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Mon interview dans Atlantico.fr, par Alexandre del Valle

Mon interview dans Atlantico.fr, par Alexandre del Valle

 

Je remercie Alexandre del Valle de m’avoir interviewé dans Atlantico.fr, ce qui m’a permis de critiquer l’amnésie collective des médias français concernant le programme Timber Sycamore, et le fait que cette opération avait rendu possible la prise initiale d’Idleb par al-Qaïda au printemps 2015. Face à cette guerre cataclysmique, il est rassurant, pour nos gouvernants, de désigner leurs rivaux syriens, russes et chiites comme les seuls et uniques responsables de ce désastre. À l’avenir, il serait préférable de sortir de ce déni collectif et de tirer les enseignements de notre fiasco syrien ; en d’autres termes, de ne plus lancer des opérations de changement de régime en aidant nos alliés du Golfe à soutenir nos ennemis djihadistes.

 

 

 

Retour sur le chaos syrien : les compromissions pro-islamistes de la politique étrangère américaine…

 

 
 
Alexandre del Valle revient cette semaine sur un sujet dont on ne parle plus beaucoup depuis quelques mois, la Syrie, ceci alors même qu’une bataille « finale » oppose actuellement les forces pro-gouvernementales (régime syrien et alliés militaires russes) aux derniers bastions jihadistes (pro-Al-Qaïda) dans la région d’Idlib (Nord-Ouest du pays). En fait, si les médias occidentaux évoquent si peu ou minimisent même l’activité d’Al-Qaïda en Syrie et ailleurs – où la maison-mère jihadiste demeure fort active (Somalie, zone « AfPak », Afrique sub-saharienne, etc.) –, c’est en fait parce que les pays occidentaux et en particulier les Etats-Unis ont souvent joué un rôle fort trouble avec les groupes jihadistes sunnites et les jihadistes d’Al-Qaïda en particulier. Pour approfondir ce sujet à la fois crucial et polémique, Alexandre del Valle a rencontré l’expert du renseignement et du Moyen-Orient Maxime Chaix, journaliste indépendant, auteur d’un livre incontournable sur la genèse de l’islamisme terroriste et les relations ambiguës entre les Etats-Unis et l’islamisme radical sunnite (La guerre de l’ombre en Syrie, éd. Erick Bonnier). 

 

Dans un ouvrage central, Le Soleil d’Allah, le général Pierre-Marie Gallois, éminent stratège et géopolitologue initiateur de la force de frappe nucléaire française, dénonçait déjà, en 1996, en s’appuyant sur les cas de l’ex-Yougoslavie et de la guerre en Irak, les compromissions occidentales et en particulier américaines avec l’islamisme radical. D’une certaine manière, sa thèse et sa grille de lecture sont encore valables aujourd’hui pour désocculter la stratégie pour le moins étrange des Etats-Unis et de l’Occident en Libye, où les forces de l’islamisme ont été en 2011 objectivement appuyées face au régime de Mouammar Kadhafi, puis a fortiori, depuis 2013 en Syrie, où maints groupes rebelles islamistes et même liés à Al-Qaïda ont été appuyés par des pays occidentaux et surtout par Washington. A l’aune de ce constat, la Syrie reste au cœur du débat public pour au moins trois raisons principales, d’après Maxime Chaix, l’un des meilleurs connaisseurs de la guerre en Syrie et auteur d’un ouvrage, La guerre de l’ombre en Syrie, qui analyse la stratégie pro-islamiste des pays occidentaux face au régime de Bachar al-Assad: 1/ le retour des djihadistes européens de l’organisation « État Islamique »dans leurs pays d’origine respectifs, 2/ l’influence contestée de l’Iran au Levant, 3/ l’offensive menée par les forces syriennes et leurs alliés russes et iraniens afin de reprendre Idleb et sa province, au nord-ouest de la Syrie. Chaix rappelle les propos de l’ancien émissaire américain de la coalition anti-Daech, Brett McGurk qui reconnait lui-même que « la province d’Idleb est le plus vaste refuge d’al-Qaïda depuis le 11-Septembre », regroupant aujourd’hui jusqu’à 25 000 jihadistes affiliés à l’ex-Front al-Nosra – la fameuse branche d’al-Qaïda en Syrie…

 

En toute logique, Damas et ses alliés comptent reprendre ce verrou stratégique et ils essayent d’atteindre cet objectif sans mettre de gants – à l’instar d’une coalition du Pentagone qui a littéralement dévasté Mossoul et Raqqa pour y vaincre Daech entre 2016 et 2017, mais sans que nos médias ne s’en émeuvent particulièrement. D’ailleurs, dans les médias occidentaux, il n’est fait mention de la bataille stratégique d’Idlib que pour dénoncer la « sale guerre » menée par les armées syrienne-loyaliste et russe, tandis que le fait que l’Ouest de la Syrie soit devenue le plus grand refuge de terroristes d’Al-Qaïda est presque systématiquement passé sous silence. Et tandis que les Occidentaux affirment avoir vaincu Daech en Irak et en Syrie par des bombardement pourtant massifs mais supposés « propres », les Russes et leurs alliés syriens et iraniens sont accusés de « crimes contre l’Humanité ». Deux poids deux mesures… Le point de vue d’un expert comme Maxime Chaix est plus utile que jamais.

 

Alexandre del Valle : Vous pointez en effet des dysfonctionnements dans le traitement médiatique occidental de la guerre en Syrie – un constat récurrent dans votre livre. Dans le contexte de l’actuelle offensive d’Idleb, constatez-vous des dysfonctionnements similaires ? 

