Expert du CFR : la campagne « tuez-les-tous avec des frappes aériennes » ne marche pas contre Daech

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Expert du CFR : la campagne « tuez-les-tous avec des frappes aériennes » ne marche pas contre Daech

 

Par Micah Zenko (Council on Foreign Relations) ; traduction : Maxime Chaix

 

« En exclusivité pour ce site, voici ma traduction d’un important article de Micah Zenko, qui est un expert du Council on Foreign Relations – l’un des plus prestigieux et influents think tanks états-uniens. Cette analyse renforce une idée que je défends depuis plusieurs années, soit le fait que l’Occident ne peut combattre le terrorisme en bombardant des pays étrangers – un argument développé par Peter Dale Scott dans son dernier livre, L’État profond américain. Dans cet article, Micah Zenko explique que la campagne états-unienne consistant à tuer massivement les combattants de Daech ne fonctionne pas. En effet, le nombre de miliciens de cette organisation n’a pas diminué malgré l’élimination d’environ 25 000 d’entre eux depuis septembre 2014. Plus que jamais, il est temps d’appliquer des méthodes plus constructives et subtiles, en priorisant notamment la lutte contre les circuits financiers par lesquels transitent les “dollars de la terreur” qui alimentent cette milice terroriste. Essentiellement, il faut mettre en place des politiques ambitieuses de contre-radicalisation, faire pression sur nos “alliés” qui soutiennent ces groupes extrémistes, et mettre un terme à cet état de guerre perpétuelle qui nous est imposé depuis le 11-Septembre. »

 

(Source : DefenseOne.com, 7 janvier 2016)

 

Voici un résumé de la campagne de bombardements contre Daech : 30 000 combattants – 25 000 combattants = 30 000 combattants.    

 

L’objectif principal des politiques états-uniennes de contre-terrorisme – c’est-à-dire l’engagement de personnel, de ressources, et l’attention des dirigeants –, est la capture ou (très majoritairement) l’élimination physique des terroristes existants. Bien moins d’argent et d’attention programmatique sont dédiés à la prévention de l’émergence de nouveaux terroristes. Pour l’illustrer par une anecdote, je demande fréquemment à des hauts responsables du gouvernement des États-Unis, ainsi qu’à des fonctionnaires [de la Maison Blanche] : « Que faites-vous pour éviter qu’une personne neutre ne devienne un terroriste ? » Ils répondent systématiquement que de telles politiques ne relèvent pas de leurs responsabilités, et ils désignent d’autres agences. Habituellement, ils citent le Département d’État (DOS) ou le Département de la Sécurité de la Patrie (DHS), qui auraient l’obligation d’assurer cette prévention aux niveaux international (DOS) et intérieur (DHS). En général, les fonctionnaires du DOS et du DHS mentionnent des politiques visant à « contrer les extrémistes violents », tout en reconnaissant que les efforts du gouvernement des États-Unis sur ce front ont été totalement inefficaces.  

 

La principale méthode pour tuer des terroristes présumés est le recours à cette impasse que constituent les frappes aériennes ciblées. Concernant l’autoproclamé État Islamique, les responsables états-uniens ont systématiquement déclaré que la voie à suivre pour « détruire » cette organisation terroriste était de tuer chacun de ses membres actuels. En février dernier, Marie Harf, la porte-parole du Département d’État, a déclaré : « Nous sommes en train de les tuer et nous continuerons à éliminer les terroristes de Daech qui représentent une menace pour nous. » Au mois de juin suivant, le général de brigade John Hesterman, qui est le commandant du Combined Forces Air Component, déclara : « Nous les tuerons partout où nous les trouverons ». Enfin, le colonel Steve Warren, qui est le porte-parole de l’opération Inherent Resolvea affirmé cette semaine : « Si vous faites partie de Daech, nous allons vous tuer. C’est notre règle. » 

 

Le problème avec cette politique de type « tuez-les-tous avec des frappes aériennes » est qu’elle ne fonctionne pas. Les officiels du Pentagone affirment qu’au moins 25 000 combattants de l’État Islamique ont été tués (un haut responsable anonyme en avait recensé 23 000 en novembre 2015, et le colonel Warren ajouta mercredi dernier qu’« environ 2 500 » combattants supplémentaires avaient été éliminés en décembre). Étonnamment, ils avancent qu’à côté des 25 000 combattants neutralisés, seulement 6 civils ont été « probablement » tués au cours de cette campagne aérienne lancée il y a 17 mois. Dans le même temps, des officiels admettent que la taille de Daech n’a globalement pas changé. En 2014, l’Agence Centrale de Renseignement (CIA) estima que l’État Islamique comptait dans ses rangs entre 20 000 et 31 000 combattants. Or, mercredi dernier, le colonel Warren a répété cette estimation de 30 000 miliciens. Voici un calcul qui résume cette campagne anti-Daech : 30 000 – 25 000 = 30 000.

 

Sachant que l’administration Obama n’a jamais exprimé un quelconque intérêt pour réévaluer cette approche, analysons en détail les bombardements antiterroristes états-uniens en 2015. L’année dernière, les États-Unis ont lancé au total 23 144 bombes dans 6 pays, selon les estimations officielles. Parmi elles, 22 110 furent lancées en Irak et en Syrie. Cette estimation se base sur le fait que les États-Unis ont mené 77% des frappes aériennes en Irak et en Syrie. En tout, 28 714 bombes ont été lancées par la coalition dirigée par les USA au cours de l’année 2015. Il est probable que cette estimation globale soit légèrement sous-évaluée, car elle est censée prendre en compte chaque frappe de drone au Pakistan, au Yémen et en Somalie, ce qui n’est pas toujours le cas.

 

Micah Zenko

 

[Note du traducteur : cliquez ici pour visualiser une carte qui recense ces bombardements] 

 

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6 Responses to “ Expert du CFR : la campagne « tuez-les-tous avec des frappes aériennes » ne marche pas contre Daech ”

  1. […] démontrent indiscutablement. Récemment, un expert du prestigieux Council on Foreign Relations a souligné que « [l]e problème avec cette politique de type “tuez-les-tous avec des frappes aériennes” […]

  2. […] le démontrent indiscutablement. Récemment, un expert du prestigieux Council on Foreign Relations a souligné que « [l]e problème avec cette politique de type “tuez-les-tous avec des frappes aériennes” […]

  3. […] l’ascesa del Daech, che il Pentagono ed i suoi alleati hanno bombardato da settembre 2014  senza molta efficienza. Dal luglio 2012, attraverso la spregiudicata politica del principe Bandar, il piano […]

  4. […] montée en puissance de Daech, que le Pentagone et ses alliés bombardent depuis septembre 2014 sans grande efficacité, le tout sur fond de polémiques. À partir de juillet 2012, à travers les politiques profondes […]

  5. […] montée en puissance de Daech, que le Pentagone et ses alliés bombardent depuis septembre 2014 sans grande efficacité, le tout sur fond de polémiques. À partir de juillet 2012, à travers les politiques profondes […]

  6. […] la montée en puissance de Daech, que le Pentagone et ses alliés bombardent depuis septembre 2014 sans grande efficacité, le tout sur fond de polémiques. À partir de juillet 2012, à travers les politiques profondes […]

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