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Bachar est resté, Laurent est parti : il est temps de “comprendre le réel” en Syrie

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Bachar est resté, Laurent est parti : il est temps de “comprendre le réel” en Syrie

 

Par Maxime Chaix

 

Talleyrand avait déclaré qu’« [e]n politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai. » En quittant le Quai d’Orsay, Laurent a encore fustigé Bachar, mais en prenant à nouveau quelques libertés avec la réalité. Lors de cet entretien sur RTL, il a notamment souligné « des ambiguïtés au sein de la coalition. Je crois que le président Obama ne veut pas engager de forces importantes là-bas. On a vu ça en août 2013 alors que Bachar avait utilisé l’arme chimique contre son peuple. Le président Obama avait dit que c’était une ligne rouge et que “s’il fait cela, je réagis”. Nous étions prêts à réagir puis il n’y a pas eu de réaction. » Nous allons voir que la réalité est bien plus complexe.

 

Amer de n’avoir pu renverser le gouvernement syrien, Laurent a également affirmé sur RTL que Bachar avait « la responsabilité principale de 260 000 morts. La moitié de la population a dû quitter son domicile. » Il a ensuite prétendu que l’objectif de la diplomatie française était une « Syrie qui soit libre (…) [où] chacun, quelle que soit sa religion, quelle que soit son ethnie puisse développer ses idées ». Exhortant la Russie à « bombarder Daech », mais sans lui demander de frapper al-Qaïda, il a déclaré que la ville d’« Alep, avec ces centaines de milliers d’habitants, est quasiment encerclée. » Il a finalement admis que la France n’avait pu « faire bouger les choses en Syrie. » Malgré tout, il a estimé qu’il fallait « continuer, continuer. Jaurès a tout résumé : “il faut aller vers l’idéal mais il faut comprendre le réel”. Nous ne sommes pas des rêveurs. »

 

Or, Laurent semble vivre dans un monde onirique où la propagande se confond avec la réalité, ce qui n’a visiblement pas posé problème aux journalistes d’RTL. En effet, s’ils s’étaient souvenus de cette vieille charte censée régir leur profession, ils auraient d’abord rappelé à Laurent les sérieux doutes sur la culpabilité de Bachar dans les attaques chimiques de la Ghouta, qui furent perpétrées le 21 août 2013 dans la banlieue de Damas. En effet, la responsabilité de ce massacre est attribuée à la « rébellion » par un nombre croissant de sources, dont le prestigieux Massachusetts Institute of Technology, un député turc et un haut responsable du Pentagone – ces deux derniers accusant Recep Tayyip d’avoir commandité cette tragédie afin de susciter une intervention militaire occidentale en Syrie.

 

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Opération “Timber Sycamore” : la guerre secrète de la CIA en Syrie est principalement financée par les Saoud

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Opération “Timber Sycamore” : la guerre secrète de la CIA en Syrie est principalement financée par les Saoud

 

Par Maxime Chaix

 

Un article du New York Times vient de dévoiler le nom de code de la guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie : il s’agit de l’opération Timber Sycamore, ce qui peut signifier « Bois de Platane » ou « de Figuier sycomore ». En 1992, les chercheurs syriens Ibrahim Nahal et Adib Rahme avaient publié une étude selon laquelle, « [b]ien que la largeur des cernes soit influencée par les facteurs du milieu, le bois de Platane d’Orient peut être classé parmi les espèces à croissance relativement rapide par rapport au hêtre ou au chêne. » Les groupes rebelles majoritairement jihadistes, qui ont proliféré en Syrie à partir de l’été 2011, pourraient donc être considérés comme des « platanes d’Orient » du fait de leur « croissance rapide » – sans qu’un lien ne soit forcément établi entre le nom de code de cette opération clandestine de la CIA et ce phénomène biologique. Il est également possible que « Sycamore » fasse référence non pas au platane mais au figuier sycomore, dont le « bois peut servir de combustible et le frottement de deux branches permet d’allumer un feu ».  

 

Essentiellement, le New York Times a révélé dans cet article que l’Arabie saoudite a financé à hauteur de « plusieurs milliards de dollars » la guerre secrète de la CIA en Syrie. D’autres contributeurs étatiques à cette campagne de l’Agence sont cités par ce journal. Il s’agit de la Turquie, de la Jordanie et du Qatar. Or, bien que le montant exact des contributions de chaque État impliqué dans ces opérations n’ait pas été dévoilé, le Times nous informe que l’Arabie saoudite en a été le principal financeur. D’après ce journal, « [l]es hauts responsables états-uniens n’ont pas révélé le montant de la contribution saoudienne, qui constitue de loin le principal financement étranger de ce programme de fourniture d’armes aux rebelles combattant les forces du Président Bachar el-Assad. Néanmoins, des estimations ont indiqué que le coût total des efforts de financement et d’entraînement [des rebelles] atteignait plusieurs milliards de dollars. »

 

Le Times confirme ainsi les informations du Washington Post, que j’avais analysées quelques semaines avant les attentats du 13-Novembre. En effet, en juin 2015, ce quotidien révéla que la CIA avait « mené depuis 2013 contre le régime el-Assad “l’une [de ses] plus grandes opérations clandestines”, dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. D’après ce journal, cette intervention secrète (…) s’inscrit dans un “plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie”, c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. » Grâce au New York Times, nous savons à présent que l’Arabie saoudite a été, « de loin », le principal soutien étatique de cette guerre secrète – notamment à travers l’achat massif et la livraison, par les services spéciaux saoudiens (GID), de missiles antichars TOW de marque Raytheon à des groupes affiliés à al-Qaïda, dont l’Armée de la Conquête

 

