La bannière étoilée derrière le drapeau noir

Eva-Bee-illustration-009

Politique profonde et médias « alternatifs »

 

La bannière étoilée derrière le drapeau noir

 

Par Maxime Chaix

 

« Je reproduis ici mon dernier article, qui vient d’être publié par DeDefensa.org. À travers cette analyse, j’explique l’intérêt de la “Politique profonde” telle que développée par Peter Dale Scott depuis une quarantaine d’années, et dont le journaliste britannique Nafeez Mosaddeq Ahmed est l’un des principaux spécialistes. Dans cet article, j’étudie les révélations du général Michael Flynn, l’ancien directeur du Renseignement militaire du Pentagone (DIA). Il y a quelques jours, ce dernier a confirmé que les États-Unis et certains de leurs alliés avaient soutenu des groupes jihadistes combattant le régime de Bachar el-Assad, cette politique ayant favorisé l’émergence de Daech. Ces révélations ont été suivies d’un lourd silence dans les les médias occidentaux, et tout particulièrement en France. Dans ce contexte orwellien, j’explique en quoi la “Politique profonde” et les médias “alternatifs” permettent de compenser cette carence informative sur des sujets aussi cruciaux. Enfin, je dédie cet article à Khaled al-Assaad, l’ancien directeur du musée des antiquités de Palmyre, qui vient d’être lâchement assassiné par Daech. »

 

(Source : DeDefensa.org, 20 août 2015)

 

Les politiques profondes occidentales et l’émergence de Daech

 

La « Politique profonde » a été définie par Peter Dale Scott comme l’étude de « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement refoulées dans le discours public plus qu’elles ne sont admises ». [1] Aujourd’hui, l’un des principaux spécialistes de cette discipline est le chercheur britannique Nafeez Mosaddeq Ahmed, qui se présente sur son site officiel comme un « journaliste d’investigation analysant les politiques profondes de la “guerre contre le terrorisme”, dans le contexte de la crise de la civilisation [industrielle]. » [2] Le Dr. Ahmed est un lecteur assidu de Peter Dale Scott, dont il a vivement recommandé le dernier ouvrage, intitulé L’État profond américain. À cette occasion, il a décrit le Dr. Scott comme « un pionnier dans l’étude méthodique de l’État de sécurité nationale [,] et de son influence occulte dans tous les domaines de la politique étrangère et intérieure des États-Unis ». [3]

 

En mai dernier, en se basant sur des documents rendus publics grâce à Judicial Watch, Nafeez Ahmed révéla que le Renseignement militaire du Pentagone (DIA) avait prédit en 2012 l’émergence d’un « État Islamique » [4] à cheval entre l’Irak et la Syrie, accusant l’administration Obama – et plus généralement « l’Occident, les États du golfe Persique et la Turquie » –, d’avoir encouragé la montée en puissance de Daech. [5] Il s’avère que ses analyses, qui lui avaient valu de nombreuses critiques, viennent d’être corroborées par l’ancien directeur de la DIA lui-même, comme nous le verrons dans cet article.

 

Ainsi, l’étude et la mise au jour des politiques profondes des États-Unis et de leurs alliés, dont la France, sont d’une importance vitale. En effet, depuis le 11-Septembre, nous observons en Occident une succession de dérives autoritaires légitimées par la lutte antiterroriste, [6] alors qu’à l’étranger, des milices jihadistes ont été clandestinement soutenues par les principales puissances de l’OTAN et leurs alliés moyen-orientaux depuis les années 1980, [7] notamment en Libye et en Syrie. Il en résulte un débat public orwellien, dans lequel la plupart des groupes terroristes sont présentés comme des ennemis de la démocratie – ce qu’ils sont indiscutablement –, alors que des stratégies de déstabilisation systémique [8] conduisent des États de l’OTAN et du CCG à les appuyer sur différents théâtres d’opération. [9] Bien souvent, ces politiques profondes engendrent un chaos durable et meurtrier, pour reprendre les exemples de la Libye et de la Syrie [10] ; et puisqu’elles renforcent des réseaux jihadistes qui nous sont hostiles, elles amplifient le risque d’attentats, y compris contre les populations occidentales. Il en résulte que nos libertés publiques sont progressivement supprimées au nom de la lutte antiterroriste. [11]

 

Depuis l’effondrement des trois tours [12] du World Trade Center, une écrasante majorité de journalistes et d’experts occidentaux nous décrit un monde outrancièrement simplifié, dans lequel l’Occident serait en « guerre contre le terrorisme » – cette campagne globale ayant tué au moins 1,3 million de civils en Irak, en Afghanistan et au Pakistan… [13] Certes, il est indéniable que les opérations spéciales ciblant des leaders jihadistes sont en pleine expansion, en particulier sous les présidences Obama [14] et Hollande. [15] Il est également évident que les divers services de renseignement et de police occidentaux sont perpétuellement engagés dans des opérations de contre-terrorisme, ce qui est légitime. Néanmoins, ce contexte de lutte antiterroriste et de guerres secrètes dissimule une réalité profonde que je dénonce sans relâche : lorsque des intérêts supérieurs sont en jeu, [16] ou que les politiques étrangères sont conditionnées par l’« affectivisme », [17] des milices jihadistes affiliées à al-Qaïda sont clandestinement soutenues par des puissances occidentales, avec la complicité active d’alliés moyen-orientaux tels que le Qatar ou l’Arabie saoudite. [18]

 

