment émancipés dans l’Est du bassin Caspien – une région riche en hydrocarbures. Dans ce chapitre, nous verrons que l’accord de 2001 permettant la mise en place de la première et de la plus importante de ces bases – celle de Karshi-Khanabad (ou K-2) en Ouzbékistan –, s’est fondé sur un arrangement antérieur du Pentagone, complété par un accord de liaison de la CIA négocié en 1999 par Richard Blee de l’« équipe Alec Station » (Blee étant une figure centrale dans ce chapitre). Dans leur grande majorité, les citoyens des États-Unis ne savent pas que le 11 septembre 2001, des Forces spéciales US étaient déjà déployées sur la base K-2 dans le cadre d’une mission ouzbèke d’entraînement militaire. Ils ne savent pas non plus que le 22 septembre 2001, deux semaines avant un accord militaire formel entre les armées états-unienne et ouzbèke, « la CIA envoyait déjà ses équipes vers l’énorme base aérienne de Karshi-Khanabad (ou K-2) située au sud de l’Ouzbékistan, où des ingénieurs de l’US Army réparaient la piste d’atterrissage ». [25]

 

La troisième anomalie de cette guerre de terreur réside dans le fait qu’elle conduisit à une montée en flèche du recours à la terreur, voire à la torture, par les États-Unis eux-mêmes – y compris contre leurs propres citoyens. Dans ce contexte, il faut souligner que Dick Cheney et Donald Rumsfeld, via leur participation à l’ultrasecret « Projet Jugement dernier » du Département de la Défense, avaient également pris part à la planification de la « Continuité du Gouvernement » (COG). Aux États-Unis, la COG était un programme visant à saper la Déclaration des droits (Bill of Rights) au moyen de la surveillance extrajudiciaire et de la détention arbitraire des dissidents politiques. [26] Ces planifications – dont l’origine est la peur des communistes illustrée par le maccarthysme des années 1950 – ont constitué les fondements des plans complexes développés par le Pentagone et d’autres agences afin de contrer les protestations des mouvements anti-guerres s’opposant à leur objectif commun : instaurer l’hégémonie globale des États-Unis.

 

Comme je l’ai expliqué dans La Route vers le nouveau désordre mondial, les USA dépensent chaque année plusieurs milliards de dollars dans le domaine de la sécurité intérieure. Ces dépenses sont en grande partie fondées sur la conviction – formulée par le colonel des Marines Oliver North –, que la guerre du Vietnam fut perdue dans les rues des États-Unis, et que cette capacité de nuisance civile contre les opérations militaires du Pentagone devait être réduite. [27] Cheney et Rumsfeld, en tant que membres de ce que l’on appelle le « Projet Jugement dernier » de planification de la COG, ont contribué à ces efforts. [28] En résumé, le 11-Septembre a permis la mise en œuvre de projets envisagés depuis longtemps par un cercle restreint de hauts responsables états-uniens, c’est-à-dire la concrétisation de nouvelles politiques radicales en Asie centrale – mais également au sein même de notre pays.

 

Il est à la fois difficile et douloureux de songer au crime d’homicide suggéré par les recherches méticuleuses de Kevin Fenton. Aujourd’hui, nous traversons une crise engendrée par les activités de banques trop imposantes pour faire faillite. Comme il l’a été souligné, celles-ci étaient également trop importantes pour que leurs responsables soient emprisonnés. En effet, sanctionner leurs dirigeants comme le seraient des criminels ordinaires pourrait mettre en péril la structure financière des États-Unis, déjà bien fragilisée. [29] Ce chapitre expose en détail un phénomène analogue soit, en d’autres termes, ce qui pourrait être un crime trop effroyable pour être sanctionné.

 

Comme nous le verrons, le 11-Septembre partage des points communs avec l’assassinat du Président Kennedy.

 

La dissimulation autour du 11-Septembre et le rôle de la CIA dans le laisser-faire de ces attentats

 

Plus d’une décennie après, il est important de réévaluer ce que l’on sait ou pas à propos des événements qui conduisirent au 11-Septembre, en particulier concernant les actions de la CIA et du FBI, ainsi que le refus – par certaines agences gouvernementales – de divulguer des informations cruciales à la Commission d’enquête sur le 11-Septembre.

Aujourd’hui, nous pouvons affirmer avec confiance que :

 

1) les vérités les plus déterminantes sont toujours inconnues, en grande partie car les documents les plus importants sont soit maintenus au secret, soit considérablement censurés ;

 

2) les efforts de dissimulation continuent, d’ailleurs de manière encore plus virulente qu’auparavant ;

 

3) en plus de la dissimulation de la vérité, nous devons analyser ce que John Farmer, ancien conseiller juridique auprès de la Commission d’enquête sur le 11-Septembre, a appelé « une incompétence bureaucratique sans précédent ou un mensonge organisé » par des personnages clés à Washington. [30] Ces derniers incluent le Président Bush, le Vice-président Cheney, le général et vice-président du JCS Richard Myers, ainsi que le directeur de la CIA George Tenet. Nous pouvons également citer Samuel Berger, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale du Président Clinton. En effet, avant de témoigner sur ces questions, Berger se rendit aux Archives nationales pour retirer et potentiellement détruire de la documentation cruciale. [31] Dans son livre, Farmer a soutenu chacune de ces deux possibilités.

 

La première d’entre elles, « l’incompétence bureaucratique sans précédent », est en fait l’explication donnée par la Commission d’enquête sur le 11-Septembre pour justifier les anomalies frappantes concernant ces attentats et les 20 mois qui les précédèrent – lorsque des informations cruciales furent dissimulées au FBI par l’Unité ben Laden de la CIA (ou plus précisément par l’« équipe Alec Station »). Cependant, grâce au remarquable ouvrage de Kevin Fenton, nous ne pouvons plus attribuer les agissements anormaux de la CIA à des « problèmes systémiques », ou à ce que Tony Summers appela hâtivement de la « confusion bureaucratique ». [32]

 

Se basant sur des livres notables de James Bamford, Lawrence Wright, Peter Lance et Philip Shenon, Kevin Fenton a prouvé de façon indiscutable que la CIA dissimulait systématiquement des informations cruciales au FBI, y compris lorsque le Bureau avait normalement le droit d’y accéder. Avec encore plus de brio, il a démontré que ce processus de rétention avait été constamment maintenu durant les quatre investigations menées après le 11-Septembre : l’enquête du Congrès présidée par les sénateurs Bob Graham et Richard Shelby (dont une partie est encore classifiée), puis celles de la Commission d’enquête sur le 11-Septembre, de l’inspecteur général du Département de la Justice, et de l’inspecteur général de la CIA.

 

Le plus déterminant dans les travaux de Fenton est la démonstration que ces nombreuses rétentions d’informations – qu’elles soient antérieures ou postérieures au 11-Septembre – furent l’œuvre d’un nombre relativement restreint d’individus. La dissimulation de renseignements vis-à-vis du FBI fut principalement organisée par l’« équipe Alec Station » – une faction faisant partie de l’Unité ben Laden de la CIA (elle-même appelée Alec Station), mais ne lui étant pas identique. L’« équipe Alec Station » était majoritairement composée de personnel de l’Agence, et incluait aussi quelques éléments du FBI. Deux figures clés de cette équipe étaient l’officier de la CIA Tom Wilshire (surnommé « John » dans le Rapport de la Commission d’enquête sur le 11-Septembre), et son supérieur direct au sein de l’Unité ben Laden, Richard Blee.

 

À la suite du 11-Septembre, la dissimulation des agissements de Tom Wilshire fut principalement l’œuvre d’une seule personne, Barbara Grewe. Cette dernière travailla d’abord dans l’enquête de l’inspecteur général du Département de la Justice sur le comportement de Wilshire. Elle fut ensuite mutée à deux postes successifs au sein de l’équipe de la Commission d’enquête sur le 11-Septembre où – sous l’autorité de son directeur exécutif Philip Zelikow – elle parvint à détourner l’attention que portaient les enquêteurs sur les performances de la CIA vers celles du FBI. [33] Que Barbara Grewe ait conduit ou non les entretiens avec Wilshire et d’autres fonctionnaires dignes d’intérêt, elle « s’en inspira certainement pour rédiger ses propres sections des rapports de la Commission [d’enquête sur le 11-Septembre] et de l’inspecteur général du Département de la Justice ». [34]

 

Les mutations successives de Barbara Grewe sont symptomatiques d’une dissimulation volontaire décidée à un plus haut niveau hiérarchique. Comme nous le verrons, il en va de même concernant le transfert en mai 2001 de Tom Wilshire depuis l’Unité ben Laden de la CIA vers le FBI, où il initia une nouvelle phase d’interférences sur le flux normal de renseignements, organisant l’obstruction au sein même du Bureau. [35]

 

Ce processus a démarré à partir des renseignements obtenus grâce à la surveillance, par la NSA et la CIA, d’une importante réunion au sommet d’al-Qaïda en janvier 2000 – probablement l’unique rencontre de ce type avant le 11-Septembre. Aux États-Unis, cette réunion attira instantanément l’attention des responsables de la Sécurité nationale du fait de ses liens indirects avec un élément d’appui logistique (un téléphone multilignes basé au Yémen, qu’al-Qaïda utilisait). Cet appareil était soupçonné d’avoir servi de centre de communications lors des attentats contre les ambassades des États-Unis en 1998. Comme Kevin Fenton l’a relevé, « l’Agence réalisa que ce sommet était si important qu’elle briefa les directeurs du FBI et de la CIA [Louis Freeh et Dale Watson], le conseiller à la Sécurité nationale Samuel Berger et d’autres hauts responsables sur les renseignements collectés à cette occasion ». [36]

 

Pourtant, au sein de l’Unité ben Laden, Tom Wilshire et son adjointe à la CIA (surnommée « Michelle ») [37] bloquèrent les tentatives de Doug Miller – un agent du FBI détaché dans cette unité – d’informer le Bureau que l’un des participants à cette rencontre avait un visa US dans son passeport (il s’agissait de Khaled al-Mihdhar). [38] Pis, « Michelle » envoya alors un câble mensonger aux autres stations de la CIA. Celui-ci affirmait fallacieusement que « les documents de voyage [d’al-Mihdhar], incluant un visa US à entrées multiples, avaient été copiés et transmis ‘au FBI pour de plus amples investigations’ ». [39] L’Unité ben Laden s’est également abstenue d’inclure les participants à cette rencontre dans une liste de surveillance, comme le demandaient les directives de la CIA. [40]

 

Ainsi démarrait un processus systématique et parfois mensonger, par lequel les renseignements de la NSA et de la CIA concernant Khaled al-Mihdhar et son compagnon de voyage, Nawaf al-Hazmi, étaient constamment dissimulés au FBI. Ils furent également déformés, faussés ou manipulés de façon à empêcher toute enquête du Bureau sur les deux Saoudiens et leurs associés. Ce processus est un aspect majeur de l’affaire du 11-Septembre. En effet, le comportement de ces deux apprentis pirates de l’air était si peu professionnel que, sans cette protection de la CIA assurée par l’« équipe Alec Station », ils auraient presque certainement été détectés et arrêtés ou expulsés, et ce bien avant qu’ils ne se préparent à embarquer sur le Vol 77 à Washington. [41]

