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La guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie et le chaos islamiste

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La guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie et le chaos islamiste 

 

Par Maxime Chaix

 

(Source : DeDefensa.org, 4 novembre 2015)

 

Le mythe de l’« inaction » militaire occidentale contre le régime syrien

 

Ces derniers mois, le secrétaire à la Défense Ashton Carter et le général Lloyd Austin – qui dirige les opérations du Pentagone au Moyen-Orient et en Asie centrale –, ont tous deux reconnu l’échec du programme de formation de rebelles « modérés » pour lutter contre Daech en Syrie. Monsieur Carter a d’abord affirmé devant le Congrès des États-Unis que seulement 60 combattants avaient été formés dans le cadre de cette opération, lancée en 2014 et budgétée à hauteur de 500 millions de dollars ; [1] puis le général Austin a estimé que seuls « 4 ou 5 » hommes entraînés par les militaires états-uniens étaient alors actifs sur le terrain. [2] À la suite d’un ultime revers, ce programme d’entraînement a été « suspendu » puis « réduit » en octobre 2015. [3] La presse internationale est donc unanime sur l’échec de cette politique. Néanmoins, il est possible que les chiffres ridicules avancés par le Pentagone aient eu un impact majeur sur l’opinion publique mondiale, que cet effet soit recherché ou non. En d’autres termes, ils ont certainement contribué à renforcer le mythe de l’« inaction » militaire des États-Unis et de leurs alliés occidentaux pour renverser Bachar el-Assad. [4]

 

Or, bien que les puissances de l’OTAN et leurs alliés n’aient pas lancé de guerre ouverte contre ce régime, je vais analyser l’implication massive, illégale et clandestine de la CIA dans la déstabilisation de la Syrie, cette politique profonde ayant mobilisé différents services spéciaux moyen-orientaux et occidentaux. [5] Aujourd’hui, nous n’avons aucune idée précise de l’ampleur de cette intervention de l’Agence dans cette guerre civile. Cependant, d’après un article du Washington Post publié en juin 2015, la CIA a mené depuis 2013 contre le régime el-Assad « l’une [de ses] plus grandes opérations clandestines », dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. [6] D’après ce journal, cette intervention secrète – qui aurait notamment permis de former 10 000 rebelles –, s’inscrit dans un « plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie », c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. [7] Bien qu’il ait officiellement démarré à l’automne 2013, [8] nous verrons que l’engagement de la CIA dans ce pays avait été lancé en janvier 2012, et qu’il trouve ses origines profondes en 2011, dans le contexte trouble de la guerre de l’OTAN en Libye. [9] Ainsi, je décrirai ce qui s’apparente à une guerre secrète multinationale contre le régime syrien, les opérations de la CIA et de ses alliés étant distinctes du programme lancé en 2014 par le Pentagone afin de former des combattants pour lutter contre Daech. [10]

 

L’objectif de cet article n’est pas de défendre le régime el-Assad et ses soutiens étrangers, qui partagent une lourde responsabilité dans cette guerre civile meurtrière. [11] Néanmoins, je souhaite démontrer que les principales puissances occidentales – essentiellement les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France –, en sont militairement coresponsables du fait de leurs politiques profondes en Syrie. [12] Le but de cet article n’est pas non plus d’établir une vérité historique encore impossible à déterminer. En effet, j’étudierai essentiellement des opérations clandestines, qui sont protégées par le secret-défense et qui ne sont en principe pas revendiquées par les États qui en sont à l’origine. Or, ces actions confidentielles font parfois l’objet de fuites dans la presse, ou de confirmations officielles plutôt rares et bien souvent imprécises. Ainsi, en me basant sur des informations recoupées, je tenterai de démontrer que l’« inaction » militaire occidentale contre le régime syrien est un mythe entretenu par les médias [13] et les États clandestinement engagés dans ce conflit. Ce mythe déresponsabilise ces gouvernements, puisqu’il leur permet de nier, de déformer ou de minimiser l’ampleur de leurs interventions secrètes dans cette guerre civile [14]notamment en rejetant la faute de l’essor de Daech et d’al-Qaïda en Syrie sur leurs alliés turcs et pétromonarchiques. Du fait du caractère confidentiel de leurs opérations, mon article relèvera de la « Politique profonde », telle que définie par l’auteur et ancien diplomate Peter Dale Scott : l’étude de « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement refoulées dans le discours public plus qu’elles ne sont admises. » [15]

