Page 1
Par défaut

En 2016, l’État doit combattre réellement le terrorisme

13608257

 

En 2016, l’État doit combattre réellement le terrorisme

 

Par Maxime Chaix

 

En novembre 2015, moins d’un an après les attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher, la France était à nouveau frappée par le terrorisme. Il est donc légitime de s’interroger sur les réponses de nos gouvernants : sont-elles adaptées pour contrer ce fléau jihadiste et limiter son essor ? Affirmons-le d’emblée : les États occidentaux ne peuvent combattre le terrorisme en bombardant des pays majoritairement musulmans (Irak, Afghanistan, Libye, Syrie…), en protégeant les parrains étatiques des islamistes (Arabie saoudite, Qatar, Turquie…), et en soutenant secrètement des milices jihadistes pour renverser des dirigeants jugés hostiles (Mouammar Kadhafi, Bachar el-Assad…). Ce fut le principal message de mon article publié au lendemain des attentats du 13-Novembre. Depuis le blog Les-Crises.fr, cette analyse avait été diffusée sur les réseaux sociaux par des dizaines de milliers de citoyens indignés par ces politiques étrangères aussi dangereuses que schizophrènes. Ce diagnostic étant posé, il est impératif de proposer des remèdes pour combattre réellement le terrorisme, qui menace notre paix sociale et notre sécurité nationale. En effet, il est évident que les solutions mises en oeuvre par nos dirigeants ne sont pas les bonnes, en ce qu’elle ne remettent pas en cause le statu quo qui nous a précipités dans cette impasse. Par conséquent, dans un contexte d’instabilité globale et de tensions exacerbées, il est impératif

 

1) que l’État interrompe le processus de constitutionnalisation de l’état d’urgence dans lequel il s’est engagé. Il s’agit d’une grâve dérive qui menace nos libertés fondamentales et qui n’empêchera pas de nouveaux attentats, mais qui est particulièrement inquiétante au regard des précédents historiques européens. En effet, comme l’a récemment souligné dans Le Monde le philosophe italien Giorgio Agamben, « [o]n ne comprend pas l’enjeu véritable de la prolongation de l’état d’urgence [jusqu’à la fin février] en France, si on ne le situe pas dans le contexte d’une transformation radicale du modèle étatique qui nous est familier. Il faut avant tout démentir le propos des femmes et hommes politiques irresponsables, selon lesquels l’état d’urgence serait un bouclier pour la démocratie. Les historiens savent parfaitement que c’est le contraire qui est vrai. L’état d’urgence est justement le dispositif par lequel les pouvoirs totalitaires se sont installés en Europe. Ainsi, dans les années qui ont précédé la prise du pouvoir par Hitler, les gouvernements sociaux-démocrates de Weimar avaient eu si souvent recours à l’état d’urgence (état d’exception, comme on le nomme en allemand), qu’on a pu dire que l’Allemagne avait déjà cessé, avant 1933, d’être une démocratie parlementaire. Or le premier acte d’Hitler, après sa nomination, a été de proclamer un état d’urgence, qui n’a jamais été révoqué. Lorsqu’on s’étonne des crimes qui ont pu être commis impunément en Allemagne par les nazis, on oublie que ces actes étaient parfaitement légaux, car le pays était soumis à l’état d’exception et que les libertés individuelles étaient suspendues. On ne voit pas pourquoi un pareil scénario ne pourrait pas se répéter en France  : on imagine sans difficulté un gouvernement d’extrême droite se servir à ses fins d’un état d’urgence auquel les gouvernements socialistes ont désormais habitué les citoyens. Dans un pays qui vit dans un état d’urgence prolongé, et dans lequel les opérations de police se substituent progressivement au pouvoir judiciaire, il faut s’attendre à une dégradation rapide et irréversible des institutions publiques. » Ce parallèle historique dérangeant doit nous alerter, nous faire réfléchir et nous mobiliser dans la défense pacifique de nos libertés publiques et de nos droits fondamentaux ;

 

2) que l’État cesse de surveiller massivement et arbitrairement sa propre population – une politique démocracide, nocive et contre-productive. En effet, la légalisation et l’extension incontrôlée d’une surveillance de masse extrajudiciaire est avant tout favorable à des intérêts privés et étrangers, mais totalement inefficace pour empêcher des attentats – du moins selon la NSA elle-même, le FBI ou l’ancien responsable du contre-terrorisme à la DGSE. Pour citer à nouveau Giorgio Agamben, « [l]a sécurité dont il est question aujourd’hui ne vise pas à prévenir les actes de terrorisme (…), mais à établir une nouvelle relation avec les hommes, qui est celle d’un contrôle généralisé et sans limites – d’où l’insistance particulière sur les dispositifs qui permettent le contrôle total des données informatiques et communicationnelles des citoyens, y compris le prélèvement intégral du contenu des ordinateurs. Le risque, le premier que nous relevons, est la dérive vers la création d’une relation systémique entre terrorisme et État de sécurité : si l’État a besoin de la peur pour se légitimer, il faut alors, à la limite, produire la terreur ou, au moins, ne pas empêcher qu’elle se produise. On voit ainsi les pays poursuivre une politique étrangère qui alimente le terrorisme qu’on doit combattre à l’intérieur et entretenir des relations cordiales et même vendre des armes à des États dont on sait qu’ils financent les organisations terroristes. » Dans ce contexte, comment pouvons-nous accepter que nos libertés publiques soient inutilement sacrifiées, alors que des réseaux jihadistes pourtant hostiles sont clandestinement soutenus par des puissances occidentales et leurs alliés pour renverser des gouvernements étrangers ?

 

3) que l’État cesse sans délai d’appuyer secrètement des factions extrémistes en Syrie, qui finissent par attaquer les populations occidentales et qui déstabilisent un nombre grandissant de pays. Diplomate au Quai d’Orsay jusqu’à son limogeage en décembre 2012, Laurent Bigot a récemment déclaré que « [l]e principe même de la diplomatie est de parler avec tout le monde, ce qui ne signifie pas, bien entendu, soutenir tout le monde. Bachar el-Assad est un tyran, mais ce n’est pas une raison pour soutenir le Front al-Nosra, équipé de missiles français notamment. Notre réponse à la barbarie, c’est soutenir une autre barbarie ? » En décembre dernier, le député (LR) et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud m’avait affirmé qu’« il n’est pas sérieusement contesté qu’à un moment ou un autre l’État français a facilité les actions d’al-Nosra qui, je vous le rappelle, est une filiale d’al-Qaïda [en Syrie]. J’ai eu l’occasion de montrer à l’Assemblée Nationale des photos de combattants d’al-Nosra en possession de fusils d’assaut français. Il n’y avait bien évidemment aucune volonté du gouvernement français de voir mis en évidence une telle collaboration avec un groupe terroriste. Ainsi fut rejetée toute idée d’enquête parlementaire. »

 

L’abandon définitif de ces politiques secrètes aussi dangereuses que scandaleuses doit être décidé non seulement en France, mais également chez nos alliés occidentaux, tels que les États-Unis et la Grande-Bretagne. Et puisqu’ils sont les principaux financeurs du jihadisme, nos « alliés » du Golfe et de Turquie doivent eux aussi stopper ces politiques profondes de soutien clandestin au terrorisme. L’Union européenne autant que les États-Unis disposent de moyens de pression diplomatiques, juridiques, économiques, médiatiques voire militaires pour les contraindre de changer d’attitude à l’égard du jihadisme international. Ces moyens de pression m’ont été confirmés par plusieurs experts, dont un journaliste d’investigation particulièrement bien informé sur ces questions ;