 

Kevin Fenton conclut son enquête avec une liste de 35 différentes occasions où les deux pirates de l’air présumés furent protégés de cette manière – de janvier 2000 jusqu’au 5 septembre 2001 environ, soit moins d’une semaine avant les détournements. [42] Dans son analyse, ces incidents peuvent être classés en deux catégories principales. Les motifs qu’il attribue aux premières obstructions, telles que la rétention du câble de l’agent du FBI Doug Miller, étaient « de dissimuler une opération de la CIA déjà en cours ». [43] Cependant, alors que « le dispositif [de l’antiterrorisme] était en alerte maximale » durant l’été 2001, et que la CIA s’attendait à une attaque imminente, Fenton, ne pouvant trouver d’autres explications, conclut que « l’objectif de la rétention d’informations était désormais de permettre le déroulement des attaques ». [44]

 

Après son transfert au FBI, Tom Wilshire changea ostensiblement sa manière d’interférer. Lorsqu’il évoluait au sein de l’Unité ben Laden de la CIA, il avait manœuvré pour empêcher la transmission de renseignements au Bureau. Au contraire, une fois entré au FBI, il entreprit des révisions de ces mêmes renseignements, mais en les menant assez lentement pour qu’elles n’aient pas d’effet avant le 11-Septembre. Fenton suspecte que Wilshire a anticipé un contrôle de ses dossiers, semant de fausses pistes dans cette documentation de manière à occulter ses piètres performances. [45]

 

Selon moi, nous devons accepter la conclusion tirée des recherches de Kevin Fenton : « Il est clair que ces informations ne furent pas retenues à la suite d’une succession d’incidents étranges, mais qu’elles l’ont été intentionnellement ». [46] Toutefois, je suggère une explication différente de ces intentions. À première vue, celle-ci peut paraître plus simple, plus innocente, mais également plus explicative d’autres aspects du mystère que constitue le 11-Septembre – bien que ces éléments puissent sembler ne pas être liés aux attentats.

 

Les accords de liaison avec d’autres services de renseignement

 

Je pense qu’initialement, Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi auraient pu bénéficier d’une protection car ils avaient été envoyés aux États-Unis par les services secrets saoudiens (le GID). Cette hypothèse expliquerait pourquoi ils furent apparemment financés de manière indirecte par l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington après leur arrivée aux États-Unis. (Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, en Californie, deux familles saoudiennes ayant soutenu financièrement al-Midhar et al-Hazmi ont reçu au total 73 000 dollars en chèques de banque de la part de l’épouse du prince Bandar – qui était alors l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington.) [47]

 

Si al-Mihdhar et al-Hazmi furent réellement envoyés par le GID, il est pratiquement certain qu’ils auraient été admis aux États-Unis dans le cadre d’un accord de liaison entre les services saoudiens et la CIA. [48] Le prince Turki ben Fayçal, l’ancien directeur du GID, a déclaré qu’il échangeait ses informations sur al-Qaïda avec la CIA et qu’en 1997, les Saoudiens « établirent une commission mixte de renseignement avec les États-Unis afin d’échanger des informations sur le terrorisme en général et sur (…) al-Qaïda en particulier ». [49] Le Rapport de la Commission d’enquête sur le 11-Septembre ajoute que, suite au complot avorté qu’al-Qaïda prévoyait pour le passage à l’an 2000, une révision interne fut entreprise au Centre de contre-terrorisme (le CTC, qui incluait l’Unité ben Laden de la CIA). Dans ce cadre, le CTC souhaitait instaurer son plan décidé six mois auparavant, qui consistait à « améliorer les capacités des services de sécurité étrangers ayant fourni des renseignements via la liaison ». [50]

 

Richard Blee en était un spécialiste. Steve Coll rapporta que ce dernier et son supérieur Cofer Black étaient très enthousiasmés par les accords de liaison et les opportunités qui en découlaient. En effet, ces accords permettaient d’étendre l’influence et les capacités d’action de la CIA dans des régions cruciales. Ainsi, ils s’envolèrent ensemble vers Tachkent en 1999, où ils négocièrent un nouvel accord de liaison avec l’Ouzbékistan. [51] Selon Steve Coll et le Washington Post, cet arrangement aboutit rapidement à la mise en place d’une liaison entre la CIA et l’Alliance du Nord en Afghanistan, par l’entremise de Tachkent. [52] Toujours dans le Washington Post, Thomas Ricks et Susan Glasser rapportèrent qu’après les attentats de 1998 contre les ambassades US à Dar es Salaam et à Nairobi, « les États-Unis et l’Ouzbékistan [avaient] discrètement mené des opérations clandestines conjointes. Celles-ci avaient pour objectif de contrer le régime taliban au pouvoir en Afghanistan, ainsi que ses alliés terroristes (…), selon des responsables de ces deux pays. » [53]

 

Cet engagement en Ouzbékistan s’inscrivait dans un plus vaste plan régional. Depuis 1997, les États-Unis avaient démarré une série de manœuvres militaires annuelles avec les forces armées kazakhes, kirghizes et ouzbèkes. Ces exercices simulaient un possible déploiement de forces combattantes de l’US Army en Asie centrale :

 

« CENTRAZBAT ’97, comme on l’appelait, était clairement un test de la capacité américaine de projection de forces dans le bassin Caspien en cas de crise. ‘Il n’existe aucune nation sur la surface de cette planète qui soit hors de notre portée’, déclara le général Jack Sheehan (…) l’officier le plus haut gradé dans cet exercice. Et pour quiconque aurait des doutes sur la nature de nos intérêts dans cette région, Catherine Kelleher, accompagnant Sheehan en tant qu’assistante du secrétaire adjoint à la Défense, cita ‘la présence d’énormes ressources énergétiques’ comme justification de l’engagement militaire des États- Unis. L’opération de 1997 fut la première d’une série d’exercices annuels [baptisés] CENTRAZBAT. Ces manœuvres sont conçues pour tester la vitesse avec laquelle Washington pourrait déployer dans cette région des forces basées aux États-Unis, dans l’objectif d’y lancer des opérations de combat. » [54]

 

Par conséquent, les activités du Pentagone en Ouzbékistan précédaient de quatre ans l’accord public signé en octobre 2001 par Donald Rumsfeld et le Président Islom Karimov.

 

En tant qu’ancien jeune diplomate, permettez-moi d’observer qu’un accord de liaison aurait probablement requis des accréditations spéciales pour ceux qui étaient au courant de cet arrangement, et qui échangeaient des informations dans le cadre de cette liaison. [55] Ceci expliquerait l’exclusion des agents du FBI non autorisés à accéder à ces informations, ainsi que le comportement des autres agents non accrédités de la CIA qui continuaient de collecter et de disséminer des renseignements sur les deux pirates de l’air présumés. L’« équipe Alec Station » avait besoin de ces deux conditions afin de protéger la double identité du tandem de Saoudiens, et de s’assurer qu’ils ne soient pas arrêtés par le FBI – ce qui aurait été source d’embarras.

 

Il est presque certain que la CIA disposait d’importants accords de liaison non seulement avec le GID saoudien et avec l’Ouzbékistan, mais aussi avec la Direction pour le renseignement interservices du Pakistan (ISI pour Inter-Services Intelligence). L’Agence avait également noué de tels accords avec les services de renseignement de l’Égypte, et peut-être même du Yémen et du Maroc. Plus particulièrement, il existe des raisons de penser qu’Ali Mohamed fut admis à résider aux États-Unis dans le cadre d’accords de ce type, en tant qu’agent d’un service étranger (probablement égyptien). [56] Mohamed était un agent double dont le FBI avait empêché la mise en détention au Canada, ce qui lui permit de contribuer à l’organisation des attentats de 1998 contre les ambassades états-uniennes. Il figure à la fois parmi les sources et le contenu du célèbre briefing présidentiel quotidien du 6 août 2001 (PDB pour Presidential Daily Briefing), par lequel la CIA mit en garde le Président Bush sur le fait que « Ben Laden [était] déterminé à frapper aux États-Unis ». [57] Selon Jack Cloonan, le référent d’Ali Mohamed au FBI, « toutes ces informations [du briefing présidentiel] provenaient d’Ali », tandis que le PDB attribuait ces renseignements cruciaux à ce qu’« un agent opérationnel du Jihad islamique égyptien (JIE) déclara à un service [—] ». [58] (Il est clair qu’Ali Mohamed faisait partie du JIE, et que le service en question était probablement égyptien.)

 

Mais lorsque ce dernier, à l’instar de Khaled al-Mihdhar et de Nawaf al-Hazmi, fut inopportunément introduit aux États-Unis, « une autre agence fédérale » que la CIA s’en serait chargé. [59] Il s’agissait très probablement d’une agence du Pentagone car, entre 1987 et 1989, Ali Mohamed « fut affecté au [SOCOM, le] Commandement des opérations spéciales [de l’armée] US à Fort Bragg, la base des Bérets Verts et de la Delta Force (l’unité d’élite du contre-terrorisme) ». [60] Le SOCOM, qui inclut notamment le Commandement mixte pour les opérations spéciales (JSOC), dispose de sa propre division de renseignement. [61] De plus, il a mis en place le programme Able Danger en 1999 afin de surveiller les agents d’al-Qaïda. Sans explications, il l’a stoppé avant le 11-Septembre et a détruit sa base de données. [62] Par ailleurs, le SOCOM opérait en Ouzbékistan avec des agents de la CIA grâce à l’accord de liaison négocié par Cofer Black et Richard Blee – les responsables du CTC et de l’Unité ben Laden au sein de l’Agence.