Cette réalité profonde est difficile à accepter, puisque nous avons été conditionnés à croire [19] que nos gouvernements se contentent de lutter de bonne foi contre des réseaux jihadistes opposés à l’Occident. Or, les révélations récentes d’un ancien haut responsable des renseignements états-uniens remettent en cause cette vision du monde simpliste et manichéenne. En effet, le 31 juillet 2015, Al-Jazeera a diffusé une interview de Michael Flynn, l’ancien directeur du Renseignement militaire du Pentagone (DIA). [20] Poussé dans ses retranchements par le journaliste Mehdi Hasan, [21] le général Flynn a avoué un fait aussi alarmant que scandaleux : en 2012, alors que son agence alertait l’administration Obama de la possible émergence d’un « État Islamique » entre l’Irak et la Syrie, la Maison Blanche a délibérément choisi de soutenir clandestinement des réseaux jihadistes combattant le régime de Bachar el-Assad ; cette politique a donc favorisé l’émergence de l’organisation Daech… contre laquelle les États-Unis dirigent actuellement une coalition multinationale à l’efficacité pour le moins discutable. [22] En décembre 2014, le général Vincent Desportes avait déclaré au Sénat que Daech était un « monstre » ayant été « créé » par les États-Unis, qu’il a qualifiés de « docteur Frankenstein ». [23] Le général Michael Flynn vient de le reconnaître ouvertement sur Al-Jazeera.

 

Bien qu’étant informée des risques de cette politique secrète, la Maison Blanche a donc consciemment décidé de soutenir des milices extrémistes en Syrie, avec les funestes résultats que nous connaissons. Selon Nafeez Mosaddeq Ahmed et Peter Dale Scott, des intérêts géostratégiques et énergétiques inavoués ont motivé cette intervention clandestine coordonnée par la CIA, [24] mais opérationnalisée par les services spéciaux turcs, saoudiens et qataris. [25] À l’origine, il semble néanmoins qu’un autre facteur ait sous-tendu les politiques profondes des États-Unis en Syrie : en août 2011, comme l’a expliqué DeDefensa.org, [26] l’administration Obama s’est enfermée dans une non-politique consistant à exiger le départ de Bachar el-Assad, mais sans qu’elle n’intervienne militairement par la suite.

 

D’après des sources internes au gouvernement états-unien, le processus décisionnel ayant motivé cette posture ne s’est pas basé sur des motifs stratégiques, mais sur la volonté d’être « du bon côté de l’Histoire ». En effet, l’administration Obama avait été critiquée pour sa lenteur et sa prudence excessive face aux événements qui avaient secoué l’Égypte au début de l’année 2011. [27] Sur la question syrienne, certains hauts responsables de l’administration Obama ont d’ailleurs fait état de fortes pressions interventionnistes de la part des médias et des alliés européens des États-Unis, en particulier de la France. [28] Il est vrai qu’à l’époque, et jusqu’à présent, les forces loyalistes de Bachar el-Assad commettent des exactions contre la population civile, ce qui est certes inhumain, [29] mais qui l’est tout autant que les millions de morts et de blessés engendrés par les politiques étrangères occidentales en Irak et en Afghanistan depuis un quart de siècle[30] Emprisonnée dans cette posture ne permettant aucune négociation avec Bachar el-Assad, et à défaut de souhaiter une intervention militaire directe, la Maison Blanche s’est lancée dans une politique clandestine pour le moins dangereuse et court-termiste.

 

En 2012, un réseau de bases situées en Jordanie et en Turquie organisait cette guerre secrète sous l’étroite supervision de la CIA, qui coordonna notamment des livraisons d’armes à différentes factions hostiles à Bachar el-Assad. [31] Jusqu’à présent, la politique syrienne de l’administration Obama a officiellement consisté à appuyer des rebelles soi-disant « modérés » [32] ; en réalité, sa politique profonde dans le Levant a visé jusqu’à aujourd’hui [33] à soutenir la nébuleuse al-Qaïda, pourtant accusée par Washington d’avoir perpétré les attentats du 11-Septembre. Ayman al-Zawahiri, le leader de cette organisation, aurait d’ailleurs demandé à ses troupes de ne « pas utiliser la Syrie comme une base pour des attentats contre l’Occident ou l’Europe, afin de ne pas salir la guerre actuelle ». [34] Ces propos ont été recueillis en juin dernier par Al-Jazeera durant une interview du chef d’al-Qaïda en Syrie, Mohammed al-Joulani. Actuellement, ce dernier dirige un réseau extrémiste appelé l’« Armée de la conquête » ; et les médias français ne font pas mystère d’une alliance entre le Qatar, l’Arabie saoudite et la Turquie pour soutenir cette milice d’al-Qaïda et faire tomber le régime de Bachar el-Assad, [35] avec l’assentiment de la Maison Blanche. En effet, selon le grand reporter Gareth Porter, l’administration Obama aurait accepté cette politique à condition que les pays concernés ne fassent pas obstruction à la signature de l’accord sur le nucléaire iranien. [36]

 

Une « décision délibérée » de la Maison Blanche, puis le chaos

 

Cet aveu crucial du général Flynn a été initialement relevé par le journaliste freelance Brad Hoff, dans un article traduit par un site d’information alternative, LeSakerFrancophone.net. En effet, comme nous le verrons, aucune source médiatique grand public n’a relayé cette révélation, du moins en France. Je reproduis donc cette traduction du Saker, qui se base elle-même sur un média « alternatif » (ForeignPolicyJournal.com) :

 

« [Mehdi] Hasan [Al-Jazeera] : – En 2012 les États-Unis aidaient à coordonner les transferts d’armes vers ces mêmes groupes (salafistes, les frères musulmans, al-Qaïda en Irak), pourquoi n’avez-vous pas cessé de le faire si vous vous inquiétiez de la montée en puissance des extrémistes islamistes ?

 

[Michael] Flynn : – Je déteste dire que ce n’était pas mon boulot… Mais bon… Mon boulot était juste de m’assurer que les informations que nous présentions étaient aussi valides que possible. (…)

 

Hasan : – Vous êtes donc en train de nous dire qu’à cette époque le gouvernement [des États-Unis] savait que ces groupes existaient, vous en avez vu l’analyse, et vous argumentiez contre [auprès de la Maison Blanche], mais alors, qui n’écoutait pas ?

 

Flynn : – Je crois que c’est l’administration [Obama].