 

Maxime Chaix : Outre le fait que les djihadistes de l’ex-Front al-Nosra à Idleb ne sont presque jamais montrés dans les médias occidentaux, ces derniers oublient que cette branche d’al-Qaïda en Syrie avait initialement conquis cette province au premier trimestre 2015 grâce à la CIA et à ses partenaires occidentaux et moyen-orientaux. En effet, cette coalition de services spéciaux appuya cette offensive d’al-Nosra et de ses alliés depuis le Sud de la Turquie, en livrant notamment des missiles antichar TOW de fabrication américaine aux rebelles. À l’époque, cette offensive victorieuse des djihadistes faisait craindre à Damas la chute de Lattaquié, qui est le fief ancestral de Bachar el-Assad. Au sud du pays, les rebelles soutenus dans le cadre de cette opération coordonnée par la CIA menaçaient de prendre la capitale syrienne durant l’été 2015, comme le Washington Post le rappela en juillet 2017. Or, le journaliste à l’origine de cet article oublia de mentionner le fait que les factions progressant alors vers Damas et Lattaquié étaient respectivement l’« État Islamique » au sud-ouest, et une coalition de groupes armés menée par les djihadistes du Front al-Nosra et d’Ahrar al-Sham au nord-ouest. Durant cet été 2015, les analystes de la CIA et les planificateurs du Pentagone commencèrent à anticiper ce qu’ils appelaient un « succès catastrophique », puisqu’il aurait amené les rebelles djihadistes à renverser Assad sans toutefois créer un gouvernement fort et modéré. Au final, en janvier 2019, différents spécialistes et journalistes occidentaux déplorèrent la reprise d’Idleb par l’organisation Hayat Tahrir al-Sham (HTS), dont l’ancien nom est le Front al-Nosra. Ils oublièrent pourtant de rappeler le rôle central de la CIA et de ses alliés dans la prise initiale de cette province par la branche d’al-Qaïda en Syrie et ses soutiens au premier trimestre 2015.

 

AdV : Pouvez-vous nous préciser pourquoi cette amnésie collective au sujet de cette opération de la CIA, de la DGSE et de leurs nombreux partenaires régionaux est problématique ?

 

MC : Comme je le documente dans mon livre, La guerre de l’ombre en Syrie, des dizaines de milliers de tonnes d’armes et des millions de munitions ont été introduites entre 2011 et 2017 sur le théâtre de guerre syrien grâce à cette opération, baptisée Timber Sycamore par la CIA. Il est aussi avéré que ces armements ont principalement équipé des groupes djihadistes, dont la milice terroriste qui s’autoproclamera « État Islamique » en juin 2014. Des sources de haut niveau ont confirmé le fait que ce vaste trafic d’armes avait massivement alimenté les factions islamistes anti-Assad. Par exemple, en juin 2017, l’ancien Premier Ministre du Qatar reconnut qu’« en Syrie, tout le monde [avait] commis des erreurs, y compris [Washington] », en référence à leur soutien en faveur des milices extrémistes. Il ajouta que, dès les premiers stades du conflit, l’ensemble des commanditaires de Timber Sycamore s’étaient mis à « coopérer via deux salles d’opérations : l’une basée en Jordanie et l’autre en Turquie. (…) Y collaboraient différentes nations, dont certains membres du Conseil de Coopération du Golfe, soit l’Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis, le Qatar, mais également les États-Unis et d’autres alliés. Et ils travaillaient ensemble dans ces bases. Nous soutenions tous ces mêmes groupes. Nous avons fait de même en Turquie. »

 

Dès 2011, le Qatar fut d’ailleurs le pays le plus actif dans l’appui clandestin des mercenaires djihadistes anti-Assad, et l’Arabie saoudite prit le leadership de ces efforts de soutien matériel et financier à partir de l’année 2013. Selon The Atlantic, dans un article dont les révélations n’ont jamais été démenties, « les largesses militaires et économiques du Qatar ont appuyé le Front al-Nosra, à tel point qu’un haut responsable de cet émirat [déclara] qu’il pouvait identifier les commandants de cette organisation en fonction des quartiers qu’ils contrôlaient dans différentes villes syriennes [en 2014]. Mais l’État Islamique est un autre sujet. Comme un important officiel du Qatar l’a affirmé, “Daech est un projet saoudien” ». Cet argument fut confirmé par les intéressés en juin 2014, lorsque le ministre des Affaires étrangères Saoud al-Fayçal affirma que l’« État Islamique » était une « réponse » saoudienne à l’influence iranienne en Irak, selon le Financial Times. En parallèle, al-Nosra garda des liens si étroits avec le Qatar que son leader Mohammed al-Joulani sortit de sa clandestinité pour apparaître à plusieurs reprises sur Al Jazeera.

 

AdV : Les puissances du Golfe sont-elles les seules responsables de cette guerre secrète en Syrie ? En d’autres termes, quel rôle ont joué les puissances occidentales dans cette opération, donc dans la montée en puissance fulgurante des groupes djihadistes ? 