Toujours selon le Times, le chef de station de la CIA joue un rôle diplomatique plus important que l’ambassadeur des États-Unis en Arabie saoudite. Ainsi, entre le GID et la CIA, « l’alliance reste solide, puisqu’elle est renforcée par une liaison entre maîtres-espions. Ministre de l’Intérieur saoudien, le prince Mohammed ben Nayef a succédé au prince Bandar dans l’approvisionnement en armes des rebelles [en Syrie]. Il connait l’actuel directeur de la CIA John O. Brennan depuis l’époque où ce dernier était le chef de station de l’Agence à Riyad dans les années 1990. D’anciens collègues ont déclaré que ces deux hommes étaient restés proches (…) Le poste occupé autrefois par M. Brennan à Riyad est, bien plus que celui de l’ambassadeur US, le véritable lien entre le pouvoir états-unien et le royaume [des Saoud]. D’anciens diplomates se souviennent que les discussions les plus importantes ont été systématiquement menées via le chef de station de la CIA [dans la capitale saoudienne]. »   

 

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Nafeez Ahmed : “Les millions de victimes ignorées des guerres occidentales en Irak et en Afghanistan“

 

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25 ans après le déclenchement de la guerre du Golfe…

 

Les millions de victimes ignorées des guerres occidentales en Irak et en Afghanistan

 

Par Nafeez Ahmed (traduction : Maxime Chaix)

 

« 25 ans jour pour jour après le déclenchement de l’opération “Tempête du désert” en Irak, je republie ma traduction d’un important article du journaliste d’investigation britannique Nafeez Ahmed. En effet, cette “tempête” qui s’est abattue sur les Irakiens le 17 janvier 1991 ne s’est jamais vraiment estompée, et la situation de leur pays n’incite pas à l’optimisme – malgré la grande résilience de cette population. Ainsi, il n’est pas surprenant qu’aucune cérémonie n’ait été prévue par les chancelleries occidentales, pourtant si promptes à organiser des commémorations, en particulier en France. Il n’est pas non plus étonnant que les médias francophones n’en parlent pas, du moins si l’on en croit Google Actualités. En mémoire de ces millions de victimes oubliées, je diffuse à nouveau cet article pour rappeler la responsabilité historique de l’Occident, et pas seulement des États-Unis, dans le chaos irakien qui prévaut aujourd’hui. Dans un tel contexte, nous ne pouvons que nous réjouir de la levée des sanctions contre l’Iran. En effet, ce pays a été menacé, sanctionné et subverti pendant des décennies par les puissances occidentales. La CIA avait notamment aidé les troupes de Saddam Hussein à gazer des milliers de soldats iraniens durant la guerre Iran-Irak (1980-1988). Le raïs était alors un allié de l’Occident, et il le restera jusqu’à ce qu’il envahisse le Koweït le 2 août 1990 avec l’approbation tacite des États-Unis, qui se retournèrent immédiatement contre lui. Visiblement, l’Iran ne connaîtra pas le même sort que l’Irak, puisque les perspectives d’une guerre contre ce pays semblent s’éloigner durablement. Un quart de siècle après le début de la guerre du Golfe, il existe malgré tout des motifs de réjouissance, en espérant que l’Iran puisse contribuer à stabiliser le Proche-Orient. »

 

(Source : VoltaireNet.org, 11 avril 2015)

 

Une importante étude démontre que la “guerre contre le terrorisme” conduite par les États-Unis a tué jusqu’à 2 millions de personnes. Néanmoins, il ne s’agit que d’un décompte partiel des morts dont l’Occident est responsable en Irak et en Afghanistan depuis plus de deux décennies. 

 

Le mois dernier, Physicians for Social Responsibility (PRS), une prestigieuse ONG basée à Washington DC, a publié une étude clé. Elle démontre que le bilan humain de plus d’une décennie de « guerre contre le terrorisme » depuis les attaques du 11-Septembre s’élève à au moins 1,3 million de morts. Selon cette ONG, il pourrait même atteindre les 2 millions.

 

Publié par une équipe de docteurs lauréate du prix Nobel de la paix, ce rapport de 97 pages est le premier décompte du nombre total de pertes civiles dues aux interventions « antiterroristes » menées sous l’égide des États-Unis en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.

 

Ce rapport du PSR a été rédigé par une équipe interdisciplinaire d’experts de premier plan dans le domaine de la santé publique, dont le Dr Robert Gould – directeur de la sensibilisation et de l’éducation des professionnels de santé au Centre médical de l’Université de Californie (San Francisco). Parmi ses rédacteurs, nous pouvons également citer le Professeur Tim Takaro, qui enseigne à la Faculté des Sciences de la Santé à l’Université Simon Fraser (Canada).

 

Néanmoins, cette étude a été presque totalement ignorée par les médias anglophones [NDT : et francophones]. Elle constitue pourtant la première tentative – par une organisation de renommée mondiale –, de produire un calcul scientifiquement crédible du nombre de personnes tuées par cette « guerre contre le terrorisme » qu’ont menée les États-Unis [, la France] et la Grande-Bretagne.

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Maxime Chaix.info vous souhaite une bonne année 2016 !

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Maxime Chaix.info vous souhaite une bonne année 2016 !

 

Chères lectrices, chers lecteurs, 

 

En juin 2015, avec l’aide d’un ami, j’ai créé ce site d’information et d’étude de la « Politique profonde », que j’anime bénévolement. En effet, je souhaitais diffuser plus largement mon travail et celui de mon ami et mentor intellectuel Peter Dale Scott, dont je suis le principal traducteur francophone. Le 14 juillet 2015, j’ai installé un compteur de visites afin de mesurer son audience. À l’heure où j’écris ces lignes, vous avez été plus de 31 000 visiteurs uniques depuis cette date, et vous avez parcouru plus de 95 000 pages !

 

Sachant que je ne suis pas rémunéré pour ce travail, et que je me refuse pour l’instant à en appeler à votre générosité, sachez que je vous suis extrêmement reconnaissant pour votre soutien, votre enthousiasme et vos encouragements par centaines. En 2015, j’ai reçu d’innombrables messages de sympathie et de gratitude de votre part. J’ai tenté de répondre à tout le monde, mais il est fort probable que certain(e)s d’entre vous aient été involontairement oublié(e)s. Le cas échéant, je vous prie de m’en excuser. Aujourd’hui, mon travail d’information et d’analyse ne me rapporte pas d’argent mais, grâce à votre soutien, j’ai l’agréable impression d’être trillionnaire. Je ne peux que vous en remercier chaleureusement. 