 

Malgré sa clandestinité et la confusion qui en résulte, je tenterai de démontrer en quoi cet engagement massif de la CIA et de services spéciaux alliés dans la déstabilisation de la Syrie pourrait être considéré comme une guerre secrète de grande ampleur, à l’image des politiques profondes de l’Agence au Nicaragua et en Afghanistan dans les années 1980. Et j’expliquerai en quoi cette intervention de la CIA et de ses partenaires a favorisé la montée en puissance de réseaux islamistes que l’Occident est censé combattre, parmi lesquels Daech et le Front al-Nosra, c’est-à-dire la branche syrienne d’al-Qaïda. Mais avant de développer ces arguments, analysons pourquoi le rôle des États-Unis et de leurs alliés occidentaux dans la guerre en Syrie est refoulé, déformé ou minimisé – donc globalement incompris.

 

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Peter Dale Scott : « La guerre de terreur des États-Unis : la CIA, le 11-Septembre, l’Afghanistan et l’Asie centrale »

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L’État profond américain et le 11-Septembre  

 

La guerre de terreur des États-Unis : la CIA, le 11-Septembre, l’Afghanistan et l’Asie centrale

 

Par Peter Dale Scott (Traduction : Maxime Chaix)

 

« Quatorze ans après les tragiques événements du 11-Septembre – et tandis que l’ancien directeur de la CIA conseille au gouvernement des États-Unis de collaborer avec des transfuges d’al-Qaïda pour lutter contre Daech (!) –, je reproduis sur mon site un important chapitre du dernier livre de mon ami et mentor intellectuel Peter Dale Scott. Intitulé L’État profond américain, cet ouvrage a été recensé positivement dans Paris Match en juin 2015. Le chapitre suivant était déjà paru sur Internet en 2012, mais je publie ici sa toute dernière version, qui est plus que jamais d’actualité. En effet, n’en déplaise aux esprits conformistes, le 11-Septembre reste un événement mystérieux et irrésolu, dont les funestes conséquences se font encore ressentir à l’échelle globale. D’avance, je vous remercie de lire cette enquête de Peter Dale Scott avec la plus grande attention, et de la diffuser autour de vous si elle vous semble pertinente. »

 

(Source : L’État profond américain, Éditions Demi-Lune, 2015)

 

« La fabrication d’une série de provocations destinées à justifier une intervention militaire est réalisable et pourrait être accomplie à l’aide des ressources disponibles. » [1]

– Rapport du J-5 du Comité des chefs d’États-majors interarmées des États-Unis (JCS), 1963

 

La guerre de terreur de Bush et la falsification des renseignements

 

Le 11 septembre 2001, dans les heures qui suivirent les attentats meurtriers perpétrés ce jour-là, George W. Bush, Donald Rumsfeld et Dick Cheney avaient engagé les États-Unis dans ce qu’ils nommèrent ensuite la « guerre contre la terreur » (décrite dans les deux précédents chapitres comme une guerre « contre » le terrorisme). Selon moi, nous devrions plutôt l’appeler la « guerre de terreur », des actes effroyables ayant été systématiquement perpétrés contre les civils par l’ensemble des belligérants, qu’ils soient des acteurs étatiques ou non. Une guerre de terreur est un conflit dans lequel les armes de destruction indiscriminée sont employées massivement, qu’il s’agisse d’engins explosifs improvisés (EEI) enterrés au bord des routes ou de missiles lancés depuis les airs par un drone de haute technologie. [2]

 