 

MC : En fait, cette opération a été lancée par les États-Unis, la Grande-Bretagne et leurs alliés turcs et moyen-orientaux à partir de l’automne 2011, et ce dans le but de renverser Bachar el-Assad. Comme je l’ai documenté dans mon livre, La guerre de l’ombre en Syrie, les services spéciaux français ont participé à cette opération, bien que l’on ignore leur rôle exact et le début de leur engagement dans cette campagne. En septembre 2011, un Barack Obama réticent accepta que la CIA puisse armer en secret des rebelles anti-Assad. Or, dès l’année suivante, il s’est avéré que ces combattants n’étaient pas aussi « modérés » qu’on nous les présentait dans les médias grand public. Plus précisément, comme de nombreux experts l’ont relevé, l’Armée Syrienne Libre soutenue par les puissances occidentales a principalement servi de vecteur de fonds, d’armes, de munitions et de combattants pour soutenir l’effort de guerre des groupes djihadistes anti-Assad, qui étaient nettement mieux financés et plus efficaces sur le terrain.

 

Impliquant différents États et leurs réseaux de soutien – dont celui des « donateurs privés » des pétromonarchies –, cette opération est désormais bien documentée. Et les informations dont nous disposons indiquent une responsabilité conjointe de nos alliés du Qatar et de l’Arabie saoudite dans le financement de l’organisation « État Islamique ». Comme l’a remarqué le journaliste Patrick Cockburn, « [Richard] Dearlove, qui dirigea le MI6 entre 1999 et 2004, (…) ne doute pas que des financements continus et substantiels provenant de donateurs privés en Arabie saoudite et au Qatar – qui auraient pu agir dans l’impunité grâce à leurs gouvernements respectifs –, aient joué un rôle central dans la montée en puissance de Daech à travers les régions sunnites de l’Irak. (…) Étonnamment, ces révélations explosives de Dearlove (…) incriminant l’Arabie saoudite [et le Qatar] dans le soutien de la rébellion sunnite menée par Daech ont très peu attiré l’attention. » L’implication avérée des services secrets occidentaux dans cette campagne pourrait expliquer cette quasi-omerta en Europe et aux États-Unis. En effet, le journaliste d’investigation Gareth Porter, l’ex-diplomate et ancien officier du MI6 Alastair Crooke, ainsi que l’universitaire Jeffrey D. Sachs ont tous trois expliqué que l’opération Timber Sycamore avait décisivement favorisé la montée en puissance de la nébuleuse djihadiste en Syrie, y compris de l’« État Islamique ». Par ailleurs, comme indiqué dans mon livre, La guerre de l’ombre en Syrie, l’Armée Syrienne Libre appuyée par les puissances occidentales a soutenu l’effort de guerre du futur « État Islamique » jusqu’à l’hiver 2013-2014, un fait qui m’a notamment été confirmé par les chercheurs et spécialistes de la Syrie Fabrice Balanche et Joshua Landis. Enfin, il a été démontré par l’ONG Conflict Armament Research que le gigantesque trafic d’armes chapeauté par la CIA et le GIP saoudien avait « considérablement amplifié les capacités militaires » de Daech entre 2014 et 2017, dans une ampleur « très loin [d’être due] aux seules prises de guerre ». Ce processus concerne en particulier les munitions transférées par la CIA et le GIP à des factions rebelles en Syrie. En effet, selon le spécialiste Damien Spleeters, ces artéfacts ont été retrouvés en abondance dans les arsenaux de l’« État Islamique » entre 2014 et 2017, après avoir été « très rapidement » redistribués à des intermédiaires en Turquie et en Jordanie – un processus qu’il décrit comme régulier, ce qui induit un réseau structuré derrière ce trafic.

 

Certes, les services spéciaux français ont participé à cette opération de changement de régime, mais ils étaient intégrés dans un plus vaste dispositif coordonné par la CIA, cette agence s’appuyant principalement sur des fonds saoudiens durant sa campagne syrienne – selon des révélations du New York Times publiées en janvier 2016. Le Qatar, la Turquie et la Jordanie furent également cités par ce journal comme d’importants bailleurs de fonds de cette opération, cette liste de financeurs étatiques n’étant pas exhaustive. Au final, comme le chercheur britannique Christopher Davidson le rappelle dans mon livre, « le pouvoir syrien [a notoirement facilité]la tâche de petits groupes de djihadistes dès 2003, et [a fermé] l’œil sur leurs activités lorsqu’il semblait opportun de le faire, y compris après 2011. Certes critiquables, ces manigances ne sont pourtant pas l’apanage exclusif de l’État syrien, et elles sont loin d’avoir eu autant d’impact que le gigantesque réseau d’approvisionnement en armes et en munitions, le financement massif et l’appui diplomatique de haut niveau apportés à la nébuleuse djihadiste anti-Assad par différentes puissances extérieures. Coordonnée et encouragée par les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, cette politique clandestine a engendré une crise internationale de grande ampleur, un exode massif de réfugiés et de déplacés, et la quasi-destruction de l’État syrien. » Christopher Davidson conclue son argumentaire en rappelant que, « dans le monde occidental, de nombreux journalistes, dirigeants et experts oublient ou négligent cet aspect pourtant majeur du conflit » – un refus d’affronter la réalité qui m’a conduit à écrire mon livre.

 

Devant l’ampleur de ce drame humain, il est rassurant, pour nos gouvernants, de désigner leurs rivaux géopolitiques syriens, russes et chiites comme les seuls et uniques responsables de ce cataclysme. À l’avenir, il serait préférable de sortir de ce déni collectif et de tirer les enseignements de notre fiasco syrien ; en d’autres termes, de ne plus lancer des opérations de changement de régime en aidant nos alliés du Golfe à soutenir nos ennemis djihadistes. En effet, il est légitime de se demander si Daech aurait pu acquérir une telle puissance de feu, donc un tel pouvoir d’attraction, si les chancelleries occidentales avaient dissuadé les pétromonarchies de financer et de soutenir cette organisation.  

