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Daech, un « atout stratégique » sous la présidence Obama ?

 

Daech, un « atout stratégique » sous la présidence Obama ?

 

Par Maxime Chaix, avec l’aimable participation de Christopher Davidson

 

Dans son dernier livre Shadow Wars, à travers lequel il analyse les causes profondes des Printemps arabes et de leurs échecs, le docteur Christopher Davidson soutient avec des arguments crédibles que Daech n’était pas considéré comme un ennemi par l’administration Obama et ses principaux alliés, mais comme un turbulent « atout stratégique ». Consultant pour le Parlement britannique, l’OTAN, le GCHQ, la British Petroleum (BP) ou les ministères des Affaires étrangères néozélandais et néerlandais, cet expert du Moyen-Orient a été décrit par le prestigieux The Economist comme « l’un des universitaires les mieux informés sur [cette] région ». D’après le Financial Times, qui a sélectionné Shadow Wars pour son prochain festival littéraire d’Oxford, le docteur Davidson estime que, sous la présidence Obama, « les services secrets américains considér[aient] l’État Islamique comme un atout stratégique [indirect] à utiliser contre leurs ennemis, à l’instar d’al-Qaïda » dans différentes opérations.

 

Soulignons-le d’emblée : ce potentiel statut d’« atout stratégique » n’induit pas une collusion occulte entre Daech et les États-Unis, mais un appui irresponsable de dizaines de milliers de rebelles anti-Assad par la CIA et ses partenaires, dont un certain nombre a prêté allégeance à l’« État Islamique » (EI) ou collabore avec cette organisation ; selon Christopher Davidson, il a aussi impliqué une forme de protection aérienne opportuniste de cette milice sous couvert d’une guerre « de façade », menée par le Pentagone et ses alliés entre l’Irak et la Syrie depuis août 2014. Alors qu’un changement de stratégie pourrait s’imposer sous Donald Trump – sa priorité étant de combattre Daech et non le gouvernement syrien –, cette analyse aura pour but d’expliquer les politiques ambiguës du Département de la Défense, de la CIA et de leurs alliés vis-à-vis de l’EI durant la présidence Obama.

 

Également soutenus par le journal Christian Science Monitor, le spécialiste du Moyen-Orient Juan Cole ou le grand reporter John Pilger, les arguments développés par cet auteur dans Shadow Wars sont à prendre au sérieux ; bousculant les conformismes, ils tendent à expliquer la contradiction frappante entre la prétendue fermeté de la coalition anti-Daech commandée par le Pentagone et l’incroyable résilience de cette organisation militaro-terroriste face à la première armée mondiale et ses nombreux alliés. Ils permettent également de mieux comprendre la responsabilité majeure des services spéciaux américains et de leurs partenaires dans l’essor de la branche levantine d’al-Qaïda et du malnommé « État Islamique », dans le contexte de la guerre secrète de la CIA en Syrie et de l’antagonisme millénaire entre puissances sunnites et chiites.

 

L’opération Inherent Resolve : une guerre lucrative et orwellienne

 

Août 2014. Le journaliste américain James Foley est assassiné dans des circonstances mystérieuses. S’impose alors dans les médias la figure maléfique du bourreau présumé, un homme cagoulé au fort accent londonien que la presse surnommera « Jihadi John ». Dans cette vidéo, ce dernier menace directement le Président Obama, et le meurtre de James Foley qu’il revendique légitime le réengagement des États-Unis et de leurs alliés en Irak, puis une extension de leur périmètre d’intervention en Syrie dès le mois de septembre. Dans son ouvrage, le docteur Davidson analyse les innombrables carences et incohérences de cette opération, baptisée tardivement Inherent Resolve (« détermination absolue »). Au préalable, il souligne que cette campagne permet aux gouvernements américain, britannique et français de suspendre leurs coupes budgétaires dans la Défense et de lancer un processus d’augmentation des dépenses militaires, tout en stimulant les ventes d’armes et en renforçant les partenariats sécuritaires avec leurs alliés du Golfe.

 

Comme il le relève, les entreprises d’armement, « en étroite collaboration avec les gouvernements occidentaux, (…) ont également saisi cette opportunité. Sans surprise, les plus grandes firmes américaines ont connu un boom majeur, voyant leurs actions battre des records historiques. Raytheon, par exemple, vit sa cotation boursière passer de 75 dollars – au moment où l’État Islamique commençait à gagner du terrain en Syrie –, à 125 dollars à la fin de l’année 2015. Dans la même période, l’action Northrop Grumman passa de 95 dollars à un stupéfiant 186,20 dollars (…) Expliquant mieux ce phénomène, au début de l’année 2015, le PDG de Lockheed Martin informa un expert de la Deutsche Bank que toute réduction dans les ventes d’armes n’était “vraiment pas prête d’arriver” du fait de l’“instabilité [au Moyen-Orient]” et des opportunités d’affaires correspondantes – [cette région] restant une “zone de croissance” pour son entreprise ».

 

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Pourquoi l’“émodiplomatie” française n’est ni crédible, ni constructive

 

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Pourquoi l’“émodiplomatie” française n’est ni crédible, ni constructive

 

Par Maxime Chaix (source : Le Club de Mediapart)

 

Depuis les Printemps arabes, le moralisme diplomatique à géométrie variable de Nicolas Sarkozy et de son successeur s’est imposé dans la politique étrangère française, en particulier à l’égard de l’« axe chiite » (sous Sarkozy) et de la Russie (sous Hollande). Justifiées par le pilonnage et le siège d’Alep-Est par les forces de Bachar el-Assad et leurs alliés russes, les récentes hésitations et menaces de l’Exécutif français contre Vladimir Poutine en sont un exemple paroxystique, tandis que la France et ses alliés soutiennent clandestinement des rebelles islamistes en Syrie, et qu’ils appuient la « coalition arabe » qui bombarde avec des armes occidentales des milliers de civils yéménites depuis plus d’un an et demi – avec des conséquences humanitaires désastreuses. Cette diplomatie de l’indignation sélective est irrationnelle et contre-productive, pour ne pas dire irresponsable et contraire à nos intérêts nationaux, en ce qu’elle cherche à satisfaire en priorité les objectifs maximalistes de nos alliés pétromonarchiques, israéliens et américains, en particulier ceux des néoconservateurs. Nous pourrions la qualifier d’« émodiplomatie », une contre-politique étrangère de l’émotionnel qui nie le réel, et dont l’une des principales figures est la députée PS Élisabeth Guigou.

 

Régis Le Sommier face à Élisabeth Guigou : des vérités dérangeantes pour l’État français

 

Récemment, dans l’émission Ça vous regarde d’LCP, le grand reporter Régis Le Sommier s’est risqué à évoquer ouvertement la politique clandestine de la France en Syrie, suscitant l’indignation puis le déni de cette influente parlementaire. En effet, le directeur adjoint de Paris Match – qui revient d’Alep-Ouest en rapportant que sa population subit quotidiennement les attaques de l’opposition –, a déclaré durant cette émission avoir « du mal à comprendre avec le gouvernement français [ce que l’on] va chercher comme rebelles [à soutenir]. La plupart des rebelles modérés sont partis avec les Turcs [pour les] aider dans leur offensive contre les Kurdes », soulignant que les combattants retranchés à Alep-Est sont donc « essentiellement des islamistes ». Lorsqu’Élisabeth Guigou confirma ce fait, elle avança que la radicalisation des rebelles était due aux actions militaires du gouvernement syrien et de ses alliés. Régis Le Sommier lui répondit que ces opposants extrémistes étaient financés par « l’argent de l’Arabie saoudite et puis aussi aidés par les Français, quelque part. Voilà. Cette radicalisation, en leur donnant des armes en plus, en leur permettant de mener une lutte jusqu’au bout, on a quand même largement favorisé cette guerre civile syrienne, dont on est [co-]responsable, et dont on paye les conséquences avec le flux de réfugiés aujourd’hui ». Cette prise de position de Régis Le Sommier tranche avec les opinions de la majorité des journalistes français, qui désignent fréquemment Bachar el-Assad et ses alliés comme les principaux responsables du désastre syrien, et qui refoulent l’implication clandestine de l’État français et de ses alliés occidentaux dans ce conflit.

 

Manifestement indignée par ces propos, Élisabeth Guigou déplora inexplicablement que « l’on saute au Yémen ! » Régis Le Sommier lui répondit qu’il ne parlait pas du conflit yéménite, mais bel et bien de la guerre en Syrie, rappelant que « nos alliés » d’Arabie saoudite avaient « largement mis [leurs] mains dans la guerre civile syrienne en armant les rebelles, c’est une réalité ». Après s’être agacée du fait qu’on lui coupait la parole, Élisabeth Guigou démentit les arguments de Régis Le Sommier, en prétendant que l’État français n’« est pas là à chercher des [rebelles à aider], à soutenir un camp contre l’autre ; on est là à chercher la paix, et chercher la paix, on ne demande qu’une chose, c’est qu’il puisse y avoir à la fois un dialogue, mais un dialogue responsable, et qu’on arrête les bombardements, et qu’on ait un cessez-le-feu, et qu’on aille sortir ces malheureux [civils d’Alep-Est], et qu’on organise des couloirs humanitaires, et évidemment que les discussions (…) doivent aussi avoir lieu avec Monsieur Poutine, mais encore faut-il qu’il soit ouvert à la discussion, et malheureusement, malheureusement, ça ne se passe pas comme ça ».