Nous devrions également envisager la guerre de Bush comme faisant partie d’un plus vaste processus, d’ampleur globale. À travers celui-ci, la terreur a été utilisée contre les civils par toutes les grandes puissances lors de campagnes étroitement liées entre elles – la Chine dans le Xinjiang et la Russie en Tchétchénie, autant que les États-Unis dans de nombreuses régions du monde. [3] Dans son contexte global, la guerre de terreur pourrait être perçue comme la dernière étape de l’expansion de la civilisation transurbaine dans des zones où prédomine une résistance rurale – un processus enclenché il y a plusieurs siècles. Dans ces régions, il s’est avéré que les formes conventionnelles de guerre ne peuvent trouver de véritable conclusion, et ce pour des raisons géographiques ou culturelles.

 

La guerre de terreur fut formellement déclarée par George W. Bush le soir du 11 septembre 2001, lorsqu’il annonça dans son discours à la nation que les États-Unis ne feraient « aucune distinction entre les terroristes qui ont perpétré ces actes et ceux qui les abritent ». [4] Cependant, la notion voulant que la guerre de terreur de Bush ait pour objectif de traquer les terroristes perdit de sa crédibilité en 2003, lorsque cette formule fut appliquée à l’Irak de Saddam Hussein – un pays connu non pas pour abriter des terroristes mais pour en avoir été la cible. [5] En 2005, cette notion fut de nouveau décrédibilisée à la suite de la publication en Grande-Bretagne de ce que l’on appelle le « mémo de Downing Street ». Dans celui-ci, le directeur du MI6, les services de renseignement extérieurs britanniques, rapporta après une visite à Washington en 2002 que « Bush voulait renverser Saddam Hussein via une action militaire, justifiée par le lien entre le terrorisme et les ADM [c’est-à-dire les ‘armes de destruction massive’]. Mais les faits et les renseignements étaient truqués pour répondre aux objectifs politiques. » [6] Plus tard, de faux récits liant l’Irak aux ADM, à l’anthrax et au concentré de minerai d’uranium du Niger (le « yellow cake ») furent publiés aux moments opportuns.

 

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La bannière étoilée derrière le drapeau noir

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Politique profonde et médias « alternatifs »

 

La bannière étoilée derrière le drapeau noir

 

Par Maxime Chaix

 

« Je reproduis ici mon dernier article, qui vient d’être publié par DeDefensa.org. À travers cette analyse, j’explique l’intérêt de la “Politique profonde” telle que développée par Peter Dale Scott depuis une quarantaine d’années, et dont le journaliste britannique Nafeez Mosaddeq Ahmed est l’un des principaux spécialistes. Dans cet article, j’étudie les révélations du général Michael Flynn, l’ancien directeur du Renseignement militaire du Pentagone (DIA). Il y a quelques jours, ce dernier a confirmé que les États-Unis et certains de leurs alliés avaient soutenu des groupes jihadistes combattant le régime de Bachar el-Assad, cette politique ayant favorisé l’émergence de Daech. Ces révélations ont été suivies d’un lourd silence dans les les médias occidentaux, et tout particulièrement en France. Dans ce contexte orwellien, j’explique en quoi la “Politique profonde” et les médias “alternatifs” permettent de compenser cette carence informative sur des sujets aussi cruciaux. Enfin, je dédie cet article à Khaled al-Assaad, l’ancien directeur du musée des antiquités de Palmyre, qui vient d’être lâchement assassiné par Daech. »

 

(Source : DeDefensa.org, 20 août 2015)

 

Les politiques profondes occidentales et l’émergence de Daech

 