 

4) que l’État priorise le renseignement humain et les actions judiciaires et policières pour combattre efficacement le fléau jihadiste. La « guerre contre le terrorisme » lancée par l’administration Bush à l’automne 2001 continuera d’enrichir une minorité de multinationales et leurs actionnaires, aux États-Unis comme en France. Néanmoins, cette militarisation obsessionnelle de la lutte antiterroriste ne pourra qu’amplifier le désordre mondial et la haine anti-occidentale. Les trois ouvrages de Peter Dale Scott traduits en français, dont le dernier vient d’être recensé par l’IRIS, le démontrent indiscutablement. Récemment, un expert du prestigieux Council on Foreign Relations a souligné que « [l]e problème avec cette politique de type “tuez-les-tous avec des frappes aériennes” est qu’elle ne fonctionne pas. Les officiels du Pentagone affirment qu’au moins 25 000 combattants de l’État Islamique ont été tués (…) En 2014, l’Agence Centrale de Renseignement (CIA) estima que l’État Islamique comptait dans ses rangs entre 20 000 et 31 000 combattants. Or, mercredi dernier, le colonel Warren a répété cette estimation de 30 000 miliciens. Voici un calcul qui résume cette campagne anti-Daech : 30 000 – 25 000 = 30 000. »

 

Comme l’a récemment déclaré l’ancien haut-fonctionnaire Pierre Conesa, « [o]n ne combat pas le terrorisme avec des moyens militaires. Un attentat est précisément destiné à provoquer une riposte. Cela ne veut pas dire que l’on ne doit pas répliquer, mais il faut y aller avec un calendrier de retrait. Il faut dire aux pays du Golfe : “La guerre sunnites contre chiites, on ne peut rien y faire. Le massacre des Kurdes, on peut tempérer, mais c’est à vous de régler le problème. Quant à la question d’Assad contre tous les autres, c’est votre problème.” Il faut arrêter de se voir comme des chevaliers blancs qui vont remettre de l’ordre dans une région. On peut accepter d’être facilitateur politique, mais en aucun cas belligérant. On a commencé par être anti-Iraniens, puis anti-Assad et maintenant on est anti-Daech pour défendre l’Arabie saoudite… Soyons sérieux ! Notre diplomatie est ridicule. » Le gouvernement français doit en tirer les conclusions qui s’imposent ;  

 

5) que l’État réévalue ses alliances avec les principaux soutiens étatiques du fléau jihadiste, qui pourraient nous entraîner automatiquement dans de nouvelles guerres au Moyen-Orient. Selon le professeur Jean-François Bayart, « [à] partir des années 1970 ont été signés toute une série d’accords de défense entre la France et les Emirats arabes unis, puis le Qatar et dans une moindre mesure le Koweït, auxquels s’ajoute en outre un partenariat très développé avec l’Arabie saoudite de même qu’avec le Pakistan. Le propos des Français était avant tout commercial. Nous sommes alors dans le contexte des chocs pétroliers et d’un grave déficit de la balance commerciale de la France. Le premier objectif concernait ce que l’on appelle “les grands marchés”, dont l’exportation française est très tributaire, à l’inverse par exemple de l’Allemagne dont les exportations reposent davantage sur un tissu de petites et moyennes entreprises beaucoup plus dense et performant. Dans ces accords de défense, [il existe] certaines clauses secrètes et différées dans le temps. Ces clauses étaient “très engageantes” comme on dit dans le vocabulaire militaire français, c’est-à-dire qu’elles impliquent l’automaticité. Très concrètement, si demain il y a un conflit entre l’Iran et le Qatar, ces accords de défense stipulent l’intervention militaire automatique de la France. »

 

D’aucuns pourraient alors justifier ces politiques par des intérêts économiques majeurs, qui lient notamment l’Arabie saoudite et la France. Or, comme l’a récemment souligné l’expert en questions militaires Jean-Dominique Merchet, « la France se retrouve prise au piège de son alliance avec l’Arabie saoudite. Ce choix stratégique de première importance, jamais vraiment débattu, s’est renforcé depuis l’arrivée de François Hollande à l’Élysée. Cette entente serait, dit-on, le prix à payer pour de mirifiques contrats. Pourquoi pas ? Sauf que ces promesses sont bien souvent comme [des] mirages dans le désert. Les exportations françaises vers l’Arabie saoudite restent dix fois moins importantes que celles vers… la Belgique ! Que l’Élysée, au nom du réalisme (socialiste ?), passe les droits de l’homme par pertes et profits est une chose. Mais son tropisme anti-iranien et pro-sunnite conduit lentement notre pays à l’impuissance diplomatique. Dans le conflit entre Téhéran et Riyad, la France est perçue comme l’adversaire de l’un et l’obligé de l’autre. Autant dire, hors-jeu. » Il est donc urgent que le gouvernement français abandonne ses sanctions économiques contre des États luttant réellement contre le terrorisme salafiste, tels que l’Iran et la Russie. Il faudrait alors se rapprocher de ces pays, notamment au plan commercial. Ce processus a été lancé avec l’Iran, et les perspectives d’une intervention militaire désastreuse contre ce pays s’éloignent durablement. Comme l’avait écrit Montesquieu, « [l]’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. » Cette solution, bien qu’imparfaite, est nettement préférable au pillage brutal des nations à travers la « stratégie du choc », comme on a pu l’observer en Irak ou en Libye ;

 

6) que l’État instaure un état d’urgence économique et social tout en interrompant l’état d’urgence sécuritaire qui détruit notre démocratie de l’intérieur, et dont le bilan est si maigre en termes d’efficacité antiterroriste que François Hollande s’est senti obligé d’en gonfler les chiffres. Essentiellement, il faut mobiliser les ressources de l’État dans des plans de relance ambitieux, afin de favoriser l’emploi et de limiter ainsi les risques de radicalisation individuelle ou collective. Le « pacte d’urgence » qu’avait annoncé l’État français est un signe positif en ce sens, mais il sera loin d’être suffisant si l’on maintient des mesures d’austérité détruisant notre avenir au nom du dogme budgétaire des « 3 % », qui est « né sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique ». Un état d’urgence socioéconomique – dont François Hollande a lui-même reconnu l’utilité dans ses voeux –, doit être financé par la collectivité, mais aussi en luttant contre l’optimisation et l’évasion fiscales des entreprises et des individus qui fuient la solidarité nationale. Ces pratiques menacent la stabilité de notre société, car elles engendrent un manque à gagner annuel de plusieurs dizaines de milliards d’euros dans les caisses de l’État. Parmi les solutions audacieuses pour lutter contre ces comportements malveillants, le député PS Yann Galut a suggéré « à son groupe de déposer une proposition de loi pour déchoir de la nationalité française les contribuables qui fuient leurs obligations fiscales. Faisant référence au départ de Gérard Depardieu qui rejoint, selon lui, Bernard Arnault et Johnny Hallyday “dans cette triste liste”, ces people “soustraient à la juste contribution leurs patrimoines astronomiques au mépris de la solidarité nationale”. (…) “Notre pays, dans l’effort historique auquel il soumet toutes les forces de la nation, ne peut tolérer un tel abandon de citoyenneté” (…). » À défaut d’adopter une mesure aussi radicale, le gouvernement devrait prendre exemple sur les États-Unis, qui assujettissent à l’impôt leurs expatriés