 

Derrière le déni de Madame Guigou, le jeu trouble de la France vis-à-vis des rebelles en Syrie

 

Dans cet argumentaire, Élisabeth Guigou a omis quelques réalités dérangeantes qu’il semble nécessaire de rappeler. Tout d’abord, elle nia le fait que le gouvernement français appuie « un camp contre l’autre » dans le conflit syrien. Pourtant, François Hollande a lui-même reconnu en août 2014 qu’il avait ordonné à ses services d’armer ce qu’il nomma la « rébellion syrienne démocratique », malgré le risque avéré que ces armements tombent dans de mauvaises mains. En décembre 2015, l’auteur de ces lignes avait interrogé le député LR et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud sur la politique clandestine de la France en Syrie. Ce dernier avait alors déclaré sans ambages qu’« il n’est pas sérieusement contesté qu’à un moment ou un autre l’État français a facilité les actions d’al-Nosra qui, je vous le rappelle, est une filiale d’al-Qaïda [en Syrie]. J’ai eu l’occasion de montrer à l’Assemblée Nationale des photos de combattants d’al-Nosra en possession de fusils d’assaut français. Il n’y avait bien évidemment aucune volonté du gouvernement français de voir mis en évidence une telle collaboration avec un groupe terroriste. Ainsi fut rejetée toute idée d’enquête parlementaire. » Récemment interrogé sur cette question, le député PS Gérard Bapt me confirma un « soutien clandestin de l’État français en faveur des différentes mouvances islamistes en Syrie, au regard de la porosité et de la proximité entre ces groupes alliés sur le terrain. Or, l’aide française aux rebelles en Syrie, et plus généralement le soutien occidental en leur faveur, se sont poursuivis y compris après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, pourtant revendiqués par al-Qaïda. » 

 

En décembre 2012, le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius relaya les arguments des alliés pétromonarchiques de la France, déclarant que le Front al-Nosra faisait du « bon boulot sur le terrain », alors que le Département d’État plaçait cette milice sur la liste onusienne des organisations terroristes. Cette démarche de la diplomatie américaine était en totale contradiction avec la politique clandestine de la CIA et de ses partenaires occidentaux et proche-orientaux, qui soutenaient depuis janvier 2012 le Front al-Nosra en Syrie, c’est-à-dire bien avant le déclenchement de l’opération Timber Sycamore au printemps 2013. Relayée par le journal Le Monde, cette déclaration stupéfiante du locataire du Quai d’Orsay sur le « bon boulot » de la branche syrienne d’al-Qaïda ne fut pas reprise dans la presse francophone. Elle avait été prononcée par Laurent Fabius alors que l’État Islamique d’Irak (EII), qui allait s’autoproclamer « califat » en juin 2014 après la prise de Mossoul, faisait partie intégrante d’al-Nosra. En avril 2013, cette organisation et l’EII décidèrent de se séparer à l’issue d’une importante rencontre entre commandants jihadistes. L’EII se rebaptisa alors « EIIL » (État Islamique en Irak et au Levant), et absorba la grande majorité des combattants, des armes, des munitions, de la logistique et des centres de commandement du Front al-Nosra dans le Nord de la Syrie. De ce fait, le soutien clandestin d’al-Nosra par les services spéciaux occidentaux et leurs alliés proche-orientaux a favorisé la montée en puissance du futur « État Islamique » dans le conflit syrien – un risque anticipé en 2012 par le Renseignement militaire du Pentagone (DIA).

 

En mars 2016, le magazine Marianne révéla que la direction de la prospective du Quai d’Orsay avait, dès octobre 2012, alerté le ministre des Affaires étrangères et l’Élysée sur le fait que l’Arabie saoudite et le Qatar finançaient les groupes extrémistes en Syrie – ce qui vient d’être confirmé par des propos d’Hillary Clinton rendus publics par Wikileaks. Dans une note qui fut ignorée par leur hiérarchie, ces experts du Quai d’Orsay soulignèrent que le « piège [venait] du Golfe », et que « nous [risquions] d’y tomber ». Finalement, à partir de 2014, plusieurs députés de l’opposition accusèrent le gouvernement français d’avoir soutenu le Front al-Nosra, rappelant qu’il s’agissait de la branche d’al-Qaïda dans le conflit syrien. Au vu de la gravité de ces allégations, on aurait pu s’attendre à un scandale national. Il n’en fut rien, les médias français n’ayant pas repris ces arguments. Présidente de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale depuis juin 2012, Élisabeth Guigou pouvait-elle ignorer ces politiques clandestines ? Contactée durant l’écriture de cet article, la députée n’a pas répondu à ma sollicitation.

 

Embargo en Syrie, guerre au Yémen, bataille de Mossoul : le moralisme français n’est pas crédible

 

Durant ce débat télévisé sur LCP, d’autres vérités dérangeantes ont été passées sous silence par Élisabeth Guigou. Cette dernière, à l’instar du gouvernement français, persiste à nier le réel et à mener une diplomatie moraliste et manichéenne qui met en péril nos relations avec la Russie, un acteur incontournable dans le conflit syrien, un important fournisseur de gaz pour l’Europe et une puissance nucléaire stratégique. Or, ce positionnement irrationnel nécessite d’entretenir l’illusion d’un État français irréprochable, donc de dissimuler le fait que le gouvernement soutient non seulement des islamistes en Syrie – comme nous venons de le rappeler –, mais également une guerre illégale frappant les civils yéménites depuis le printemps 2015, ainsi qu’une véritable guerre économique contre le peuple syrien. En effet, le site TheIntercept.com a récemment dévoilé un rapport interne de l’ONU démontrant que les sanctions unilatérales des pays de l’Union Européenne et des États-Unis contre la Syrie punissent collectivement la population. En effet, ces mesures bloquent ou complexifient l’accès aux médicaments, au carburant ou à des équipements susceptibles de réparer les infrastructures détruites par la guerre – dont les hôpitaux, les stations d’épuration ou les centrales électriques. Considérant la sévérité de ces sanctions approuvées par l’État français – qui d’après ce rapport perturbent grandement les opérations humanitaires de l’ONU et des ONG dans ce conflit –, les préoccupations du gouvernement vis-à-vis du sort de la population syrienne semblent toutes relatives.

 

L’implication clandestine de l’armée et des services de renseignement français dans la guerre au Yémen suscite la même impression déplaisante. En effet, comme l’a souligné Régis Soubrouillard en avril 2015, le Pentagone, la Direction du Renseignement Militaire (DRM) et la DGSE aident l’Arabie saoudite à planifier ses bombardements et à sélectionner ses cibles, notamment au moyen de renseignements satellitaires. Citant un article du Canard Enchaîné, mais ne mentionnant pas le rôle des Britanniques dans ce conflit, Régis Soubrouillard a rapporté que « les “militaires américains supervisent cette guerre en tant qu’associés”, (…) les opérations [étant] supervisées par le CENTCOM, qui pilote toutes les opérations américaines dans le Moyen-Orient et en Asie centrale. » Il ajouta que, « selon la lettre Intelligence online, “les services de renseignement français ont ouvert en grand les vannes des transferts de renseignement pour soutenir l’opération ‘Tempête décisive’ au Yémen. La Direction du Renseignement Militaire (DRM) et la DGSE ont ainsi reçu l’ordre express de l’Élysée de soutenir par tous les moyens l’offensive de Riyad contre les rebelles houthis ». La « coalition arabe » est donc une expression qui masque, intentionnellement ou non, le rôle central des gouvernements américain, français et britannique dans cette guerre aux conséquences humanitaires désastreuses – notamment en termes d’accès à l’eau potable.

 

En effet, comme l’a rapporté Amnesty International en février dernier, « j’ai été témoin de ce que les Yéménites endurent – voir des corps tirés des décombres à Sanaa ou des restes humains parmi les gravats jonchant le site d’une station d’épuration visée par une frappe aérienne à Hajja [,] ou assister à une réception de mariage qui se transforme en funérailles ». En janvier 2016, l’UNICEF expliquait que « les enfants représentent au moins la moitié des 2,3 millions de personnes déplacées de leur foyer, et au moins la moitié des 19 millions de personnes qui s’efforcent chaque jour de trouver de l’eau potable ; (…) Les services publics de santé, d’eau et d’assainissement ont été décimés et ne peuvent pas répondre aux besoins toujours croissants d’une population désespérée. » Ainsi, des millions de civils yéménites subissent les conséquences des bombardements massifs d’infrastructures civiles par la coalition « arabe ». Ces opérations militaires aggravent le manque chronique d’eau potable au Yémen, ce qui engendre des épidémies de maladies diarrhéiques et de choléra.

 

Le blocus de la coalition « arabe » et le pilonnage délibéré des fermes et de l’industrie agricole yéménites constituent également un problème majeur dans ce pays, « plus de la moitié des 28 millions de Yéménites [étant] à court de nourriture [, avec] les enfants (…) en première ligne ». Selon l’UNICEF, 3 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire immédiate, et 1,5 million d’enfants souffrent de malnutrition. Avec la reprise des opérations de la coalition « arabe » en août dernier, il est difficile d’être optimiste sur l’issue d’une guerre totale qui, contrairement au conflit syrien, attire nettement moins l’attention des citoyens et des médias français. Or, selon le spécialiste du Moyen-Orient Mathieu Guidère, « le Yémen est en train de devenir une nouvelle Syrie ». Dans un tel contexte, le quasi-silence du Quai d’Orsay et de l’Élysée sur la guerre au Yémen est compréhensible, la France étant discrètement impliquée dans le soutien de la coalition « arabe » aux côtés de nos alliés américains et britanniques, tout en aidant clandestinement des rebelles islamistes dans le conflit syrien en coordination avec les principaux services secrets occidentaux et proche-orientaux. Parallèlement, la reconquête de Mossoul par les forces locales et les puissances de l’OTAN a été lancée le 16 octobre, l’ONU craignant « une crise humanitaire sans précédent » et de lourdes pertes humaines au sein de la population. Ces risques ne dissuadent aucunement l’État français d’engager notre armée dans ces opérations en Irak, tout en dénonçant des bombardements à Alep-Est qui ont pourtant le même objectif qu’à Mossoul : libérer une grande métropole d’une force d’occupation islamiste.

 

Face au risque d’escalade militaire globale, la lucidité diplomatique doit s’imposer

 

La France étant donc loin d’être irréprochable sur la scène internationale, il faudrait abandonner cette « émodiplomatie » qui n’est pas crédible, qui est souvent contraire à nos intérêts nationaux, qui accentue dangereusement les tensions Est-Ouest, et qui ne suffit plus à dissimuler l’engagement inavouable de l’État français dans des guerres par procuration au Yémen et en Syrie. Et si des « bavures » sont perpétrées par la coalition durant la bataille de Mossoul, nos partenaires russes – dont le Président a exhorté les forces occidentales à épargner les civils irakiens –, accuseront à leur tour la France et ses alliés de commettre des crimes de guerre, amplifiant les tensions et les risques d’escalade militaire entre grandes puissances au Proche-Orient, voire au-delà.