 

Pour cette année naissante, je vous encourage plus que jamais à faire pression sur vos élus et vos médias afin de mettre un terme aux politiques profondes exposées sur ce site, puisqu’elles déstabilisent le monde et menacent nos démocraties. Je vous invite également à réfléchir à des solutions susceptibles de renverser ce processus d’escalade permanent de la violence, que nous subissons collectivement mais qui ne doit pas être une fatalité. Dorénavant, l’élaboration de solutions innovantes, réalisables et constructives sera ma priorité. Enfin, mais essentiellement, je vous souhaite une excellente année 2016, avec tous mes voeux de bonheur, de réussite, de santé, d’épanouissement…

 

…et d’humour également ! Nous en avons cruellement besoin en ces temps difficiles et incertains :

 

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Informativement votre,

 

Maxime Chaix

 

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Expert du CFR : la campagne « tuez-les-tous avec des frappes aériennes » ne marche pas contre Daech

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Expert du CFR : la campagne « tuez-les-tous avec des frappes aériennes » ne marche pas contre Daech

 

Par Micah Zenko (Council on Foreign Relations) ; traduction : Maxime Chaix

 

« En exclusivité pour ce site, voici ma traduction d’un important article de Micah Zenko, qui est un expert du Council on Foreign Relations – l’un des plus prestigieux et influents think tanks états-uniens. Cette analyse renforce une idée que je défends depuis plusieurs années, soit le fait que l’Occident ne peut combattre le terrorisme en bombardant des pays étrangers – un argument développé par Peter Dale Scott dans son dernier livre, L’État profond américain. Dans cet article, Micah Zenko explique que la campagne états-unienne consistant à tuer massivement les combattants de Daech ne fonctionne pas. En effet, le nombre de miliciens de cette organisation n’a pas diminué malgré l’élimination d’environ 25 000 d’entre eux depuis septembre 2014. Plus que jamais, il est temps d’appliquer des méthodes plus constructives et subtiles, en priorisant notamment la lutte contre les circuits financiers par lesquels transitent les “dollars de la terreur” qui alimentent cette milice terroriste. Essentiellement, il faut mettre en place des politiques ambitieuses de contre-radicalisation, faire pression sur nos “alliés” qui soutiennent ces groupes extrémistes, et mettre un terme à cet état de guerre perpétuelle qui nous est imposé depuis le 11-Septembre. »

 

(Source : DefenseOne.com, 7 janvier 2016)

 

Voici un résumé de la campagne de bombardements contre Daech : 30 000 combattants – 25 000 combattants = 30 000 combattants.    

 

L’objectif principal des politiques états-uniennes de contre-terrorisme – c’est-à-dire l’engagement de personnel, de ressources, et l’attention des dirigeants –, est la capture ou (très majoritairement) l’élimination physique des terroristes existants. Bien moins d’argent et d’attention programmatique sont dédiés à la prévention de l’émergence de nouveaux terroristes. Pour l’illustrer par une anecdote, je demande fréquemment à des hauts responsables du gouvernement des États-Unis, ainsi qu’à des fonctionnaires [de la Maison Blanche] : « Que faites-vous pour éviter qu’une personne neutre ne devienne un terroriste ? » Ils répondent systématiquement que de telles politiques ne relèvent pas de leurs responsabilités, et ils désignent d’autres agences. Habituellement, ils citent le Département d’État (DOS) ou le Département de la Sécurité de la Patrie (DHS), qui auraient l’obligation d’assurer cette prévention aux niveaux international (DOS) et intérieur (DHS). En général, les fonctionnaires du DOS et du DHS mentionnent des politiques visant à « contrer les extrémistes violents », tout en reconnaissant que les efforts du gouvernement des États-Unis sur ce front ont été totalement inefficaces.  

 

La principale méthode pour tuer des terroristes présumés est le recours à cette impasse que constituent les frappes aériennes ciblées. Concernant l’autoproclamé État Islamique, les responsables états-uniens ont systématiquement déclaré que la voie à suivre pour « détruire » cette organisation terroriste était de tuer chacun de ses membres actuels. En février dernier, Marie Harf, la porte-parole du Département d’État, a déclaré : « Nous sommes en train de les tuer et nous continuerons à éliminer les terroristes de Daech qui représentent une menace pour nous. » Au mois de juin suivant, le général de brigade John Hesterman, qui est le commandant du Combined Forces Air Component, déclara : « Nous les tuerons partout où nous les trouverons ». Enfin, le colonel Steve Warren, qui est le porte-parole de l’opération Inherent Resolvea affirmé cette semaine : « Si vous faites partie de Daech, nous allons vous tuer. C’est notre règle. » 

 

Le problème avec cette politique de type « tuez-les-tous avec des frappes aériennes » est qu’elle ne fonctionne pas. Les officiels du Pentagone affirment qu’au moins 25 000 combattants de l’État Islamique ont été tués (un haut responsable anonyme en avait recensé 23 000 en novembre 2015, et le colonel Warren ajouta mercredi dernier qu’« environ 2 500 » combattants supplémentaires avaient été éliminés en décembre). Étonnamment, ils avancent qu’à côté des 25 000 combattants neutralisés, seulement 6 civils ont été « probablement » tués au cours de cette campagne aérienne lancée il y a 17 mois. Dans le même temps, des officiels admettent que la taille de Daech n’a globalement pas changé. En 2014, l’Agence Centrale de Renseignement (CIA) estima que l’État Islamique comptait dans ses rangs entre 20 000 et 31 000 combattants. Or, mercredi dernier, le colonel Warren a répété cette estimation de 30 000 miliciens. Voici un calcul qui résume cette campagne anti-Daech : 30 000 – 25 000 = 30 000.

 

Sachant que l’administration Obama n’a jamais exprimé un quelconque intérêt pour réévaluer cette approche, analysons en détail les bombardements antiterroristes états-uniens en 2015. L’année dernière, les États-Unis ont lancé au total 23 144 bombes dans 6 pays, selon les estimations officielles. Parmi elles, 22 110 furent lancées en Irak et en Syrie. Cette estimation se base sur le fait que les États-Unis ont mené 77% des frappes aériennes en Irak et en Syrie. En tout, 28 714 bombes ont été lancées par la coalition dirigée par les USA au cours de l’année 2015. Il est probable que cette estimation globale soit légèrement sous-évaluée, car elle est censée prendre en compte chaque frappe de drone au Pakistan, au Yémen et en Somalie, ce qui n’est pas toujours le cas.