 

Une autre solution innovante pour remédier aux déficits budgétaires chroniques de l’État a été proposée par le professeur de finance Marc Chesney : « Il s’agirait, comme le propose le financier zurichois Felix Bolliger, de taxer tous les paiements électroniques, comme les factures de restaurant… et pas seulement les achats d’actions ou d’obligations. En Suisse ces paiements sont de l’ordre de 100  000 milliards de francs par an. C’est énorme. Il s’agit d’environ 160 fois le PIB du pays. Il suffirait de prendre 0,2% sur chaque transaction pour obtenir 200 milliards, soit davantage que l’ensemble des impôts perçus en suisse, qui est de l’ordre de 170 milliards. Une telle taxe, si elle était introduite, pourrait théoriquement remplacer tous les impôts actuels et permettrait de simplifier le système fiscal. Cela pourrait délester l’économie d’activités qui lui sont néfastes comme le trading à haute fréquence. » Indépendamment de ces solutions, l’État ne peut poursuivre une politique austéritaire qui aggrave nos problèmes économiques et qui encourage la radicalisation de la population, alors que les multinationales du CAC 40 sont jugées « trop généreuses » à l’égard de leurs actionnaires et que l’exil fiscal est toléré. Le gouvernement ne pourra lutter contre l’extrémisme et le terrorisme en menant des politiques qui appauvrissent la majorité des citoyens ;  

 

7) que l’État combatte par voie législative, règlementaire et judiciaire la surmédiatisation des actes de Daech et d’autres groupes ou individus terroristes, afin de mettre un terme au climat d’hystérie collective qui est imposé à la population française. Récemment, un instituteur a simulé une agression par un membre imaginaire de Daech, ce qui a engendré un emballement médiatique immédiat. Cet épisode regrettable doit nous faire réfléchir sur le rôle des médias dans ce climat de tension permanente, qui est préjudiciable à l’ensemble de la société, et qui encourage le passage à l’acte de déséquilibrés cherchant à médiatiser leur folie meurtrière. Comme l’a récemment souligné le site TheIntercept.com, « [d]ans une interview à NPR (…) cette semaine, le Président Obama se plaint que les médias soient hyper-saturés par la couverture du terrorisme. “Si vous avez regardé la télévision ce dernier mois, tout ce que vous avez vu, tout ce que vous avez entendu concernait ces gars avec des cagoules ou des drapeaux noirs qui vont potentiellement venir vous attaquer”, a déclaré Obama. Les remarques du Président ont été rapidement condamnées par la presse de droite, mais les faits confirment ses déclarations. The Intercept a analysé la couverture de différents sujets par les chaînes d’information (…) et a constaté que le terrorisme est le principal sujet traité dans l’actualité. » 

 

Dans ce même ordre d’idée, le géopoliticien Gérard Chaliand a déclaré que l’« [o]n ne montre pas en boucle, à la télévision, les images des cadavres et les familles, cousin après cousin, pour dire que les victimes étaient formidables. On dit qu’un bus a sauté et qu’il y a quinze morts ; point final. L’autre jour, je suis passé à la pharmacie et la pharmacienne me disait que les clients défilent, depuis le 13 novembre, pour prendre des calmants. Les gens se demandent ce qui va se passer ; ils ont peur. Les médias nous pourrissent la vie avec leur audimat. Ils rendent service à Daech ; ils font leur propagande : si je relaie six fois un crime de guerre de l’ennemi, je lui rends cinq fois service. C’est la société du spectacle. C’est minable. » Il semble donc indispensable de se questionner sur le rôle des médias dans la diffusion irréfléchie de la propagande de Daech, et de prendre des mesures concrètes pour limiter cette couverture médiatique nocive et disproportionnée ;

 

8) que l’État durcisse parallèlement sa législation pour combattre tout discours incitant à la haine des minorités ethniques, sexuelles ou religieuses, des migrants et des personnes vulnérables en général. Je songe notamment aux propos révoltants de Marine Le Pen, qui a promis d’« éradiquer l’immigration bactérienne ». Je pense également aux déclarations scandaleuses de Georges Bensoussan, qui avait affirmé sur France Culture que « dans les familles arabes en France, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de sa mère ». De tels propos s’apparentent à des incitations à la haine, qui alimentent les tensions intercommunautaires et qui n’ont pas leur place dans le débat public. Comme l’a expliqué Gilles Kepel, la montée du jihadisme et celle du FN sont « deux phénomènes qui se ressemblent », et qui selon moi s’auto-alimentent du fait de leur surmédiatisation. Or, Monsieur Kepel a manifestement oublié que certains « pompiers pyromanes », qui ont été critiqués par le géopoliticien Pascal Boniface, jouent également un rôle actif dans la dégradation continuelle du débat public. Dans ce contexte de tensions exacerbées, je préconise une forme d’« état d’urgence médiatique » temporaire et encadré par le CSA, qui doit notamment imposer la mise en priorité des informations enrichissantes, positives et apaisantes dans les médias.

 

Un an après les attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo, force est de constater que la liberté d’expression, lorsque l’on en abuse à outrance, est une source majeure d’aggravation des problèmes que nous subissons collectivement. Ainsi, la violence psychologique engendrée par la surexposition médiatique de discours haineux et d’actes de terrorisme doit être combattue en priorité, car ce processus amplifie les risques de guerre civile. En France, le droit à la liberté d’expression est garanti par l’article 11 de la déclaration de 1789, mais il est encadré par la loi. En effet, cet article prévoit que « [l]a libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». Cet article est le fondement de nombreuses dispositions législatives et juridiques qui encadrent cette liberté, dont les discours haineux ou les vidéos de propagande terroriste constituent des abus flagrants. Ces dérives doivent être plus strictement encadrées et limitées, car leur surmédiatisation place les citoyens dans un état de tension permanente. Ce phénomène menace le vivre-ensemble et la paix sociale, donc il est temps que les pouvoirs publics en prennent conscience ;

 

9) que l’État criminalise le salafisme, qui est incompatible avec les fondements de la République et qui constitue le terreau du jihadisme violent. Il s’agit d’une question de sécurité nationale qui doit être considérée comme prioritaire. Comme le préconise l’ancien haut-fonctionnaire Pierre Conesa, « [i]l faut fermer les sites salafistes sans craindre de stigmatiser la communauté musulmane. Quand un boucher assassine sa femme, on ne s’interroge pas pour savoir si on stigmatise tous les bouchers ? Eh bien là, c’est pareil. Ces sites expliquent que l’on peut frapper sa femme ou que l’on devient un chien en écoutant de la musique, il n’y a même pas de question à se poser. C’est comme cela que l’on arrêtera le discours de la victimisation. Parallèlement, il faut adopter les mesures pour normaliser les relations avec la communauté musulmane et encourager, par exemple, la formation des imams et l’étude. » Mais comme Pierre Conesa l’a souligné dans une autre interview, il est impératif de « “désigner la cible”, car “c’est le seul moyen de faire comprendre que la composante musulmane de la société française n’est pas concernée dans sa totalité par ces comportements”. La cible, pour ce spécialiste des questions stratégiques internationales, a un nom : le salafisme. “Le salafisme est une idéologie propagée par l’Arabie saoudite dans les années 1980-90 pour lutter contre les Frères musulmans, qui avaient fait l’erreur de soutenir Saddam Hussein pendant la guerre du Golfe. Le salafisme, abondé par l’argent de l’Arabie saoudite, a propagé partout des mosquées avec des imams salafistes, y compris en Algérie, et nos amis algériens l’ont payé”. » Lutter sans relâche contre le salafisme en prenant soin de ne pas alimenter les amalgames et l’islamophobie est donc indispensable pour combattre efficacement le terrorisme ;