 

Hasan : – L’administration a donc fermé les yeux face à votre rapport ?

 

Flynn : – Je ne crois pas qu’elle ait fermé les yeux, je pense que ce fut une décision. Je pense même que ce fut une décision délibérée. » [37]

 

En sa qualité d’ancien responsable de la DIA, le général Flynn corrobore ainsi les arguments du journaliste d’investigation britannique Nafeez Mosaddeq Ahmed, que j’ai présenté au début de cet article. En juin dernier, il avait écrit l’analyse suivante :

 

« [L]e document de la Defense Intelligence Agency (DIA) obtenu par Judicial Watch (…) confirme que la communauté du Renseignement états-unienne avait anticipé la montée en puissance de Daech il y a 3 ans, comme conséquence directe du soutien des rebelles extrémistes en Syrie. [Diffusé à l’administration Obama et aux principaux services secrets US en] août 2012, [cet] “Information Intelligence Report” (IIR) révèle que le noyau dur de la rébellion syrienne était alors dominé par un certain nombre de groupes islamistes, incluant al-Qaïda en Irak (AQI). Il alertait sur le fait que les “puissances soutenant” la rébellion – identifiées dans ce document comme étant l’Occident, les États du golfe Persique et la Turquie –, souhaitaient l’émergence d’une “Principauté Salafiste” dans l’Est de la Syrie afin d’“isoler” le régime d’el-Assad. De plus, ce document contenait la prédiction extraordinairement juste qu’un tel embryon de mini-État islamiste, soutenu par les puissances sunnites de la région, accentuerait le risque de proclamation d’un “État Islamique” à cheval entre l’Irak et la Syrie. Ce rapport de la DIA anticipait même la chute de Mossoul et de Ramadi. » [38]

 

Après avoir publié cet article, Nafeez Mosaddeq Ahmed fut indirectement taxé de « complotisme » par le spécialiste du Moyen-Orient Juan Cole, [39] s’attirant d’autres critiques d’individus proches des milieux états-uniens de la Défense et du Renseignement ; par la suite, ses analyses furent néanmoins corroborées par des experts et des lanceurs d’alerte de premier plan. [40] À cette époque, la presse française avait peu réagi à ces révélations. Toutefois, dans un article du Point, deux experts minimisèrent l’importance de ce rapport de la DIA. [41] Leurs analyses – rassurant celles et ceux qui croient [42] que la bannière étoilée ne peut se cacher derrière le drapeau noir –, sont aujourd’hui invalidées par l’ancien responsable de cette agence.

 

La Politique profonde comme alternative au silence médiatique

 

À la suite des révélations frappantes du général Flynn, nous aurions pu nous attendre à un scandale d’ampleur nationale aux États-Unis, voire même à l’échelle mondiale puisque plusieurs pays occidentaux ont activement soutenu les rebelles soi-disant « modérés » en Syrie. Concernant la France, j’avais souligné en juillet dernier que deux importants députés français avaient publiquement accusé le gouvernement actuel d’avoir soutenu al-Qaïda en Syrie[43] Ces graves accusations ont été très peu relayées dans la presse hexagonale. Or, les révélations de Michael Flynn ont elles aussi été refoulées dans les médias français. [44] En effet, seule la branche francophone de la chaîne Russia Today (RT) en a parlé. Récemment, le grand reporter Anne Nivat s’alarmait de la montée en puissance globale de cette chaîne, puisqu’elle constitue un vecteur d’influence majeur pour le Kremlin. [45] Néanmoins RT, bien qu’ayant une ligne éditoriale loin d’être neutre et irréprochable, est devenue une source d’information qui compense trop souvent le silence médiatique occidental sur des sujets d’une importance vitale, tels que les politiques profondes dénoncées dans le présent article. J’ignore si Madame Nivat est au courant des révélations de Michael Flynn et, le cas échéant, si ses confrères et elle-même vont enquêter sur ce sujet crucial. En effet, au vu de l’expansion globale du fanatisme islamiste, de telles investigations me paraîtraient salutaires.

 

Alors que l’organisation Daech devient à juste titre l’ennemi public mondial numéro un, comprendre les véritables raisons de son essor permettrait d’éviter la répétition d’un tel processus dans d’autres régions du monde. Ainsi, dénoncer les politiques profondes des principaux pays de l’OTAN et de leurs alliés pétromonarchiques mettrait ces États face à leur responsabilité historique dans la montée en puissance des réseaux jihadistes et takfiristes au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie centrale. En effet, comme l’a récemment déclaré l’ancien responsable du contre-terrorisme à la DGSE Alain Chouet, « ce que nous appelons “salafisme”, en arabe, cela s’appelle “wahhabisme”. Et là nous sommes à contre-emploi de manière systématique et dans toutes les situations d’affrontement militaire, puisqu’au Moyen-Orient, au Sahel, en Somalie, au Nigeria, etc., nous sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis trente ans le phénomène terroriste. » [46] Ces alliances, qui laissent le champ libre aux régimes soutenant le wahhabisme à travers le monde, peuvent favoriser des réseaux jihadistes que les États occidentaux finissent par combattre militairement, lorsque la situation devient incontrôlable (talibans et al-Qaïda en Afghanistan depuis 2001 ; différents groupuscules extrémistes au Mali depuis 2013 ; Daech, al-Nosra et Khorasan en Syrie depuis 2014 ; et peut-être, dans un avenir proche, Daech et d’autres milices extrémistes en Libye [47]).

 

Néanmoins, il est peu probable que les médias occidentaux exposent un jour ces politiques clandestines irresponsables, qui se caractérisent par un court-termisme et une absence de vision stratégique tout simplement alarmants. De ce fait, l’étude de la Politique et de l’Histoire profondes telles que développées par Peter Dale Scott depuis une quarantaine d’années est plus que jamais cruciale ; et l’action des médias « alternatifs » partageant ce besoin de vérité et de justice doit être soutenue massivement via Internet et les réseaux sociaux, car les politiques profondes de l’Occident et de ses alliés menacent plus que jamais notre sécurité collective, nos libertés publiques et notre avenir commun.