 

Micah Zenko

 

[Note du traducteur : cliquez ici pour visualiser une carte qui recense ces bombardements] 

 

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Les sources de mes propos sur BeCuriousTV

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Les sources de mes propos sur BeCuriousTV

 

Par Maxime Chaix

 

« Le 2 décembre 2015, j’ai été interviewé par Leila Delarive et Fred Valet dans l’émission “Qu’est-ce qu’elle a ma girl”, sur la chaîne helvétique BeCuriousTV. À cette occasion, j’ai pu dénoncer ce que je considère comme de graves dérives des politiques étrangères occidentales, en particulier le soutien d’al-Qaïda en Syrie par les gouvernements états-unien et français. J’ai également critiqué l’état de guerre perpétuelle depuis le 11-Septembre, ainsi que les politiques de durcissement sécuritaire imposées depuis lors, qui n’empêchent pas les attentats en Occident mais qui détruisent nos libertés publiques. Au vu du caractère sensible des sujets évoqués, j’ai donc pris l’initiative de sourcer mes principales déclarations, afin que vous puissiez approfondir les thèmes développés dans cette émission et vous assurer du sérieux de ma démarche – puisque l’on m’a demandé si le Père Noël existait dès les premières minutes de l’interview… Je remercie néanmoins Leila Delarive de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer sur des sujets aussi délicats, ce qui aurait été probablement impossible en France. »

 

 

  • 1min16s : Rectificatif : je suis en effet le principal traducteur francophone de Peter Dale Scott, mais je ne suis pas son principal conseiller éditorial. 

 

 

 

  • 6min39s : Deux détails à rectifier : l’hôtel où se rencontraient les directeurs des services spéciaux états-uniens (CIA) et saoudiens (GID) dans les années 1980 n’était pas situé à Peshawar mais à Islamabad, au Pakistan (voir cet extrait de La Machine de guerre américaine de Peter Dale Scott [pp.36-39]). En réalité, la ville de Peshawar abritait le siège du Maktab al-Khadamat administré par Abdullah Azzam et Oussama ben Laden. Cette organisation gérait l’afflux de moudjahidines vers l’Afghanistan pour le compte de la CIA, de l’ISI pakistanaise et du GID saoudien, d’où ma confusion. Par ailleurs, le directeur des services spéciaux pakistanais n’était pas présent dans ces réunions. Il s’agissait en fait du général Zia, qui était alors le Président du Pakistan. Ce dernier rencontrait les directeurs de la CIA et du GID lors de réunions secrètes organisées par son associé Agha Hasan Abedi, le directeur de la BCCI (Bank of Credit and Commerce International). La BCCI était une banque criminelle qui fut liquidée au début des années 1990. Elle a été impliquée en profondeur dans le financement de la guerre secrète de la CIA en Afghanistan, dans l’affaire Iran-Contra et dans de nombreux autres scandales internationaux. Ces deux erreurs n’altèrent pas l’essence de mon propos, soit le fait que les manigances du directeur de la CIA et de ses partenaires saoudiens et pakistanais ont été à l’origine d’al-Qaïda. En effet, comme l’a écrit Peter Dale Scott dans L’État profond américain

 

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« Dans les années 1980, William Casey, le directeur de la CIA, prit des décisions cruciales dans la conduite de la guerre secrète en Afghanistan. Toutefois, celles-ci furent élaborées hors du cadre
bureaucratique de l’Agence, ayant été préparées avec les directeurs des services de renseignement saoudiens – d’abord Kamal Adham puis le prince Turki ben Fayçal. Parmi ces décisions, nous pouvons citer la création d’une légion étrangère chargée d’aider les moudjahidines afghans à combattre les Soviétiques. En clair, il s’agit de la mise en place d’un réseau de soutien opérationnel connu sous le nom d’al-Qaïda depuis la fin de cette guerre entre l’URSS et l’Afghanistan. Casey mit au point les détails de ce plan avec les deux chefs des services secrets saoudiens, ainsi qu’avec le directeur de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI), la banque pakistano-saoudienne dont Kamal Adham et Turki ben Fayçal étaient tous deux actionnaires.

 

Ce faisant, Casey dirigeait alors une deuxième Agence, ou une CIA hors canaux, construisant avec les Saoudiens la future al-Qaïda au Pakistan, alors que la hiérarchie officielle de l’Agence à Langley “pensait que c’était imprudent”. Dans La Machine de guerre américaine, j’ai situé le Safari Club et la BCCI dans une succession d’accords conclus dans le cadre d’une “CIA alternative” ou d’une “deuxième CIA”, datant de la création en 1948 du Bureau de Coordination Politique (OPC pour Office of Policy Coordination). »

 

  • 10min33s : Concernant l’article cité par Michel Onfray sur Twitter, à propos des 4 millions de morts en Irak, en Afghanistan et au Pakistan, il s’agit de cette analyse de Nafeez Mosaddeq Ahmed, qui avait été reprise par mes partenaires du blog Les-Crises.fr. Depuis, Michel Onfray a fermé son compte Twitter en exprimant le souhait de s’éloigner des médias, ce qui est regrettable mais compréhensible. En effet, comme je l’ai souligné durant cette émission, il est de plus en plus difficile d’exprimer des opinions réellement dissidentes en France sans être soumis à une intense pression médiatique. Monsieur Onfray avait néanmoins évoqué cet article sur LCI peu avant d’annoncer sa décision de se mettre à l’écart des médias. 