 

10) que l’État maintienne l’éducation dans ses priorités budgétaires. Néanmoins, il faut plus que jamais promouvoir une compréhension du monde qui fait défaut dans notre jeunesse, ce qui favorise la radicalisation et l’essor des « théories du complot ». Or, selon l’enseignant Bernard Girard, « [a]lors que les préconisations du socle [commun] faisaient de l’histoire un outil de formation proprement “humaniste” – car l’humanisme, ce n’est pas simplement un point du programme obligatoire à étudier avant la fin de l’année – on en revient aujourd’hui à un triste récit moralisateur, (…) à visée exclusivement identitaire, une sorte d’histoire sainte, en réalité une négation de l’histoire, dont l’objectif est de former des croyants, des fidèles mais sûrement pas des citoyens éclairés. En quelque sorte, une fabrique de l’obscurantisme. » Dans un article plus récent, il fustigeait un enseignement historique « recadré sur le pré carré national et l’histoire purement institutionnelle. (…) [A]rrivé à 15 ans, un jeune n’est donc pas censé savoir que le monde existe. »

 

Un collectif de spécialistes, dont fait notamment partie l’historien Benjamin Stora, défend lui aussi un enseignement de l’Histoire moins romancé : « À cet élitisme conservateur s’ajoutent les peurs identitaires de ceux qui fustigent le dévoiement des programmes d’histoire. Car ce qu’ils redoutent est l’ensevelissement de l’identité française sous la repentance postcoloniale, l’ouverture à l’islam et le culte des pages les plus sombres de notre histoire… Outre qu’elles sont souvent infondées, comme on l’a vu, ces attaques traduisent une étrange conception de l’enseignement de l’histoire. Que recherche-t-on à travers lui ? Le développement de l’enthousiasme patriotique ou l’éducation d’un citoyen capable de s’orienter à la lumière des enseignements du passé ? Dans le premier cas, les programmes d’histoire devraient s’efforcer – et pourraient se contenter – de raconter une belle histoire. Dans le second cas, ils ont vocation à s’approcher de la vérité et à dissiper les fantasmes. C’est, selon nous, cette seconde version qui doit être privilégiée dans l’intérêt de tous. » 

 

Au-delà de cette question de l’enseignement de l’Histoire, ce collectif souligne que l’« on n’accepte toujours pas de prendre en considération les pertes d’opportunité des élèves en difficulté, ou même des élèves moyens. Ce qu’il faudrait valoriser, c’est justement tout ce qui permet de combattre l’échec scolaire. » L’éducation doit donc rester une priorité du gouvernement, et la lutte contre l’échec scolaire doit être repensée et intensifiée. Pour prévenir au plus tôt la radicalisation des jeunes, il faut susciter le développement de l’esprit critique et d’une curiosité intellectuelle permanente. Les risques de basculement vers l’extrémisme en seraient nettement réduits. En effet, toute personne éduquée, lorsqu’elle se retrouve face à des fondamentalistes, est culturellement mieux armée pour résister à leurs manipulations. Alors que la guerre et les politiques sécuritaires sont mises en avant pour répondre au terrorisme, l’éducation doit être une priorité pour combattre efficacement ce fléau. 

 

Je continuerai de développer ces axes de réflexion, étant convaincu que nous subissons de trop nombreuses urgences socioéconomiques, et que celles-ci suscitent différentes formes de radicalisation. Nos gouvernants le reconnaissent mais, au lieu d’agir pour améliorer le sort de leurs administrés, ils maintiennent un état de guerre perpétuelle et ils affaiblissent notre état de droit après chaque attentat. Des solutions plus innovantes, audacieuses et durables doivent être mises en oeuvre. Et il est clair que les discours martiaux et démagogiques de l’Exécutif – pourtant accompagnés d’un faible engagement militaire –, sont des politiques aussi dangereuses qu’inutiles. « Dangereuses », car l’État expose la France à un péril terroriste encore plus grand en répondant à la violence de Daech par une surenchère militariste aux effets limités sur le terrain. « Inutiles », car lutter contre le terrorisme en bombardant des pays lointains dans lesquels nous n’avons aucune légitimité pour intervenir ne fera qu’attiser la haine anti-occidentale, et non tarir les sources de financement du jihadisme. Comme l’a récemment souligné le spécialiste Richard Labévière,

 

« [p]our lutter efficacement contre les dollars de la terreur, inutile de bombarder Raqqa, Mossoul ou Alep. Il faudrait plutôt cibler Genève, Zurich, Lugano, la City, Monaco, les îles anglo-normandes, les Bahamas, les Vierges ou les Caïmans… pas forcément avec des Rafale mais à coup de commissions rogatoires. La difficulté majeure est qu’une fois celles-ci établies en bonne et due forme, les structures financières visées auront changé de forme, de conseil d’administration et de villégiature. Le manque de coopération et de détermination internationales est évident et, malheureusement, la dernière résolution des Nations unies en la matière risque bien de s’avérer aussi inefficace que les textes précédents adoptés, à l’époque, pour lutter contre le financement d’Al-Qaïda… »

 

J’ajouterais enfin que, pour combattre réellement le terrorisme, il est tout aussi vain et contre-productif de transformer notre démocratie certes imparfaite en un État sécuritaire néolibéral sans cesse plus inégalitaire et autoritaire. Néanmoins, je vais continuer de réfléchir à des solutions, et ne pas me contenter de critiquer ce dangereux triptyque qui nous est imposé par nos gouvernants : état de guerre perpétuelle, État profond normaliséétat d’urgence permanent.

 

Ainsi, je vous encourage à diffuser cet article aux médias, à vos élus et à votre entourage, tout en demandant des comptes à vos députés afin de mettre un terme aux politiques profondes exposées sur mon site, puisqu’elles déstabilisent le monde et menacent nos démocraties. Dans ce contexte difficile, et sachant que d’autres attentats nous menacent, restons unis derrière ce triptyque essentiel : Liberté, Égalité, Fraternité. 