 

(Source : https://www.atlantico.fr/decryptage/3575233/retour-sur-le-chaos-syrien–les-compromissions-pro-islamistes-de-la-politique-etrangere-americaine–alexandre-del-valle)

 

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Recension de mon livre par le général Bernard Norlain dans la Revue Défense Nationale

Recension de mon livre par le général Bernard Norlain dans la Revue Défense Nationale

 

Je remercie chaleureusement le général d’armée aérienne (2S) Bernard Norlain pour sa longue et pertinente recension de mon livre dans la prestigieuse Revue Défense Nationale. J’en profite pour remercier également la rédaction de cette excellente revue, qui a accepté la publication d’une recension sur des thèmes aussi sensibles que ceux développés dans mon livre malgré la récente « affaire Legrier ». Un bel exemple de courage éditorial et d’indépendance d’esprit, qui tend à démontrer que la Grande Muette va de moins en moins se taire au vu des interventions catastrophiques qui lui ont été imposées par nos dirigeants politiques ces dernières années, notamment en Libye, au Yémen et en Syrie.

 

 

 

Par le général d’armée aérienne (2S) Bernard Norlain 

 

Au moment où des bruits de bottes se font à nouveau entendre dans le golfe Arabo-Persique et où la désinformation bat son plein, il est indispensable de chercher à mieux comprendre et à décrypter les vrais ressorts des situations que nous vivons et pour cela ne pas être victime du narratif fabriqué par les organismes officiels et complaisamment repris par des médias qui, bien souvent, ne sont désormais plus que des diffuseurs de fausses nouvelles. Résister à la manipulation de l’information, qui a certes toujours existé, mais qui est plus menaçante que jamais ; en d’autres termes, chercher à découvrir le « dessous des cartes » sans évidemment tomber dans le piège du « complotisme ».

 

Au-delà de la recherche d’une vérité difficile à saisir, cette quête a pour objet non seulement de mieux lire la nature de ces événements, mais aussi de mieux identifier les vraies menaces qui pèsent sur nos sociétés afin de ne pas se tromper d’ennemi.

 

Ce livre est de ceux qui, justement, cherchent à apporter un éclairage nouveau à l’analyse et à la compréhension de la scène géostratégique actuelle. Son champ d’observation est la guerre en Syrie, qui occupe depuis plus de huit ans l’actualité des questions de sécurité internationale. Il montre en effet que ce conflit, circonscrit aux limites d’un petit pays, est le creuset d’un affrontement qui oppose toutes les grandes puissances mondiales, et dans lequel se dessinent les lignes de fracture et les mouvements stratégiques d’un monde qui se déchire sous nos yeux. Dans cette situation, il faut rester lucide et tracer une voie qui ne nous conduit pas à des erreurs diplomatiques et militaires dont les conséquences pourraient être dramatiques.

 

Or, nous y sommes, en plein chaos, et ce livre montre que les choix de la France et de ses alliés pendant la guerre en Syrie – certes justifiés par l’objectif de renverser un dictateur – n’en furent pas moins désastreux. Alors que le conflit au Yémen et l’escalade guerrière dans la mer d’Oman font monter dangereusement la tension internationale, la France risque de se retrouver entraînée dans des conflits qui ne sont pas les siens et dans un camp qui ne l’est pas non plus – à l’instar de son implication clandestine dans la guerre en Syrie à partir de 2012.

 

Durant cette opération, baptisée Timber Sycamore par la CIA, les services spéciaux d’une quinzaine de nations se sont coalisés pour tenter de renverser Bachar el-Assad, sans finalement y parvenir. Dans son livre, l’auteur met en lumière la complexité de ce conflit. Il dénonce d’abord le terrorisme d’État pratiqué non seulement par le régime syrien et ses soutiens, mais aussi par les pétromonarchies du Golfe, les États-Unis et leurs alliés, dont la France, qui ont appuyé pendant plusieurs années une nébuleuse de milices anti-Assad pas aussi « modérées » que les médias ne nous les ont décrites jusqu’à présent.

 

La thèse que défend l’auteur est celle de la responsabilité des puissances occidentales qui, en soutenant l’Armée syrienne libre (ASL) pour tenter de faire tomber le régime de Bachar el-Assad, ont en fait alimenté la même nébuleuse djihadiste qui finira par attaquer la France en novembre 2015. En effet, comme il le démontre en citant plusieurs éminents spécialistes de la Syrie, les rebelles de l’ASL ont combattu main dans la main avec le futur État islamique entre 2012 et l’hiver 2013-2014, s’alliant ensuite avec les djihadistes du Front al-Nosra pour combattre à la fois Daech et le gouvernement syrien.

 

De fait, dans la première phase du conflit, soit entre 2011 et 2015, les Occidentaux et leurs alliés de circonstances, des pétromonarchies, à la Turquie et Israël ont d’abord cherché à renverser le régime syrien avant de s’attaquer à l’État islamique. L’auteur rappelle alors que, durant l’été 2015, le Pentagone, la CIA, le Département d’État américain et l’armée de l’air israélienne anticipaient la prise imminente de Damas par Daech – un scénario qui, de l’aveu-même de John Kerry, fut évité par l’intervention russe lancée en septembre 2015.