 

Par conséquent, les dirigeants français et européens ne doivent plus céder à la russophobie excessive qui s’est imposée à Washington, et ainsi faire preuve de lucidité diplomatique. Ils devraient donc s’opposer à toutes nouvelles sanctions contre la Russie, et tenter de trouver des solutions constructives avec nos partenaires du Kremlin – comme lors des négociations ayant abouti aux accords de Minsk II. Ne décourageant point les ambitions géopolitiques de Vladimir Poutine, les sanctions frappant l’économie russe depuis 2014 devraient être abandonnées, du moins par l’Union Européenne. Ce revirement diplomatique pourrait enclencher un processus de désescalade, qui semble impératif dans le contexte actuel. En effet, nous observons chaque jour des tensions exacerbées entre la Russie et l’Occident, à tel point que le Financial Times, le Spiegel ou le ministre allemand des Affaires étrangères nous mettent en garde contre un risque réel de guerre mondiale. Pour ne citer qu’une seule de ces sources, les propos du chef de la diplomatie germanique sont alarmants : « C’est une illusion de croire qu’il s’agit de l’ancienne guerre froide. Les temps actuels sont différents, plus dangereux. (…) Le danger d’une confrontation militaire est considérable. Ce danger n’a jamais été aussi important depuis des décennies, et la confiance entre l’Ouest et l’Est jamais aussi faible ». Lorsque l’on observe la situation géopolitique mondiale, ce constat se traduit dans les faits, et la Russie est en train de préparer activement sa population à cette sinistre éventualité. Est-ce donc le temps du moralisme, des hésitations et des menaces diplomatiques irréalistes ? On peut légitimement en douter.

 

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En armant al-Nosra dès 2012, les services occidentaux ont soutenu le futur « État Islamique »

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En armant al-Nosra dès 2012, les services occidentaux ont soutenu le futur « État Islamique »

 

Par Maxime Chaix

 

En armant le Front al-Nosra dès 2012, les services secrets occidentaux et leurs alliés proche-orientaux ont massivement et clandestinement soutenu le futur « État Islamique », comme je tente de le démontrer dans ma dernière analyse sur le conflit syrien. Publiée sur le site Contrepoints.org, elle inclut de brèves mais percutantes interventions du spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche et du député PS Gérard Bapt. Je les remercie d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, et je vous encourage à diffuser largement cet article si vous estimez qu’il est digne d’intérêt.

 

Le site du magazine Foreign Policy vient de publier une enquête particulièrement instructive sur la rencontre qui a conduit à la séparation entre le Front al-Nosra – la branche syrienne d’al-Qaïda dirigée par Abou Mohammed al-Joulani –, et le réseau qui était alors connu sous le nom d’État Islamique en Irak (EII). Dans cet article, Foreign Policy nous détaille cette rencontre cruciale entre d’importants commandants jihadistes, dont Abou Bakr al-Baghdadi, qui était alors le leader de l’EII, et Abou Omar al-Shishani, le chef militaire de Daech qui a été tué par une frappe de l’U.S. Air Force en juillet 2016. Initialement, al-Shishani avait été formé par des instructeurs du Pentagone lorsqu’il combattait au sein des Forces spéciales géorgiennes en 2006, n’étant pas encore radicalisé. Décrit comme un « élève star » à cette époque, il avait combattu l’armée russe en 2008 lors du conflit en Ossétie du Sud. En 2013, avec les miliciens du mouvement jihadiste qu’il avait fondé, le Jaish al-Muhajireen wal-Ansar, il a joué un rôle déterminant dans la prise de la base aérienne de Menagh, au nord d’Alep – une « victoire hautement stratégique (…) ayant permis d’ouvrir un corridor pour l’opposition dans le Nord de la Syrie ». Il recevait alors ses ordres du colonel Okaidi, un commandant de l’Armée Syrienne Libre (ASL) soutenu par les États-Unis et la Grande-Bretagne qui, de son propre aveu, entretenait des relations « fraternelles » avec les extrémistes du Front al-Nosra et de l’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL). Cette même année 2013, Abou Omar al-Shishani prêta allégeance à l’EIIL, s’imposant rapidement comme le « ministre de la guerre » de Daech. Comme nous le verrons, al-Shishani est loin d’être le seul combattant de cette organisation à avoir bénéficié d’un soutien occidental direct, du moins jusqu’en 2013.

 

Organisée en avril de cette même année, cette rencontre entre chefs jihadistes a lancé le processus de création de l’« État Islamique », qui fut décrété au mois de juin 2014 par son leader, Abou Bakr al-Baghdadi. Au plan symbolique, elle a conduit au changement de nom de l’EII, qui s’est alors rebaptisé l’EIIL (État Islamique en Irak et au Levant). Interrogé par Foreign Policy, un participant à cette rencontre – surnommé « Abou Ahmad » pour des raisons de sécurité –, décrit le fonctionnement interne de ces milices terroristes. Essentiellement, cet article nous indique que cette rencontre a abouti non pas à une scission entre ces deux organisations, mais à une véritable absorption des combattants, des cadres et des moyens militaires et logistiques du Front al-Nosra par l’EIIL d’al-Baghdadi au printemps 2013. Nous analyserons donc dans quelle mesure les opérations clandestines de la CIA et de ses alliés, dont les services français, ont alimenté dès 2012 la montée en puissance de l’EII au sein d’al-Nosra, donc de ce qui allait devenir l’EIIL en avril 2013, puis l’« État Islamique » en juin 2014.

 

Printemps 2013 : l’EII absorbe la majorité des moyens humains et militaires d’al-Nosra

 

Pour le lecteur averti, l’information la plus importante de cet article de Foreign Policy se trouve dans sa conclusion. En effet, lors de la séparation d’avril 2013 entre l’EII et le Front al-Nosra, une « large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas » leur leader Mohammed al-Joulani – le fondateur d’al-Nosra issu de l’EII, qui durant l’été 2011 avait été envoyé en Syrie par Abou Bakr al-Baghdadi pour y mener le jihad. Au contraire, ces combattants prêtèrent massivement allégeance à al-Baghdadi, se séparant du Front al-Nosra et constituant ce qui allait officiellement devenir l’« État Islamique » en juin 2014. Selon Foreign Policy, « le changement de l’EII vers l’EIIL signifiait que tous les groupes ou factions qui avaient rejoint l’EIIL perdraient leur nom. Pour le Front al-Nosra et son leader, Abou Mohammed al-Joulani, ce développement était un potentiel désastre ; il pouvait signifier la fin de leur influence dans le champ de bataille jihadiste le plus important au monde. Al-Joulani ordonna donc aux combattants d’al-Nosra de ne pas rejoindre l’EIIL, et d’attendre que [le numéro un d’al-Qaïda Ayman] al-Zawahiri se prononce sur qui devait diriger le jihad sur le théâtre de guerre syrien. Une large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas [al-Joulani]. Lorsqu’Abou Ahmad visita Alep quelques semaines plus tard seulement, environ 90 % des combattants d’al-Nosra dans cette ville avaient déjà rejoint l’EIIL. Les nouveaux soldats de Baghdadi ordonnèrent aux quelques derniers loyalistes d’al-Nosra de quitter l’hôpital d’al-Oyoun, qui avait été jusqu’à présent la principale base d’al-Nosra dans cette ville. “Vous devez partir ; nous constituons al-dawla [l’État] et nous regroupons la vaste majorité des combattants” dirent-ils aux hommes d’al-Nosra, selon Abou Ahmad. “Donc ces quartiers généraux nous appartiennent.” Partout dans le Nord de la Syrie, l’EIIL s’empara des QG d’al-Nosra, des caches de munitions et des dépôts d’armes. Étonnamment, la branche d’al-Qaïda en Syrie devait soudain combattre pour sa survie. Une nouvelle époque démarrait – celle de l’État Islamique. »

 

Interrogé sur ces informations de Foreign Policy, l’expert de la Syrie Fabrice Balanche confirme leur exactitude, tout en précisant que « ces faits étaient connus à l’époque, mais plutôt du côté des spécialistes ». Selon lui, « entre avril 2013 et janvier 2014, la majorité du Front al-Nosra s’est rangée du côté de l’EIIL. Al-Joulani s’est donc retrouvé en minorité. Le rapport devait être d’un quart de combattants restant loyaux à al-Nosra, contre trois quarts se ralliant à l’EIIL. La majorité des combattants du groupe jihadiste étaient des étrangers, dont beaucoup d’Irakiens. Ils ont donc préféré al-Baghdadi. » D’après ce chercheur, qui travaille actuellement au Washington Institute, « al-Nosra en Syrie regroupait environ 20 000 combattants avant la scission d’avril 2013. Par conséquent, près de 15 000 auraient rejoint l’EIIL et 5 000 seraient restés combattre sous la bannière d’al-Nosra – même si ces chiffres sont approximatifs. Par la suite, al-Nosra s’est renforcé en s’alliant avec d’autres groupes syriens contre l’EIIL. Dans cette histoire complexe, il faut retenir que la guerre entre al-Nosra et l’EIIL fut particulièrement sanglante durant l’hiver 2013-2014. Elle a laissé des traces, ce qui empêche les deux groupes de joindre leurs efforts. » Également interrogé sur cette scission, le député socialiste Gérard Bapt précise que « l’EIIL a ensuite été soutenu par les services spéciaux du prince Bandar pour contrer l’influence des Frères Musulmans qui s’exprimait à travers le Front al-Nosra, une milice appuyée principalement par le Qatar et la Turquie. Les Saoudiens n’imaginaient probablement pas les conséquences d’un tel soutien, avec la proclamation désastreuse de l’État Islamique entre l’Irak et la Syrie en juin 2014. »

 

Les services secrets saoudiens et la CIA : du jihad afghan au takfir syrien

 

Rappelons alors qu’en juillet 2012, le prince Bandar était nommé à la tête des services spéciaux saoudiens, ce qui avait été analysé par la plupart des experts comme un signe de durcissement de la politique syrienne de l’Arabie saoudite. Surnommé « Bandar Bush » du fait de sa proximité avec la dynastie présidentielle du même nom, il était ambassadeur à Washington à l’époque des attaques du 11-Septembre. Depuis plusieurs années, cet homme intimement lié à la CIA est accusé par l’ancien sénateur de Floride d’avoir indirectement soutenu certains des pirates de l’air désignés coupables de ces attentats. Après qu’il fut écarté de son poste de chef des services spéciaux en avril 2014, le Guardian souligna que « Bandar avait dirigé les efforts saoudiens visant à mieux coordonner les livraisons d’armes aux rebelles combattant el-Assad en Syrie. Néanmoins, il a été critiqué pour avoir soutenu des groupes islamistes extrémistes, risquant ainsi le même “retour de bâton” que celui des combattants saoudiens d’Oussama ben Laden rentrant au pays après le jihad contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980 – une guerre sainte qui avait été autorisée officiellement. » Or, comme à l’époque du jihad afghan, la CIA et les services secrets saoudiens ont étroitement collaboré en Syrie, la grande proximité du prince Bandar avec l’Agence facilitant cette politique clandestine.