 

Maxime Chaix

 

(Retour à la page d’accueil)

Par défaut

La guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie et le chaos islamiste

2000px-CIA.svg

 

La guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie et le chaos islamiste 

 

Par Maxime Chaix

 

(Source : DeDefensa.org, 4 novembre 2015)

 

Le mythe de l’« inaction » militaire occidentale contre le régime syrien

 

Ces derniers mois, le secrétaire à la Défense Ashton Carter et le général Lloyd Austin – qui dirige les opérations du Pentagone au Moyen-Orient et en Asie centrale –, ont tous deux reconnu l’échec du programme de formation de rebelles « modérés » pour lutter contre Daech en Syrie. Monsieur Carter a d’abord affirmé devant le Congrès des États-Unis que seulement 60 combattants avaient été formés dans le cadre de cette opération, lancée en 2014 et budgétée à hauteur de 500 millions de dollars ; [1] puis le général Austin a estimé que seuls « 4 ou 5 » hommes entraînés par les militaires états-uniens étaient alors actifs sur le terrain. [2] À la suite d’un ultime revers, ce programme d’entraînement a été « suspendu » puis « réduit » en octobre 2015. [3] La presse internationale est donc unanime sur l’échec de cette politique. Néanmoins, il est possible que les chiffres ridicules avancés par le Pentagone aient eu un impact majeur sur l’opinion publique mondiale, que cet effet soit recherché ou non. En d’autres termes, ils ont certainement contribué à renforcer le mythe de l’« inaction » militaire des États-Unis et de leurs alliés occidentaux pour renverser Bachar el-Assad. [4]

 

Or, bien que les puissances de l’OTAN et leurs alliés n’aient pas lancé de guerre ouverte contre ce régime, je vais analyser l’implication massive, illégale et clandestine de la CIA dans la déstabilisation de la Syrie, cette politique profonde ayant mobilisé différents services spéciaux moyen-orientaux et occidentaux. [5] Aujourd’hui, nous n’avons aucune idée précise de l’ampleur de cette intervention de l’Agence dans cette guerre civile. Cependant, d’après un article du Washington Post publié en juin 2015, la CIA a mené depuis 2013 contre le régime el-Assad « l’une [de ses] plus grandes opérations clandestines », dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. [6] D’après ce journal, cette intervention secrète – qui aurait notamment permis de former 10 000 rebelles –, s’inscrit dans un « plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie », c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. [7] Bien qu’il ait officiellement démarré à l’automne 2013, [8] nous verrons que l’engagement de la CIA dans ce pays avait été lancé en janvier 2012, et qu’il trouve ses origines profondes en 2011, dans le contexte trouble de la guerre de l’OTAN en Libye. [9] Ainsi, je décrirai ce qui s’apparente à une guerre secrète multinationale contre le régime syrien, les opérations de la CIA et de ses alliés étant distinctes du programme lancé en 2014 par le Pentagone afin de former des combattants pour lutter contre Daech. [10]

 

L’objectif de cet article n’est pas de défendre le régime el-Assad et ses soutiens étrangers, qui partagent une lourde responsabilité dans cette guerre civile meurtrière. [11] Néanmoins, je souhaite démontrer que les principales puissances occidentales – essentiellement les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France –, en sont militairement coresponsables du fait de leurs politiques profondes en Syrie. [12] Le but de cet article n’est pas non plus d’établir une vérité historique encore impossible à déterminer. En effet, j’étudierai essentiellement des opérations clandestines, qui sont protégées par le secret-défense et qui ne sont en principe pas revendiquées par les États qui en sont à l’origine. Or, ces actions confidentielles font parfois l’objet de fuites dans la presse, ou de confirmations officielles plutôt rares et bien souvent imprécises. Ainsi, en me basant sur des informations recoupées, je tenterai de démontrer que l’« inaction » militaire occidentale contre le régime syrien est un mythe entretenu par les médias [13] et les États clandestinement engagés dans ce conflit. Ce mythe déresponsabilise ces gouvernements, puisqu’il leur permet de nier, de déformer ou de minimiser l’ampleur de leurs interventions secrètes dans cette guerre civile [14]notamment en rejetant la faute de l’essor de Daech et d’al-Qaïda en Syrie sur leurs alliés turcs et pétromonarchiques. Du fait du caractère confidentiel de leurs opérations, mon article relèvera de la « Politique profonde », telle que définie par l’auteur et ancien diplomate Peter Dale Scott : l’étude de « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement refoulées dans le discours public plus qu’elles ne sont admises. » [15]

 

Malgré sa clandestinité et la confusion qui en résulte, je tenterai de démontrer en quoi cet engagement massif de la CIA et de services spéciaux alliés dans la déstabilisation de la Syrie pourrait être considéré comme une guerre secrète de grande ampleur, à l’image des politiques profondes de l’Agence au Nicaragua et en Afghanistan dans les années 1980. Et j’expliquerai en quoi cette intervention de la CIA et de ses partenaires a favorisé la montée en puissance de réseaux islamistes que l’Occident est censé combattre, parmi lesquels Daech et le Front al-Nosra, c’est-à-dire la branche syrienne d’al-Qaïda. Mais avant de développer ces arguments, analysons pourquoi le rôle des États-Unis et de leurs alliés occidentaux dans la guerre en Syrie est refoulé, déformé ou minimisé – donc globalement incompris.

 

Continue Reading →

Par défaut

Peter Dale Scott : « La guerre de terreur des États-Unis : la CIA, le 11-Septembre, l’Afghanistan et l’Asie centrale »

etat-2

L’État profond américain et le 11-Septembre  

 

La guerre de terreur des États-Unis : la CIA, le 11-Septembre, l’Afghanistan et l’Asie centrale

 

Par Peter Dale Scott (Traduction : Maxime Chaix)

 

« Quatorze ans après les tragiques événements du 11-Septembre – et tandis que l’ancien directeur de la CIA conseille au gouvernement des États-Unis de collaborer avec des transfuges d’al-Qaïda pour lutter contre Daech (!) –, je reproduis sur mon site un important chapitre du dernier livre de mon ami et mentor intellectuel Peter Dale Scott. Intitulé L’État profond américain, cet ouvrage a été recensé positivement dans Paris Match en juin 2015. Le chapitre suivant était déjà paru sur Internet en 2012, mais je publie ici sa toute dernière version, qui est plus que jamais d’actualité. En effet, n’en déplaise aux esprits conformistes, le 11-Septembre reste un événement mystérieux et irrésolu, dont les funestes conséquences se font encore ressentir à l’échelle globale. D’avance, je vous remercie de lire cette enquête de Peter Dale Scott avec la plus grande attention, et de la diffuser autour de vous si elle vous semble pertinente. »

 

(Source : L’État profond américain, Éditions Demi-Lune, 2015)

 

« La fabrication d’une série de provocations destinées à justifier une intervention militaire est réalisable et pourrait être accomplie à l’aide des ressources disponibles. » [1]

– Rapport du J-5 du Comité des chefs d’États-majors interarmées des États-Unis (JCS), 1963

 

La guerre de terreur de Bush et la falsification des renseignements

 

Le 11 septembre 2001, dans les heures qui suivirent les attentats meurtriers perpétrés ce jour-là, George W. Bush, Donald Rumsfeld et Dick Cheney avaient engagé les États-Unis dans ce qu’ils nommèrent ensuite la « guerre contre la terreur » (décrite dans les deux précédents chapitres comme une guerre « contre » le terrorisme). Selon moi, nous devrions plutôt l’appeler la « guerre de terreur », des actes effroyables ayant été systématiquement perpétrés contre les civils par l’ensemble des belligérants, qu’ils soient des acteurs étatiques ou non. Une guerre de terreur est un conflit dans lequel les armes de destruction indiscriminée sont employées massivement, qu’il s’agisse d’engins explosifs improvisés (EEI) enterrés au bord des routes ou de missiles lancés depuis les airs par un drone de haute technologie. [2]

 

Nous devrions également envisager la guerre de Bush comme faisant partie d’un plus vaste processus, d’ampleur globale. À travers celui-ci, la terreur a été utilisée contre les civils par toutes les grandes puissances lors de campagnes étroitement liées entre elles – la Chine dans le Xinjiang et la Russie en Tchétchénie, autant que les États-Unis dans de nombreuses régions du monde. [3] Dans son contexte global, la guerre de terreur pourrait être perçue comme la dernière étape de l’expansion de la civilisation transurbaine dans des zones où prédomine une résistance rurale – un processus enclenché il y a plusieurs siècles. Dans ces régions, il s’est avéré que les formes conventionnelles de guerre ne peuvent trouver de véritable conclusion, et ce pour des raisons géographiques ou culturelles.