 

Au vu de ces éléments, je suggère de reconceptualiser ce que Kevin Fenton appelle l’anormale « équipe Alec Station ». En effet, nous pourrions l’envisager comme une (ou des) équipe(s) de liaison inter agences disposant d’accréditations spéciales, et incluant du personnel de l’Unité ben Laden de la CIA, des collaborateurs au FBI et probablement des éléments du SOCOM. (L’un de ces collaborateurs était l’agent du FBI Dina Corsi. Selon Fenton, cette dernière dissimula des informations vitales à son collègue, l’agent Steve Bongardt, et ce même après que la NSA lui en avait autorisé l’accès.) [63]

 

Retour en arrière : le Safari Club et William Casey

 

Sous différentes formes, ces accords de liaison trouvent leur origine dans les années 1970. À cette époque, d’importants officiers actifs ou retraités de la CIA (dont Richard Helms) étaient mécontents des réductions budgétaires menées sous le Président Carter par Stansfield Turner, le directeur de l’Agence. En réponse, ils organisèrent un réseau alternatif que l’on appelle le Safari Club. Supervisé par les directeurs des services secrets français, égyptiens, saoudiens, marocains et iraniens (alors sujets du Shah), le Safari Club aurait été secondé à Washington par un « réseau privé de renseignement », selon Joseph Trento. Ce réseau regroupait alors des officiers de l’Agence tels que Theodore Shackley et Thomas Clines, qui avaient été marginalisés ou renvoyés par le directeur de la CIA Stansfield Turner. [64] Comme le prince Turki ben Fayçal l’expliquera plus tard, l’objectif du Safari Club n’était pas seulement l’échange de renseignements, mais également la conduite d’opérations clandestines que la CIA ne pouvait plus mener directement en raison du scandale du Watergate et des réformes qui s’ensuivirent. [65]

 

Dans les années 1980, William Casey, le directeur de la CIA, prit des décisions cruciales dans la conduite de la guerre secrète en Afghanistan. Toutefois, celles-ci furent élaborées hors du cadre bureaucratique de l’Agence, ayant été préparées avec les directeurs des services de renseignement saoudiens – d’abord Kamal Adham puis le prince Turki ben Fayçal. Parmi ces décisions, nous pouvons citer la création d’une légion étrangère chargée d’aider les moudjahidines afghans à combattre les Soviétiques. En clair, il s’agit de la mise en place d’un réseau de soutien opérationnel connu sous le nom d’al-Qaïda depuis la fin de cette guerre entre l’URSS et l’Afghanistan. [66] Casey mit au point les détails de ce plan avec les deux chefs des services secrets saoudiens, ainsi qu’avec le directeur de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI), la banque pakistano-saoudienne dont Kamal Adham et Turki ben Fayçal étaient tous deux actionnaires.

 

Ce faisant, Casey dirigeait alors une deuxième Agence, ou une CIA hors canaux, construisant avec les Saoudiens la future al-Qaïda au Pakistan, alors que la hiérarchie officielle de l’Agence à Langley « pensait que c’était imprudent ». [67] Dans La Machine de guerre américaine, j’ai situé le Safari Club et la BCCI dans une succession d’accords conclus dans le cadre d’une « CIA alternative » ou d’une « deuxième CIA », datant de la création en 1948 du Bureau de Coordination Politique (OPC pour Office of Policy Coordination). Ainsi, il est compréhensible que George Tenet, le directeur de la CIA sous George W. Bush, ait suivi le précédent de Casey en rencontrant une fois par mois environ le prince Bandar, l’ambassadeur d’Arabie saoudite aux États-Unis – mais sans révéler le contenu de leurs discussions aux officiers de l’Agence chargés des questions saoudiennes. [68]

 

Kevin Fenton invoqua lui-même l’exemple du Safari Club afin d’expliquer le fait que Richard Blee et Tom Wilshire utilisaient un « réseau parallèle » pour surveiller al-Mihdhar et al-Hazmi à l’intérieur des États-Unis. D’après lui, « retenir les informations concernant [al-Mihdhar] et [al-Hazmi n’avait] de sens que si la CIA était en train de surveiller les deux hommes aux États-Unis même, officiellement ou hors registres ». [69] Cependant, nous pourrions envisager une troisième possibilité. En effet, le GID aurait pu surveiller leurs agissements, conformément aux dires du prince Bandar, selon lequel les services de sécurité saoudiens avaient « activement suivi les mouvements de la plupart des terroristes, et ce de manière précise ». [70]

 

Joseph et Susan Trento entendirent de la part d’un ancien officier de la CIA – qui avait été en poste en Arabie saoudite – qu’« Hazmi et Mihdhar étaient tous les deux des agents saoudiens ». [71] Le cas échéant, ils étaient clairement des agents doubles, agissant comme (ou se faisant passer pour) des terroristes autant que des informateurs. Dans le domaine de l’espionnage, les agents doubles sont précieux et parfois utiles ; mais à certaines occasions, leur faire confiance peut s’avérer dangereux – comme l’illustre l’exemple d’Ali Mohamed.

 

Ce fut particulièrement vrai pour la CIA en ce qui concerne l’Arabie saoudite. En effet, le GID soutenait énergiquement al-Qaïda dans des pays comme la Bosnie, en vertu d’un accord imposant que cette organisation jihadiste « s’abstiendrait de s’ingérer dans les affaires politiques de l’Arabie saoudite ou de tout autre pays arabe ». Cet engagement avait été négocié avec Oussama ben Laden par le ministre de l’Intérieur saoudien Nayef ben Abdelaziz. [72] L’ISI pakistanaise était encore plus activement impliquée avec al-Qaïda. Selon toute vraisemblance, certains éléments de cette agence étaient idéologiquement plus proches de cette organisation que du gouvernement nominalement laïc du Pakistan.

 

Quoi qu’il en soit, le recours à des informateurs illégaux n’est pas seulement dangereux et imprévisible, c’est aussi un facteur de corruption. En effet, pour jouer leur rôle, les informateurs doivent enfreindre la loi ; et leurs superviseurs, ayant conscience de cette nécessité, doivent les protéger en s’abstenant de les signaler. Ainsi, bien trop souvent, ils interviennent afin d’éviter leur arrestation par d’autres services. C’est pourquoi les superviseurs ne cessent de se rendre complices des crimes de leurs informateurs. [73]

 

Même dans les meilleures circonstances, l’agence concernée doit décider si elle autorise l’informateur à perpétrer son crime, ou si elle l’en empêche en prenant le risque de lui faire perdre son utilité. Lorsque de telles occasions se présentent, les agences ont bien plus souvent tendance à faire le choix qui est contraire à l’intérêt général.

 

Le premier attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993 en est un exemple éloquent. Cette affaire est d’un grand intérêt car Khaled Sheikh Mohammed, le cerveau présumé du 11-Septembre, faisait également partie des organisateurs de l’attentat de 1993. Parmi eux, le FBI disposait d’un informateur appelé Emad Salem, comme nous l’avons vu dans le chapitre 4. Si l’on se base sur les preuves extraites des enregistrements de ses débriefings avec le FBI, Salem déclara plus tard que le Bureau avait volontairement décidé de ne pas déjouer le projet terroriste envisagé contre le World Trade Center. Écrit par Ralph Blumenthal pour le New York Times, voici le récit détaillé de ce précédent au mystère du 11-Septembre :

 

« On révéla aux fonctionnaires [du FBI] que des terroristes étaient en train de concevoir une bombe, qui fut finalement utilisée contre le World Trade Center. Ils envisagèrent de mettre en échec les malfaiteurs en remplaçant secrètement les explosifs par une poudre inoffensive, déclara un informateur après l’attentat.

 

Ce dernier était censé aider les malfaiteurs à fabriquer la bombe et à leur fournir la fausse poudre, mais ce plan fut annulé par un superviseur du FBI qui avait d’autres idées sur la façon d’utiliser cet informateur, [appelé] Emad A. Salem.

 

Salem a secrètement enregistré des centaines d’heures de conversations avec des agents fédéraux, et ce récit est tiré de la retranscription de ces bandes. Il démontre que les autorités étaient en bien meilleure position qu’annoncé pour déjouer l’attentat du 26 février contre les plus hautes tours de New York. Cette explosion tua 6 personnes, en blessa plus de 1 000 et causa des dommages supérieurs à un demi-milliard de dollars. Pour cet attentat, 4 hommes sont aujourd’hui poursuivis devant la Cour fédérale de Manhattan. » [74]

 

Ce qui rend le complot de 1993 encore plus intéressant est le fait que, selon plusieurs sources, Emad Salem était un agent des services de renseignement égyptiens, envoyé aux États-Unis pour espionner les actions d’Omar Abdel Rahman (surnommé le « cheikh aveugle »). [75] Il est alors possible que le superviseur du FBI ayant « d’autres idées » sur la manière d’utiliser Emad Salem faisait partie d’une équipe de liaison, ne pouvant révéler ce qu’il savait aux autres agents du Bureau. Par exemple, il aurait pu être au courant d’un possible refus des renseignements égyptiens de dévoiler la couverture de Salem. Cette suggestion est à la fois hypothétique et problématique. Toutefois, elle a le mérite d’offrir une explication relativement cohérente de l’attitude du superviseur du FBI – que l’on peut qualifier de déconcertante en d’autres circonstances.

 

Cette explication n’exclut en aucun cas la possibilité que des fonctionnaires du Bureau auraient eu de plus sinistres motivations pour laisser se dérouler cet attentat, et le dissimuler ensuite. En effet, à ce moment précis, le cheikh Rahman était l’un des éléments clés d’un programme saoudien sensible, auquel des fonctionnaires états-uniens participaient également. Ce programme était destiné à recruter et à acheminer des combattants moudjahidines en Bosnie pour lutter contre la Serbie – dont certains individus, comme Ayman al-Zawahiri, qui furent ensuite accusés d’avoir fomenté les attentats du 11-Septembre. [76] Au vu du comportement des enquêteurs et des autorités judiciaires, il est clair qu’un certain nombre d’agences fédérales ne souhaitaient pas interférer dans les activités du cheikh Rahman. Même après l’inculpation de ce dernier en 1995, dans une affaire d’association de malfaiteurs en vue de commettre des attentats contre des monuments de New York, le gouvernement des États-Unis continua de protéger Ali Mohamed, un personnage crucial dans cette affaire.

 

Pis, le fait pour le FBI de laisser cet attentat se dérouler s’inscrit dans une série de ratés et d’opportunités manquées – tous liés entre eux – dont l’apogée fut le 11-Septembre. La première de cette série concerne le meurtre de l’extrémiste juif Meir Kahane à New York en 1991. Dans cette affaire, le FBI et la police new-yorkaise ont arrêté deux des meurtriers pour les relâcher ensuite, leur permettant de prendre part aux attentats à la bombe de 1993 contre le World Trade Center. L’un des principaux instructeurs de ces deux individus était Ali Mohamed, bien qu’il fasse encore partie des Forces spéciales US à cette époque. Dès lors, son nom fut systématiquement protégé de toute divulgation publique par Patrick Fitzgerald, le procureur chargé de cette affaire.

 

Analysant ces événements à l’aune de la protection d’Ali Mohamed, nous devons en conclure que quelque chose dysfonctionne profondément aux États-Unis, et ce depuis bien avant le 11-Septembre. En réalité, cela a perduré sous les deux majorités politiques. Les conditions de confidentialité instaurées par les accréditations spéciales n’ont pas seulement masqué ces anomalies de fonctionnement : selon moi, elles en ont été un facteur. L’Histoire de l’espionnage démontre que le pouvoir secret, lorsqu’il est exercé dans la sphère des activités illégales, devient peu à peu l’antithèse de la puissance publique démocratique. [77] Plus le groupe de planificateurs spéciaux disposant de leurs propres accréditations est restreint, moins il y a de chances que leurs décisions soient conformes aux exigences des législations nationales et internationales, et encore moins à la moralité commune et au bon sens.