 

Maxime Chaix

 

(Retour à la page d’accueil)

 

Notes

 

[1]. Comme l’a expliqué Peter Dale Scott dans son dernier livre, L’État profond américain (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2015), « [j]e distingue deux niveaux dans l’Histoire des États-Unis : les faits historiques officiellement reconnus, et ceux qui sont dissimulés [ou déformés] par les autorités [, comme le 11-Septembre, l’assassinat de JFK, le Watergate ou l’Irangate, que Peter Dale Scott appelle les “événements profonds”]. En parallèle, il existe des événements pouvant être traités par les médias dominants, et ceux que ces mêmes médias censurent [, comme la libération d’Ali Mohamed, un instructeur clé d’al-Qaïda et informateur du FBI, que le Bureau avait obtenue des autorités policières canadiennes en 1993]. Par conséquent, ce phénomène engendre deux niveaux d’analyse historique : l’Histoire officielle (ou archivistique) qui ignore, déforme ou marginalise les événements profonds ; et un second niveau qui les incorpore – appelé l’Histoire profonde par ceux qui développent cette discipline, ou qualifié de “complotisme” par ses détracteurs. L’objectif des recherches dans le domaine de la Politique profonde est de mettre au jour et de comprendre ces événements obscurs depuis ce second niveau historique. Ainsi, grâce aux recherches qu’elle induit, la Politique profonde va finalement à l’encontre des médias dominants mais pas, selon moi, de l’intérêt général. Je suis même convaincu du contraire » (accentuation ajoutée).

 

[2]. Voir son site officiel (en anglais) : www.nafeezahmed.com ; pour consulter ses principaux articles en anglais et en français, voir sa page sur le site MiddleEastEye.net ; récemment, j’ai moi-même traduit un important article de cet auteur : « Les victimes ignorées des guerres de l’Occident : 4 millions de morts en Afghanistan, au Pakistan et en Irak depuis 1990 », VoltaireNet.org, 11 avril 2015 ; alors qu’il était un blogueur spécialisé dans les questions énergétiques et climatiques au sein du prestigieux Guardian, Nafeez Ahmed a été renvoyé à la suite d’un article dévoilant les enjeux gaziers derrière l’opération israélienne de l’été 2014 contre Gaza. Depuis, il a demandé à ses propres lecteurs de financer ses enquêtes, à travers une initiative baptisée « INSURGE INTELLIGENCE ». Je vous encourage vivement à soutenir ce projet, car Nafeez Ahmed est l’un des journalistes les plus compétents, intègres et courageux de sa génération.

 

[3]. « Depuis longtemps, Peter Dale Scott a été un pionnier dans l’étude méthodique de l’État de sécurité nationale et de son influence occulte dans tous les domaines de la politique étrangère et intérieure des États-Unis. Avec ce nouvel ouvrage, [L’État profond américain], il se surpasse en offrant une analyse véritablement complète de l’empiètement croissant d’un “État profond” incontrôlé dans le système politique démocratique de ce pays, depuis l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui. Ainsi, ce livre nous laisse présager de sombres perspectives si rien ne change. Il s’agit d’un travail brillant et incisif, une lecture obligatoire pour tous ceux qui souhaitent comprendre les interactions entre le capitalisme mondialisé, la sécurité nationale et les objectifs douteux des services de renseignement les plus puissants, mais aussi les plus secrets. Dans ce livre, Scott expose le réseau complexe des intérêts criminels et entrepreneuriaux qui conditionnent l’action de ces agences. » – Nafeez Mosaddeq Ahmed (source).

 

[4]. « État Islamique » (« Islamic State ») est l’expression employée dans ce rapport secret de la DIA. Bien que l’administration Obama fût informée du risque de l’émergence de cet « État Islamique », cela ne veut pas dire que Daech soit une création totalement délibérée de la Maison Blanche – dont les politiques irakiennes et syriennes semblent aussi chaotiques que la situation sur le terrain.

 

[5]. Nafeez Mosaddeq Ahmed, « D’après un rapport du Pentagone, l’Occident, les pays du Golfe et la Turquie prévoyaient l’émergence de l’EI », MiddleEastEye.net, 29 mai 2015.

 

[6]. Maxime Chaix, « L’État profond “français” », DeDefensa.org, 27 juin 2015.

 

[7]. Pour un résumé fiable et sourcé de l’utilisation de réseaux jihadistes par les États profonds occidentaux et leurs alliés pour déstabiliser l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, la Libye et la Syrie, voir Nafeez Mosaddeq Ahmed, « L’État islamique, cancer du capitalisme moderne », MiddleEastEye.net, 27 mars 2015.

 

[8]. Ibidem.

 

[9]. Ibidem.

 

[10]. Le conflit en Syrie est infiniment complexe, et les politiques profondes des États occidentaux et de leurs alliés moyen-orientaux ne peuvent être considérées comme la cause unique de ce chaos. Néanmoins, il est clair que le soutien clandestin, par les États précités, des forces islamistes dans ce pays a considérablement amplifié le désordre et la destruction – notamment à travers l’émergence de Daech et la montée en puissance du Front al-Nosra.

 

[11]. Maxime Chaix, « L’État profond “français” », DeDefensa.org, 27 juin 2015.