 

La guerre de terreur fut formellement déclarée par George W. Bush le soir du 11 septembre 2001, lorsqu’il annonça dans son discours à la nation que les États-Unis ne feraient « aucune distinction entre les terroristes qui ont perpétré ces actes et ceux qui les abritent ». [4] Cependant, la notion voulant que la guerre de terreur de Bush ait pour objectif de traquer les terroristes perdit de sa crédibilité en 2003, lorsque cette formule fut appliquée à l’Irak de Saddam Hussein – un pays connu non pas pour abriter des terroristes mais pour en avoir été la cible. [5] En 2005, cette notion fut de nouveau décrédibilisée à la suite de la publication en Grande-Bretagne de ce que l’on appelle le « mémo de Downing Street ». Dans celui-ci, le directeur du MI6, les services de renseignement extérieurs britanniques, rapporta après une visite à Washington en 2002 que « Bush voulait renverser Saddam Hussein via une action militaire, justifiée par le lien entre le terrorisme et les ADM [c’est-à-dire les ‘armes de destruction massive’]. Mais les faits et les renseignements étaient truqués pour répondre aux objectifs politiques. » [6] Plus tard, de faux récits liant l’Irak aux ADM, à l’anthrax et au concentré de minerai d’uranium du Niger (le « yellow cake ») furent publiés aux moments opportuns.

 

Continue Reading →

Par défaut

La bannière étoilée derrière le drapeau noir

Eva-Bee-illustration-009

Politique profonde et médias « alternatifs »

 

La bannière étoilée derrière le drapeau noir

 

Par Maxime Chaix

 

« Je reproduis ici mon dernier article, qui vient d’être publié par DeDefensa.org. À travers cette analyse, j’explique l’intérêt de la “Politique profonde” telle que développée par Peter Dale Scott depuis une quarantaine d’années, et dont le journaliste britannique Nafeez Mosaddeq Ahmed est l’un des principaux spécialistes. Dans cet article, j’étudie les révélations du général Michael Flynn, l’ancien directeur du Renseignement militaire du Pentagone (DIA). Il y a quelques jours, ce dernier a confirmé que les États-Unis et certains de leurs alliés avaient soutenu des groupes jihadistes combattant le régime de Bachar el-Assad, cette politique ayant favorisé l’émergence de Daech. Ces révélations ont été suivies d’un lourd silence dans les les médias occidentaux, et tout particulièrement en France. Dans ce contexte orwellien, j’explique en quoi la “Politique profonde” et les médias “alternatifs” permettent de compenser cette carence informative sur des sujets aussi cruciaux. Enfin, je dédie cet article à Khaled al-Assaad, l’ancien directeur du musée des antiquités de Palmyre, qui vient d’être lâchement assassiné par Daech. »

 

(Source : DeDefensa.org, 20 août 2015)

 

Les politiques profondes occidentales et l’émergence de Daech

 

La « Politique profonde » a été définie par Peter Dale Scott comme l’étude de « l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement refoulées dans le discours public plus qu’elles ne sont admises ». [1] Aujourd’hui, l’un des principaux spécialistes de cette discipline est le chercheur britannique Nafeez Mosaddeq Ahmed, qui se présente sur son site officiel comme un « journaliste d’investigation analysant les politiques profondes de la “guerre contre le terrorisme”, dans le contexte de la crise de la civilisation [industrielle]. » [2] Le Dr. Ahmed est un lecteur assidu de Peter Dale Scott, dont il a vivement recommandé le dernier ouvrage, intitulé L’État profond américain. À cette occasion, il a décrit le Dr. Scott comme « un pionnier dans l’étude méthodique de l’État de sécurité nationale [,] et de son influence occulte dans tous les domaines de la politique étrangère et intérieure des États-Unis ». [3]

 

En mai dernier, en se basant sur des documents rendus publics grâce à Judicial Watch, Nafeez Ahmed révéla que le Renseignement militaire du Pentagone (DIA) avait prédit en 2012 l’émergence d’un « État Islamique » [4] à cheval entre l’Irak et la Syrie, accusant l’administration Obama – et plus généralement « l’Occident, les États du golfe Persique et la Turquie » –, d’avoir encouragé la montée en puissance de Daech. [5] Il s’avère que ses analyses, qui lui avaient valu de nombreuses critiques, viennent d’être corroborées par l’ancien directeur de la DIA lui-même, comme nous le verrons dans cet article.

 

Continue Reading →

Par défaut

Philippe Grasset : « L’“État profond” selon Bhadrakumar, et définition » (DeDefensa.org)

Capture d’écran 2015-08-07 à 15.09.53

Débat sur la définition de l’État profond

 

L’« État profond » selon Bhadrakumar, et définition

 

Par Philippe Grasset/DeDefensa.org

 

« Après avoir publié ma traduction d’un article de Philip Giraldi intitulé “L’État profond en Amérique”, Philippe Grasset et DeDefensa.org ont écrit un article intéressant pour suggérer leur propre définition de l’“État profond”. S’appuyant sur une analyse récente de l’ancien diplomate indien MK Bhadrakumar, ils proposent une définition positive et “vertueuse” de l’“État profond”. En effet, ils perçoivent celui-ci comme un garant de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intérêt national compensant les imperfections des différents systèmes politiques (“(…) le cœur principiel de la nation, à la fois historique et spirituel, qui reste au cœur de ce qui représente la nation, – l’État en l’occurrence, mais ce pourrait être autre chose…”). S’appuyant sur les exemples de la Russie post-Eltsine et du gouvernement de Pierre Mendès France, ils préconisent un renversement conceptuel vis-à-vis de nos perceptions généralement négatives de l’“État profond” – en particulier tel qu’il est dénoncé aux États-Unis par Peter Dale Scott ou Philip Giraldi. En remerciant DeDefensa.org d’avoir cité mes travaux au début de leur article, je reproduis celui-ci sur mon site, tout en réfléchissant à une réponse approfondie pour faire avancer ce débat essentiel. »

 

(Source : DeDefensa.org, 10 août 2015)

 

On a observé que l’expression “État profond” (deep State) est d’un emploi de plus en plus courant. Comme le note Maxime Chaix sur ce site, à propos d’un texte dont il présentait la traduction, de Philip Giraldi, ancien officier de la CIA devenu “dissident” du Système, l’expression est désormais utilisée à partir de diverses sources et origines, sans nécessairement de rapports directs entre elles. Cela accrédite le constat de l’universalité de son usage. (Le 7 août 2015, Chaix écrit : «J’ai moi-même tenté d’appliquer ce concept à la France, dans un article publié par DeDefensa.org et influencé par Peter Dale Scott, dont je suis le traducteur. Philip Giraldi m’a indiqué ne pas connaître cet auteur ; néanmoins, sa définition de l’État profond américain est proche de celle du Dr. Scott.»)