La « Politique profonde » a été définie par Peter Dale Scott comme l’étude de « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement refoulées dans le discours public plus qu’elles ne sont admises ». [1] Aujourd’hui, l’un des principaux spécialistes de cette discipline est le chercheur britannique Nafeez Mosaddeq Ahmed, qui se présente sur son site officiel comme un « journaliste d’investigation analysant les politiques profondes de la “guerre contre le terrorisme”, dans le contexte de la crise de la civilisation [industrielle]. » [2] Le Dr. Ahmed est un lecteur assidu de Peter Dale Scott, dont il a vivement recommandé le dernier ouvrage, intitulé L’État profond américain. À cette occasion, il a décrit le Dr. Scott comme « un pionnier dans l’étude méthodique de l’État de sécurité nationale [,] et de son influence occulte dans tous les domaines de la politique étrangère et intérieure des États-Unis ». [3]

 

En mai dernier, en se basant sur des documents rendus publics grâce à Judicial Watch, Nafeez Ahmed révéla que le Renseignement militaire du Pentagone (DIA) avait prédit en 2012 l’émergence d’un « État Islamique » [4] à cheval entre l’Irak et la Syrie, accusant l’administration Obama – et plus généralement « l’Occident, les États du golfe Persique et la Turquie » –, d’avoir encouragé la montée en puissance de Daech. [5] Il s’avère que ses analyses, qui lui avaient valu de nombreuses critiques, viennent d’être corroborées par l’ancien directeur de la DIA lui-même, comme nous le verrons dans cet article.

 

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Philippe Grasset : « L’“État profond” selon Bhadrakumar, et définition » (DeDefensa.org)

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Débat sur la définition de l’État profond

 

L’« État profond » selon Bhadrakumar, et définition

 

Par Philippe Grasset/DeDefensa.org

 

« Après avoir publié ma traduction d’un article de Philip Giraldi intitulé “L’État profond en Amérique”, Philippe Grasset et DeDefensa.org ont écrit un article intéressant pour suggérer leur propre définition de l’“État profond”. S’appuyant sur une analyse récente de l’ancien diplomate indien MK Bhadrakumar, ils proposent une définition positive et “vertueuse” de l’“État profond”. En effet, ils perçoivent celui-ci comme un garant de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intérêt national compensant les imperfections des différents systèmes politiques (“(…) le cœur principiel de la nation, à la fois historique et spirituel, qui reste au cœur de ce qui représente la nation, – l’État en l’occurrence, mais ce pourrait être autre chose…”). S’appuyant sur les exemples de la Russie post-Eltsine et du gouvernement de Pierre Mendès France, ils préconisent un renversement conceptuel vis-à-vis de nos perceptions généralement négatives de l’“État profond” – en particulier tel qu’il est dénoncé aux États-Unis par Peter Dale Scott ou Philip Giraldi. En remerciant DeDefensa.org d’avoir cité mes travaux au début de leur article, je reproduis celui-ci sur mon site, tout en réfléchissant à une réponse approfondie pour faire avancer ce débat essentiel. »

 

(Source : DeDefensa.org, 10 août 2015)

 

On a observé que l’expression “État profond” (deep State) est d’un emploi de plus en plus courant. Comme le note Maxime Chaix sur ce site, à propos d’un texte dont il présentait la traduction, de Philip Giraldi, ancien officier de la CIA devenu “dissident” du Système, l’expression est désormais utilisée à partir de diverses sources et origines, sans nécessairement de rapports directs entre elles. Cela accrédite le constat de l’universalité de son usage. (Le 7 août 2015, Chaix écrit : «J’ai moi-même tenté d’appliquer ce concept à la France, dans un article publié par DeDefensa.org et influencé par Peter Dale Scott, dont je suis le traducteur. Philip Giraldi m’a indiqué ne pas connaître cet auteur ; néanmoins, sa définition de l’État profond américain est proche de celle du Dr. Scott.»)

 

Il s’agit justement, dans ce texte, d’une question de définition. A partir du moment où une expression devient manifestement un concept par l’emploi qui en est fait, sa définition devient une nécessité ; et plus cette définition est détaillée, et éventuellement élargie, plus le concept enrichit l’esprit… Jusqu’ici, l’expression “État profond” (deep State) employée par les auteurs US inclut per se une connotation absolument négative. La question qui se pose désormais, si l’on conserve l’usage de l’expression, est de savoir si cette connotation négative absolue est suffisante, si elle est acceptable, si elle n’est pas décisivement restrictive et, par là-même, si elle ne devient pas un emprisonnement de la pensée.