 

[12]. Si vous n’êtes pas au courant qu’une troisième tour du World Trade Center s’est effondrée le 11 septembre 2001 (la WTC 7), je vous recommande vivement cet article et l’interview télévisée qu’il introduit. N’en déplaise aux esprits conformistes, ces attentats restent entachés de mystère, comme l’a démontré Peter Dale Scott dans ses derniers ouvrages, ou comme l’avait expliqué Jean-Pierre Chevènement dans son livre Défis républicains. En effet, ce dernier a souligné que « la propagation du terrorisme islamiste, certes regrettable, fournit aussi un alibi idéal à l’entreprise de recolonisation du Moyen-Orient et de domination mondiale, à l’échelle d’un “nouveau siècle américain”, dans laquelle s’est lancée l’administration de George W. Bush. L’histoire du retournement des milices wahhabites d’Oussama ben Laden contre les États-Unis, qui les avaient soutenus contre l’URSS en Afghanistan, comporte tant de zones d’ombres qu’on peut se demander si la coopération très étroite entre la CIA et les services secrets séoudiens du prince Turki, congédié seulement quinze jours avant le 11 septembre, n’éclairerait pas utilement les circonstances d’un événement qui a ouvert une page nouvelle dans l’histoire des relations internationales : comme Athéna sortant tout armée de la cuisse de Jupiter, la “Quatrième Guerre mondiale” a été décrétée ce jour-là. »

 

[13]. Marc de Miramon, « La “guerre mondiale contre le terrorisme” a tué au moins 1,3 million de civils », LHumanite.fr, 24 avril 2015 ; article cité par Romain Jeanticou, « 1,3 million de civils seraient morts dans la “guerre contre le terrorisme” », ITele.fr, 27 avril 2015.

 

[14]. Stephen Holmes (traduit par Sandrine Tolotti), « Pourquoi Obama est devenu le président des drones », NouvelObs.com/Books, 2 mars 2014 : « Dans son livre The Drone Zone, Mark Mazzetti, du New York Times, explique la “fièvre tueuse” d’un président humaniste [sic]. Et ça fait froid dans le dos. »

 

[15]. Interview de Vincent Nouzille par Sud Ouest, « “Permis de tuer” : quand les services secrets français règlent les comptes », SudOuest.fr, 29 mars 2015 : « On mène des guerres secrètes de plus en plus violentes sans que l’opinion en ait conscience. Nous sommes pris dans cette spirale de violence, et ceci bien avant les attentats de Paris du mois de janvier dernier. Un certain nombre d’actions qui nous visent sont des réponses à des choses que nous avons pu faire. Nous sommes engagés dans des engrenages où la violence répond à la violence. La lutte contre le terrorisme ne peut pas être qu’une lutte militaire ou clandestine. Le combat politique, diplomatique, doit permettre d’endiguer le phénomène. La seule réponse militaire ne suffit pas. Car après, quand vos ennemis sont déterminés à vous détruire, la négociation s’en trouve plus que limitée. On voit bien que c’est le cas aujourd’hui avec Daesh ou AQPA (al-Qaïda dans la Péninsule Arabique) » (accentuation ajoutée).

 

[16]. Pour un résumé fiable et sourcé de l’utilisation de réseaux jihadistes par les États profonds occidentaux et leurs alliés pour déstabiliser l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, la Libye et la Syrie – et pour en comprendre les motivations –, voir Nafeez Mosaddeq Ahmed, « L’État islamique, cancer du capitalisme moderne », MiddleEastEye.net, 27 mars 2015 ; à l’Élysée, la guerre en Libye – qui a été menée avec l’appui de groupes jihadistes sur le terrain – semble avoir été motivée avant tout par des intérêts privés, si l’on en croit les révélations puisées dans les courriels d’Hillary Clinton (voir « Libye : la version de Sarkozy remise en cause par des mails de Clinton », LExpress.fr, 2 juillet 2015).

 

[17]. Voir la définition de l’« affectivisme » ayant conditionné cette non-politique syrienne de Washington dans « La raison devenue idiote utile de l’affectivité », DeDefensa.org, 16 juin 2012. Pour une analyse du processus décisionnel ayant conduit l’administration Obama à exiger le départ de Bachar el-Assad, voir cet excellent article : « La Syrie, les “mots magiques” et le déterminisme-narrativiste », DeDefensa.org, 15 août 2015.

 

[18]. Maxime Chaix, « L’État profond “français” », DeDefensa.org, 27 juin 2015.

 

[19]. Le verbe « croire », au sens religieux du terme, est utilisé dans cette phrase afin de souligner que, dans l’Occident de l’après-11-Septembre, la plupart des citoyens ne peuvent encore accepter le fait irréfutable que leurs gouvernements ont soutenu des réseaux jihadistes affiliés à al-Qaïda en Libye puis en Syrie.

 

[20]. Je vous recommande cet intéressant article sur ces révélations de Michael Flynn : Brad Hoff, « Rise of Islamic State was “a willful decision”: Former DIA Chief Michael Flynn », ForeignPolicyJournal.com, 7 août 2015. Voir aussi la traduction de cet article par LeSakerFrancophone.net.

 

[21]. La pugnacité de Mehdi Hasan lors de cet entretien avec Michael Flynn est un exemple pour les journalistes. À titre de comparaison, David Pujadas et Claire Chazal avaient laissé le Président Hollande affirmer qu’Israël ne possédait pas d’arsenal nucléaire lors de son interview du 14 juillet 2015. Voir Jean-Dominique Merchet, « Quand François Hollande oublie la bombe israélienne… », LOpinion.fr, 20 juillet 2015.

 

[22]. Michel Goya, « Un an de détermination absolue », LaVoieDelEpee.Blogspot.fr, 9 août 2015.

 

[23]. Comptes-rendus de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées, intervention de Vincent Desportes, Senat.fr, 12 décembre 2014 : « Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre ? Affirmons-le clairement, parce que cela a des conséquences : ce sont les États-Unis. Par intérêt politique à court terme, d’autres acteurs – dont certains s’affichent en amis de l’Occident – d’autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les États-Unis. » À ma connaissance, la première source ayant rapporté cette analyse du général Desportes fut l’Agence Info Libre, qui est un média alternatif. Cette information cruciale a été refoulée dans les médias français. Voir « Général V. Desportes : “les États-Unis ont créé Daech” ! », AgenceInfoLibre.fr, 18 janvier 2015.