 

En réalité, les relations entre la CIA et les services saoudiens sont littéralement fusionnelles. Début 2016, le New York Times révéla que l’Arabie saoudite avait été « de loin » le principal financeur de la guerre secrète anti-Assad de la CIA, baptisée « opération Timber Sycamore ». Afin de renverser le gouvernement syrien, l’Agence a mobilisé « environ un milliard de dollars » chaque année depuis 2013, dans le cadre de ce que le Washington Post a décrit comme un « plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie », c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. En d’autres termes, la CIA a facilité et coordonné dès janvier 2012 les opérations syriennes des services secrets de ces pays, essentiellement financées par les pétrodollars saoudiens. Comme des experts et des journalistes américains l’on expliqué à l’automne 2015, cette guerre secrète aurait pu aboutir au renversement de Bachar el-Assad, essentiellement du fait des pertes infligées à l’armée syrienne par les missiles TOW made in USA. En 2013, sous couvert d’équiper sa garde nationale et son armée de terre, l’Arabie saoudite avait acheté plus de 15 000 missiles TOW à la multinationale américaine Raytheon – soit un investissement de 1,1 milliard de dollars. En réalité, plusieurs milliers de missiles ont été distribués aux rebelles anti-Assad par différents services depuis les « MOC » (Military Operations Centers), des bases secrètes supervisées par la CIA en Turquie et en Jordanie.

 

Toujours selon le New York Times, « les efforts saoudiens [en Syrie] furent dirigés par le flamboyant prince Bandar ben Sultan, (…) qui demanda aux espions du royaume d’acheter des milliers [de mitrailleuses] AK-47 et des millions de munitions en Europe de l’Est pour les rebelles. La CIA a facilité certains [sic] de ces achats d’armements pour les Saoudiens, dont un vaste deal avec la Croatie en 2012. Durant l’été de cette même année, ces opérations semblaient être hors de contrôle à la frontière entre la Turquie et la Syrie, les nations du Golfe transmettant de l’argent et des armes à des factions rebelles – y compris à des groupes dont les hauts responsables américains craignaient qu’ils soient liés à des organisations extrémistes comme al-Qaïda. » En réalité, malgré ces craintes, la CIA coordonnait clandestinement depuis le mois de janvier 2012 au moins deux réseaux d’approvisionnement en armes financés par les pétromonarchies du Golfe et la Turquie : une série de livraisons aériennes depuis les Balkans, qui a récemment fait l’objet d’une enquête approfondie du BIRN et de l’OCCRP confirmant le rôle central de la CIA dans ce trafic d’armes illégal ; et une autre voie d’approvisionnement maritime depuis la Libye, selon les révélations jamais démenties du journaliste d’investigation Seymour Hersh. Concernant le trafic en provenance des Balkans, seuls cinq médias francophones ayant rapporté cette enquête sont recensés par Google Actualités. Et parmi eux, seuls Mediapart.fr et Bruxelles2.eu ont souligné la coresponsabilité des États-Unis dans ces opérations, contrairement à Liberation.fr, DirectMatin.fr, et LOpinion.fr – qui se sont contentés d’articles laconiques pour traiter ce sujet.

 

En juillet 2013, d’après le parlementaire britannique Lord Ashdown, ces opérations clandestines de la CIA et de ses partenaires avaient armé « presque exclusivement » les jihadistes du Front al-Nosra, qui incluait jusqu’au printemps 2013 l’EII d’al-Baghdadi. Bon connaisseur des Balkans, cet ancien Haut Représentant des Nations-Unies en Bosnie-Herzégovine confirmait ainsi les révélations du New York Times, qui nous avait informés en mars 2013 que les services spéciaux turcs, qataris, jordaniens, émiratis et saoudiens avaient introduit au moins 3 500 tonnes d’armements en Syrie depuis janvier 2012 avec l’aide discrète de la CIA – ce qui a considérablement renforcé la coalition Front al-Nosra/EII avant la séparation d’avril 2013. Et comme nous l’avons démontré, la majorité des combattants d’al-Nosra ont alors été absorbés par l’EII, qui s’est rebaptisé EIIL et qui s’est accaparé les principales ressources humaines, logistiques et militaires d’al-Nosra. Il est donc indéniable que ces politiques clandestines ont grandement encouragé le développement de ce qui allait devenir Daech en juin 2014, du moins sur le théâtre de guerre syrien. En Occident, le fait que si peu d’observateurs l’aient souligné semble être symptomatique d’une réticence collective à accepter que les réseaux d’al-Qaïda en Syrie furent massivement armés et soutenus par nos propres services spéciaux, et ce dans le but de renverser Bachar el-Assad. L’irrésistible montée en puissance de Daech est donc bel et bien une conséquence directe de cette stratégie, comme l’avait prédit le Renseignement militaire du Pentagone dès 2012. 

 

La coresponsabilité des alliés occidentaux et israéliens de la CIA dans le chaos islamiste en Syrie

 

Bien qu’ils aient joué un rôle majeur dans ce désastre, la CIA et ses alliés turcs et pétromonarchiques n’en sont pas les seuls fautifs. Selon les magistrats de la Haute Cour criminelle britannique, les services spéciaux de Sa Majesté ont soutenu la coalition Front al-Nosra/EII, potentiellement pour le compte de la CIA afin que cette dernière puisse échapper à la supervision du Congrès. Depuis 2014, il est de notoriété publique qu’Israël soigne des combattants d’al-Nosra et, comme le grand reporter Robert Parry l’a souligné, Tsahal « a également mené des frappes aériennes en Syrie qui ont soutenu les avancées d’al-Nosra, ce qui a notamment impliqué l’élimination de conseillers du Hezbollah et de l’Iran qui aidaient le gouvernement syrien ». En décembre 2012, le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius avait repris à son compte les arguments des alliés pétromonarchiques de la France, qui pensaient que le Front al-Nosra faisait du « bon boulot sur le terrain » alors que le Département d’État plaçait cette milice sur la liste onusienne des organisations terroristes – en contradiction avec la politique clandestine de la CIA et de ses partenaires. Cette déclaration stupéfiante, qui fut relayée par le journal Le Monde, n’avait pas été reprise dans la presse. Elle avait été prononcée par Laurent Fabius alors que l’EII faisait partie intégrante de ce réseau terroriste ce qui, manifestement, n’a été relevé par aucun observateur.

 

En mars 2016, le magazine Marianne a révélé que la direction de la prospective du Quai d’Orsay avait, dès octobre 2012, alerté le ministre des Affaires étrangères et l’Élysée sur le fait que l’Arabie saoudite et le Qatar finançaient les groupes jihadistes en Syrie. Dans une note qui fut ignorée par leur hiérarchie, ces experts soulignaient que le « piège [venait] du Golfe », et que « nous [risquions] d’y tomber ». Finalement, à partir de 2014, plusieurs députés de l’opposition ont affirmé que la France avait soutenu le Front al-Nosra. Interrogé sur cette question, le député Gérard Bapt confirme un « soutien clandestin de l’État français en faveur des différentes mouvances islamistes en Syrie, au regard de la porosité et de la proximité entre ces groupes alliés sur le terrain. Or, l’aide française aux rebelles en Syrie, et plus généralement le soutien occidental en leur faveur, se sont poursuivis y compris après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, pourtant revendiqués par al-Qaïda. » 

 

Nous pouvons conclure de ces différentes révélations que les services secrets occidentaux et leurs partenaires régionaux ont, au moins jusqu’en 2013, massivement armé et soutenu la milice takfiriste qui allait devenir Daech l’année suivante, puisque l’EII et al-Nosra constituaient une seule et unique entité avant leur séparation d’avril 2013. Par conséquent, le Pentagone et ses alliés, qui incluent les forces aériennes françaises, sont en train de bombarder une organisation terroriste dont la CIA et ses partenaires ont grandement favorisé la montée en puissance en Syrie à partir de janvier 2012. Hélas, cette schizophrénie stratégique subsiste : depuis deux ans, nos armées sont engagées dans des opérations contre Daech à l’efficacité d’ailleurs contestable, alors que la CIA et ses alliés continuent de soutenir al-Qaïda pour renverser le gouvernement el-Assad. Or, selon un prestigieux think tank britannique cité par le Guardian en décembre dernier, « plus de la moitié des combattants rebelles en Syrie qui sont opposés au Président Bachar el-Assad sont favorables aux vues de l’État Islamique ». Dans ce même article, il est précisé que « si Daech est vaincu [en Irak et en Syrie], au moins 65 000 combattants appartenant à d’autres groupes salafistes-jihadistes sont prêts à prendre sa place ».

 

Ainsi, comme l’avait préconisé Michel Colomès en octobre 2015, il serait peut-être temps d’arrêter de « jouer les “bons” contre les “méchants” islamistes », une politique qui revient selon lui à « payer la corde qui nous pendra ». Et comme l’avait dénoncé la représentante au Congrès Tulsi Gabbard le 19 novembre 2015 – soit moins d’une semaine après les attentats de Paris –, « renverser le gouvernement syrien d’el-Assad est le but de Daech, d’al-Qaïda et d’autres groupes islamistes extrémistes. Nous ne devrions pas nous allier avec ces fanatiques en les aidant à remplir leur objectif, car cela est contraire aux intérêts sécuritaires des États-Unis et de la civilisation. » Quinze ans après le 11-Septembre, et dans un contexte de multiplication des attentats en Occident, ces arguments ne peuvent que remettre en cause l’impunité que la raison d’État légitime, et qui encourage des politiques échappant totalement aux contre-pouvoirs démocratiques.