 

Ajoutez à ces conditions sournoises de confidentialité les relations fondamentalement malsaines et corrompues que les services de renseignement états-uniens entretiennent avec ceux de l’Arabie saoudite et du Pakistan. Jusqu’à présent, ces relations ont été profondément anti- démocratiques en Asie autant que dans notre pays. Par un mécanisme de recyclage des richesses, la dépendance états-unienne au pétrole saoudien a en fait subventionné une expansion de l’islamisme à travers le monde. Dans le même temps, ce que les 99,9 % des citoyens des États-Unis dépensent pour leur essence et leur gaz génère des sommes gigantesques, que les Saoudiens recyclent alors dans les institutions financières des 0,1 % trônant au sommet de Wall Street.

 

De la même manière, la relation trouble des États-Unis avec l’ISI pakistanaise a engendré une explosion du trafic international d’héroïne, essentiellement grâce aux associés afghans de la CIA et de l’ISI. [78] En résumé, les dérives bureaucratiques que nous analysons ici à propos du 11-Septembre sont le symptôme d’un plus vaste dysfonctionnement. Celui-ci découle des relations qu’entretiennent les États-Unis avec l’Arabie saoudite ainsi qu’avec le Pakistan, et à travers elles avec le reste du monde.

 

Les accords de liaison et la protection de Khaled al-Mihdhar et de Nawaf al-Hazmi

 

Même sans tenir compte du précédent suggestif de l’attentat de 1993 contre le World Trade Center, il est légitime de présumer que des accords de liaison auraient pu empêcher l’arrestation de Khaled al-Mihdhar et de Nawaf al-Hazmi. Penchons-nous d’abord sur les découvertes de Kevin Fenton : « Il est clair que ces informations [concernant ces deux individus] ne furent pas retenues suite à une succession d’incidents étranges, mais qu’elles l’ont été intentionnellement ». [79] Je considère que cette conclusion est à la fois frappante et indiscutable. Toutefois, nous ne pouvons pas être aussi sûrs de l’autre explication avancée par Fenton, selon laquelle « l’objectif de la rétention d’information était désormais de permettre le déroulement des attaques ». [80]

 

En réalité, je pense qu’il existe un certain nombre de possibilités derrière cette intention, allant de l’explication relativement innocente – comme les blocages dus à un accord de liaison – à la plus effroyable. Avant de les analyser, il nous faut déconstruire la notion de « permettre le déroulement des attaques ». De toute évidence, si les pirates de l’air présumés n’avaient pas été arrêtés aux portes d’embarquement des aéroports, des gens allaient certainement être assassinés – mais combien ? Souvenons-nous que, dans les documents de l’opération Northwoods – qui envisageaient la planification d’attaques sous faux pavillon afin de justifier une intervention militaire à Cuba – des responsables du Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS) avaient écrit : « Nous pourrions développer une campagne de terrorisme [faussement attribuée aux communistes de Cuba] » durant laquelle « nous pourrions couler un bateau rempli de Cubains ». [81] En termes de bilan humain, la perte des passagers de quatre avions de ligne aurait-elle été une tragédie bien différente de celle alors envisagée par le JCS ?

 

Évidemment, la dimension tragique du 11-Septembre a été décuplée par l’impact des avions contre les Tours jumelles et le Pentagone. Toutefois, il se peut que les protagonistes de la liaison autour des deux Saoudiens n’imaginaient pas que ces derniers étaient capables de telles prouesses. Souvenons-nous que leurs leçons de pilotage, y compris à bord d’un Cessna, furent si catastrophiques qu’ils n’avaient pu les mener à terme. Leur instructeur affirma alors « qu’ils n’étaient tout simplement pas faits pour piloter ». [82]

 

Permettez-moi de suggérer qu’il existe trois étapes distinctes dans les attentats du 11-Septembre : les détournements, les frappes contre les bâtiments et les effondrements surprenants des trois immeubles du World Trade Center. Il est possible que le groupe de liaison de l’« équipe Alec Station » ait envisagé uniquement la première étape, sans jamais imaginer les deux suivantes.

 

Une explication initiale des rétentions d’informations concernant deux des pirates de l’air présumés – à la fois simple et moins sournoise – serait l’hypothèse que j’ai proposée dans le cas d’Emad Salem : l’accès restreint aux renseignements du fait des accréditations spéciales requises par un accord de liaison. Toutefois, comme en 1993, les pouvoirs secrets établis derrière le mur des accréditations restrictives auraient pu être exploités pour d’autres objectifs. Il en a résulté une situation dangereuse – celle de potentiels pirates de l’air protégés de toute arrestation alors qu’une attaque était attendue. Cette situation aurait pu inciter des individus malveillants à exploiter les conditions de secret ainsi établies comme opportunité pour planifier un casus belli. Il faut alors souligner une importante analogie entre le 11-Septembre et la fausse seconde attaque du golfe du Tonkin en août 1964, qui fut utilisée pour justifier l’attaque du Nord-Vietnam. En effet, comme à cette époque, il existait en 2001 au sommet de l’État une puissante faction déterminée à déclencher une action militaire unilatérale. Il s’agissait de la clique du PNAC, dont certains membres occupaient des postes clés au sein de l’administration Bush. [83]

 

L’un des indices appuyant cette plus sinistre intention est le fait que le modèle de dissimulations détaillé par Kevin Fenton ne se limite pas aux deux Saoudiens et à leurs superviseurs de la station de la CIA. Nous pouvons constater un enchaînement de plusieurs rétentions d’informations par d’autres agences. Je désigne principalement les renseignements de la cellule Able Danger, qui furent détruits par le SOCOM. Je fais également référence à la dissimulation – manifestement opérée par la NSA – d’une importante interception, apparemment relative aux pirates de l’air présumés et à Zacarias Moussaoui. [84]

 

Si la NSA dissimulait alors des renseignements aux responsables concernés, ce comportement nous rappellerait le rôle de cette agence à l’époque du second incident du golfe du Tonkin en août 1964. À un moment crucial, la NSA envoya 15 segments de ROEM (renseignements d’origine électromagnétique) qui indiquaient – à tort – une attaque menée par les Nord-Vietnamiens contre deux destroyers US. Dans le même temps, elle dissimula 107 segments de ROEM qui démontraient – avec exactitude – qu’aucune hostilité n’avait été lancée par les Nord-Vietnamiens. [85] À cette époque, le comportement de la NSA trouvait son écho à la CIA, ces deux agences étant alors au courant d’un puissant consensus au sein de l’administration Johnson. En effet, les responsables gouvernementaux s’étaient accordés sur la nécessité de provoquer le Nord-Vietnam, dans l’espoir de créer une opportunité de répondre militairement. [86]

 

Grâce à de nombreux récits venant de sources internes à l’administration Bush, nous savons qu’avant le 11-Septembre, il existait aussi un puissant consensus en faveur de la guerre au sommet de l’État. Ce consensus était centré sur Dick Cheney, Donald Rumsfeld et ce que l’on appelle la faction du PNAC, qui avait mené un lobbying énergique en faveur d’une action militaire contre l’Irak avant l’élection de George W. Bush. Nous savons également que la réponse immédiate de Rumsfeld aux attentats du 11-Septembre fut de proposer une attaque de l’Irak, et que la planification d’une telle intervention a été initiée le 17 septembre 2001. [87] Par conséquent, il est nécessaire d’envisager que les individus ayant protégé certains des pirates de l’air présumés aient pu partager ces ambitions bellicistes. [88]

 

Richard Blee avait-il un objectif inconnu pour dissimuler les renseignements ?

 

Kevin Fenton avance la possibilité que l’un des individus cherchant un prétexte pour intensifier la guerre contre al-Qaïda aurait pu être Richard Blee. Nous avons vu que ce dernier, accompagné de Cofer Black, négocia avec l’Ouzbékistan un accord de liaison visant à établir un échange de renseignements. En 2000, le SOCOM commença à s’engager dans cette région, et « les Forces spéciales US initièrent une collaboration plus ostensible avec l’armée ouzbèke, dans le cadre de missions d’entraînement ». [89] Comme nous l’avons constaté, l’accord de liaison ouzbek a progressivement évolué vers une liaison secondaire avec l’Alliance du Nord en Afghanistan. Alors qu’il rencontrait le commandant Massoud en octobre 1999, Richard Blee accepta de faire pression sur Washington en faveur d’un soutien plus actif à l’Alliance du Nord. [90]

 

Après l’attentat contre l’USS Cole à Aden en octobre 2000, Blee tenta d’élargir la mission militaire en Ouzbékistan en appuyant la création d’une force offensive conjointe, qui aurait été coordonnée aux troupes de l’Alliance du Nord du commandant Massoud. Ce projet rencontra d’importantes objections alors que Bill Clinton était encore Président, notamment parce que Massoud combattait avec l’appui de la Russie et de l’Iran les talibans soutenus par le Pakistan, et qu’il était de notoriété publique qu’il finançait son effort de guerre grâce au trafic d’héroïne. [91] Mais au printemps 2001, une réunion d’adjoints de la nouvelle administration Bush relança les plans de Richard Blee et de Cofer Black, visant à organiser une importante aide secrète au commandant Massoud – des projets soutenus par Richard Clarke, le directeur du contre-terrorisme à la Maison Blanche. [92] Le 4 septembre 2001, une semaine avant le 11-Septembre, le cabinet du Président Bush autorisa la rédaction d’une nouvelle directive présidentielle, la NSPD-9. Inspirée des projets de Richard Blee et de Cofer Black, celle-ci autorisa la mise en œuvre d’un plan d’actions clandestines menées en coordination avec Massoud. [93]

 

Au sein de l’administration Bush récemment investie, Blee n’était plus minoritaire. Six semaines après le 11-Septembre, il fut nommé au poste clé de chef de station de la CIA à Kaboul. [94] Kevin Fenton rapporte que, dans le cadre de ses nouvelles fonctions, Blee fut impliqué dans le programme de transferts illégaux de prisonniers d’al- Qaïda (les « restitutions extraordinaires »). Ainsi, Fenton suggère qu’il aurait pu avoir comme objectif de torturer Ibn Cheikh al-Libi afin de lui soutirer de faux aveux, dans le but de démontrer une complicité irakienne avec al-Qaïda. Ces fausses confessions furent ensuite utilisées dans le « trucage » des renseignements, et elles « constituèrent un élément central de la présentation embarrassante du secrétaire d’État Colin Powell devant [le Conseil de Sécurité de] l’ONU, qui visait à justifier l’invasion de l’Irak ». [95]

 

Le SOCOM avait-il un objectif inconnu pour stopper le programme Able Danger ?