 

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Bruno Paul : « La politique profonde et l’État profond »

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Analyse approfondie 

 

La politique profonde et l’État profond

 

Par Bruno Paul (traductions et réflexions complémentaires par Maxime Chaix)

 

« Je reproduis sur mon site un intéressant article du Dr. Bruno Paul, fondateur du laboratoire d’innovation sociopolitique “Conscience Sociale”. Dans cette analyse, le Dr. Paul explique l’intérêt et l’importance de la “Politique profonde”, une discipline développée depuis plus de 40 ans par Peter Dale Scott, que je souhaite populariser dans les pays francophones. Je le remercie encore d’avoir écrit ce passionnant article, que j’ai actualisé et complété pour cette publication sur mon site »

Maxime Chaix 

 

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Peter Dale Scott

Le terme de « Politique profonde » (deep politics) a été forgé par le Dr. Peter Dale Scott. La première mention dans un ouvrage remonte à notre connaissance à l’année 1993. [1] Dans ce livre figurent aussi les termes de « système politique profond » (deep political system) et de son étude (deep political analysis).

 

L’objectif de cet article est de synthétiser les définitions proposées et celles des termes associés. L’approche de la Politique profonde est fondamentale et essentielle pour mieux comprendre les mécanismes de la légitimité du pouvoir dans le monde politique moderne. Elle constitue l’ouverture d’un nouveau et immense champ en sciences politiques, comparable à la diffusion du Prince de Nicolas Machiavel. En effet, les ouvrages de Peter Dale Scott présentent l’apport le plus complet, et font historiquement référence. Son dernier livre, intitulé L’État profond américain, est paru aux Éditions Demi-Lune en mai 2015. Depuis 2010, cet éditeur a également publié La Route vers le nouveau désordre mondial puis La Machine de guerre américaine en 2012. Dans ses livres, Peter Dale Scott analyse en profondeur la politique étrangère états-unienne, les narcotrafics et les opérations secrètes. Ses recherches et écrits mettent en lumière le concept de ce qu’il définit comme le « supramonde », qui influence l’État public via le système de « l’État profond ». Nous reviendrons sur ces concepts à travers cette analyse.

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Maxime Chaix : « Peter Dale Scott et la “Politique profonde” comme nouveau paradigme des sciences politiques »

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Interview 

 

Peter Dale Scott et la « Politique profonde » comme nouveau paradigme des sciences politiques 

 

Entretien avec Maxime Chaix, par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin 

 

(Source : AutomatesIntelligents.com, 10 juillet 2015)

 

Automates Intelligents : Monsieur Chaix, tout d’abord, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Quel est votre parcours ? Quelles sont vos principales activités et les fondements de votre activisme ?

 

Maxime Chaix : Avant tout, je tiens à vous remercier de me donner l’opportunité de réaliser cette interview, qui est ma toute première. Je prends conscience que beaucoup d’individus peuvent s’exprimer dans les médias, mais le font à contrecœur ou dans des buts malsains. Je fais notamment référence à celles et ceux qui, trop nombreux, sont interviewés aux heures de grande écoute pour défendre des interventions militaires pas aussi « humanitaires » qu’ils ne le revendiquent. Je mesure donc l’importance de ce premier entretien, et je vous en remercie encore.