 

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Les deux guerres des États-Unis en Syrie : le Pentagone contre la CIA

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Les deux guerres des États-Unis en Syrie : le Pentagone contre la CIA

 

Par Maxime Chaix

 

Derrière le déni de Washington, la coresponsabilité de la CIA dans l’essor du jihad en Syrie

 

Le général David Petraeus

Le général David Petraeus

Dans un entretien accordé en mai dernier à l’émission Frontline, David Petraeus – qui dirigea la CIA entre septembre 2011 et novembre 2012 –, a refusé de répondre à une question sur les activités de l’Agence en Syrie. Il occulta ensuite la coresponsabilité avérée de la CIA dans la montée en puissance des groupes extrémistes dans ce conflit. Lorsque le journaliste de Frontline l’interrogea sur ce qui avait « été proposé au Président [Obama] pour qu’il entende ce que vous et d’autres responsables pensiez qu’il fallait faire (…) en Syrie », le général Petraeus répondit : « Vous savez, je ne peux parler de ce que j’aurais pu recommander en tant qu’ancien directeur de la CIA, car si j’avais recommandé quelque chose, cela aurait relevé du domaine de l’action clandestine, et nous ne faisons pas d’actions revendiquées. Donc c’est quelque chose dont je ne parlerai pas. » 

 

Bien qu’il ait refusé d’évoquer publiquement l’implication secrète de la CIA en Syrie, David Petraeus désigna explicitement les alliés arabes des puissances occidentales comme responsables de l’essor des groupes extrémistes en Syrie. Selon lui, « le manque de soutien [américain] pour les différentes forces d’opposition [sic] fut probablement une opportunité manquée. Ensuite, bien entendu, vous observez d’autres pays dans la région – les Saoudiens, les Qataris, les Émiratis – armer et financement différents éléments, qui sont parfois des groupes en quelque sorte en compétition. Puis vous commencez à voir émerger l’État Islamique et à observer l’établissement du Jabhat al-Nosra [en janvier 2012], qui est le groupe affilié à al-Qaïda en Syrie [, également appelé le Front Al-Nosra]. Donc ces deux milices se sont séparées [en avril 2013]. »

 

Pour quiconque ayant étudié les activités de la CIA en Syrie, ces arguments du général Petraeus masquent le rôle central de l’Agence dans la montée en puissance de ces groupes extrémistes. En effet, d’après plusieurs sources crédibles, dont le New York Times, la CIA a « facilité » dès le mois janvier 2012 les opérations clandestines d’approvisionnement en armes des rebelles en Syrie. Ces actions ont impliqué les services saoudiens et qataris que l’ancien directeur de la CIA a implicitement désignés comme étant responsables de l’essor des groupes extrémistes sur le territoire syrien. En juillet 2013, le parlementaire britannique Lord Ashdown affirma que ces armes avaient équipé « presque exclusivement » des milices jihadistes, dont le fameux Front al-Nosra, à l’époque où ce qui allait devenir Daech était encore intégré à ce réseau avant leur scission d’avril 2013. Remarquons également que le général Petraeus a passé sous silence le rôle majeur de la Turquie dans cette guerre secrète, sachant que de nombreuses actions clandestines de la CIA et de ses alliés pour armer les rebelles en Syrie ont impliqué des opérations transfrontalières de livraisons d’armes depuis le territoire turc. Comme l’a précisé le grand reporter Seymour Hersh, « la CIA avait conspiré depuis [2012] avec ses alliés britanniques, saoudiens et qataris pour acheminer en Syrie des armes et du matériel venant de Libye via la Turquie, et ce dans le but de renverser el-Assad. » En outre, un nombre croissant de sources officielles ont dénoncé le rôle central de la Turquie dans le soutien des différents groupes extrémistes en Syrie, dont le Front al-Nosra et Daech.

 

Ce déni de réalité du général Petraeus est symptomatique d’une potentielle dissimulation concertée à Washington, sachant que le Président Obama, l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton et d’autres hauts responsables américains ont systématiquement occulté le rôle majeur de la CIA dans la guerre en Syrie. Comme l’a écrit en août 2015 l’expert du Proche-Orient Joel Veldkamp, « [les nombreuses] informations sur l’engagement américain dans la facilitation des approvisionnements en armes de l’opposition n’ont jamais été réfutées, ni démenties. Elles sont simplement ignorées, et elles se perdent dans la confusion suscitée par l’avalanche de déclarations contradictoires. Le fait que des journaux de premier plan et des personnalités publiques critiquent actuellement l’administration Obama pour ne pas avoir armé les rebelles [en Syrie] démontre le succès de cette apparente stratégie de relations publiques. »

 

Récemment, un ex-officier de la CIA nommé Doug Laux a affirmé qu’Obama n’avait jamais autorisé l’Agence à renverser le gouvernement el-Assad, ce qui a interloqué de nombreux spécialistes. En effet, selon le site MintPressNews, « le récit de Laux a fait froncer les sourcils des experts, puisqu’il a affirmé qu’il existait une volonté intentionnelle de renverser el-Assad, et car l’approbation de telles fuites par la CIA est inhabituelle. Les écrits des anciens membres de l’Agence doivent être lus et approuvés par l’Agence. Or, malgré l’usage intensif du marker noir [dans le livre de Laux], la CIA a autorisé la divulgation de cet aspect malgré la position officielle des États-Unis, qui consiste à réfuter que [leurs services] prennent part à de telles opérations ». Certains hauts responsables américains, parmi lesquels David Petraeus, ont déclaré qu’une approbation du plan de Doug Laux par le Président Obama aurait empêché l’émergence de Daech, occultant le fait que la CIA et ses alliés ont armé massivement des groupes jihadistes en Syrie dès janvier 2012 – ce qui a eu comme conséquence majeure de renforcer al-Qaïda et l’autoproclamé « État Islamique » dans ce pays. Comme l’a déclaré le sénateur John McCain, « je peux affirmer avec confiance que l’on aurait aujourd’hui une Syrie bien différente si le Président des États-Unis n’avait pas ignoré les avis du directeur de la CIA David Petraeus, de la secrétaire d’État Hillary Clinton, et du secrétaire à la Défense Leon Panetta ».

 

De telles déclarations renforcent la fausse impression que les États-Unis ne sont pas intervenus en Syrie pour armer les rebelles, ajoutant de la confusion à une situation déjà complexe. Or, cette implication clandestine, illégale et massive de l’Agence pour renverser Bachar el-Assad est dorénavant indéniable. Elle a mobilisé « plusieurs milliards de dollars », essentiellement saoudiens, et le New York Times a admis en janvier 2016 qu’elle avait renforcé des groupes extrémistes officiellement considérés comme des ennemis des États-Unis.

 

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Les “crimes invisibles” de Bachar el-Assad (et le soutien secret d’al-Qaïda par l’Occident)

 

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Les “crimes invisibles” de Bachar el-Assad (et le soutien secret d’al-Qaïda par l’Occident)

 

Par Maxime Chaix

 

Le 27 mai dernier, le ministère des Affaires étrangères français publiait ce communiqué de presse, [1] qui laisse à penser que la caméra des lauréats 2016 du prix Albert Londres a épargné « la plaie » syrienne du Quai d’Orsay : « Le prix Albert Londres est décerné cette année à (…) Sophie Nivelle Cardinale et Étienne Huver, pour le reportage audiovisuel “Disparus : la guerre invisible de Syrie” (…) [Cette récompense a été remise] à la Résidence de France à Londres en présence de notre ambassadrice, Sylvie Bermann. Nous adressons nos plus vives félicitations aux lauréats de ce prix. » Le même jour, le site de Télérama publiait une interview de l’un des auteurs de ce documentaire, titrée « Grâce à ses crimes invisibles, Bachar al-Assad parvient à garder une façade de respectabilité ». [2] Afin d’introduire cet entretien, la journaliste de ce magazine a écrit avec une objectivité toute relative que « [l]eur enquête exceptionnelle (…) jette un coup de projecteur cru sur les 200 000 “disparus” du régime de Bachar al-Assad. Des hommes, des femmes, des enfants même, détenus arbitrairement durant des mois, voire des années, dans les geôles de la sanglante dictature syrienne ».

 

Le but de cet article n’est pas de remettre en cause les compétences et le courage de ces journalistes, de même que la qualité de leur enquête ou la véracité des crimes qui sont imputés au gouvernement el-Assad dans leur documentaire. [3] J’ai beaucoup d’estime pour les reporters de guerre, dont certains sont des amis, et j’ai donc du respect pour ces deux journalistes, Sophie Nivelle-Cardinale et Étienne Huver. Néanmoins, il est peu probable que le Quai d’Orsay aurait adressé « ses plus vives félicitations aux lauréats de ce prix » si ces derniers avaient enquêté sur le soutien clandestin des services spéciaux français en faveur du Front al-Nosra, la branche d’al-Qaïda en Syrie, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avait souligné le « bon boulot sur le terrain » en décembre 2012, reprenant un argument des alliés pétromonarchiques de l’État français. [4] Cette organisation terroriste incluait alors les combattants de Daech, puisque cette milice s’est séparée du Front al-Nosra en avril 2013. [5] La France n’étant pas la seule puissance impliquée dans cette politique profonde, je doute que les politiciens occidentaux présents à cette cérémonie se seraient enthousiasmés si ces journalistes avaient choisi mon principal sujet d’investigation depuis 2014. Je fais ici référence au soutien clandestin, illégal et massif des services secrets occidentaux en faveur des innombrables [6] milices jihadistes qui tentent de renverser le gouvernement el-Assad depuis 2011, cette guerre secrète étant principalement coordonnée par la CIA depuis la Turquie et la Jordanie. [7] À défaut d’un tel documentaire, et vu la discrétion des médias sur ce sujet, expliquons pourquoi les « crimes invisibles » des États occidentaux en Syrie leur permettent de garder, eux aussi, « une façade de respectabilité » qui se lézarde dangereusement depuis l’été dernier.

 

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POLITIQUE-FICTION : “François doit partir !” selon Moscou, Pékin et Téhéran

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POLITIQUE-FICTION : “François doit partir !” selon Moscou, Pékin et Téhéran

 

Voici un bref article de politique-fiction, qui vise à illustrer l’absurdité de la couverture médiatique occidentale des « révolutions » touchant des pays n’ayant pas les faveurs de l’OTAN, d’Israël et/ou du CCG. Aujourd’hui en Occident, la guerre est avant tout psychologique et médiatique. Dans ce contexte, les journalistes ont plus que jamais le devoir de relayer des faits recoupés, et non de manipuler l’opinion avec des arguments biaisés et des informations non vérifiées – comme celles qui ont précédé la catastrophique intervention de l’OTAN en Libye.