 

Les opérations déclenchées à la suite du 11-Septembre sont allées bien au-delà du programme de Richard Blee, qui organisait un engagement paramilitaire de l’Agence avec l’Alliance du Nord. En Afghanistan, le contingent de la CIA devint vite insignifiant à côté des forces du SOCOM. En effet, le directeur de l’Agence George Tenet rapporta qu’à la fin de l’année 2001, les États-Unis comptaient dans ce pays environ 500 combattants, incluant « 110 officiers de la CIA, 316 membres des Forces spéciales, et un grand nombre de commandos du Commandement mixte des opérations spéciales [le JSOC] semant le chaos derrière les lignes ennemies ». [96]

 

Au sein de l’administration Bush, Stephen Cambone avait collaboré avec Dick Cheney et Donald Rumsfeld en cosignant le programme du PNAC, Reconstruire les défenses de l’Amérique, et en participant à son élaboration. Après le 11-Septembre, il devint l’un des partisans les plus acharnés de l’utilisation des forces spéciales du SOCOM pour mener des opérations clandestines contre al-Qaïda – pas seulement en Afghanistan, mais « n’importe où dans le monde ». [97]

 

Tout ce que Richard Blee manigança avec l’« équipe Alec Station » afin de préparer le terrain pour le 11-Septembre aurait pu entrer dans le cadre d’une plus vaste opération inter agences, dans laquelle le SOCOM aurait joué un rôle comparable lorsqu’il mit un terme au projet Able Danger. Cette hypothèse pourrait expliquer une note manuscrite de Stephen Cambone, rédigée vers 10 heures du matin le 11 septembre à la suite d’un appel de George Tenet, le directeur de la CIA. À cette époque, Cambone était l’un des membres du PNAC que Dick Cheney avait placés au Pentagone – alors dirigé par Donald Rumsfeld. Voici ce que contient la note en question :

 

« [Vol] AA 77 – 3 indiv[idus] ont été suivis depuis [les projets d’attentats d’al-Qaïda à l’occasion des fêtes du] Millénaire et [de l’attentat du 12 octobre 2000 contre l’USS] Cole

 

1 type est assoc[ié] au terroriste [ayant visé l’USS] Cole

 

2 sont entrés aux US au début du mois de juillet (2 sur 3 arrêtés et interrogés ?) » [98]

 

Le « type » dont il est ici question est probablement Khaled al-Mihdhar, et le « terroriste [ayant visé l’USS] Cole » pourrait être Walid ben Attach, un important membre d’al-Qaïda lié non seulement à l’attentat suicide contre l’USS Cole, mais également aux attaques de 1998 contre les ambassades états-uniennes en Afrique. Il serait utile de savoir pourquoi George Tenet transmit à un faucon du Pentagone des renseignements qui, visiblement, n’avaient jamais été divulgués à quiconque en dehors de la CIA. Par ailleurs, est-ce une coïncidence si Stephen Cambone, à l’instar de Richard Blee au sein de l’Agence, supervisa un programme dans lequel des membres des forces spéciales du SOCOM utilisèrent la torture pour interroger des détenus en Afghanistan ? [99]

 

Tout comme Richard Blee aurait été un protégé de George Tenet à la CIA, Stephen Cambone était connu pour sa loyauté à toute épreuve d’abord envers Dick Cheney, puis envers Donald Rumsfeld une fois nommé au Pentagone. Nous ne savons pas s’il a été associé au projet de planification de la « Continuité du Gouvernement » (COG), dans lequel Rumsfeld et Cheney préparèrent des mesures de surveillance extrajudiciaire et de détention arbitraire. Comme je l’ai démontré dans le chapitre 3, ces dispositions de la COG ont été mises en œuvre pour la première fois le matin du 11-Septembre, et elles sont encore en vigueur aujourd’hui. Nous ne savons pas non plus si Cambone a été associé, d’une manière ou d’une autre, au groupe de travail sur le contre-terrorisme de Dick Cheney durant le printemps 2001 (l’Office of National Preparedness, ou Bureau de Préparation Nationale). Cette équipe aurait été l’une des sources des exercices militaires du 11-Septembre – lesquels incluaient des simulations d’attaques d’avions détournés – qui ont amplifié la confusion dans la réponse de la défense états-unienne aux attentats. [100]

 

La récurrence des événements profonds derrière les engagements des États-Unis dans la guerre

 

Je souhaiterais conclure ce chapitre avec une brève mise en perspective historique des dysfonctionnements que nous venons d’observer. Dans une certaine mesure, le 11-Septembre fut sans précédent – le plus grand homicide jamais perpétré en l’espace d’une journée sur le territoire des États-Unis. Mais il est aussi emblématique du genre d’événements avec lesquels nous avons hélas été familiarisés depuis l’assassinat du Président Kennedy. Je les ai appelés « événements profonds », en ce qu’ils trouvent leurs racines dans les activités illégales et clandestines des diverses branches des services de renseignement états-uniens. Par ailleurs, ils sont suivis de dissimulations gouvernementales flagrantes et permanentes, qui sont ensuite soutenues par d’incroyables dysfonctionnements médiatiques et par des livres à succès mensongers. Certains de ces événements, comme l’assassinat de Kennedy, les incidents du golfe du Tonkin et le 11-Septembre, devraient être considérés comme des événements profonds structurels (EPS), du fait de leur impact permanent sur l’Histoire.

 

Il est frappant de constater que ces EPS devaient tous avoir comme effet de déclencher – à brève échéance – un engagement militaire états-unien dans des guerres malvenues. L’inverse est également vrai : toutes les interventions militaires importantes des États-Unis depuis la Corée dans les années 1950 ont été précédées par de tels événements – le Laos, le Vietnam, l’Afghanistan (à deux reprises, d’abord secrètement puis ouvertement) et l’Irak. Comme je l’ai écrit dans La Machine de guerre américaine, un rapport de 1963, rédigé par la Direction des planifications et des politiques (J-5) du Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS), fit savoir à ses généraux que « la fabrication d’une série de provocations destinées à justifier une intervention militaire [était] réalisable et [pouvait] être accomplie à l’aide des ressources disponibles ». [101] Les incidents du golfe du Tonkin, le 11-Septembre et même l’assassinat de Kennedy peuvent être perçus comme des événements qui furent en réalité « fabriqués », selon le modèle exposé en 1962 dans le Projet Northwoods (c’est-à- dire l’ensemble de propositions émises par le JCS pour justifier une invasion de Cuba en organisant des attaques sous faux pavillon). [102]

 

Dans deux récents ouvrages – et malgré mon scepticisme initial – j’ai énuméré plus d’une dizaine de parallèles importants entre l’assassinat de JFK et le 11-Septembre. Grâce aux brillantes recherches de Kevin Fenton, je peux compléter cette liste. En effet, les dossiers de la CIA concernant Lee Harvey Oswald, qui avaient été plus ou moins dormants pendant deux ans, montrèrent une soudaine hyperactivité au cours des six semaines précédant l’assassinat de Kennedy. [103] Fenton a démontré le même sursaut d’activité dans les dossiers du FBI concernant Khaled al-Mihdhar ou Nawaf al-Hazmi les semaines précédant le 11-Septembre. Ce sursaut fut initié par Tom Wilshire, à un moment étrangement proche de celui où les pirates de l’air présumés fixèrent une date finale pour leur attaque. En outre, nous pouvons constater d’étranges retards dans ces deux affaires, expliquant le fait que les dossiers soient à l’étude au moment où survenaient ces événements profonds. [104]

 

L’impact du 11-Septembre sur le Droit international et états-unien

 

Tout au long de ce chapitre, nous avons analysé deux différents niveaux de fonctionnement de la politique étrangère des États-Unis, qui sont en réalité contradictoires. Au niveau visible de la diplomatie publique, nous pouvons observer un engagement en faveur du Droit international et de la résolution pacifique des différends. Néanmoins, il existe un niveau plus profond, incarné par la vieille connexion entre l’Arabie saoudite et les USA, et par les accords secrets noués entre ces deux pays afin qu’ils puissent contrôler le pétrole mondial. À ce niveau abyssal, nous pouvons observer la tolérance, voire la protection, de réseaux terroristes dans l’accomplissement des objectifs secrets de la politique étrangère de ces deux pays. Ainsi, en 2000 et 2001, les agissements de l’« équipe Alec Station » autour des deux pirates de l’air présumés Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi doivent être replacés dans le contexte de cette vieille connexion avec l’Arabie saoudite. Ils s’inscrivent également dans le consensus secret de 2001 qui, comme en 1964, était centré sur l’idée que les besoins énergétiques et sécuritaires des États-Unis – ainsi que ceux d’Israël – nécessitaient une nouvelle mobilisation vers la guerre.

 

Aussi horrible fut-il, le meurtre de plus de 3 000 civils lors du 11-Septembre n’a pas été le seul crime majeur perpétré ce jour-là. En effet, ces attaques ont également déclenché une série d’assauts permanents contre le Droit international et interne. L’État de droit et la liberté vont de pair, et ils ont été considérablement étendus par les documents fondateurs des États-Unis au xviiie siècle. Le monde entier en a bénéficié : sur chaque continent, des constitutions écrites firent rapidement leur apparition et les mouvements « Jeune Europe », inspirés par l’exemple états-unien, initièrent le difficile processus vers l’Union européenne d’aujourd’hui.

 

Depuis 2001, tant l’État de droit que la liberté ont été progressivement érodés. Fondée sur le fait pour chaque nation de ne pas infliger aux autres ce qu’elle n’aimerait pas subir, la courtoisie internationale a été – au moins pendant un certain temps – supplantée par les interventions militaires unilatérales des États-Unis (qui ont agi sans craindre les réprobations ou les sanctions). Selon des estimations crédibles, cette guerre « contre » le terrorisme aurait engendré au moins 1,3 million de morts en Afghanistan, en Irak et au Pakistan depuis 2001 (plus des trois quarts des frappes de drones sur le sol pakistanais ayant été menées sous la présidence Obama). [105] La guerre préventive contre l’Irak, bien que s’étant avérée injustifiée et contreproductive, a été suivie par le bombardement préventif de la Libye, et par des perspectives de nouvelles campagnes militaires contre la Syrie et l’Iran.

 

En tant que citoyen du Canada, permettez-moi de souligner le fait que je crois en l’exceptionnalisme des États-Unis. Selon moi, ce pays s’est autrefois distingué pour avoir remplacé un régime autoritaire par un gouvernement constitutionnellement encadré – ce qui était sans précédent dans l’Histoire. Aujourd’hui, les USA restent une exception, mais par leur pourcentage de citoyens incarcérés, par leurs inégalités de richesses et de revenus (un ratio qui, parmi les grandes nations, n’est dépassé que par la Chine), et enfin par leur recours immodéré à la puissance meurtrière à l’étranger.

 

Seule la dernière de ces tendances a été initiée à la suite du 11-Septembre. Mais cet événement lui-même devrait être perçu comme l’issue logique de l’expansion impériale des États-Unis et de leur déclin simultané – un processus affectant inévitablement ces super-États qui accumulent et conservent plus de puissance que ne le requiert la gestion ordonnée de leurs propres affaires.