 

Selon l’auteur, l’alibi des « rebelles modérés » mis en avant par les gouvernements et les médias occidentaux a permis de dissimuler le fait que les puissances de l’Otan ont en réalité soutenu les opérations de la nébuleuse djihadiste anti-Assad. En effet, dès les premiers stades du conflit syrien, l’ASL soutenue par les Occidentaux noua des liens étroits avec le Front al-Nosra qui, à l’origine, est une émanation de l’État islamique d’Irak – donc du futur Daech. Comme l’explique l’auteur, ce processus a favorisé la montée en puissance et l’implantation de l’État islamique dans plusieurs régions stratégiques de la Syrie.

 

Entamé dès l’automne 2011, ce soutien à l’opposition anti-Assad s’est matérialisé par une opération plus ou moins secrète, qui fut approuvée par un Barack Obama réticent car bien conscient du fondamentalisme d’une proportion importante de la rébellion. Cette campagne sera officiellement déclenchée au printemps 2013, mais l’auteur nous rappelle que ses débuts remontent en fait à octobre 2011. Citant le Washington Post, il souligne qu’elle deviendra progressivement « l’une des plus vastes opérations clandestines de la CIA ». Ayant des points communs avec l’opération Cyclone de la CIA dans l’Afghanistan des années 1980, du temps de l’occupation soviétique de ce pays, cette campagne a consisté à instrumentaliser le djihad pour renverser le gouvernement syrien. Mais comme en Afghanistan, ce pacte faustien sera lourd de conséquences, et pas seulement en Syrie.

 

Étroitement lié à la thèse précédente, le deuxième thème de ce livre est celui de la collusion, et plus encore de la dépendance de la CIA vis-à-vis de l’Arabie saoudite en termes de financements, ce qui a conduit à une dépendance politique et stratégique dont nous voyons les résultats aujourd’hui et dans laquelle la France, plus ou moins volontairement, est maintenant imbriquée.

 

Durant les années 1980, afin d’échapper au contrôle du Sénat, la CIA avait fait appel au royaume saoudien pour financer ses opérations clandestines en Amérique latine. Dans le cadre de son opération de soutien à l’opposition anti-Assad, la CIA a massivement délégué l’appui des réseaux djihadistes à ses partenaires turcs, qataris, et surtout saoudiens. Or, ce qui caractérise le conflit syrien est l’enchevêtrement des enjeux stratégiques. Derrière la guerre secrète visant à renverser Assad, les États-Unis, leurs alliés occidentaux, les pétromonarchies, la Turquie et Israël ont souvent eu des motivations différentes – dont le dessein turc d’éliminer les Kurdes, la volonté américaine de contrer l’influence russe en Syrie, et surtout la lutte des sunnites du Golfe et des Israéliens contre les chiites pro-iraniens. Cet alignement des Américains et de leurs alliés occidentaux sur le pays qui se veut le leader des sunnites entraîna une inavouable coresponsabilité des puissances de l’Otan dans l’essor de la nébuleuse djihadiste au Levant. Il induit également le fait que ces puissances, France incluse, sont enrôlées sous la bannière saoudienne dans son combat contre l’Iran et la constitution d’un « arc chiite », pour l’instant au Yémen, dans la mer d’Oman et, demain peut-être, dans un conflit plus large impliquant tous ceux qui se sont engagés dans la guerre en Syrie.

 

À partir de l’intervention des Russes dans ce conflit, les États-Unis se sont rendu compte qu’une victoire de l’État islamique – que les services américains et israéliens considéraient comme imminente à l’été 2015 – serait une victoire à la Pyrrhus. Il fallait donc changer leur objectif et faire de leur priorité stratégique la destruction de l’État islamique. En juillet 2017, Donald Trump décida d’abandonner la campagne Timber Sycamore de la CIA après avoir intensifié l’opération Inherent Resolve du Pentagone et de ses alliés contre Daech – ce qui eut notamment comme conséquence une véritable « guerre d’anéantissement » à Raqqa, selon les termes du secrétaire à la Défense James Mattis.

 

Plus largement, l’auteur dénonce l’influence excessive de la CIA à Washington et sa collusion historique avec Wall Street, tout en soulignant la pertinence du concept d’« État profond » pour décrire le gigantesque système qui relie l’Agence et le complexe militaro-industriel américain, et qui entraîne les États-Unis dans des guerres destructrices. Il lance également une réflexion sur la raison d’État et sur la perspective kantienne d’un nécessaire équilibre avec l’État de droit. En effet, il estime que le soutien clandestin de nos ennemis djihadistes par les puissances occidentales tend à démontrer que nos dirigeants et leurs alliés ne s’imposent plus de limites.

 

Plusieurs lecteurs contesteront sans doute sa thèse selon laquelle l’instrumentalisation de l’État islamique a été voulue par la coalition anti-Assad au risque que, au titre de la « fongibilité » de l’aide en armes et en espèces, celle-ci puisse financer et permettre des attentats en Europe. Quoi qu’il en soit, il est de notoriété publique qu’une grande partie de cette aide – qu’elle soit directe ou indirecte – est tombée entre les mains des djihadistes. Il est également avéré que les Occidentaux, en privilégiant le renversement du leader syrien pendant plusieurs années, ont consciemment pris le risque de renforcer le noyau dur islamiste dès l’automne 2012.

 

L’auteur n’occulte pas les massacres perpétrés par le régime syrien, et il n’exonère pas son leader et ses alliés de leur responsabilité pour leurs différents crimes. Néanmoins, en citant les conclusions de plusieurs spécialistes de la Syrie et du Moyen-Orient, il réfute la théorie largement répandue selon laquelle Bachar el-Assad aurait créé Daech sans le combattre ensuite – tout en soulignant son rôle indéniable dans l’essor de l’islamisme au Moyen-Orient, en particulier après l’invasion de l’Irak par les États-Unis et leurs alliés en 2003.