 

MOSCOU, Russie – En réponse aux brutalités des forces du régime Hollande contre la population civile, le Président Vladimir Poutine a pris l’initiative de réunir en urgence les pays membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) et de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC), conviant leur proche allié iranien à cette réunion de crise. Depuis Moscou, la Chine, la Russie et l’Iran ont annoncé qu’ils souhaitaient imposer une zone d’exclusion aérienne en France pour empêcher l’aviation du régime Hollande de tirer sur la foule. Le Conseil de Sécurité n’ayant pu se mettre d’accord sur une résolution contraignante, le Président Poutine a indiqué que la Russie et ses alliés interviendraient militairement en France « car les populations civiles vont être massacrées par le tyran François ». S’exprimant depuis le Kremlin, le Président russe a ajouté que « nos satellites ont détecté des colonnes de chars fonçant vers Nantes, Lille et Paris. À l’Élysée, il est aussi question de faire intervenir l’armée pour empêcher les manifestants d’exercer leur droit de grève. Nous ne pouvons accepter que François réprime dans le sang les manifestations contre la Loi Travail, et nous avons donc l’obligation morale de contourner cet énième blocage aux Nations Unies. » Alors que des ONG dénoncent la situation préoccupante des droits de l’Homme en France, le régime Hollande a été qualifié par le Président Xi Jinping de « dictature financière où les multinationales et les banques concentrent tous les pouvoirs ». S’indignant du passage en force de la Loi Travail grâce à l’article 49-3, et de la féroce répression policière ayant accompagné cette manoeuvre du régime Hollande, le Président chinois a affirmé que « la démocratie française, qui est si souvent invoquée par François et son régime, n’existe plus. Il faut en prendre acte et aider les Français à recouvrer leur liberté. Des bombardements humanitaires sont donc inévitables. »

 

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Un CRS du régime Hollande brutalise la fille d’un rebelle modéré français de la CGT (photographe anonyme)

Des sources anonymes ont révélé que les services spéciaux syriens, iraniens et russes avaient livré plusieurs milliers de tonnes d’armes de guerre à des rebelles modérés, notamment dans les bastions de la CGT, et dans les banlieues de Marseille, Paris, Lyon et Toulouse – des zones abandonnées par le régime Hollande et rongées par la pauvreté et le chômage. À Moscou, le ministre des Affaires étrangères Sergeï Lavrov a fustigé la « dictature du 49-3 » imposée par le régime Hollande. D’après lui, « François doit partir ! », ajoutant que ce dernier « ne mérite pas d’être sur cette terre », et que les rebelles modérés faisaient « du bon boulot sur le terrain ». La Chine, la Russie et leurs alliés ont annoncé qu’ils allaient interrompre toute coopération militaire, technologique, financière, industrielle et énergétique avec le régime Hollande. Les avoirs des entreprises françaises dans les nations de l’OCS et de l’OTSC ont été gelés, et les multinationales liées au régime Hollande qui sont implantées dans ces pays ont été nationalisées. Les proches de François viennent d’être frappés par des sanctions, et la Russie pourrait interrompre ses approvisionnements gaziers en Europe si l’UE « continue de soutenir la dictature française », d’après Monsieur Lavrov. Au plan militaire, les armées de la coalition dirigée par les états-majors russe, iranien et chinois sont en état d’alerte maximale. Une intervention humanitaire de ces puissances, qui viserait à sauver les civils et les rebelles modérés français en bombardant le régime Hollande, semble donc inéluctable. 

 

À Paris, François a décrété l’état de siège sur l’ensemble du territoire et a indiqué qu’il « réagirait avec force à toute ingérence de nos ennemis », n’excluant pas le « recours au feu nucléaire ». À Washington, le porte-parole de la Maison Blanche a indiqué que les États-Unis se tenaient « aux côtés de la France », excluant néanmoins toute implication militaire directe dans une potentielle guerre contre les puissances de l’OCS et de l’OTSC. Des hauts responsables du régime Obama ont affirmé sous couvert d’anonymat que Washington envisagerait même de dissoudre l’OTAN, cette organisation étant jugée « obsolète » et « contre-productive » à la suite des échecs du Kosovo, de l’Afghanistan et de la Libye. « Nous ne pouvons nous permettre une guerre nucléaire à cause de l’intransigeance de François ! » a ajouté l’une de ces sources bien informées. Même son de cloche à Bruxelles, où le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s’est dit « vivement préoccupé » par les « violences qui secouent la France et qui menacent sa population, la Loi Travail étant certes utile pour réformer ce pays, mais ne justifiant pas de telles violences policières ». D’après lui, la question d’une exclusion de la France des institutions européennes serait « en discussion », sachant que la Russie menace d’interrompre ses exportations de gaz en Europe. 

 

Vu la dangerosité de cette situation, le Président Poutine et son homologue américain ont décidé de se rencontrer prochainement pour « éviter la guerre et donner une chance à la paix », selon le secrétaire d’État John Kerry. Du côté des marchés financiers, les cours du pétrole et de l’or ont grimpé en flèche, à l’instar des cotations des entreprises d’armement, tandis que la Bourse de Paris s’est brusquement effondrée. En réponse à ces perspectives de guerre imminente, François a déclaré qu’il irait « jusqu’au bout » car « la CGT n’est plus un syndicat, mais une mafia de casseurs qui prend les Français en otage ». Contre toute attente, il a affirmé qu’il souhaitait « maintenir l’Euro 2016 coûte que coûte », en dépit du forfait de la majorité des pays qualifiés pour cet événement. Alors que le régime Hollande est aux abois – comme l’illustrent les étranges déclarations de son Premier ministre –, le pire est à craindre, et un embrasement généralisé du continent eurasiatique n’est plus à exclure. Dans ce contexte explosif, Ban Ki-moon a appelé « toutes les parties à respecter le Droit international et à rétablir le dialogue diplomatique », rappelant toutefois que l’ONU venait de dénoncer les abus du régime Hollande contre sa population civile. 

 

Maxime Chaix

 

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« Le jour où » j’ai publié un article dans Paris Match !

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« Le jour où » j’ai publié un article dans Paris Match !

 

 

Chères lectrices, chers lecteurs,

 

Dans son numéro 3494, le magazine Paris Match a publié mon article, titré « Mark Rossini : le jour où j’ai tenté d’empêcher le 11-Septembre… sans le savoir ». Ce papier est basé sur une plus longue interview de l’ancien agent spécial du FBI Mark Rossini. Entre 1999 et 2003, il fut le principal agent de liaison du Bureau au sein de l’unité Alec Station de la CIA, qui était officiellement chargée de la traque d’Oussama ben Laden et de ses partenaires. Si vous n’avez pas encore lu cet article, et sachant que ce numéro n’est plus en kiosques, il a également été publié en ligne. Du fait d’un certain nombre de projets m’ayant éloigné de mon site, je n’avais pas encore trouvé le temps de vous remercier pour votre soutien et vos encouragements, qui m’ont motivé jusqu’à écrire un article visant la CIA dans le plus grand magazine français d’actualités… Je remercie également la personne qui m’a donné l’opportunité d’écrire cet article. Son intégrité, son professionnalisme et son courage sont exemplaires dans le monde du journalisme. Enfin, je remercie Mark Rossini de s’être autant impliqué dans ce projet, et d’avoir répondu à mes questions avec franchise et honnêteté, notamment sur le jeu trouble de la CIA en Syrie. Vous pourrez lire l’intégralité de l’interview sur laquelle nous avons travaillé en cliquant ici. Ayant d’autres projets importants, dont celui de devenir papa en juillet 2016, j’aurai moins de disponibilités pour publier des articles sur mon site. Néanmoins, je n’abandonne pas le journalisme, et j’espère trouver le temps d’écrire de nouvelles analyses. Encore une fois, je vous remercie pour votre soutien. 

 

Informativement votre,

 

Maxime Chaix

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EXCLUSIF : Sur les Panama Papers, Denis Robert en appelle à la prudence et à l’investigation

Crédit photo Aurélie Lamachère/SIPA
Crédit : Aurélie Lamachère/SIPA

 

EXCLUSIF : Sur les Panama Papers, Denis Robert en appelle à la prudence et à l’investigation 

 

Par Maxime Chaix

 

Chères lectrices, chers lecteurs, je publie cet article plus tard que prévu, puisqu’il devait paraître lundi 18 avril sur le site d’un grand magazine francophone dont je tairai le nom. Finalement, la personne à la tête de la rédaction de ce média a mis en avant quelques détails litigieux que j’aurais pu corriger, et a évoqué des arguments parfois discutables, parfois pertinents pour passer mon analyse à la trappe. Bien que cette personne ait plagié un extrait de l’un de mes articles sur son compte Facebook, je vais rester dans un état d’esprit positif et m’abstenir de consulter mon avocat. Informer mes concitoyens reste le plus important à mes yeux. Je vous diffuse donc ma modeste analyse sur les révélations des Panama Papers replacées dans le contexte de la guerre économique globale des États-Unis, en remerciant Denis Robert pour sa réponse intéressante.

 

Panama Papers : Denis Robert rappelle la « guerre économique mondiale » des États-Unis

 

Le 6 avril dernier, le journaliste Denis Robert et l’économiste Marc Chesney ont donné une conférence à Grenoble. À cette occasion, j’ai demandé au premier si l’organisation à l’origine des révélations des Panama Papers lui semblait neutre, notamment du fait de ses financeurs. Dans cette question à Denis Robert, j’ai fait référence au Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ), qui est une émanation du Center for Public Integrity. Pour être plus précis, j’aurais dû mentionner l’organisation qui a collaboré avec l’ICIJ pour révéler « ~.002% » des Panama Papers parmi les 11,5 millions de documents subtilisés au cabinet Mossack Fonseca. Il s’agit de l’OCCRP, l’acronyme d’Organized Crime and Corruption Reporting Project.