 

  • 12min23s : Au sujet de l’opacité des négociations sur le Traité transatlantique, voir notamment cette interview menée par l’IRIS, qui nuance le supposé « machiavélisme » des négociateurs. Durant l’émission, j’avais souligné que cette opacité pouvait susciter des « théories du complot ». Au contraire, voici un article plus critique sur ces tractations opaques et sur les objectifs de ce traité. Voir également ces révélations récentes d’un eurodéputé belge, qui dévoile que cet accord serait favorable à l’agriculture des États-Unis, et ce au détriment des pays de l’Union européenne. Enfin, je vous recommande cette intéressante analyse, qui explique pourquoi les multinationales états-uniennes auraient l’avantage compétitif du dollar en cas d’accord, ce qui conduirait à l’appauvrissement des populations de l’UE. 

 

  • 13min32s : Concernant cette révélation de ce député français sur Twitter, j’ai ensuite publié une interview-choc de ce parlementaire afin d’approfondir cette question. Cet entretien et l’article qui l’introduit étaient en cours d’élaboration durant l’émission de BeCuriousTV. Comme je l’avais souligné dans un précédent article, les médias français occultent le soutien clandestin d’al-Qaïda par l’État français en Syrie. 

 

 

  • 15min45s : À propos des prises de position courageuses de l’ancien juge antiterroriste Marc Trevidic, voir cet article sur le site des Inrockuptibles, qui cite une interview dans LesEchos.fr.

 

  • 16min16s : Sur les errements de la diplomatie française, voir cet excellent article de Richard Labévière. 

 

  • 23min13s : Concernant l’affaire des LuxLeaks, je vous conseille les articles de L’Expansion. J’en profite pour rectifier un affreux lapsus prononcé à 23min41s : Jean-Claude Juncker n’est pas « l’ancien Premier ministre suisse » (!), mais l’ancien Premier ministre luxembourgeois. Les deux présentateurs n’ont pas relevé ce lapsus, et je ne m’en suis rendu compte qu’au second visionnage. Les aléas du direct…

 

  • 24min13s : Sur l’importance du référendum en France, afin de ré-impliquer les citoyens dans la vie politique, voici cette intéressante réflexion de l’auteur et universitaire François Garçon : « Il faut expérimenter la démocratie directe avec l’instauration d’une part du droit de référendum, qui permet aux électeurs de s’opposer légalement à une loi votée et, d’autre part, de l’initiative populaire, qui permet à ces mêmes électeurs de proposer par voie légale des changements ou des aménagements institutionnels. Il n’est plus possible que les lois émanent de quelques personnalités. De quel crédit la ministre de la Justice peut-elle aujourd’hui se prévaloir après avoir annoncé la fin du délit de non possession du permis de conduire? Mesurez-vous qu’il ne s’est même pas trouvé un type assez courageux dans son ministère pour lui dire qu’il s’agissait d’une initiative aussi idiote que nocive ! À ma connaissance, nulle part sur la planète le permis de conduire n’a été supprimé. On doit donc pouvoir civiliser les Français, autrement dit les impliquer dans le processus législatif. Et surtout ne plus jamais recourir au référendum classique, celui que nous connaissons, à question binaire, qui permet au râleur de répondre “non” sans avoir seulement lu la question. »

 

  • 25min : Sur le sentiment de dépossession politique d’un nombre grandissant de citoyens français, et sur l’essor correspondant des « théories du complot », lire cette intéressante analyse de Frédéric Lordon, intitulée « Conspirationnisme : la paille et la poutre ». 

 

 

Maxime Chaix

 

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The Guardian : « La plupart des rebelles syriens sont des sympathisants de Daech, selon un thinktank »

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The Guardian : « La plupart des rebelles syriens sont des sympathisants de Daech, selon un thinktank »

 

Par The Guardian (traduction par Maxime Chaix)

 

(Source : Guardian et agences, 20 décembre 2015)

 

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Des combattants du Front al-Nosra. Le rapport a mis en garde sur le fait de ne pas lutter contre ce groupe. (Photo : Reuters)

Le Centre on Religion and Geopolitics a déclaré qu’au moins 65 000 combattants jihadistes pourraient remplir le vide laissé par une éventuelle défaite de Daech.

 

Plus de la moitié des combattants rebelles en Syrie qui sont opposés au Président Bachar el-Assad sont favorables aux vues de Daech, selon un important thinktank.

 

Le Centre on Religion and Geopolitics a affirmé que les tentatives d’éradiquer Daech en Syrie et en Irak ne mettraient pas un terme à la menace globale que constituent les groupes jihadistes, car des vues extrémistes sont partagées par les combattants syriens de tous bords.

 

Au moins 15 milices – qui comptent en tout 65 000 combattants –, pourraient remplir le vide résultant d’une défaite de Daech en Syrie et en Irak, qui serait infligée par une coalition dirigée par les États-Unis, selon un rapport de ce thinktank.

 

Environ 60 % des combattants des factions rebelles en Syrie s’identifient à une idéologie religieuse et politique similaire à celle du groupe terroriste [Daech], toujours selon ce rapport.  

 

Ce thinktank, dirigé par la Tony Blair Faith Foundation, a écrit : « L’Occident risque de commettre une erreur stratégique en ne se focalisant que sur Daech. Vaincre militairement [cette organisation] ne mettra pas un terme au jihadisme global. Nous ne pouvons pas bombarder une idéologie, mais notre guerre est idéologique. »

 

Ce rapport a été publié après que les Nations Unies aient adopté une résolution soutenant le lancement de négociations formelles « urgentes » entre le régime el-Assad et des groupes d’opposition modérés plus tôt ce mois-ci.  

 

Néanmoins, ce centre a alerté sur la possibilité que les groupes radicaux, dont Ahrar al-Sham et le Front al-Nosra, qui est affilié à al-Qaïda, pourraient en tirer profit s’ils ne sont « pas combattus ».