 

Post-scriptum

 

À la suite de l’élection d’Obama en 2008, beaucoup ont espéré que le projet du PNAC exprimé par Paul Wolfowitz – selon lequel les États-Unis disposaient d’« environ 5 ou 10 ans pour nettoyer ces vieux régimes clients des Soviétiques (…) la Syrie, l’Iran, l’Irak » – faisait dorénavant partie de l’Histoire. Mais depuis, Obama est intervenu militairement en Libye, il a failli attaquer la Syrie, et il s’est récemment appuyé sur la NED (National Endowment for Democracy) afin d’influencer l’avenir politique de l’Ukraine – un pays qui a historiquement appartenu à la Russie.

 

À Moscou, un fort ressentiment prévaut aujourd’hui, et il ne se limite pas au gouvernement de Vladimir Poutine. Il est dû au fait que, lorsque Gorbatchev retira les troupes soviétiques de l’Europe de l’Est, celles de l’OTAN s’y déployèrent progressivement. Gorbatchev a réitéré de nombreuses fois son accusation selon laquelle « les Américains [avaient] promis que l’OTAN ne s’étendrait pas au-delà des frontières de l’Allemagne après la guerre froide ». [106] Jack Matlock, alors ambassadeur des États-Unis à Moscou, avait également affirmé que l’Occident s’était « clairement engagé » à ne pas s’étendre vers l’Est. [107] Lorsque je me suis rendu à Moscou en 2012, j’ai pu entendre de la part de nombreux Russes – dont certains étaient considérés comme relativement « libéraux » en Occident – que l’OTAN renforçait selon eux son encerclement de la Russie depuis l’Estonie jusqu’à l’Afghanistan, en passant par l’Irak. [108]

 

En mai 2014, alors que je termine la rédaction de ce livre, le Président Poutine défend l’idée de pourparlers multilatéraux afin d’apaiser la crise inquiétante qui secoue l’Ukraine. Parallèlement, le Président Obama semble s’être résolu à se concentrer sur l’« isolement (…) de la Russie, en rompant ses liens économiques et politiques avec le monde extérieur (…) ce qui reviendrait en fait à transformer ce pays en un État paria ». [109] Lors d’une discussion récente avec des universitaires bien informés, il m’a été rapporté que certains hauts responsables à Washington espéraient encore intégrer l’Ukraine à l’OTAN.

 

Dans ce contexte, nous devons garder à l’esprit la mise en garde de Tom Hayden, que j’ai citée dans le chapitre 2. Selon lui, un « État dans l’État » – c’est-à-dire l’État profond lui-même, et pas seulement ses éléments néoconservateurs du PNAC – pourrait être responsable de l’échec du Président Obama dans la mise en œuvre des politiques raisonnables annoncées dans ses discours. [110]

 

Dans le prochain chapitre, nous reviendrons sur le thème des deux formes antagonistes de pouvoir ayant caractérisé l’Histoire des États- Unis. Ainsi, nous étudierons comment, au cours des deux décennies traversées par la guerre du Vietnam, le pouvoir incontrôlé et sans cesse grandissant de l’État profond contesta l’autorité démocratiquement élue de la Maison Blanche et lui imposa ses vues – et ce à maintes reprises.

 

Trois Présidents – John Kennedy, Richard Nixon et Jimmy Carter – prirent des mesures pour défier le pouvoir de plus en plus influent de la CIA ; de différentes manières, tous trois virent leurs carrières politiques brutalement stoppées : l’assassinat de JFK, le Watergate et la contre-surprise républicaine d’octobre. (De façon moins dramatique, les destins présidentiels de Lyndon Johnson et de Gerald Ford ont été eux aussi interrompus.) L’État profond en fut également affecté. Les mandats de pas moins de sept directeurs de la CIA (DCI) furent écourtés durant ces deux décennies. Par ailleurs, trois d’entre eux auraient été renvoyés à la suite de désaccords avec leurs Présidents. Je fais ici référence à Allen Dulles, Richard Helms et George Bush père. (Un quatrième DCI – le relativement libéral William Colby – aurait été poussé vers la sortie après s’être attiré l’inimitié de certains éléments de l’État profond.)

 

Ce fut une période cruciale, et ces brusques dénouements constituèrent des étapes importantes dans le processus de montée en puissance de l’État profond. Ce phénomène atteignit son paroxysme dans la Révolution Reagan, celle-ci ayant mis un terme à quatre décennies de partage du pouvoir entre le capital et le travail aux États-Unis. Les années 1960 et 1970 se sont ouvertes avec des Présidents recherchant la détente et la coexistence pacifique avec l’Union soviétique. Grâce à des manipulations de l’État profond, cette tendance fut renversée. Dulles, Helms et Bush père ont certes été limogés de la CIA, mais leurs factions ont triomphé.

 

Peter Dale Scott

 

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Notes

 

[1]. Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS), « Courses of Action Related to Cuba (Case II) », Rapport du J-5 pour le Comité des chefs d’États-majors interarmées, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.21, – Document traduit en français dans James W. Douglass, JFK & l’Indicible : Pourquoi Kennedy a été assassiné… (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2013). Consultable en ligne. Discussion dans Peter Dale Scott, La Machine de guerre américaine : la politique profonde, la CIA, la drogue, l’Afghanistan... (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2012), p.285, pp.289-90.

 

[2]. La guerre de terreur a démarré par des attaques aériennes contre les civils durant la seconde guerre mondiale, commençant par Guernica et s’achevant avec les bombardements massifs de villes allemandes et japonaises. Toutefois, cette guerre aérienne n’était qu’une séquence d’une plus vaste guerre conventionnelle entre des forces armées.

 

[3]. Cependant, il est possible qu’aucun acte de terreur perpétré depuis le début de cette décennie – que ce soit par les troupes de M. Mouammar Kadhafi en Libye ou de M. Bachar el-Assad en Syrie –, n’ait dépassé, ou même approché, la dévastation de la ville irakienne de Falloujah par les troupes états-uniennes en 2004.

 

[4]. « Statement by the President in His Address to the Nation », Maison Blanche, 11 septembre 2001. Le 20 septembre 2001, Bush déclara au cours d’une allocution devant une session mixte du Congrès que « notre ‘guerre contre la terreur’ commence avec al-Qaïda, mais ne se limite pas [à cette organisation]. Elle ne s’arrêtera pas tant que chaque groupe terroriste ayant une capacité d’action globale n’aura pas été retrouvé, stoppé et détruit. »

 

[5]. Sur ce point, se référer à la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, The 9/11 Commission Report (W.W. Norton, New York, 2004), p.66 : « Jusqu’à présent, nous n’avons découvert aucune preuve indiquant que (…) l’Irak ait coopéré avec al-Qaïda dans la planification ou l’exécution d’une quelconque attaque contre les États-Unis. » (Disponible en français sous le titre Rapport final de la Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis [Éditions des Équateurs, Paris, 2004], The 9/11 Commission Report est analysé sous un angle critique par l’universitaire et auteur états-unien David Ray Griffin dans Omissions et manipulations de la Commission d’enquête [Éditions Demi-Lune, Paris, 2006]).

 

[6]. Sunday Times (Londres), 1er mai 2005 ; Mark Danner, The Secret Way to War: The Downing Street Memo and the Iraq War’s Buried History (New York Review of Books, New York, 2006).

 

[7]. 9/11 Commission Report, pp.266-72.

 

[8]. Kevin Fenton, Disconnecting the Dots (TrineDay, Walterville, OR, 2011).

 

[9]. 9/11 Commission Report, p.259, p.271 ; Lawrence Wright, The Looming Tower: Al-Qaeda and the Road to 9/11 (Knopf, New York, 2006), pp.352-54 ; Scott, La Machine de guerre américaine, p.299.

 

[10]. Fenton, Disconnecting the Dots, p.371, cf. p.95.

 

[11]. J’insiste sur une note du chapitre précédent : nous pourrions, voire nous devrions différencier une opération conjointe impliquant à la fois des responsables du gouvernement des États-Unis et de l’Arabie saoudite – ainsi que certains des pirates de l’air présumés – d’un éventuel plan de destruction des tours du World Trade Center.

 

[12]. Lutz Kleverman, « The new Great Game », Guardian (Londres), 19 octobre 2003.

 

[13]. Project for the New American Century (PNAC), Rebuilding America’s Defenses: Strategy, Forces and Resources For a New Century: A Report of the Project for the New American Century, septembre 2000, p.17, p.27, (site fermé). Traduit en français et reproduit à l’identique par l’association ReOpen911, p.17, p.27.

 

[14]. « US Pulls out of Saudi Arabia », BBC News, 29 avril 2003.

 

[15]. Richard A. Clarke, Against All Enemies: Inside America’s War on Terror (Free Press, New York, 2004), p.31.

 

[16]. Bradley Graham, By His Own Rules: The Ambitions, Successes, and Ultimate Failures of Donald Rumsfeld (Public Affairs, New York, 2009), p.290.

 

[17]. PNAC, « Letter to President Clinton on Iraq », 26 janvier 1998 (site fermé).

 

[18]. Gary Dorrien, Imperial Designs: Neoconservatism and the New Pax Americana (Routledge, New York, 2004). Bacevich faisait référence à un mémo de 1992 rédigé par Paul Wolfowitz et destiné à Dick Cheney, alors secrétaire à la Défense. Ce mémo appelait les États-Unis à conserver leur pouvoir d’intervenir de façon unilatérale. Voir Lewis D. Solomon, Paul D. Wolfowitz: Visionary Intellectual, Policymaker, and Strategist (Praeger, New York, 2007), p.52 ; Andrew Bacevich, American Empire: The Realities and Consequences of U.S. Diplomacy (Harvard University Press, Cambridge, MA, 2002), p.44.

 

[19]. Baker Institute, Université de Rice et Conseil des Relations Étrangères (CFR), « Strategic Energy Policy: Challenges for the 21st Century », Task Force Report, p.40. Discussion dans Peter Dale Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial (Éditions Demi-Lune, Paris, 2010), pp.264-5. Dans son édition du 10 juin 2002, le Scotland Sunday Herald avança que le Vice-président Cheney lui-même avait commandité ce rapport, et que l’ancien secrétaire d’État James Baker le lui avait transmis en mains propres. Depuis lors, on m’a assuré qu’aucune de ces assertions n’était vraie.

 

[20]. Bob Woodward, Bush at War (Simon & Schuster, New York, 2002), p.131. Bien avant, durant l’après-midi du 11-Septembre, le haut responsable du Pentagone Stephen Cambone prit des notes durant sa conversation avec Rumsfeld : « Besoin de cibles immédiates – Allez-y massivement. Balayez tout ça, lié ou pas [aux attaques du 11-Septembre] » (source).

 

[21]. Wesley Clark, Winning Modern Wars (Public Affairs, New York, 2003), p.130. 22.

 

[22]. Wesley Clark, discours devant le Commonwealth Club, 3 octobre 2007.

 

[23]. Nicholas Lemann, « The Next World Order », New Yorker, 1er avril 2002.

 

[24]. Project for the New American Century (PNAC), Rebuilding America’s Defenses: Strategy, Forces and Resources For a New Century: A Report of the Project for the New American Century, septembre 2000, p.17, p.27, (site fermé). Traduit en français et reproduit à l’identique par l’association ReOpen911, p.17, p.27.