 

9782260029014Dans un article du site Arretsurimages.net (@si), que Denis Robert avait diffusé sur Facebook la veille de cette conférence, l’OCCRP est décrit comme un « consortium de journalistes internationaux, qui publie des enquêtes sur la corruption, principalement dans les pays de l’Est (…) ». @si reprend alors un article du Monde, qui a dû répondre à cette polémique en confirmant que certains financeurs de l’OCCRP dépendaient du gouvernement américain : « “Parmi ses donateurs figurent effectivement l’USAID, l’agence américaine pour le développement, et le département d’État des États-Unis (…). Ses soutiens comportent aussi des organisations non gouvernementales, dont l’Open Society Foundation financée par le milliardaire George Soros, et le think tank Google Ideas”, précise Le Monde, membre de l’ICIJ. Quel lien avec les “Panama Papers” ? L’OCCRP a travaillé main dans la main avec l’ICIJ sur ce dossier, en s’occupant notamment de la partie “Poutine”. Le Monde et d’autres medias (dont le Guardian) affirment en effet depuis plusieurs jours que l’entourage du président russe a amassé pendant des années plusieurs centaines de [millions] d’euros puisés dans l’argent public. »

 

Le mardi 5 avril, Wikileaks a donc vivement critiqué l’OCCRP, en exigeant la divulgation de l’intégralité des documents piratés au cabinet Mossack Fonseca, et en dénonçant ce qu’ils considèrent comme une campagne de presse visant à dénigrer le Président russe. Sur Twitter, l’organisation de Julian Assange a ainsi souligné que « l’attaque contre Poutine a été menée par l’OCCRP, qui cible la Russie et [des pays de] l’ex-URSS et qui a été financée par l’USAID et [le milliardaire George] Soros ». Ce soutien de Wikileaks en faveur d’un Président russe particulièrement décrié en Occident peut sembler suspect. Il n’en demeure pas moins que cet argument du manque de neutralité de l’OCCRP n’est pas dénué de fondements, au vu des tensions entre le Kremlin et Georges Soros, dont les ONG sont interdites en Russie. Et selon le magazine Foreign Policy, dans un article intitulé « L’affaire du “Twitter cubain” et les autres exemples où l’USAID a agi tel un service secret », « plusieurs gouvernements ont accusé depuis longtemps l’Agence américaine pour le développement international [USAID] d’être un paravent de la CIA ou d’autres organisations visant à les renverser. Comme le montre l’affaire [du “Twitter Cubain”], il semblerait qu’ils avaient raison. (…) Il existe peu de preuves pour étayer ces accusations [sic], du moins jusqu’à présent. Mais ce nouveau scandale à Cuba n’aidera pas l’USAID a restaurer sa réputation en lambeaux. »

 

Sachant que Denis Robert s’était fait l’écho de cette polémique lancée par Wikileaks, je l’ai interrogé sur ce sujet épineux. Voici sa réponse : « Sur les Panama Papers, je me réjouis et je suis heureux que ça sorte, qu’on en parle, mais c’est quand même assez troublant de voir qu’il y a très peu d’Américains dans ces documents », un étonnement partagé par RFI ou L’Obs. Denis Robert ajouta qu’il trouvait étrange « que les premiers noms qui sortent en France, c’est Balkany, Cahuzac… Il y a un côté “gadget”, on tire sur des ambulances, et ce n’était pas très crédible. Mon sentiment est que ce n’est pas clair effectivement, et donc qu’il faudrait enquêter sur ce sujet. Et quand j’ai lu le papier d’Assange et que j’ai lu la thèse de Wikileaks… En résumé, ils pensent que cela vient de l’administration d’Obama, qu’il était opportun, dans la guerre économique mondiale, qu’ils laissent sortir ces trucs-là. Et il y a des journalistes américains qui pensent la même chose. Je me suis rendu aux États-Unis il y a peu de temps et ils trouvaient que ce n’était pas crédible. Ceci dit, il vaut quand même mieux que ça sorte. Mais il faut être vigilant là-dessus. Et c’est vrai que le consortium est aidé par Soros. Les informations qui sortent, surtout de cette nature-là, elles ne sortent pas par altruisme. »

 

Les États-Unis sont devenus le plus « grand paradis fiscal au monde »

 

À l’instar de Wikileaks, Denis Robert en appelle donc à la prudence, tout en incitant les journalistes à enquêter sur cette question. Mais l’aspect le plus important de sa réponse est qu’il replace les Panama Papers dans le contexte de la guerre économique globale menée par les États-Unis, qui a notamment eu raison du secret bancaire suisse et qui a fait du pays de l’Oncle Sam « le plus grand paradis fiscal au monde », comme l’avait rapporté Bloomberg.com en janvier dernier. Mentionnons alors un intéressant échange avec l’autre intervenant de cette conférence, le professeur de finance Marc Chesney. En effet, il nous faut prendre en compte le contexte global dans lequel survient cette offensive médiatique contre le paradis fiscal panaméen, dans le sillage de la guerre juridique, financière et diplomatique lancée par Washington en 2008 contre le système financier suisse. J’ai donc rappelé à Marc Chesney cette analyse de Bloomberg.com, selon laquelle les États-Unis ont récupéré le marché offshore mondial au détriment de la Suisse et d’autres juridictions.

 

1507-1Voici ma traduction d’un extrait de cet important article : « Certains appellent [les États-Unis] la “nouvelle Suisse”. Pendant des années, les USA ont fustigé d’autres pays car ils aidaient des Américains fortunés à dissimuler leur argent en dehors des frontières nationales. Or, les États-Unis sont en train de devenir un paradis fiscal de premier plan pour les riches étrangers, à qui le secret est garanti. En résistant aux nouveaux standards mondiaux de transparence, les USA créent un nouveau marché très attractif, devenant l’endroit préféré des étrangers qui souhaitent planquer leur fortune. Des avocats londoniens jusqu’aux sociétés fiduciaires suisses, tout le monde emboîte le pas, aidant les riches de ce monde à transférer leurs comptes depuis des places [offshores] telles que les Bahamas et les Îles Vierges britanniques vers le Nevada, le Wyoming et le Dakota du Sud. “Comme il est ironique – ou plutôt pervers – que les États-Unis soient devenus la nouvelle juridiction du secret bancaire, alors qu’ils se sont montrés si moralisateurs dans leurs condamnations des banques suisses”, comme l’a écrit récemment dans une revue juridique Peter A. Cotorceanu, un avocat du cabinet zurichois Anaford AG. “Vous entendez ce ‘monstrueux bruit de siphon’ ? C’est le son de la ruée de l’argent vers les USA.” » Marc Chesney m’a confirmé la justesse de cet article, en citant le Delaware et le Nevada comme exemples de paradis fiscaux en plein essor.

 

La veille de cette conférence, le responsable des questions fiscales à Oxfam affirmait que les Panama Papers étaient « l’arbre qui cachent la forêt ». Dix jours plus tard, Oxfam America publiait un rapport indiquant que les 50 plus grandes multinationales américaines auraient placé près de 1,3 billions de dollars dans des places offshores entre 2008 et 2014. Dans la même période, ces entreprises auraient bénéficié d’environ 11,2 billions de dollars d’aides publiques aux États-Unis – un pays pourtant réputé « libéral ». Mais dans ce rapport, le terme « offshore », dont l’une des traductions littérales est « en mer », désigne principalement des îles exotiques telles que les Bermudes – un archipel où les multinationales américaines ont déclaré 104 milliards de dollars de profits en 2012, comme le rappelle Oxfam America. [1] Cependant, une recherche par mots-clés dans les 25 pages de ce rapport indique que les paradis fiscaux des États-Unis (Delaware, Nevada, Wyoming, Dakota du Sud…) ne sont pas cités. Or, si l’on prend l’exemple du Delaware, les principales multinationales américaines sont implantées « dans ce grand “trou noir” fiscal [où elles] font échapper à l’impôt une partie de leurs profits ». La City de Londres n’est pas non plus mentionnée dans cette étude d’Oxfam America, et pourtant…

 

Le réseau offshore global surveillé par une City pas « si respectable »

 

Dans le sillage des Panama Papers, Jacques Attali a souligné qu’« il y a plusieurs États des États-Unis, tel le Delaware, et plusieurs pays européens, comme la Grande-Bretagne ou le Luxembourg » parmi les principales places offshores dans le monde. Il a ajouté que « les pays offrant des avantages fiscaux démesurés en toute légalité doivent être combattus. J’attends avec gourmandise la publication, un jour, des “London Papers”, qui dévoileront comment la si respectable City abrite bien des turpitudes financières et fiscales, au détriment des pays dans lesquelles les richesses sont créées. Ce sera infiniment plus important et signifiant que les quelques révélations de Panama. » D’ailleurs, les sources potentielles de fuites ne manquent pas à Londres, puisque la City est en pointe dans la surveillance du système offshore global. En effet, comme l’a rappelé Paul Jorion, « le réseau des paradis fiscaux est en fait extrêmement bien surveillé, parce qu’il correspond à l’ancien Empire britannique. La City de Londres continue d’opérer une surveillance de bon niveau sur l’ensemble du réseau. En fait, les États ont besoin de cette surveillance parce qu’ils veulent contrôler de façon semi-permissive le blanchiment d’argent sale qui provient du trafic de la drogue, de la prostitution, du trafic d’armes. Le 17 septembre 2008, jour où le système s’est effondré, beaucoup d’argent sale a été injecté par le biais des paradis fiscaux si l’on en croit Antonio Mario Costa, qui était alors directeur de l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime. Il est évident que la raison d’État a besoin de ces paradis. » De quoi mettre sérieusement en doute la volonté des gouvernements du G20 à lutter réellement contre les paradis fiscaux, alors que leurs ministres des Finances sont réunis le 15 avril dernier à Washington.

 

Dans ce contexte, il serait souhaitable que l’USAID, l’Open Society Foundation, le Département d’État et d’autres institutions soucieuses d’informer en toute neutralité l’opinion publique mondiale financent des fuites encore plus massives que les précédentes – des USA Papers ou des London Papers, comme l’a suggéré Jacques Attali. Néanmoins, en l’absence d’un nouvel Antoine Deltour à la City de Londres ou dans les paradis fiscaux des États-Unis, nous risquons de patienter un certain temps avant d’obtenir ces révélations…

 

Maxime Chaix

 

[1]. Broken at the Top, rapport d’Oxfam America, 14 avril 2016, p.4.