 

Cependant, sa dénonciation du rôle des puissances sunnites dans leur soutien à l’État islamique est un peu trop monolithique, en particulier car la rivalité entre l’Arabie saoudite et le Qatar n’est pas suffisamment abordée.

 

Afin d’éviter d’être taxé de « complotisme », ce livre contient un appareil de notes et de références très conséquent qui lui donne un intérêt évident pour une réflexion critique sur la position de la France et de ses alliés de l’Otan au Moyen-Orient. À noter également que, pour confirmer ses principaux arguments, l’auteur a pris la peine d’interroger des experts réputés et d’anciens responsables politiques occidentaux, dont l’ambassadeur d’Obama pour la Syrie Robert S. Ford – qui confirme à l’auteur que l’ASL a longtemps combattu aux côtés du Front al-Nosra.

 

Si la lutte contre le terrorisme justifie pleinement la coopération de notre appareil sécuritaire avec les services de nos alliés occidentaux et moyen-orientaux, elle ne doit pas conduire à la perte de notre autonomie stratégique. Le combat des États-Unis et de l’Arabie saoudite contre l’Iran n’est pas le nôtre. Que ce soit dans le cadre de l’Otan ou dans la volonté de satisfaire nos intérêts économiques, nous ne devons pas nous laisser entraîner dans des conflits qui nous sont imposés. C’est l’une des grandes leçons que nous a léguées le Général de Gaulle.

 

En conclusion, La guerre de l’ombre en Syrie est un livre provocant qui doit certes faire l’objet d’une lecture critique, mais qui présente le grand intérêt de nous inviter à nous méfier des narrations trop simplistes de nos médias et de nos dirigeants.

 

(Source : http://www.defnat.com/e-RDN/e-recensions-detail.php?cid=370

 

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« La guerre de l’ombre en Syrie » présenté dans « La Grande Interview » (RT France)

« La guerre de l’ombre en Syrie » présenté dans « La Grande Interview » (RT France)

 

Le 20 juin dernier, j’ai eu le plaisir d’être interviewé sur RT France par l’excellent Grégory Petitjean, dans l’émission « La Grande Interview ». Je remercie cette chaîne de m’avoir donné l’opportunité de présenter mon livre, en espérant que les médias français finiront par m’inviter également. À noter que j’ai pu librement évoquer les « crimes imputables à Bachar el-Assad » dès le début de cette interview, et que j’ai pu ensuite rappeler la « disproportion » des pilonnages de l’armée syrienne et de ses alliés russes sur des zones civiles. J’ai donc pu bénéficier d’une totale liberté d’expression sur RT France, alors que plusieurs médias français ont refusé de m’inviter en invoquant le fait que mon livre n’était pas d’actualité… à l’occasion des 8 ans du « printemps syrien », en mars dernier. En d’autres termes, les médias du PAF couvrent le conflit syrien en faisant comme si la gigantesque et meurtrière opération Timber Sycamore de la CIA, de la DGSE et de leurs alliés n’avait jamais existé – une « quasi-omerta » récemment dénoncée par Jack Dion dans Marianne. Ainsi, le fait de bénéficier d’une totale liberté d’expression dans une chaîne russe tout en étant boycotté par les médias du PAF me semble être symptomatique de l’état préoccupant de la liberté de la presse dans l’Hexagone.

 

 

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Mon livre « La guerre de l’ombre en Syrie » recommandé dans Marianne

Mon livre « La guerre de l’ombre en Syrie » recommandé dans Marianne

 

Je vous conseille cet excellent article de Jack Dion, qui vient d’être publié dans le numéro 1161 du magazine Marianne. Il y résume certains des principaux arguments de mon livre, La guerre de l’ombre en Syrie, critiquant en particulier le silence des médias français autour de l’opération Timber Sycamore – le sujet central de mon ouvrage. Un grand merci à lui et à toute la rédaction de Marianne pour ce courageux papier.

 

 

 

Les bons et les mauvais djihadistes

 

Par Jack Dion, directeur adjoint de Marianne

 

De même qu’il y a le bon et le mauvais cholestérol, il y a les bons et les mauvais djihadistes, en fonction des circonstances géopolitiques. Quand ces derniers font face aux forces occidentales, comme ce fut le cas à Mossoul (Irak) ou à Raqqa (Syrie), ce sont des mauvais djihadistes. On peut alors les éliminer sans faire dans le détail et mener une véritable « guerre d’anéantissement », comme l’a reconnu l’ex-secrétaire américain à la Défense James Mattis, général qui s’était déjà illustré pendant l’invasion de l’Irak, quitte à laisser sur le carreau des dizaines de milliers de civils innocents. En revanche, quand les djihadistes se retrouvent face à la soldatesque de Bachar al-Assad, ils deviennent de respectables « rebelles », soudain parés de vertus humanitaires insoupçonnables en d’autres lieux. Cette présentation caricaturale a déjà eu son heure de gloire médiatique lors de la bataille d’Alep.

 

Elle se rejoue sous une autre forme dans la province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, la dernière région qui échappe au contrôle de Damas avec le Nord-Est kurde. Soutenu par la Russie et les milices iraniennes, Bachar a entrepris la reconquête de cette parcelle de territoire avec la délicatesse qu’on lui connaît.