 

Il ajouta : « Si Daech est vaincu, au moins 65 000 combattants appartenant à d’autres groupes salafistes-jihadistes sont prêts à prendre sa place. »

 

« Le plus grand danger pour la communauté internationale sont les groupes qui partagent l’idéologie de Daech, mais qui sont ignorés dans la bataille pour vaincre cette organisation. »  

 

« Tandis que les efforts militaires contre Daech sont nécessaires, les décideurs politiques doivent reconnaître que sa défaite ne mettra pas un terme à la menace du jihadisme salafiste, à moins qu’elle soit accompagnée d’une défaite théologique et intellectuelle de l’idéologie pernicieuse qui en est le moteur. »

 

[Note du traducteur : pour lire ce rapport en version originale, cliquez sur ce lien]

 

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EXCLUSIF : L’État français « a facilité les actions d’al-Nosra », la majorité refuse toute enquête (Alain Marsaud)

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Politiques profondes occidentales et déclin démocratique 

 

EXCLUSIF : L’État français « a facilité les actions d’al-Nosra », la majorité refuse toute enquête (Alain Marsaud)

 

Par Maxime Chaix

 

 

Le 26 novembre dernier, le député et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud (LR) répondait aux questions des internautes sur Twitter. À cette occasion, il m’avait indiqué qu’une enquête parlementaire susceptible d’exposer le soutien du Front al-Nosra par l’État français en Syrie avait été refusée par la majorité. D’après lui, ce refus visait à ne pas embarrasser le gouvernement. Je l’ai donc sollicité afin d’obtenir des précisions sur cette question épineuse, qui est occultée par les médias français malgré d’autres accusations compromettantes formulées par des experts et par différents parlementaires de l’opposition. Selon le député Marsaud,

 

« il n’est pas sérieusement contesté qu’à un moment ou un autre l’État français a facilité les actions d’al-Nosra qui, je vous le rappelle, est une filiale d’al-Qaïda [en Syrie]. J’ai eu l’occasion de montrer à l’Assemblée Nationale des photos de combattants d’al-Nosra en possession de fusils d’assaut français. Il n’y avait bien évidemment aucune volonté du gouvernement français de voir mis en évidence une telle collaboration avec un groupe terroriste. Ainsi fut rejetée toute idée d’enquête parlementaire. »

 

Je me suis donc intéressé aux propositions d’enquêtes parlementaires sur ce sujet en consultant le site l’Assemblée Nationale. La seule demande que j’ai pu trouver est celle du député Jacques Bompard (LS), qui avait proposé une commission d’enquête sur « le soutien de la France à la rébellion syrienne » à la suite des attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et de Montrouge en janvier 2015. L’assistant parlementaire du député Bompard m’a expliqué que cette enquête avait été refusée à deux occasions par la majorité. Déclarant ne pas avoir été surpris par ces refus, il a souligné que cette question dépasse les clivages partisans, et qu’une telle démarche aurait dû être soutenue par les députés de chaque parti politique. Il m’a également rappelé qu’une commission d’enquête parlementaire, si elle est approuvée, dispose de moyens d’investigation supérieurs à ceux de la Justice, dont la levée du secret-défense. Il semble donc que, lorsque les politiques profondes de l’Exécutif français sont mises en cause, la raison d’État l’emporte sur la nécessaire transparence démocratique de nos institutions.

 

Hélas, en novembre dernier, la France a été à nouveau frappée par des jihadistes, et il s’avère que la majorité d’entre eux avaient combattu en Syrie. De ce fait, j’ai demandé à Alain Marsaud s’il lui semblait cohérent que le gouvernement français soutienne clandestinement al-Qaïda contre Bachar el-Assad tout en affirmant être en guerre contre Daech. D’après le député,

 

« [n]ous assistons à une recomposition de la ligne de conduite de la diplomatie française, qui comprend aujourd’hui qu’elle s’est fourvoyée dans sa politique syrienne. À la suite des attentats du 13-Novembre, nous recherchons des alliés, ceux-ci se montrent exigeants et ne peuvent accepter aucune compromission avec tel ou tel groupe islamiste. Le plus étonnant est qu’on en arrive à dire que l’on va combattre aux côtés des troupes syriennes de Bachar el-Assad. »

 

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13-Novembre : les États occidentaux ne peuvent combattre le jihadisme en soutenant ses parrains pétromonarchiques !

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Deuil, colère, lucidité et mobilisation 

 

13-Novembre : les États occidentaux ne peuvent combattre le jihadisme en soutenant ses parrains pétromonarchiques !

 

Par Maxime Chaix

 

 

23h23, le vendredi 13 novembre 2015. En deuil et en colère. 

 

Depuis plusieurs années, j’ai pu comprendre, étayer et documenter le fait que les réseaux jihadistes sont non seulement des ennemis mortels des peuples à travers le monde, mais qu’ils sont aussi des forces clandestinement utilisées par les États occidentaux et leurs alliés du golfe Persique dans la satisfaction d’intérêts profonds inavouables. En mars dernier, dans un important article intitulé « L’État islamique, cancer du capitalisme moderne », Nafeez Ahmed avait résumé cette instrumentalisation récurrente de milices jihadistes par les principales puissances de l’OTAN et leurs partenaires afin de déstabiliser l’Afghanistan, la Bosnie, le Kosovo, la Libye puis la Syrie. Comme l’a souligné le journaliste Marc de Miramon dans L’Humanité en juillet 2015, « [p]our Alain Chouet, ancien chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE, la “guerre de civilisation” et celle contre le “terrorisme” brandies par le gouvernement [français] comme par l’opposition de droite constituent une imposture qui en masque une autre, celle de l’alliance militaire entre les pays occidentaux et les parrains financiers du djihad. » Dans le contexte de cette interview, Alain Chouet désignait les pétromonarchies wahhabites, essentiellement l’Arabie saoudite et le Qatar, auxquelles la France vend des armements sophistiqués malgré leur soutien notoire aux principaux réseaux jihadistes – et pas seulement en Syrie. Soulignons-le : Monsieur Chouet est un ancien officier de renseignement qui a travaillé de nombreuses années en tant que chef du contre-terrorisme à la DGSE, les services secrets extérieurs français. Cet homme plus que tout autre sait de quoi il parle lorsqu’il affirme que nos « alliés » du Golfe sont « les parrains financiers du djihad ». Ainsi, son constat est aussi alarmant que révoltant en ce funeste 13-Novembre, dans notre France déjà meurtrie par les attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et de Montrouge. 