 

Il s’agit justement, dans ce texte, d’une question de définition. A partir du moment où une expression devient manifestement un concept par l’emploi qui en est fait, sa définition devient une nécessité ; et plus cette définition est détaillée, et éventuellement élargie, plus le concept enrichit l’esprit… Jusqu’ici, l’expression “État profond” (deep State) employée par les auteurs US inclut per se une connotation absolument négative. La question qui se pose désormais, si l’on conserve l’usage de l’expression, est de savoir si cette connotation négative absolue est suffisante, si elle est acceptable, si elle n’est pas décisivement restrictive et, par là-même, si elle ne devient pas un emprisonnement de la pensée.

 

Continue Reading →

Par défaut

Bruno Paul : « La politique profonde et l’État profond »

Capture d’écran 2015-07-22 à 10.39.35

Analyse approfondie 

 

La politique profonde et l’État profond

 

Par Bruno Paul (traductions et réflexions complémentaires par Maxime Chaix)

 

« Je reproduis sur mon site un intéressant article du Dr. Bruno Paul, fondateur du laboratoire d’innovation sociopolitique “Conscience Sociale”. Dans cette analyse, le Dr. Paul explique l’intérêt et l’importance de la “Politique profonde”, une discipline développée depuis plus de 40 ans par Peter Dale Scott, que je souhaite populariser dans les pays francophones. Je le remercie encore d’avoir écrit ce passionnant article, que j’ai actualisé et complété pour cette publication sur mon site »

Maxime Chaix 

 

peter-dale-scott

Peter Dale Scott

Le terme de « Politique profonde » (deep politics) a été forgé par le Dr. Peter Dale Scott. La première mention dans un ouvrage remonte à notre connaissance à l’année 1993. [1] Dans ce livre figurent aussi les termes de « système politique profond » (deep political system) et de son étude (deep political analysis).

 

L’objectif de cet article est de synthétiser les définitions proposées et celles des termes associés. L’approche de la Politique profonde est fondamentale et essentielle pour mieux comprendre les mécanismes de la légitimité du pouvoir dans le monde politique moderne. Elle constitue l’ouverture d’un nouveau et immense champ en sciences politiques, comparable à la diffusion du Prince de Nicolas Machiavel. En effet, les ouvrages de Peter Dale Scott présentent l’apport le plus complet, et font historiquement référence. Son dernier livre, intitulé L’État profond américain, est paru aux Éditions Demi-Lune en mai 2015. Depuis 2010, cet éditeur a également publié La Route vers le nouveau désordre mondial puis La Machine de guerre américaine en 2012. Dans ses livres, Peter Dale Scott analyse en profondeur la politique étrangère états-unienne, les narcotrafics et les opérations secrètes. Ses recherches et écrits mettent en lumière le concept de ce qu’il définit comme le « supramonde », qui influence l’État public via le système de « l’État profond ». Nous reviendrons sur ces concepts à travers cette analyse.

Continue Reading →

Par défaut

Maxime Chaix : « Peter Dale Scott et la “Politique profonde” comme nouveau paradigme des sciences politiques »

Capture d’écran 2015-07-11 à 14.48.16

Interview 

 

Peter Dale Scott et la « Politique profonde » comme nouveau paradigme des sciences politiques 

 

Entretien avec Maxime Chaix, par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin 

 

(Source : AutomatesIntelligents.com, 10 juillet 2015)

 

Automates Intelligents : Monsieur Chaix, tout d’abord, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ? Quel est votre parcours ? Quelles sont vos principales activités et les fondements de votre activisme ?

 

Maxime Chaix : Avant tout, je tiens à vous remercier de me donner l’opportunité de réaliser cette interview, qui est ma toute première. Je prends conscience que beaucoup d’individus peuvent s’exprimer dans les médias, mais le font à contrecœur ou dans des buts malsains. Je fais notamment référence à celles et ceux qui, trop nombreux, sont interviewés aux heures de grande écoute pour défendre des interventions militaires pas aussi « humanitaires » qu’ils ne le revendiquent. Je mesure donc l’importance de ce premier entretien, et je vous en remercie encore.

 

Depuis 2009, je suis diplômé d’un Master II « Théorie et pratique des droits de l’Homme », que j’ai obtenu à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble. Mes études me donnaient deux options principales : un parcours d’humanitaire à l’étranger dans des ONG ou des organisations internationales, ou une carrière en France dans le tissu institutionnel et associatif dédié à l’aide et à la protection des réfugiés. Ainsi, j’ai eu la chance de décrocher un stage de fin d’études de 3 mois au siège régional du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies (HCR), à Bangkok. Dans ce cadre, je conduisais des entretiens avec des réfugiés en milieu urbain, à qui la protection internationale avait été accordée par le HCR. En effet, la Thaïlande ne reconnait pas le droit d’asile, n’étant pas signataire de la Convention de Genève de 1951. À titre dérogatoire, ce pays « tolère » néanmoins les réfugiés birmans résidant dans des camps situés à sa frontière ouest, qui sont administrés par le HCR et un réseau d’ONG. Or, les réfugiés en milieu urbain sont soumis au racket et aux violences de la police locale, à des risques d’emprisonnement dans des conditions inhumaines, à une pauvreté endémique et à une absence totale de solutions durables en Thaïlande. C’est pourquoi le HCR a mis en place un programme de réinstallation de ces personnes dans des pays tiers, tels que l’Australie, la Grande-Bretagne ou la Norvège. Mon rôle était alors de conduire un dernier entretien avec ces réfugiés, puis de rédiger leurs dossiers de réinstallation. J’aurais beaucoup à dire sur cette expérience, qui fut extrêmement enrichissante et formatrice. Mais je me contenterais de souligner que ce stage m’a donné l’envie de consacrer ma vie professionnelle à aider les réfugiés. Or, en raison de ma vie de couple, je ne souhaitais pas m’expatrier – un choix que je ne regrette pas aujourd’hui. En 2010, j’ai donc trouvé un emploi passionnant de chargé d’insertion socioprofessionnelle des réfugiés à Grenoble, dans une association locale où je travaille encore aujourd’hui.

 

En 2009, j’ai lu un livre qui a bouleversé ma vie et ma vision du monde, en particulier sur la politique étrangère des États-Unis et le système de gouvernance abyssale de ce pays. Il s’agit de The Road to 9/11, un ouvrage écrit par celui qui deviendra ensuite mon ami et mentor intellectuel Peter Dale Scott. Après avoir lu la dernière page de ce livre, je me souviens encore m’être tourné vers ma compagne en lui disant : « Ce n’est pas normal que cet auteur ne soit pas publié en français. Je dois traduire ce livre ! » Venant alors de terminer mes études, j’ai décidé de prioriser la traduction de cet ouvrage à partir de novembre 2009. Quelques mois plus tard, un ami m’a rejoint dans ce projet, et nous avons poursuivi notre travail sans avoir trouvé d’éditeur. Pour l’anecdote, chaque journaliste, expert ou auteur contactés m’ont unanimement orienté vers les Éditions Demi-Lune. Arno Mansouri, le directeur de cette maison d’édition, m’a finalement donné son accord en juin 2010, et The Road to 9/11 a été publié en français sous le titre La Route vers le nouveau désordre mondial en octobre de la même année. J’en profite pour rendre hommage à son courage éditorial, car cet auteur était alors méconnu dans les pays francophones.