 

[24]. Peter Dale Scott, « La politique syrienne de Washington : faucons contre colombes », DeDefensa.org, 18 juin 2013 ; Nafeez Mosaddeq Ahmed, « L’État islamique, cancer du capitalisme moderne », MiddleEastEye.net, 27 mars 2015 : « Au cours des cinq dernières années au moins, l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, la Jordanie et la Turquie ont tous apporté un soutien financier et militaire considérable à des réseaux militants islamistes liés à al-Qaïda qui ont engendré l’“État Islamique” que nous connaissons aujourd’hui. Ce soutien a été apporté dans le cadre d’une campagne anti-Assad de plus en plus intense dirigée par les États-Unis. La concurrence pour dominer les tracés potentiels des pipelines régionaux passant par la Syrie et contrôler les ressources inexploitées en combustibles fossiles en Syrie et en Méditerranée orientale (au détriment de la Russie et de la Chine) a fortement contribué à motiver cette stratégie » (accentuation ajoutée).

 

[25]. Nafeez Mosaddeq Ahmed, « Ennemis perpétuels : comment les États-Unis soutiennent Daech en le combattant », MiddleEastEye.net, 17 juillet 2015 : « Joe Biden a même admis que ce financement était allé à al-Qaïda en Irak, qui a élargi ses opérations en Syrie en vertu de la stratégie secrète anti-Assad – avant de se métamorphoser en Daech (…) Mais la revendication de Joe Biden [selon laquelle] “nous ne pouvions pas convaincre nos collègues [turcs, qataris et saoudiens] de cesser de les approvisionner” dissimule le fait que la CIA a été directement impliquée dans la gestion de ces réseaux d’approvisionnement rebelles. (…) [L]es responsables américains du renseignement militaire [ont] supervis[é] la fourniture d’armes et l’aide des États du Golfe et de la Turquie, à partir des mêmes centres de commandement opérationnel dans le sud de la Turquie et en Jordanie, qui continuent d’être coordonnés conjointement par les services de renseignement occidentaux et arabes (…). »

 

[26]. Pour une analyse du processus décisionnel ayant conduit l’administration Obama à exiger le départ de Bachar el-Assad, voir cet excellent article : « La Syrie, les “mots magiques” et le déterminisme-narrativiste », DeDefensa.org, 15 août 2015.

 

[27]. Hannah Allam, « The “magic words”: How a simple phrase enmeshed the U.S. in Syria’s crisis », McClatchyDC.com, 13 août 2015 : « [L]es principaux décideurs politiques en charge du Moyen-Orient étaient encore sensibles aux critiques suscitées par leur réponse à la révolte populaire contre Hosni Moubarak en Égypte. C’est pourquoi ils étaient déterminés à changer l’image des États-Unis en réagissant plus rapidement sur le dossier syrien. “Les gens autour du Président [Obama] étaient très perturbés du fait de leur réaction lente et excessivement prudente durant la révolution égyptienne. Ce sentiment prévalait à l’époque”, selon [un haut responsable états-unien en charge du dossier syrien]. » Article cité dans « La Syrie, les “mots magiques” et le déterminisme-narrativiste », DeDefensa.org, 15 août 2015.

 

[28]. « La Syrie, les “mots magiques” et le déterminisme-narrativiste », DeDefensa.org, 15 août 2015 : « D’autre part, la pression des allié[s] du bloc [américaniste-occidentaliste], particulièrement les Européens, particulièrement les Français… C’est l’habituelle inversion aujourd’hui, à-la-Wallerstein : qui est le caniche de qui ? (Charmante question pour la France, n’est-ce pas…) Les asservis pro-US, dont la France est un brillant exemple, finissent très vite par émettre sans arrêt des exigences de durcissement supplémentaire de leur maître, si bien que les gens de l’équipe Obama ne craignaient rien tant que les visites des ministres français. Lors d’une visite de Juppé en juin 2011 (donc avant la déclaration d’août 2011 d’Obama), [l’ambassadeur] Ford rapporte qu’il craignait par-dessus tout qu’Hillary Clinton, emportée par sa fougue interventionniste ranimée par son interlocuteur, n’oubliât la ligne générale qu’il tentait de soutenir au sein du département et qu’elle se laissât entraîner par Juppé, devenu extraordinaire et improbable neocon, et demander le départ d’Assad… »

 

[29]. « “J’ai vu des policiers violer des enfants devant leurs parents” : des transfuges syriens témoignent », LOrientLeJour.com, 18 août 2015.

 

[30]. Nafeez Mosaddeq Ahmed, « Les victimes ignorées des guerres de l’Occident : 4 millions de morts en Afghanistan, au Pakistan et en Irak depuis 1990 », VoltaireNet.org, 11 avril 2015.

 

[31]. Nafeez Mosaddeq Ahmed, « Ennemis perpétuels : comment les États-Unis soutiennent Daech en le combattant », 17 juillet 2015 : « Joe Biden a même admis que ce financement était allé à al-Qaïda en Irak, qui a élargi ses opérations en Syrie en vertu de la stratégie secrète anti-Assad – avant de se métamorphoser en Daech (…) Mais la revendication de Joe Biden [selon laquelle] “nous ne pouvions pas convaincre nos collègues [turcs, qataris et saoudiens] de cesser de les approvisionner” dissimule le fait que la CIA a été directement impliquée dans la gestion de ces réseaux d’approvisionnement rebelles. (…) [L]es responsables américains du renseignement militaire [ont] supervis[é] la fourniture d’armes et l’aide des États du Golfe et de la Turquie, à partir des mêmes centres de commandement opérationnel dans le sud de la Turquie et en Jordanie, qui continuent d’être coordonnés conjointement par les services de renseignement occidentaux et arabes (…). »

 