 

Depuis 2009, je suis diplômé d’un Master II « Théorie et pratique des droits de l’Homme », que j’ai obtenu à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble. Mes études me donnaient deux options principales : un parcours d’humanitaire à l’étranger dans des ONG ou des organisations internationales, ou une carrière en France dans le tissu institutionnel et associatif dédié à l’aide et à la protection des réfugiés. Ainsi, j’ai eu la chance de décrocher un stage de fin d’études de 3 mois au siège régional du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies (HCR), à Bangkok. Dans ce cadre, je conduisais des entretiens avec des réfugiés en milieu urbain, à qui la protection internationale avait été accordée par le HCR. En effet, la Thaïlande ne reconnait pas le droit d’asile, n’étant pas signataire de la Convention de Genève de 1951. À titre dérogatoire, ce pays « tolère » néanmoins les réfugiés birmans résidant dans des camps situés à sa frontière ouest, qui sont administrés par le HCR et un réseau d’ONG. Or, les réfugiés en milieu urbain sont soumis au racket et aux violences de la police locale, à des risques d’emprisonnement dans des conditions inhumaines, à une pauvreté endémique et à une absence totale de solutions durables en Thaïlande. C’est pourquoi le HCR a mis en place un programme de réinstallation de ces personnes dans des pays tiers, tels que l’Australie, la Grande-Bretagne ou la Norvège. Mon rôle était alors de conduire un dernier entretien avec ces réfugiés, puis de rédiger leurs dossiers de réinstallation. J’aurais beaucoup à dire sur cette expérience, qui fut extrêmement enrichissante et formatrice. Mais je me contenterais de souligner que ce stage m’a donné l’envie de consacrer ma vie professionnelle à aider les réfugiés. Or, en raison de ma vie de couple, je ne souhaitais pas m’expatrier – un choix que je ne regrette pas aujourd’hui. En 2010, j’ai donc trouvé un emploi passionnant de chargé d’insertion socioprofessionnelle des réfugiés à Grenoble, dans une association locale où je travaille encore aujourd’hui.

 

En 2009, j’ai lu un livre qui a bouleversé ma vie et ma vision du monde, en particulier sur la politique étrangère des États-Unis et le système de gouvernance abyssale de ce pays. Il s’agit de The Road to 9/11, un ouvrage écrit par celui qui deviendra ensuite mon ami et mentor intellectuel Peter Dale Scott. Après avoir lu la dernière page de ce livre, je me souviens encore m’être tourné vers ma compagne en lui disant : « Ce n’est pas normal que cet auteur ne soit pas publié en français. Je dois traduire ce livre ! » Venant alors de terminer mes études, j’ai décidé de prioriser la traduction de cet ouvrage à partir de novembre 2009. Quelques mois plus tard, un ami m’a rejoint dans ce projet, et nous avons poursuivi notre travail sans avoir trouvé d’éditeur. Pour l’anecdote, chaque journaliste, expert ou auteur contactés m’ont unanimement orienté vers les Éditions Demi-Lune. Arno Mansouri, le directeur de cette maison d’édition, m’a finalement donné son accord en juin 2010, et The Road to 9/11 a été publié en français sous le titre La Route vers le nouveau désordre mondial en octobre de la même année. J’en profite pour rendre hommage à son courage éditorial, car cet auteur était alors méconnu dans les pays francophones.

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Le fascisme réel

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Guerre néolibérale et stratégie de la tension médiatique 

 

Le fascisme réel

 

Par Maxime Chaix

 

« Au vu des récents événements en Grèce, il me semble opportun de republier cette analyse, écrite au lendemain des élections européennes de mai 2014 et initialement publiée par DeDefensa.org (article initial). Je n’en retire pas un mot, et le rejet quasi unanime – par les élites européistes – du principe même de la démocratie ne fait qu’appuyer mes propos. En plus de l’abstention massive lors des élections européennes, sachant qu’elles légitiment une bureaucratie ouvertement antidémocratique, le référendum est l’autre arme de révolte pacifique des populations contre les oligarchies prédatrices que je dénonce dans cet article. »

 

(Source : DeDefensa.org, 10 juin 2014)

 