 

En janvier 2015, à la suite de ces attentats abominables, j’avais écrit dans un élan de rage et de tristesse que « notre actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a ouvertement soutenu en décembre 2012 le Front al-Nosra – c’est-à-dire la branche “syrienne” d’al-Qaïda. [À cette époque, cette organisation incluait Daech, ces deux factions s’étant séparées en avril 2013]. (…) [S]elon les informations du journal Le Monde, “la décision des États-Unis de placer Jabhat Al-Nosra, un groupe djihadiste combattant aux côtés des rebelles, sur leur liste des organisations terroristes, a été vivement critiquée par des soutiens de l’opposition [en Syrie]. M. Fabius a ainsi estimé, mercredi, que “tous les Arabes étaient vent debout” contre la position américaine, “parce que, sur le terrain, ils font un bon boulot”. “C’était très net, et le président de la Coalition était aussi sur cette ligne”, a ajouté le ministre.” (…) Plus grave encore : en août 2014, le journal Le Monde a révélé que le Président Hollande avait ordonné aux services spéciaux français de livrer clandestinement des armes de guerre à des rebelles “modérés” en Syrie – ce qui est contraire à la Charte des Nations Unies [et à l’embargo sur les armes alors en vigueur]. Malheureusement, il s’est avéré [que, selon le Canard Enchaîné du 21 janvier 2015la plupart] des armements livrés par les services français sont – d’une manière ou d’une autre – tombés entre les mains de groupes jihadistes, qui se réjouissent aujourd’hui de la vague d’attentats qui déstabilise la France en profondeur. » Et l’État français n’est pas le seul fautif dans ce fiasco syrien. Selon l’expert Joshua Landis, « entre 60 et 80 % des armes que les États-Unis ont introduites en Syrie [depuis 2011] sont allées à al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés ». 

 

À partir de l’année 2014, deux parlementaires de l’opposition ont successivement dénoncé le rôle trouble des services spéciaux français dans ce conflit, l’un d’entre eux ayant même déclaré en juin 2015 sur La Chaîne Parlementaire que « la France soutient al-Qaïda en Syrie ». En effet, d’après le député Claude Goasguen, « la France [appuie] des rebelles syriens, qui sont soi-disant des rebelles démocrates. (…) Qui a récupéré les rebelles syriens démocrates ? [Le Front] al-Nosra. Qu’est-ce que c’est qu’al-Nosra, al-Nosra c’est pas al-Qaïda ? (…) [C]ertains rebelles ont été récupérés par al-Qaïda avec des armes françaises[.] (…) Monsieur [le député (PS) Olivier Dussopt], nous continuons à fournir des armes à al-Nosra, par l’intermédiaire des rebelles syriens ! Je le dis, je l’ai dit à Monsieur le Drian en Commission de la Défense, je l’ai dit à Monsieur Fabius, comme tous les autres députés [sic]. Il va falloir éclairer tout ça ! L’attitude de la France en Syrie n’est pas nette ! » Comme je l’avais souligné à l’époque, ces révélations fracassantes du député Goasguen ont été quasiment ignorées par les médias français. J’avais également relevé le fait que ce « député LR accus[ait] l’actuel gouvernement de soutenir al-Qaïda en Syrie (Front al-Nosra), alors que la majorité précédente, dont il est issu, s’était accommodée du fait qu’al-Qaïda en Libye (GICL) avait été intégrée aux opérations de l’OTAN ! Voila à quel niveau notre État s’est abaissé, depuis quelques années, dans sa post-“politique arabe de la France”. Néanmoins, même en cas de changement de majorité, le prochain gouvernement continuera certainement de vendre des armements sophistiqués au Qatar et à l’Arabie saoudite – qui restent les principaux soutiens du jihadisme à travers le monde. »

 

Plus globalement, depuis le 11-Septembre, les intérêts profonds évoqués au début de cet article représentent un nombre inestimable de milliards de dollars de bénéfices pour différentes entreprises privées, principalement générés par la soi-disant « guerre “contre” le terrorisme ». Financées à perte par les contribuables occidentaux, ces interventions militaires catastrophiques et meurtrières ont engendré d’immenses profits pour les multinationales impliquées dans ce désastre mondial – tout en déstabilisant le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie centrale au point que les groupes extrémistes qui y sévissent aujourd’hui semblent inarrêtables. La catastrophe qu’a constitué jusqu’à présent cette soi-disant « guerre “contre” le terrorisme » est sans précédent : elle aurait tué au moins 1,3 millions de civils rien qu’en Irak et en « AfPak » depuis 2001, les foyers jihadistes se sont multipliés à travers le monde, et tant Daech qu’al-Qaïda semblent plus menaçants, fanatiques et enracinés que jamais. Affirmons-le clairement : dans le monde occidental, ce fléau jihadiste justifie des guerres à la légalité, à l’efficacité et à la légitimité douteuses, tout en accélérant un basculement autoritaire de nos États – ce qui s’est notamment traduit en France par la dangereuse « loi Renseignement ». À l’heure où j’écris ces lignes, le Président Hollande vient de décréter l’état d’urgence national, et nul doute qu’un durcissement sécuritaire majeur est en vue – sans parler d’une escalade militaire qui aggravera certainement ces conflits trop lointains et complexes pour que les citoyens s’y opposent. Au vu de l’échec retentissant de la « guerre globale “contre” le terrorisme », il serait peut-être temps de réfléchir collectivement à son utilité, au lieu de céder à la tentation de répondre à la violence par la violence.  