[32]. Dennis Kucinich, « Le Congrès US autorise le soutien des “rebelles” », DeDefensa.org, 19 septembre 2014 : « Écrivant sur la connexion entre l’Arabie saoudite et l’État Islamique (EI), l’historien Alastair Crooke a récemment décrit les insurgés “modérés” en Syrie comme étant “plus rares que la licorne des légendes”. Les “modérés” ont conclu un pacte de non-agression avec l’EI. Les “modérés” ont capturé un journaliste états-unien et l’ont vendu à l’EI, qui l’a décapité. L’Arabie saoudite qui, avec le Qatar, a financé les jihadistes en Syrie, propose désormais de “former” les rebelles. Le Congrès est prié d’avaler cette recette douteuse : les sponsors des jihadistes radicaux vont former des jihadistes “modérés”. (…) Les soi-disant “rebelles” sont des mercenaires qui viennent de plus de 20 pays. Ils s’organisent et se réorganisent constamment en nouveaux groupes, qui offrent leur allégeance à quiconque les paye ou leur fournit des armes – et ce à tout moment » (accentuation ajoutée).

 

[33]. Nafeez Mosaddeq Ahmed, « Ennemis perpétuels : comment les États-Unis soutiennent Daech en le combattant », MiddleEastEye.net, 17 juillet 2015 : « [L]es responsables américains du renseignement militaire [ont] supervis[é] la fourniture d’armes et l’aide des États du Golfe et de la Turquie, à partir des mêmes centres de commandement opérationnel dans le sud de la Turquie et en Jordanie, qui continuent d’être coordonnés conjointement par les services de renseignement occidentaux et arabes (…). »

 

[34]. Georges Malbrunot, « Syrie : al-Qaïda cherche à apparaître comme une organisation présentable », LeFigaro.fr, 29 mai 2015 : « Apparaissant dans un lieu qui n’a pas été révélé par la chaîne, le visage dissimulé par une écharpe noire, [al-Joulani] a expliqué que les consignes d’Ayman al-Zawahiri, le chef d’Al-Qaïda, étaient claires. “Les instructions que nous avons sont de ne pas utiliser la Syrie comme une base pour des attentats contre l’Occident ou l’Europe, pour ne pas salir la guerre actuelle” » (accentuation ajoutée).

 

[35]. Luc Mathieu, « Syrie : l’Armée de la conquête sur le chemin de Damas », Liberation.fr, 14 mai 2015 : « Comment expliquer ces succès ? Avant tout par le rapprochement de l’Arabie Saoudite avec la Turquie et le Qatar, deux des principaux soutiens de la rébellion syrienne. Ce changement de politique a été décidé par le nouveau roi saoudien Salmane, au pouvoir depuis janvier, qui a fait de la lutte contre l’Iran, allié de Bachar al-Assad, son premier objectif (…). Jusque-là, l’Arabie Saoudite refusait d’aider les rebelles syriens proches des Frères musulmans. Cette nouvelle coopération s’est traduite par un soutien logistique à la coalition rebelle. “Ahrar al-Sham a reçu d’importantes livraisons d’armes via la Turquie en prévision de la bataille d’Idlib. Ils les ont ensuite redistribuées aux autres groupes”, explique un expert occidental. »

 

[36]. Gareth Porter, « Obama’s failure on Saudi-Qatari aid to al-Qaeda affiliate », MiddleEastEye.net, 23 mai 2015 : « Les États du CCG sont arrivés au sommet [de Camp David] en espérant obtenir le soutien de l’administration Obama pour une “zone de non-survol” à la frontière syro-turque, selon des sources diplomatiques basées à Washington. Mais Obama souhaitait un autre accord. Immédiatement après le sommet, [David] Ignatius rapporta que les deux parties avaient obtenu ce qu’elles voulaient : les Saoudiens et leurs alliés du CCG avaient reçu des “garanties de la volonté états-unienne de s’opposer aux ingérences de l’Iran dans la région”, tandis qu’Obama s’était assuré le soutien officiel du CCG pour l’accord nucléaire. Dans le cadre de cette entente, l’administration Obama a en fait accepté que l’Arabie saoudite et le Qatar continueraient à financer la montée en puissance militaire du Front al-Nosra [, c’est-à-dire d’al-Qaïda en Syrie] » (accentuation ajoutée).

 

[37]. « Un aveu de la DIA : le monstre État Islamique est une créature US », LeSakerFrancophone.net, 7 août 2015. Le titre de l’article original rédigé par Brad Hoff est : « Selon l’ancien directeur de la DIA Michael Flynn, l’émergence de Daech fut une “décision délibérée” [de l’administration Obama] ».

 

[38]. Nafeez Mosaddeq Ahmed, « Ex-intel officials: Pentagon report proves US complicity in ISIS », Medium.com, 2 juin 2015.

 

[39]. Juan Cole, « Did the US DIA see ISIL as a strategic Ally against al-Assad in 2012? », JuanCole.com, 25 mai 2015 ; Nafeez Mosaddeq Ahmed, « D’après un rapport du Pentagone, l’Occident, les pays du Golfe et la Turquie prévoyaient l’émergence de l’EI », MiddleEastEye.net, 29 mai 2015 : « Juan Cole se moque de l’idée selon laquelle les États-Unis “soutiennent des groupes liés à al-Qaïda” – et que le document de la DIA pourrait l’admettre. Pourtant, c’est exactement ce que faisaient les alliés de l’Occident (les États du Golfe et la Turquie), sous la surveillance étroite de la CIA et du MI6. »

 

[40]. Nafeez Mosaddeq Ahmed, « Ex-intel officials: Pentagon report proves US complicity in ISIS », 2 juin 2015 : « Selon des experts états-uniens et britanniques des renseignements, un rapport déclassifié du Pentagone confirme que l’Occident a amplifié son soutien aux rebelles extrémistes en Syrie, sachant pertinemment que cette stratégie jetterait les bases de l’“État Islamique” (EI). Les experts qui l’ont dénoncé incluent notamment des célèbres lanceurs d’alertes issus du gouvernement [US], dont l’ancien [analyste] du Pentagone Daniel Ellsberg, l’ancien [officier supérieur] de la NSA Thomas Drake, et l’ancienne agente du FBI Coleen Rowley. Leurs remarques démontrent le caractère fallacieux des affirmations de deux anciens hauts responsables, Michael Morell (CIA) et John Schindler (NSA). Ces derniers ont tenté de nier la responsabilité de l’administration Obama dans les échecs politiques révélés par les documents de la DIA. »