Le néolibéralisme est le fascisme réel. Il représente aujourd’hui le principal danger qui menace notre République, c’est-à-dire l’extrémisme le plus subtil et le plus incompris, donc le plus mésestimé dans sa capacité destructive. Ce nouveau fascisme se manifeste à travers une offensive généralisée contre les intérêts de la France et de nombreux autres pays, notamment européens. Il ne s’agit pas d’un vaste complot, mais d’un mode autoritaire de gouvernance qui se globalise dangereusement depuis la « Révolution Reagan » des années 80 et la dérégulation financière correspondante. Ainsi, l’influence et la richesse de ce que l’ancien diplomate et universitaire Peter Dale Scott a appelé le « supramonde » se sont démesurément amplifiées. (1)

 

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Maxime Chaix : « L’État profond “français” » (mise à jour)

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L’État profond « français »

 

Par Maxime Chaix

 

« J’ai publié cet article le 27 juin 2015 sur DeDefensa.org. Deux jours plus tard, Wikileaks confirma le fait que les États-Unis mènent une véritable guerre économique contre la France, comme je l’avais dénoncé dans cet article. Le 30 juin 2015, le député (LR) Claude Goasguen a accusé le gouvernement de soutenir al-Qaïda en Syrie, confirmant mes arguments exposés dans la première partie de cette analyse. J’ai donc décidé de la republier, tout en réfléchissant à un nouvel article pour étayer cet argumentaire. D’avance, je vous remercie de m’aider à la diffuser ! »

 

(Source : DeDefensa.org, 27 juin 2015)

 

Al-Qaïda : terroriste en Occident, alliée au Moyen-Orient

 

Depuis le 11-Septembre, on observe un basculement de nombreux États occidentaux vers une forme d’ultrasécuritarisme, imposé verticalement au nom de la lutte antiterroriste. Ce phénomène se caractérise notamment par l’adoption de mesures introduisant la notion de « précrime » dans la loi, ce qui est préoccupant. En effet, nous avons récemment pu observer la mise en œuvre de législations et de dispositifs « préventifs » en Grande-Bretagne,[1] en Australie,[2] et en France.[3] Dans ce dernier cas, la nouvelle loi sur le renseignement instaure la détection algorithmique de comportements jugés « suspects » sur le Web, malgré toutes les dérives que ce système pourrait engendrer.[4] Ainsi, à travers la normalisation de la surveillance de masse et le renforcement du contrôle d’Internet, le combat légitime contre le fléau du terrorisme islamiste est perverti. En effet, il permet aux gouvernements des pays en question de renforcer les pouvoirs profonds de l’Exécutif, voire au-delà – au niveau abyssal et mal contrôlé des services de renseignement. Ce processus marginalise le rôle du juge, pérennise des lois d’exception et fragilise notre État de droit. Hélas, la majorité des peuples occidentaux semble accepter que des législations et des dispositifs démocracides soient imposés au nom de la lutte antiterroriste.

 

Or, du fait du conformisme, de l’incompétence, voire de la complicité[5] de la plupart des médias grand public, une réalité profonde aussi déplaisante qu’irréfutable est dissimulée : depuis 2011, certains États occidentaux – dont le gouvernement français – ont soutenu des réseaux terroristes en Syrie, principalement via la Turquie[6] et les pétromonarchies du golfe Persique.[7] Datant de 2012, une évaluation secrète du Renseignement militaire du Pentagone confirme[8] ce soutien clandestin de l’Occident et de ses alliés moyen-orientaux en faveur de groupes jihadistes sur le territoire syrien ; dans ce document, cette agence anticipe avec deux ans d’avance la création d’un « État Islamique » à cheval entre l’Irak et la Syrie.[9]

 

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Peter Dale Scott : « Le réseau gouvernemental occulte liant l’assassinat de JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre »

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L’État profond américain

Le réseau gouvernemental occulte liant l’assassinat de JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre

Par Peter Dale Scott

(Traduction : Maxime Chaix)

 

(Source : VoltaireNet.org, 7 mai 2015)

 