 

Néanmoins, ces guerres auto-génératrices ne doivent plus masquer une réalité aussi cruelle que scandaleuse : depuis la fin des années 1970, des puissances occidentales majeures et leurs alliés du Golfe ont soutenu l’essor des principaux réseaux islamistes à travers le monde, que ce soit de manière directe ou non selon les circonstances et les acteurs concernés. En octobre 2015, après qu’une parlementaire états-unienne ait dénoncé sur CNN le soutien d’al-Qaïda par la CIA pour renverser Bachar el-Assad, un ancien officier de la CIA spécialisé dans le contreterrorisme m’a confirmé la collaboration de l’Agence avec cette nébuleuse terroriste pour faire tomber le gouvernement syrien. Récemment, j’ai étudié en profondeur l’implication massive et clandestine des services spéciaux occidentaux et moyen-orientaux dans le soutien de réseaux jihadistes combattant le régime el-Assad, dont la branche « syrienne » d’al-Qaïda. Insistons sur ce point : cet engagement clandestin de l’Agence et de ses alliés contre le gouvernement syrien implique militairement la France. En effet, en la comparant à la guerre secrète de la CIA en Afghanistan, l’éditorialiste du Point Michel Colomès a récemment écrit que les « Américains et [les] Français, depuis l’entrée de la Russie dans la guerre syrienne, fournissent des armes à des islamistes réputés fréquentables. Ils ont la mémoire courte ». D’autres « islamistes réputés fréquentables » qui seraient revenus de Syrie sont-ils à l’origine de ces terribles attentats du 13-Novembre ? Il est encore trop tôt pour répondre à cette question, mais il est clair que ces terroristes ont agi de façon coordonnée selon un mode opératoire clairement militarisé et jihadiste – deux, voire trois kamikazes ayant actionné leurs bombes devant notre Stade de France, symbole de l’unité, de la liesse populaire et du rassemblement.

 

Dans notre pays meurtri par ce funeste 13-Novembre, le fait que le gouvernement français soutienne des jihadistes à l’étranger, et qu’il commerce sereinement avec leurs principaux parrains étatiques est grave, dangereux et inacceptable ! Aucune raison d’État, aucun intérêt supérieur, aucun impératif économique, diplomatique ou géopolitique ne peuvent le justifier. Ce constat doit susciter la mobilisation générale de tous les citoyens français. Nous devons faire pression sur notre gouvernement afin qu’il cesse d’armer et de soutenir les États qui répandent le fléau jihadiste à travers le monde depuis des décennies, au premier rang desquels l’Arabie saoudite et le Qatar. En effet, comme l’avait déclaré Alain Chouet dans l’interview citée au début de cet article, « ce que nous appelons “salafisme”, en arabe, cela s’appelle “wahhabisme”. Et là nous sommes à contre-emploi de manière systématique et dans toutes les situations d’affrontement militaire, puisqu’au Moyen-Orient, au Sahel, en Somalie, au Nigeria, etc., nous sommes alliés avec ceux qui sponsorisent depuis trente ans le phénomène terroriste. »

 

Mes chers compatriotes, je vous remercie d’envoyer massivement cet article au Président de notre République, à nos élus et à votre entourage, puisque l’État français et ses alliés occidentaux ne peuvent combattre le fléau jihadiste en soutenant ses parrains du golfe Persique. Ils ne pourront pas non plus lutter efficacement contre le terrorisme s’ils appuient clandestinement des réseaux islamistes pour renverser des gouvernements étrangers, comme en Libye puis en Syrie. Mobilisons-nous pour mettre en échec ces politiques profondes dangereuses et inacceptables ! 

 

Maxime Chaix

 

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Philip Giraldi : « L’“Establishment” des États-Unis a favorisé des “États profonds” »

thenewyorktimes

États profonds états-unien, turc et égyptien

 

« L’“Establishment” des États-Unis a favorisé des “États profonds” »

 

Par Philip Giraldi (traduction par Maxime Chaix)

 

« Dans la foulée de mon interview exclusive de l’ancien officier de la CIA Philip Giraldi, voici ma traduction d’une tribune libre qu’il a récemment publiée dans le New York Times, dans le cadre d’un débat organisé par ce journal avec trois autres intervenants. Sachant que l’“État profond” est un thème récurrent sur ce site et dans les travaux de Peter Dale Scott, dont je suis le traducteur, ce bref exposé de Philip Giraldi me semble pertinent. Je vous en souhaite une bonne lecture. »

 

(Source originale : NewYorkTimes.com, 6 novembre 2015)

 

Dans de nombreux pays, les citoyens se demandent comment certaines politiques gouvernementales peuvent persister malgré une large opposition populaire, ou une nette perception de leur nocivité. Leur persistance est souvent attribuée à un « État profond ».

 

Cette expression est fréquemment appliquée à la Turquie. Dans ce pays, les services de sécurité nationaux et l’élite au pouvoir partagent les mêmes objectifs, qui sont marqués par le chauvinisme et le repli sur soi, et ce indépendamment de qui est le Premier ministre.    

 

Pour les États-Unis, soutenir de telles forces – qui imposent la stabilité au prix de la démocratie –, ne permet d’acheter aucune amitié, et cela renforce les radicaux.  

 

Néanmoins, chaque pays a sa propre forme d’État profond. L’« Establishment », tel qu’on l’a nommé aux États-Unis, s’est développé depuis l’axe Washington-New York formé par les hauts responsables de la sécurité nationale et les dirigeants des services financiers. Ils sont supposés savoir ce qui est « mieux » pour le pays et agir en conséquence, quel que soit le locataire de la Maison Blanche.

 

Aux États-Unis, ce consensus bien commode favorise les forces qui apportent une forme de stabilité dans des régions secouées par des troubles, notamment en Turquie et en Égypte. Pourtant, une telle stabilité a un coût.

 

En Turquie, les forces de l’État profond ne soutiennent pas seulement les intérêts oligarchiques mais, comme on l’a pertinemment avancé, des criminels. Ces derniers incluent des trafiquants de drogue, des blanchisseurs d’argent et des marchands d’armes, lorsque ce soutien satisfait certains intérêts. Des analystes pensent que l’Égypte a elle aussi un État profond hégémonique et développé, qui dirige réellement le gouvernement. Comme en Turquie, cette version égyptienne de l’État profond s’est construite sur les bases de l’establishment de sécurité nationale.

 

Dans ces deux pays, la vraie démocratie a été la première victime [de l’État profond]. Tant la Turquie que l’Égypte sont aujourd’hui dirigées par des autocrates qui ont, parmi leurs premières mesures, éliminé la presse indépendante et la liberté d’expression.

 

Les États-Unis rechignent à affronter sérieusement les conséquences de leur soutien de forces qui imposent la stabilité au prix de la démocratie. Au final, ces politiques ne permettent d’acheter aucune amitié, puisque favoriser les promoteurs de la répression violente du radicalisme sert uniquement à renforcer ces mêmes radicaux.      

 

Philip Giraldi

 

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