 

[41]. Armin Arefi, « Les services secrets américains avaient prédit l’“État islamique” », LePoint.fr, 10 juin 2015. Voici l’une des deux analyses citées dans cet article qui minimisent l’importance de ce document de la DIA : « [L]e rapport [de la DIA] fournit un dernier élément troublant, en totale contradiction avec le discours officiel occidental. Outre le soutien aux rebelles islamistes déjà évoqué, il affirme que l’Occident, les États du Golfe et la Turquie seraient favorables à l’établissement de la “principauté salafiste” dans l’est de la Syrie. (…) “Il s’agit d’un scénario prospectif pour le moins fantaisiste, qui ne signifie en aucun cas qu’il allait se réaliser”, réagit l’expert François Géré. “On sait que l’Arabie saoudite a financé et armé les factions les plus radicales de la rébellion et que la Turquie a laissé massivement passer des armes vers ces groupes pour précipiter la chute de Bachar el-Assad. Si les États-Unis ne s’y sont pas opposés activement, on ne peut pas dire pour autant qu’ils aient encouragé les djihadistes.” » Les différents articles de Nafeez Mosaddeq Ahmed sur ce sujet, confirmés par les révélations du général Flynn, invalident cette analyse.

 

[42]. Encore une fois, le verbe « croire », au sens religieux du terme, est utilisé dans cette phrase afin de souligner que, dans l’Occident de l’après-11-Septembre, la plupart des citoyens ne peuvent encore accepter le fait irréfutable que leurs gouvernements ont soutenu des réseaux jihadistes affiliés à al-Qaïda en Libye puis en Syrie.

 

[43]. Maxime Chaix, « Selon le député Claude Goasguen, “la France soutient al-Qaïda en Syrie” », MaximeChaix.info, 1er juillet 2015.

 

[44]. Si l’on restreint la recherche aux articles francophones publiés depuis un mois, Google Actualité ne recense aucune analyse de la presse grand public lorsque l’on associe le mot-clé « Michael Flynn » avec « Daech » (ou « État Islamique », « EIIL », « ISIS », etc.) Ce refoulement médiatique généralisé confirme le caractère sensible de ces révélations. DeDefensa.org, qui en a parlé dans deux articles, est donc la principale source d’information francophone ayant abordé cette question. Or, ce site de qualité est considéré comme un média « alternatif », et il se présente d’ailleurs comme un site « antiSystème ».

 

[45]. Alexandra Del Peral, « Avec Russia Today, la Russie a-t-elle gagné la guerre de l’information ? », LExpress.fr, 28 juillet 2015 : « “Il serait grand temps que les représentants occidentaux se réveillent et se rendent compte de ce que les Russes ont concocté depuis une décennie !” s’exclame Anne Nivat, grand reporter et écrivain, spécialiste de la Russie. Selon elle, RT serait “une nouvelle forme de diplomatie”, une façon pour la fédération russe de transmettre au monde sa vision de la politique étrangère : “Personne n’est dupe. RT est un média aux ordres. D’ailleurs, les Russes se moquent totalement de l’argent investi car ils ont bien conscience que RT est une arme”. » Le conformisme ambiant, qui se caractérise en France par un quasi-consensus atlantiste au sein des médias, me semble tout aussi critiquable. En effet, il neutralise toute opposition sérieuse aux politiques étrangères occidentalistes, notamment à travers des accusations simplistes de « complotisme » ou d’« antiaméricanisme primaire ». Nul doute que cette quasi-unanimité atlantiste, qui prévaut aussi dans les partis de gouvernement, encouragera de nouvelles guerres pas aussi « humanitaires » qu’elles nous sont habituellement présentées dans les médias grand public. À ce sujet, voir Nafeez Mosaddeq Ahmed, « Les victimes ignorées des guerres de l’Occident : 4 millions de morts en Afghanistan, au Pakistan et en Irak depuis 1990 », VoltaireNet.org, 11 avril 2015.

 

[46]. Interview d’Alain Chouet par Marc de Miramon, « Alain Chouet : “Nous sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis trente ans le phénomène djihadiste” », LHumanite.fr, 3 juillet 2015.

 

[47]. « Les pays occidentaux prépareraient une nouvelle intervention militaire en Libye », MiddleEastEye.net, 2 août 2015 : « Une nouvelle intervention militaire sera lancée en Libye lorsqu’un gouvernement d’union sera mis en place, selon de multiples sources ».

 

 

 

4 Responses to “ La bannière étoilée derrière le drapeau noir ”

  1. […] 💣 Maxime Chaix : « La bannière étoilée derrière le drapeau noir » […]

  2. […] crescita relativamente più rapida rispetto a quello del faggio o rovere. “I gruppi ribelli per lo più jihadisti, che si sono moltiplicati in Siria a partire dall’estate del 2011, potrebbero essere […]

  3. […] Chaix, « La bannière étoilée derrière le drapeau noir », MaximeChaix.info, 20 août 2015 (article initialement publié sur […]

  4. […] Ibidem. Quelques semaines après la parution de mon article sur ce sujet, le grand reporter Régis Le Sommier a parlé de ces aveux du général Flynn dans son intéressante analyse citée précédemment (Voir Le Sommier, « Pourquoi Daech est là pour durer»). Dans cet article, Monsieur Le Sommier fait l’analogie entre le soutien des moudjahidines en Afghanistan dans les années 1980 et la guerre secrète actuelle en Syrie. […]

Laisser un commentaire