Depuis un certain temps, j’ai analysé l’Histoire des États-Unis à l’aune de ce que j’ai appelé les « événements profonds structurels » (EPS), tels que l’assassinat du Président Kennedy, le cambriolage du Watergate, l’affaire Iran-Contra (Irangate) et le 11-Septembre. Il s’agit d’affaires qui, dès le départ, sont entachées de mystère. Par ailleurs, elles impliquent systématiquement des actes criminels ou violents, et elles sont intégrées dans les processus clandestins des services de renseignement. Enfin, elles ont pour conséquence d’étendre la part secrète de l’État, et elles font ensuite l’objet de dissimulations systématiques dans les médias grand public et dans les archives internes du gouvernement.[1]

 

À mesure que mon étude de ces affaires s’est approfondie, j’ai pu détecter un nombre grandissant de points communs entre elles. Ce constat a renforcé la possibilité qu’elles ne furent pas des intrusions externes et fortuites dans l’Histoire des États-Unis, mais qu’elles découlèrent d’un processus endémique – partageant à divers degrés une source commune.[2]

 

Par exemple, il existe un facteur liant l’assassinat de JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre. Il s’agit de l’implication, dans les coulisses de ces événements profonds, d’individus ayant participé à la planification de crise la plus secrète et importante des États-Unis. Depuis les années 1950, on la désigne comme le programme de la « Continuité du Gouvernement » (COG pour Continuity of Government) – plus communément appelé le « Projet Jugement dernier » au Pentagone. En tant que superviseurs du système confidentiel de la COG, un nombre restreint de ses planificateurs ont pu occuper des postes à hautes responsabilités, comme par exemple Donald Rumsfeld et Dick Cheney. D’autres éléments – dont je vais parler dans cet article – ont opéré à des rangs inférieurs dans le réseau secret de communications de ce programme.

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IMPORTANT : Maxime Chaix : « L’État profond “français” » (DeDefensa.org)

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L’État profond « français »

 

Par Maxime Chaix

 

(Source : DeDefensa.org, 27 juin 2015)

 

Al-Qaïda : terroriste en Occident, alliée au Moyen-Orient

 

Depuis le 11-Septembre, on observe un basculement de nombreux États occidentaux vers une forme d’ultrasécuritarisme, imposé verticalement au nom de la lutte antiterroriste. Ce phénomène se caractérise notamment par l’adoption de mesures introduisant la notion de « précrime » dans la loi, ce qui est préoccupant. En effet, nous avons récemment pu observer la mise en œuvre de législations et de dispositifs « préventifs » en Grande-Bretagne,[1] en Australie,[2] et en France.[3] Dans ce dernier cas, la nouvelle loi sur le renseignement instaure la détection algorithmique de comportements jugés « suspects » sur le Web, malgré toutes les dérives que ce système pourrait engendrer.[4] Ainsi, à travers la normalisation de la surveillance de masse et le renforcement du contrôle d’Internet, le combat légitime contre le fléau du terrorisme islamiste est perverti. En effet, il permet aux gouvernements des pays en question de renforcer les pouvoirs profonds de l’Exécutif, voire au-delà – au niveau abyssal et mal contrôlé des services de renseignement. Ce processus marginalise le rôle du juge, pérennise des lois d’exception et fragilise notre État de droit. Hélas, la majorité des peuples occidentaux semble accepter que des législations et des dispositifs démocracides soient imposés au nom de la lutte antiterroriste.

 

Or, du fait du conformisme, de l’incompétence, voire de la complicité[5] de la plupart des médias grand public, une réalité profonde aussi déplaisante qu’irréfutable est dissimulée : depuis 2011, certains États occidentaux – dont le gouvernement français – ont soutenu des réseaux terroristes en Syrie, principalement via la Turquie[6] et les hydrocarbomonarchies du golfe Persique.[7] Datant de 2012, une évaluation secrète du Renseignement militaire du Pentagone confirme[8] ce soutien clandestin de l’Occident et de ses alliés moyen-orientaux en faveur de groupes jihadistes sur le territoire syrien ; dans ce document, cette agence anticipe avec deux ans d’avance la création d’un « État Islamique » à cheval entre l’Irak et la Syrie.[9]

 

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