 

 

 

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Tulsi Gabbard et sa proposition de loi contre la guerre secrète de la CIA en Syrie

 

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Tulsi Gabbard et sa proposition de loi contre la guerre secrète de la CIA en Syrie

 

En exclusivité, voici ma traduction d’un communiqué de presse défendant une proposition de loi de Tulsi Gabbard, la personnalité politique que je respecte le plus. L’année dernière, j’avais déjà parlé de cette représentante au Congrès lorsqu’elle avait courageusement dénoncé sur CNN la guerre secrète de la CIA en Syrie. En effet, trois semaines avant les attentats du 13-Novembre, elle qualifia cette politique clandestine d’« illégale » et de « contreproductive car actuellement, des armements américains vont dans les mains de nos ennemis, al-Qaïda et ces autres groupes, des groupes islamistes extrémistes qui sont nos ennemis jurés. Ce sont des groupes qui nous ont attaqués le 11-Septembre, et nous étions censés chercher à les vaincre, mais pourtant nous les soutenons avec ces armes pour renverser le gouvernement syrien. »

 

En février dernier, Tulsi Gabbard a rejoint l’équipe de campagne de Bernie Sanders, après avoir démissionné de son poste de vice-présidente du Parti Démocrate. Avant la victoire de « Bernie » aux primaires démocrates d’Hawaï, dont Madame Gabbard représente le deuxième district, cette dernière a expliqué que Bernie Sanders avait « voté contre la guerre d’Irak », qu’« il comprend les coûts de la guerre », et qu’il investira aux États-Unis les billions de dollars actuellement dépensés dans des « guerres interventionnistes et inutiles, qui visent à renverser des gouvernements étrangers ». Tulsi Gabbard étant méconnue en France, je vous propose ma traduction de son communiqué de presse du 19 novembre dernier, qui explique sa proposition de loi contre la guerre secrète de la CIA en Syrie. Introduite par Madame Gabbard et son confrère républicain Austin Scott, cette législation n’a pas encore été débattue ni votée à la Chambre des Représentants. Néanmoins, sa principale exigence, qui est de stopper le soutien de la CIA pour la « rébellion » en Syrie, semble avoir été mise en oeuvre au vu du succès du cessez-le-feu dans ce pays, que le journaliste Gareth Porter a récemment décrit comme étant « efficace à 90 % ».

 

[Mise à jour du 28 avril 2016 : Près d’un mois après la publication de cet article, la trêve ne tient plus qu’à un fil. Alors que de nombreux médias occidentaux pointent la responsabilité du régime syrien, l’on apprend que « depuis décembre 2015, les États-Unis auraient [livré] 3 000 tonnes d’armes et de munitions à des groupes rebelles, qui, sur le terrain, sont infiltrés par el-Qaëda ou reconnaissent leur allégeance à l’organisation. Cette information a été révélée par l’agence d’information militaire britannique Jane’s ». La guerre secrète des États-Unis et de leur alliés en Syrie est donc loin d’être terminée.] 

 

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Communiqué de presse

 

Les Représentants Tulsi Gabbard et Austin Scott introduisent une proposition de loi pour stopper la guerre illégale des États-Unis visant à renverser le gouvernement syrien d’el-Assad 

 

 

Washington, DC — Aujourd’hui, la représentante Tulsi Gabbard (Dém.–Hawaï) et le représentant Austin Scott (Rép.–Géorgie), qui sont tous deux membres de la Commission des Forces armées de la Chambre des Représentants, ont déposé la H.R. 4108, une proposition de loi bipartisane visant à stopper les tentatives états-uniennes de renverser la République Arabe Syrienne dirigée par le Président Bachar el-Assad. 

 

La représentante au Congrès Tulsi Gabbard, une ancienne combattante ayant servi à deux reprises [au Proche-Orient], a expliqué que le but de cette proposition de loi était de « [s]topper immédiatement la guerre illégale et contreproductive visant à renverser le gouvernement syrien d’el-Assad. » 

 

Comme la représentante Tulsi Gabbard l’a expliqué, « les États-Unis sont en train de mener deux guerre en Syrie. La première est la guerre contre Daech et d’autres extrémistes islamistes, que le Congrès a autorisé après les attentats du 11-Septembre. La deuxième est la guerre [secrète et] illégale pour renverser le gouvernement syrien d’el-Assad. »  

 

« Cette guerre [secrète] pour renverser el-Assad est contreproductive car, en réalité, elle aide Daech et d’autres milices extrémistes a remplir leur objectif de faire tomber le gouvernement syrien d’el-Assad et de prendre le contrôle de toute la Syrie – ce qui aura comme conséquence d’amplifier la souffrance humaine dans cette région, d’exacerber la crise des réfugiés, et de déstabiliser le monde entier. En outre, cette guerre pour renverser el-Assad est illégale car le Congrès ne l’a jamais autorisée. »

 

Selon le représentant Austin Scott, « [n]otre mission première devrait être la guerre contre Daech, al-Qaïda et d’autres islamistes radicaux qui mènent des opérations en Syrie, en Irak et dans d’autres pays. Ces groupes ont perpétré des attaques contre des alliés des États-Unis, et ils menacent actuellement de commettre des attentats sur notre territoire. Cela représente un danger clair et immédiat pour nos concitoyens. Par conséquent, je soutiens le fait d’éliminer ces groupes extrémistes islamistes par tous les moyens nécessaires. Aujourd’hui, manœuvrer pour renverser el-Assad est contreproductif vis-à-vis de ce que je pense être notre principale mission. » 

 

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”Syrie, le grand aveuglement” : une émission exceptionnelle sur France 2

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“Syrie, le grand aveuglement” : une émission exceptionnelle sur France 2

 

Par Maxime Chaix

 

Le 18 janvier dernier, France 2 a diffusé le 52ème numéro d’Un Oeil sur la planète. Intitulée « Syrie, le grand aveuglement », cette émission, qui s’annonçait exceptionnelle, fut largement à la hauteur de mes attentes. Je vous encourage à la regarder intégralement, en particulier si vous estimez encore que le régime de Bachar el-Assad est entièrement responsable de cette tragédie :

 

 

Depuis le début de ce conflit en 2011, les médias français ont adopté une ligne presque exclusivement anti-Assad, conformément à l’irréaliste politique syrienne de l’État français. De ce fait, jamais une émission du service public n’avait aussi fidèlement décrit la réalité de la guerre en Syrie telle que je l’ai perçue à travers mes lectures, mes recherches et mes conversations avec des experts, des reporters et des amis syriens. Je dois notamment saluer la pertinente intervention de la journaliste Adeline Chenon-Ramlat, qui a rappelé que la plupart des « rebelles » étaient des mercenaires à la solde d’« alliés » pas vraiment attachés aux droits de l’Homme et à l’héritage des Lumières :

 


Un Œil sur la planète. Syrie : “Quand on combat, on reçoit un salaire”

 

Actuellement, Adeline Chenon-Ramlat sort un livre intitulé Ma Syrie, que je vous recommande vivement :

 

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Je remercie également Patrick Boitet, le rédacteur en chef de cette émission, qui a diffusé sur son compte Facebook mon article sur les errances de la politique syrienne de l’État français :

 

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Comme je l’ai écrit sur ce réseau social après avoir regardé cette émission, 

 

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Enfin, je vous recommande ma dernière analyse approfondie sur ce conflit, dont l’extrait suivant compense ce que j’ai perçu comme la seule carence de cette émission – c’est-à-dire l’absence de référence au rôle majeur de la CIA dans la guerre secrète contre le régime el-Assad : 

 

« Un article du New York Times vient de dévoiler le nom de code de la guerre secrète multinationale de la CIA en Syrie : il s’agit de l’opération Timber Sycamore, ce qui peut signifier “Bois de Platane” ou “de Figuier sycomore”. En 1992, les chercheurs syriens Ibrahim Nahal et Adib Rahme avaient publié une étude selon laquelle, “[b]ien que la largeur des cernes soit influencée par les facteurs du milieu, le bois de Platane d’Orient peut être classé parmi les espèces à croissance relativement rapide par rapport au hêtre ou au chêne.” Les groupes rebelles majoritairement jihadistes, qui ont proliféré en Syrie à partir de l’été 2011, pourraient donc être considérés comme des “platanes d’Orient” du fait de leur “croissance rapide” – sans qu’un lien ne soit forcément établi entre le nom de code de cette opération clandestine de la CIA et ce phénomène biologique. Il est également possible que “Sycamore” fasse référence non pas au platane mais au figuier sycomore, dont le “bois peut servir de combustible et le frottement de deux branches permet d’allumer un feu.”  

 

Essentiellement, le New York Times a révélé dans cet article que l’Arabie saoudite a financé à hauteur de “plusieurs milliards de dollars” la guerre secrète de la CIA en Syrie. D’autres contributeurs étatiques à cette campagne de l’Agence sont cités par ce journal. Il s’agit de la Turquie, de la Jordanie et du Qatar. Or, bien que le montant exact des contributions de chaque État impliqué dans ces opérations n’ait pas été dévoilé, le Times nous informe que l’Arabie saoudite en a été le principal financeur. D’après ce journal, “[l]es hauts responsables états-uniens n’ont pas révélé le montant de la contribution saoudienne, qui constitue de loin le principal financement étranger de ce programme de fourniture d’armes aux rebelles combattant les forces du Président Bachar el-Assad. Néanmoins, des estimations ont indiqué que le coût total des efforts de financement et d’entraînement [des rebelles] atteignait plusieurs milliards de dollars.”

 

Le Times confirme ainsi les informations du Washington Post, que j’avais analysées quelques semaines avant les attentats du 13-Novembre. En effet, en juin 2015, ce quotidien révéla que la CIA avait “mené depuis 2013 contre le régime el-Assad “l’une [de ses] plus grandes opérations clandestines”, dont le financement annuel avoisine le milliard de dollars. D’après ce journal, cette intervention secrète (…) s’inscrit dans un “plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie”, c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie.” Grâce au New York Times, nous savons à présent que l’Arabie saoudite a été, “de loin», le principal soutien étatique de cette guerre secrète – notamment à travers l’achat massif et la livraison, par les services spéciaux saoudiens (GID), de missiles antichars TOW de marque Raytheon à des groupes affiliés à al-Qaïda, dont l’Armée de la Conquête (…) »

 

Encore bravo à l’équipe d’Un Oeil sur la planète, le métier de journaliste étant de plus en plus difficile à exercer en France, en particulier dans ce climat orwellien d’état d’urgence contre nos libertés publiques et de guerre perpétuelle contre des forces extrémistes… qui ont été pourtant soutenues par l’État français pour renverser Bachar el-Assad. Nul doute que cette émission historique – dans les deux sens du terme – aura conduit quelques centaines de milliers de nos concitoyens à en prendre conscience. 

 

Maxime Chaix

 

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