 

[25]. Ahmed Rashid, Descent Into Chaos: The United States and the Failure of Nation Building in Pakistan, Afghanistan, and Central Asia (Viking, New York, 2008), p.69, p.70 ; citant Ahmed Rashid, « US Builds Alliances in Central Asia », Far Eastern Economic Review, 1er mai 2000 : « La CIA et le Pentagone avaient collaboré étroitement avec l’armée et les services secrets ouzbeks depuis 1997, les équipant, les formant et les supervisant dans l’espoir d’utiliser les Forces spéciales ouzbèkes afin de chasser Oussama ben Laden d’Afghanistan – une opération que j’ai découverte lors d’un voyage à Washington en 2000. »

 

[26]. Voir le chapitre 8.

 

[27]. Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial, pp.36-7.

 

[28]. Certaines estimations des dépenses annuelles dans le domaine de la Sécurité intérieure atteignent le trillion (soit un millier de milliards) de dollars. Voir Stephan Salisbury, « Weaponizing the Body Politic », Tomdispatch.com, 4 mars 2012.

 

[29]. Cf. Simon Johnson, « Too Big to Jail », Slate.com, 24 février 2012 : « Évidemment, la peur des conséquences d’éventuelles mesures punitives contre les banquiers est le principal motif expliquant l’indulgence de l’administration [Obama] à l’égard de la grave criminalité [financière]. Et nos responsables ont peut-être raison de le craindre, au vu de l’énorme importance des banques vis-à-vis de tout ce qui est lié à l’économie. En effet, celles-ci sont plus grandes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient avant la crise. De plus, comme James Kwak et moi-même l’avons amplement démontré dans notre livre, 13 Bankers, elles sont bien plus grosses qu’elles ne l’étaient il y a 20 ans. »

 

[30]. John Farmer, The Ground Truth: The Untold Story of America Under Attack on 9/11 (Riverhead Books, New York, 2009), p.288 ; cité dans Anthony Summers et Robbyn Swan, The Eleventh Day: The Full Story of 9/11 and Osama bin Laden (Ballantine, New York, 2011), p.147.

 

[31]. Summers et Swan, Eleventh Day, pp.383-4 ; cf. Farmer, Ground Truth, p.41. Bien qu’étant Démocrate, Samuel Berger fut ensuite protégé par l’administration Bush républicaine, qui lui évita d’avoir à témoigner devant le Congrès à propos de ses actes (une condition de sa négociation de peine).

 

[32]. Summers et Swan, ibidem, p.334.

 

[33]. Fenton, Disconnecting the Dots, pp.72-9. Barbara Grewe quitta ensuite le gouvernement pour rejoindre Mitre Corp., une entreprise privée travaillant pour la CIA et une autre firme appelée Ptech. Il y a quelques années, dans un témoignage d’Indira Singh au sujet du 11-Septembre, cette dernière souleva de graves questions au sujet du travail de Ptech et de Mitre Corp. sur les systèmes d’interopérabilité entre la FAA et le NORAD ; voir Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial, p.245.

 

[34]. Fenton, ibidem, p.78. Kirsten Wilhelm, une employée des Archives nationales, déclara à Kevin Fenton qu’« [i]l [semblait] que Barbara Grewe ait mené les entretiens avec ‘John’ [Wilshire] et Jane [Corsi] », une autre figure clé dans cette affaire. Wilhelm ne put trouver d’« enregistrement officiel » de l’entretien avec Wilshire, qualifié avec justesse par Fenton d’« audition probablement la plus importante que la Commission [d’enquête sur le 11-Septembre] ait conduite » (p.79). Summers et Swan, citant également une correspondance avec Kirsten Wilhelm, désapprouvent le fait qu’il n’y ait aucune trace de cette entretien avec Wilshire, affirmant qu’un compte-rendu de cet échange existe, mais qu’il « est intégralement censuré » (Summers et Swan, Eleventh Day, p.381, cf. p.552). Il s’agit d’un point important sur lequel les prochaines enquêtes devront se concentrer.

 

[35]. Fenton, ibidem, p.225.

 

[36]. Ibidem, p.38 ; citant 9/11 Commission Report, pp.181-2.

 

[37]. « Michelle » a depuis été identifiée sur Internet, mais par une seule source jusqu’à présent.

 

[38]. Fenton, Disconnecting the Dots, pp.42-5 ; résumant le rapport de l’inspecteur général du Département de la Justice, pp.239-42 ; cf. Wright, Looming Tower, pp.311-2.

 

[39]. Fenton, ibidem, p.50 ; résumant le rapport de l’inspecteur général du Département de la Justice, pp.242-3 ; cf. Wright, Looming Tower, p.311.

 

[40]. Fenton, ibidem, p.45.

 

[41]. Je ne sais pas s’ils ont réellement embarqué dans cet avion. Cependant, je suis convaincu qu’al-Mihdhar et al-Hazmi ont agi comme s’ils voulaient détourner un appareil, ce que démontrent leurs contacts avec al-Qaïda en Malaisie et ailleurs, ou leurs tentatives d’apprendre à piloter (etc.). Pour information, je ne suis pas et je n’ai jamais été persuadé que des islamistes arabes avaient précipité les avions sur leurs cibles le matin du 11-Septembre.

 

[42]. Fenton, Disconnecting the Dots, pp.383-6.

 

[43]. Ibidem, p.48. Cf. Lawrence Wright, « The Agent », New Yorker, 10 et 12 juillet 2006, p.68 ; cité avec approbation dans Peter Dale Scott, La Machine de guerre américaine, p.293.

 

[44]. Fenton, ibidem, p.371, cf. p.95.

 

[45]. Ibidem, pp.239-42, pp.310-22. Fenton relève que Corsi travailla au quartier général du FBI, qui coordonnait « les liaisons avec les services étrangers » (p.313).

 

[46]. Ibidem, p.310.

 

[47]. Paul Church, « Was Saudi Arabia Involved ? », Asia Times en ligne, 11 février 2012.

 

[48]. Initialement, comme d’autres observateurs, j’ai suspecté que ces deux hommes étaient des agents double saoudiens. Il est également possible qu’ils aient été envoyés aux États-Unis en tant que cibles désignées, afin d’être surveillés par les services de renseignement états-uniens et/ou saoudiens. L’un de mes rares désaccords avec Kevin Fenton apparaît lorsqu’il appelle al-Mihdhar « l’un des agents les plus expérimentés [parmi les pirates de l’air] » (Fenton, Disconnecting the Dots, p.205). Au contraire, j’ai plutôt l’impression qu’il était soit un espion inexpérimenté ou incompétent, soit un agent de moindre rang qui s’exposait délibérément à la détection afin de tester les réponses états-uniennes.

 

[49]. Summers et Swan, Eleventh Day, p.396.

 

[50]. 9/11 Commission Report, p.184.

 

[51]. Steve Coll, Ghost Wars: The Secret History of the CIA, Afghanistan, and bin Laden, from the Soviet Invasion to September 10, 2001 (Penguin, New York, 2004), pp.456-7.

 

[52]. Thomas E. Ricks et Susan B. Glasser, « U.S. Operated Secret Alliance with Uzbekistan », Washington Post, 14 octobre 2001.

 

[53]. Ibidem.

 

[54]. Michael Klare, Blood and Oil (Metropolitan Books/Henry Holt, New York, 2004), pp.135-6 ; citant R. Jeffrey Smith, « U.S. Leads Peacekeeping Drill in Kazakhstan », Washington Post, 15 septembre 1997. Cf. Kenley Butler, « U.S. Military Cooperation with the Central Asian States », 17 septembre 2001.

 

[55]. En 1957, en tant que jeune diplomate canadien, j’ai moi-même disposé d’un accès spécial, qui était une accréditation d’un niveau supérieur au « top secret » pour consulter des renseignements de l’OTAN – une liaison relativement ouverte et directe.

 

[56]. Pour plus d’informations sur Ali Mohamed, voir Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial, pp.213-25 (chapitre 8). Voir également les chapitres 4 et 5 du présent ouvrage.

 

[57]. Scott, ibidem, p.158 ; citant John Berger, « Unlocking 9/11: Paving the Road to 9/11 », Intelwire.com : « Ali Mohamed a été l’une des sources principales du tristement célèbre briefing présidentiel quotidien (PDB pour Presidential Daily Briefing) du 6 août 2001 intitulé ‘Ben Laden déterminé à frapper aux États-Unis’. » Selon moi, le PDB, fréquemment cité comme un exemple de la bonne performance de la CIA, illustre plus probablement comment l’Unité ben Laden concoctait ce qui allait devenir les archives en anticipation des contrôles lancés après le 11-Septembre. Sans le nommer, le PDB fit trois fois référence à Ali Mohamed en le décrivant comme une menace, malgré le fait qu’il était alors sous contrôle des autorités fédérales et qu’il attendait sa condamnation pour son rôle dans les attentats de 1998 contre les ambassades états-uniennes. Le PDB semble donc avoir été rédigé pour embellir les archives, tout comme le travail de Wilshire au FBI ce même mois d’août 2001.

 

[58]. John Berger, « Unlocking 9/11 », p.20 (Cloonan) ; 9/11 Commission Report, p.261 (PDB).

 

[59]. James Risen, New York Times, 31 octobre 1998 ; dans Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial, pp.439-41.

 

[60]. Raleigh News & Observer, 13 novembre 2001 ; dans Scott, ibidem, pp.440-1. J’ai rajouté le terme « armée ». Le QG de l’USSOCOM est situé à Fort MacDill, une base aérienne de l’US Air Force en Floride.

 

[61]. Dana Priest et William M. Arkin, « ‘Top Secret America’: A Look at the Military’s Joint Special Operations Command », Washington Post, 2 septembre 2011.

 

[62]. Fenton, Disconnecting the Dots, pp.168-9 ; Summers et Swan, Eleventh Day, p.371, p.550.

 

[63]. Fenton, ibidem, p.372.

 

[64]. Joseph J. Trento, Prelude to Terror: The Rogue CIA and the Legacy of America’s Private Intelligence Network (Carroll & Graf, New York, 2005), pp.113-4 : « Shackley, qui avait encore pour ambition de diriger la CIA, pensait qu’en l’absence de ses multiples ressources et agents (…), le Safari Club serait inefficace. Celui-ci opérait alors avec Richard Helms, qui était en fonction à Téhéran. Shackley était parfaitement conscient que ce dernier était visé par une enquête pénale pour avoir menti au Congrès à propos de la CIA au Chili. Il avait d’ailleurs témoigné devant le même jury d’accusation. À moins que Shackley n’intervienne lui-même pour finaliser rapidement la privatisation des opérations de renseignement, le Safari Club n’aurait eu aucun accès à des ressources opérationnelles directes [de la CIA]. La solution : créer un réseau de renseignement totalement privé, qui aurait collaboré avec des soutiens de l’Agence jusqu’à ce que le Président Carter soit remplacé. »

 

[65]. Scott, La Machine de guerre américaine, pp.239-40 ; Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial, pp.101-3. 66. Ahmed Rashid, Taliban: Militant Islam, Oil, and Fundamentalism in Central Asia (Yale UP, New Haven CT, 2000), p.129.