Continue Reading →

Par défaut

Le fascisme réel

eu_strasbourg_babel

Guerre néolibérale et stratégie de la tension médiatique 

 

Le fascisme réel

 

Par Maxime Chaix

 

« Au vu des récents événements en Grèce, il me semble opportun de republier cette analyse, écrite au lendemain des élections européennes de mai 2014 et initialement publiée par DeDefensa.org (article initial). Je n’en retire pas un mot, et le rejet quasi unanime – par les élites européistes – du principe même de la démocratie ne fait qu’appuyer mes propos. En plus de l’abstention massive lors des élections européennes, sachant qu’elles légitiment une bureaucratie ouvertement antidémocratique, le référendum est l’autre arme de révolte pacifique des populations contre les oligarchies prédatrices que je dénonce dans cet article. »

 

(Source : DeDefensa.org, 10 juin 2014)

 

Le néolibéralisme est le fascisme réel. Il représente aujourd’hui le principal danger qui menace notre République, c’est-à-dire l’extrémisme le plus subtil et le plus incompris, donc le plus mésestimé dans sa capacité destructive. Ce nouveau fascisme se manifeste à travers une offensive généralisée contre les intérêts de la France et de nombreux autres pays, notamment européens. Il ne s’agit pas d’un vaste complot, mais d’un mode autoritaire de gouvernance qui se globalise dangereusement depuis la « Révolution Reagan » des années 80 et la dérégulation financière correspondante. Ainsi, l’influence et la richesse de ce que l’ancien diplomate et universitaire Peter Dale Scott a appelé le « supramonde » se sont démesurément amplifiées. (1)

 

Continue Reading →

Par défaut

Maxime Chaix : « L’État profond “français” » (mise à jour)

DGSE NSA

L’État profond « français »

 

Par Maxime Chaix

 

« J’ai publié cet article le 27 juin 2015 sur DeDefensa.org. Deux jours plus tard, Wikileaks confirma le fait que les États-Unis mènent une véritable guerre économique contre la France, comme je l’avais dénoncé dans cet article. Le 30 juin 2015, le député (LR) Claude Goasguen a accusé le gouvernement de soutenir al-Qaïda en Syrie, confirmant mes arguments exposés dans la première partie de cette analyse. J’ai donc décidé de la republier, tout en réfléchissant à un nouvel article pour étayer cet argumentaire. D’avance, je vous remercie de m’aider à la diffuser ! »

 

(Source : DeDefensa.org, 27 juin 2015)

 

Al-Qaïda : terroriste en Occident, alliée au Moyen-Orient

 

Depuis le 11-Septembre, on observe un basculement de nombreux États occidentaux vers une forme d’ultrasécuritarisme, imposé verticalement au nom de la lutte antiterroriste. Ce phénomène se caractérise notamment par l’adoption de mesures introduisant la notion de « précrime » dans la loi, ce qui est préoccupant. En effet, nous avons récemment pu observer la mise en œuvre de législations et de dispositifs « préventifs » en Grande-Bretagne,[1] en Australie,[2] et en France.[3] Dans ce dernier cas, la nouvelle loi sur le renseignement instaure la détection algorithmique de comportements jugés « suspects » sur le Web, malgré toutes les dérives que ce système pourrait engendrer.[4] Ainsi, à travers la normalisation de la surveillance de masse et le renforcement du contrôle d’Internet, le combat légitime contre le fléau du terrorisme islamiste est perverti. En effet, il permet aux gouvernements des pays en question de renforcer les pouvoirs profonds de l’Exécutif, voire au-delà – au niveau abyssal et mal contrôlé des services de renseignement. Ce processus marginalise le rôle du juge, pérennise des lois d’exception et fragilise notre État de droit. Hélas, la majorité des peuples occidentaux semble accepter que des législations et des dispositifs démocracides soient imposés au nom de la lutte antiterroriste.

 

Or, du fait du conformisme, de l’incompétence, voire de la complicité[5] de la plupart des médias grand public, une réalité profonde aussi déplaisante qu’irréfutable est dissimulée : depuis 2011, certains États occidentaux – dont le gouvernement français – ont soutenu des réseaux terroristes en Syrie, principalement via la Turquie[6] et les pétromonarchies du golfe Persique.[7] Datant de 2012, une évaluation secrète du Renseignement militaire du Pentagone confirme[8] ce soutien clandestin de l’Occident et de ses alliés moyen-orientaux en faveur de groupes jihadistes sur le territoire syrien ; dans ce document, cette agence anticipe avec deux ans d’avance la création d’un « État Islamique » à cheval entre l’Irak et la Syrie.[9]

 

Continue Reading →

Par défaut

Peter Dale Scott : « Le réseau gouvernemental occulte liant l’assassinat de JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre »

WHITEHOUSECOMMAGENCY


L’État profond américain

Le réseau gouvernemental occulte liant l’assassinat de JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre

Par Peter Dale Scott

(Traduction : Maxime Chaix)

 

(Source : VoltaireNet.org, 7 mai 2015)

 

Depuis un certain temps, j’ai analysé l’Histoire des États-Unis à l’aune de ce que j’ai appelé les « événements profonds structurels » (EPS), tels que l’assassinat du Président Kennedy, le cambriolage du Watergate, l’affaire Iran-Contra (Irangate) et le 11-Septembre. Il s’agit d’affaires qui, dès le départ, sont entachées de mystère. Par ailleurs, elles impliquent systématiquement des actes criminels ou violents, et elles sont intégrées dans les processus clandestins des services de renseignement. Enfin, elles ont pour conséquence d’étendre la part secrète de l’État, et elles font ensuite l’objet de dissimulations systématiques dans les médias grand public et dans les archives internes du gouvernement.[1]

 

À mesure que mon étude de ces affaires s’est approfondie, j’ai pu détecter un nombre grandissant de points communs entre elles. Ce constat a renforcé la possibilité qu’elles ne furent pas des intrusions externes et fortuites dans l’Histoire des États-Unis, mais qu’elles découlèrent d’un processus endémique – partageant à divers degrés une source commune.[2]

 

Par exemple, il existe un facteur liant l’assassinat de JFK, le Watergate, l’Irangate et le 11-Septembre. Il s’agit de l’implication, dans les coulisses de ces événements profonds, d’individus ayant participé à la planification de crise la plus secrète et importante des États-Unis. Depuis les années 1950, on la désigne comme le programme de la « Continuité du Gouvernement » (COG pour Continuity of Government) – plus communément appelé le « Projet Jugement dernier » au Pentagone. En tant que superviseurs du système confidentiel de la COG, un nombre restreint de ses planificateurs ont pu occuper des postes à hautes responsabilités, comme par exemple Donald Rumsfeld et Dick Cheney. D’autres éléments – dont je vais parler dans cet article – ont opéré à des rangs inférieurs dans le réseau secret de communications de ce programme.

Continue Reading →