 

A juste titre, les capitales occidentales s’émeuvent des écoles bombardées, des hôpitaux éventrés et des civils assassinés, mais elles oublient au passage leur propre bilan en la matière. Les médias font de même. En revanche, rares sont les voix qui rappellent qu’Idlib est en grande partie sous le contrôle de Hayat Tahrir al-Cham, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda, et de différents autres groupuscules de la même obédience. Etonnant silence. Curieux blackout. Pourquoi ne pas rappeler que, pour l’essentiel, les gentils rebelles d’Idlib sont des clones des frères Kouachi qui ont abattu les journalistes de Charlie Hebdo ? Pourquoi présenter sous les meilleurs atours éthiques des personnages qui seraient considérés comme des terroristes à Paris ?

 

La réponse se résume en un nom de code : « Timber Sycamore » (« Bois de sycomore »). Telle est l’appellation de ce que le journaliste Maxime Chaix nomme « la guerre de l’ombre en Syrie »*. Lancée par les Etats-Unis et ses alliés à l’automne 2011, sous la présidence Obama, afin de renverser Bachar al-Assad, l’opération « Timber Sycamore » a été stoppée en 2017, au terme d’un fiasco mémorable. Entre-temps, elle aura permis de financer, d’armer et de soutenir des groupes qui allaient former la colonne vertébrale de l’Etat islamique. Pendant qu’on amusait la galerie avec l’Armée syrienne libre, censée représenter l’opposition démocratique à Bachar alAssad, Daech tissait sa toile.

 
Curieusement, l’histoire n’a jamais eu les honneurs de la presse française.

 
Cette dernière s’est alignée sur l’un des poncifs de la pensée BHL (si l’on ose dire) : « C’est Bachar qui a créé Daech. » Selon le visionnaire en chemise blanche, le tyran de Damas aurait libéré en catastrophe une pléiade de terroristes destinés à grossir les rangs de Daech afin d’affaiblir l’Armée syrienne libre, alors que cette dernière ne s’est guère opposée aux djihadistes, allant parfois même jusqu’à nouer des alliances avec eux.

 

S’appuyant sur les meilleures sources, Maxime Chaix fait litière de ce calcul diabolique. A l’en croire, cette opération d’enfumage avait pour but premier de masquer le rôle occulte de la CIA et de ses janissaires, à commencer par les trois Etats islamiques que sont l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, tous impliqués en dépit de leurs divergences et leurs stratégies propres.

 
Maxime Chaix dénonce la « quasi-omerta » qui règne en France sur le sujet, alors que la presse américaine a largement révélé les dessous inavoués de l’opération « Timber Sycamore », confirmée par Ben Rhodes, qui fut l’un des principaux conseillers de Barack Obama. Il rappelle les ambiguïtés (pour ne pas dire plus) de la diplomatie française sous François Hollande, totalement aligné sur Washington. Sans dédouaner le moins du monde Bachar al-Assad de ses crimes, il démontre que la guerre occulte menée par la CIA et ses petites mains a facilité la formation d’une nébuleuse djihadiste ayant proliféré à vitesse accélérée, tel un monstre échappant à son concepteur.

 

(Source : https://www.pressreader.com/france/marianne-magazine/20190614/282840782559047)

 

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Recension de mon livre par Serge Gadal (L’Incorrect)

Recension de mon livre par Serge Gadal (L’Incorrect)

 

Avec l’accord du magazine L’Incorrect, je vous diffuse une recension de mon livre par le consultant et chercheur en stratégie Serge Gadal, qui a été publiée dans le numéro 20 de ce magazine. Deux précisions : au niveau de la CIA, je ne fais pas remonter le départ de l’opération Timber Sycamore au début des manifestations de mars 2011, mais en octobre de cette même année. Par ailleurs, je ne pense pas que le budget total de cette campagne soit d’environ 10 milliards de dollars, mais potentiellement de plusieurs dizaines de milliards – selon les estimations du chercheur britannique et spécialiste du Moyen-Orient Christopher Davidson. Pour mémoire, en mai 2013, l’émirat du Qatar avait déjà dépensé à lui-seul 3 milliards de dollars pour tenter de renverser Bachar el-Assad. Jusqu’à présent, les budgets de cette opération clandestine ont été tenus secrets, et il n’est pas certain que nous les connaissions un jour.

 

 

 

 

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Les experts et les journalistes qui recommandent « La guerre de l’ombre en Syrie »

Les experts et les journalistes qui recommandent « La guerre de l’ombre en Syrie »

 

Depuis la sortie de mon livre le 14 mars dernier, plusieurs grands reporters, journalistes d’investigation, géopolitologues et spécialistes du Renseignement, de la Défense et/ou du Moyen-Orient l’ont vivement recommandé. Je les remercie pour leur soutien, vu le caractère sensible des thèmes abordés dans mon ouvrage.