 

[66]. Ahmed Rashid, Taliban: Militant Islam, Oil, and Fundamentalism in Central Asia (Yale UP, New Haven CT, 2000), p.129.

 

[67]. John Prados, Safe for Democracy, p.489 ; discussion dans Scott, La Machine de guerre américaine, pp.38-41.

 

[68]. James Risen, State of War: The Secret History of the CIA and the Bush Administration (Free Press, New York, 2006), pp.188-9.

 

[69]. Fenton, Disconnecting the Dots, p.104.

 

[70]. Summers et Swan, Eleventh Day, p.397.

 

[71]. Joseph J. et Susan B. Trento, dans Summers et Swan, Eleventh Day, p.399. Depuis que j’ai présenté ce travail à la conférence internationale de Toronto le 11 septembre 2011, « Bob Kerrey [, ancien sénateur] du Nebraska – un Démocrate qui servit à la (…) Commission d’enquête sur le 11-Septembre – [a déclaré] dans un témoignage sous serment (…) que ‘d’importantes questions [restaient] sans réponses’ concernant le rôle des institutions saoudiennes. ‘On n’a jamais vraiment enquêté sur les preuves indiquant une probable implication d’agents du gouvernement saoudien dans les attaques du 11-Septembre’, déclara M. Kerrey. » (« Saudi Arabia May Be Tied to 9/11, 2 Ex-Senators Say », New York Times, 29 février 2011).

 

[72]. Wright, Looming Tower, p.161 ; dans Summers et Swan, Eleventh Day, p.216.

 

[73]. Une telle corruption est prévisible et très répandue. Dans les célèbres exemples de Gregory Scarpa et de Whitey Bulger, des agents du FBI rattachés aux bureaux de New York et de Boston furent accusés de fournir à leurs indics mafieux des informations qui conduisirent à des meurtres de témoins et de rivaux. Les agents du bureau new-yorkais de l’ancien Bureau Fédéral des Stupéfiants (FBN pour Federal Bureau of Narcotics) s’impliquèrent à un tel degré dans le trafic de drogue de leurs indics que le FBN fut fermé et réorganisé.

 

[74]. Ralph Blumenthal, « Tapes Depict Proposal to Thwart Bomb Used in Trade Center Blast », New York Times, 28 octobre 1993, accentuation ajoutée. Le jour suivant, le Times publia une légère correction : « Les transcriptions des bandes secrètement enregistrées par un informateur, Emad A. Salem, montrent qu’il avait mis en garde le gouvernement sur le fait qu’une bombe était en train d’être fabriquée. Toutefois, les transcriptions ne permettent pas d’établir dans quelle mesure les autorités fédérales étaient au courant que la cible était le World Trade Center. »

 

[75]. Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial, pp.205-6.

 

[76]. Peter Dale Scott, « La Bosnie, le Kosovo et à présent la Libye : les coûts humains de la collusion perpétuelle entre Washington et les terroristes », Mondialisation.ca, 17 octobre 2011 : Evan Kohlmann a décrit comment un bureau de Zagreb, ouvert pour aider les jihadistes soutenus par l’Arabie saoudite en Bosnie, recevait « directement tous ses ordres et ses fonds du principal bureau d’al-Kifah aux États-Unis, situé sur l’Atlantic Avenue [à Brooklyn] et contrôlé par le cheikh Omar Abdel Rahman » (Evan Kohlmann, Al-Qaida’s Jihad in Europe, pp.39-41 ; citant Steve Coll et Steve LeVine, « Global Network Provides Money, Haven », Washington Post, 3 août 1993).

 

[77]. La corruption semble être inévitable au sein des superpuissances – ces États qui ont accumulé un excès de puissance par rapport à ce qui est requis pour leur propre défense. Ce processus n’est pas autant perceptible dans des États moins forts, comme le Canada.

 

[78]. Peter Dale Scott, « America’s Afghanistan: The National Security and a Heroin-Ravaged State », Asia-Pacific Journal: Japan Focus, N°20, 18 mai 2009. Cf. « U.S. looks into Afghan air force drug allegations », CNN, 8 mars 2012 : « Les États-Unis sont en train d’enquêter sur des accusations visant des membres de l’armée de l’Air afghane, qui auraient utilisé leurs avions pour transporter de la drogue, selon ce qu’a déclaré jeudi un porte- parole de l’US Army. Les enquêteurs veulent savoir si ces accusations de trafic de drogue, initialement rapportées dans le Wall Street Journal, sont liées à la fusillade ayant entraîné la mort de 8 officiers de l’US Air Force à l’aéroport de Kaboul, la capitale afghane. ‘Nous vérifions les accusations d’usage abusif d’appareils de l’AAF’, déclara le lieutenant-colonel Tim Stauffer – évoquant la possibilité que du matériel de l’armée de l’Air afghane ait été utilisé pour transporter illégalement des armes et de la drogue. »

 

[79]. Fenton, Disconnecting the Dots, p.310.

 

[80]. Ibidem, p.371, cf. p.95.

 

[81]. Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS), « Courses of Action Related to Cuba (Case II) » ; cité dans Scott, La Machine de guerre américaine, pp.289-90.

 

[82]. Washington Post, 30 septembre 2001 ; dans Summers et Swan, Eleventh Day, p.293 ; cf. 9/11 Commission Report, pp.221-2.

 

[83]. Voir Scott, La Machine de guerre américaine, pp.293-300.

 

[84]. Fenton, Disconnecting the Dots, pp.360-1, p.385. Visiblement, une rétention d’informations a également été menée dans les hautes sphères du Commandement mixte des armées (USJFCOM pour US Joint Forces Command) : « Le vice-amiral Martin J. Meyer, commandant en chef adjoint (DCINC) de l’USJFCOM, fut l’un des responsables ayant assisté au briefing du DO5 [, une unité de renseignement de l’USJFCOM affectée à la surveillance du terrorisme visant les États-Unis]. (…) Deux semaines avant le 11-Septembre, malgré les alertes lancées durant ce briefing, Meyer aurait affirmé au général Larry Arnold – le commandant du NORAD pour la région continentale des États-Unis (CONR) – que ‘ses inquiétudes au sujet d’Oussama ben Laden en tant que menace potentielle pour les États-Unis étaient infondées’. Il déclara la même chose à d’autres responsables du CONR, leur disant que ‘si tout le monde arrêtait simplement de regarder CNN, il n’existerait pas de menace appelée Oussama ben Laden.’ » (Jeffrey Kaye et Jason Leopold, « EXCLUSIVE: New Documents Claim Intelligence on Bin Laden, al-Qaeda Targets Withheld From Congress’ 9/11 Probe », Truthout.org, 13 juin 2011).

 

[85]. Scott, La Machine de guerre américaine, pp.296-7.

 

[86]. Ibidem, pp.295-9.

 

[87]. Clarke, Against All Enemies, pp.30-3 ; Summers et Swan, Eleventh Day, pp.175-6 ; James Bamford, A Pretext for War, p.287.

 

[88]. Mark Selden a décrit comment le processus d’« exacerbation des passions nationalistes engendrées par des attaques venant de nulle part » avait « soutenu le ‘mode de guerre américain’ [ou ‘American way of war’] depuis 1898 » (Mark Selden, « The American Archipelago of Bases, Military Colonization and Pacific Empire: Prelude to the Permanent Warfare State », International Journal of Okinawan Studies, 2012).

 

[89]. Thomas E. Ricks et Susan B. Glasser, « U.S. Operated Secret Alliance with Uzbekistan », Washington Post, 14 octobre 2001. Détail important : la proposition de créer une force offensive conjointe avec l’Alliance du Nord se heurtait également à l’opposition du commandant Massoud lui-même (Peter Tomsen, The Wars of Afghanistan, pp.597-8, p.796n25). Le problème de la réticence de Massoud à une présence des troupes états-uniennes en Afghanistan disparut lorsqu’il fut assassiné le 9 septembre 2001, soit deux jours avant les attentats.

 

[90]. Coll, Ghost Wars, pp.467-9.

 

[91]. Ibidem, p.513, pp.534-6, p.553.

 

[92]. Ibidem, p.558.

 

[93]. Ibidem, pp.573-4.

 

[94]. Fenton, Disconnecting the Dots, p.108.

 

[95]. Ibidem, pp.110-4.

 

[96]. George Tenet, At the Center of the Storm: My Years at the CIA (HarperCollins, New York, 2007), p.255.

 

[97]. Jeremy Scahill, « Shhhhhh! JSOC is Hiring Interrogators and Covert Operatives for ‘Special Access Programs’ », Thenation.com, 25 août 2010.

 

[98]. Fenton, Disconnecting the Dots, pp.127-30 ; Summers et Swan, Eleventh Day, pp.387-8.

 

[99]. Jason Vest, « Implausible Denial II », Thenation.com, 31 mai 2004.

 

[100]. Scott, La Route vers le nouveau désordre mondial, pp.298-301.

 

[101]. Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS), « Courses of Action related to Cuba (Case II) », Rapport du J-5 pour le Comité des chefs d’États-majors interarmées, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.21. Document traduit en français, consultable en ligne. Discussion dans Scott, La Machine de guerre américaine, p.285, pp.289-90.

 

[102]. Scott, La Machine de guerre américaine, pp.289-303 ; document Northwoods, dossiers centraux du Comité des chefs d’États-majors interarmées (JCS) 1962-63, p.178, NARA Record # 202-10002-10104.

 

[103]. Peter Dale Scott, The War Conspiracy: JFK, 9/11, and the Deep Politics of War (Skyhorse Publishing, New York, 2013), pp.387-9.

 

[104]. Fenton, Disconnecting the Dots, pp.283-355 ; Scott, War Conspiracy, pp.341-96.

 

[105]. « La ‘Guerre contre le terrorisme’ a produit un ‘crime contre l’humanité’ », RTBF.be, 4 avril 2015. Cf. Karen DeYoung, « Secrecy defines Obama’s drone war », Washington Post, 19 décembre 2011.

 

[106]. Adrian Blomfield et Mike Smith, « Gorbachev: US could start new Cold War » Telegraph (Londres), 6 mai 2008.

 

[107]. Uwe Klussmann, Matthias Schepp et Klaus Wiegrefe, « NATO’s Eastward Expansion: Did the West Break Its Promise to Moscow? », Spiegel.de (Spiegel Online International), 26 novembre 2009.

 

[108]. Peter Dale Scott, « Drogue, pétrole et guerre », DeDefensa.org, 10 juin 2013.

 

[109]. Peter Baker, « In Cold War Echo, Obama Strategy Writes Off Putin », New York Times, 19 avril 2014.

 

[110]. « Tom Hayden discussing the crisis in Venezuela », Tikkun.org, 25 février 2014.

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