 

 

 

« [Un livre] stimulant, (…) dont toutes les informations sont corroborées par une multitude notes de bas de pages. »

Ian Hamel, grand reporter, journaliste d’investigation, auteur et correspondant permanent du Point à Genève (https://tinyurl.com/y227tmcf)

 

« Le dessous des cartes, remarquablement documenté. »

Alain Juillet, ancien n°2 de la DGSE, entrepreneur et ancien haut fonctionnaire (https://tinyurl.com/y5th3pzo)

 

« Au moment où des bruits de bottes se font à nouveau entendre dans le golfe Arabo-Persique et où la désinformation bat son plein, il est indispensable de chercher à mieux comprendre et à décrypter les vrais ressorts des situations que nous vivons et pour cela ne pas être victime du narratif fabriqué par les organismes officiels et complaisamment repris par des médias qui, bien souvent, ne sont désormais plus que des diffuseurs de fausses nouvelles. (…) Ce livre est de ceux qui, justement, cherchent à apporter un éclairage nouveau à l’analyse et à la compréhension de la scène géostratégique actuelle. (…) [C]e livre contient un appareil de notes et de références très conséquent qui lui donne un intérêt évident pour une réflexion critique sur la position de la France et de ses alliés de l’Otan au Moyen-Orient. (…) En conclusion, (…) un livre provocant qui doit certes faire l’objet d’une lecture critique, mais qui présente le grand intérêt de nous inviter à nous méfier des narrations trop simplistes de nos médias et de nos dirigeants. »

Bernard Norlain, général d’armée (2S), expert en désarmement nucléaire, ancien pilote de chasse, chef du cabinet militaire des Premiers Ministres Jacques Chirac et Michel Rocard, ex-directeur de la Revue Défense Nationale et de l’IHEDN (https://tinyurl.com/y4cq3vfu)

 

« “Timber Sycamore” » (…) Telle est l’appellation de ce que le journaliste Maxime Chaix nomme “la guerre de l’ombre en Syrie”. Lancée par les Etats-Unis et ses alliés à l’automne 2011, sous la présidence Obama, afin de renverser Bachar al-Assad, l’opération “Timber Sycamore” a été stoppée en 2017, au terme d’un fiasco mémorable. Entre-temps, elle aura permis de financer, d’armer et de soutenir des groupes qui allaient former la colonne vertébrale de l’Etat islamique. Pendant qu’on amusait la galerie avec l’Armée syrienne libre, censée représenter l’opposition démocratique à Bachar al-Assad, Daech tissait sa toile. (…) S’appuyant sur les meilleures sources, Maxime Chaix fait litière de ce calcul diabolique. (…) [Il] dénonce par ailleurs la « quasi-omerta » qui règne en France sur le sujet, alors que la presse américaine a largement révélé les dessous inavoués de l’opération “Timber Sycamore”, confirmée par Ben Rhodes, qui fut l’un des principaux conseillers de Barack Obama. Il rappelle les ambiguïtés (pour ne pas dire plus) de la diplomatie française sous François Hollande, totalement aligné sur Washington. Sans dédouaner le moins du monde Bachar al-Assad de ses crimes, il démontre que la guerre occulte menée par la CIA et ses petites mains a facilité la formation d’une nébuleuse djihadiste ayant proliféré à vitesse accélérée, tel un monstre échappant à son concepteur. » 

Jack Dion, journaliste, auteur et directeur adjoint de la rédaction du magazine Marianne (https://tinyurl.com/y3rpx5q3)

 

« Une affaire d’État (…) Une excellente enquête de Maxime Chaix qui a nécessité des années de travail. »

Emmanuel Razavi, grand reporter, journaliste d’investigation, auteur et expert du Moyen-Orient (https://tinyurl.com/yy9lajm7)

 

« On lira ce livre avec attention, car il illustre parfaitement l’ambiguïté des services occidentaux, occupés à combattre le terrorisme en Europe, mais à le soutenir dans certaines régions du monde. (…) Pour dépasser les discours simplistes lus et relus dans la presse, cet ouvrage permet d’y voir plus clair. À lire absolument. »

Eric Verhaeghe, journaliste, entrepreneur et spécialiste des questions de Renseignement (https://tinyurl.com/y6bypuqm)

 

« Un livre important pour comprendre le cynisme de la guerre et l’idéologie dépassée de la Pax Americana. »

Alex Jordanov, grand reporter, journaliste d’investigation, auteur et documentariste (https://tinyurl.com/y635awpx)

 

« L’expert du renseignement et du Moyen-Orient Maxime Chaix [est l’auteur] d’un livre incontournable sur la genèse de l’islamisme terroriste et les relations ambiguës entre les États-Unis et l’islamisme radical sunnite. Maxime Chaix [est] l’un des meilleurs connaisseurs de la guerre en Syrie et [l’auteur] d’un ouvrage (…) qui analyse la stratégie pro-islamiste des pays occidentaux face au régime de Bachar al-Assad. (…) Tandis que les Occidentaux affirment avoir vaincu Daech en Irak et en Syrie par des bombardements pourtant massifs mais supposés “propres”, les Russes et leurs alliés syriens et iraniens sont accusés de “crimes contre l’Humanité”. Deux poids deux mesures… Le point de vue d’un expert comme Maxime Chaix est plus utile que jamais. »

Alexandre del Valle, géopolitologue et consultant (https://tinyurl.com/y25dnlpx)

 

« L’implication de l’Occident et des pays du Golfe dans le soutien aux milices islamistes [en Syrie] avait été dénoncée depuis le début par un certain nombre de chercheurs, de journalistes et d’hommes politiques. C’est tout le mérite du livre de Maxime Chaix de recenser et d’analyser toutes ces sources qui nous montrent que les faits étaient connus, tout au moins par ceux qui savaient lire. »

Serge Gadal, consultant et chercheur en stratégie (https://tinyurl.com/y6fo9ry7)

 

« L’ouvrage de Maxime Chaix est le fruit de cinq années de recherches, durant lesquelles l’auteur a méticuleusement compilé et analysé l’ensemble de la littérature au sujet de cette opération clandestine, et interviewé certains des plus grands spécialistes de la question (Fabrice Balanche, Joshua Landis, Christopher Davidson, l’ambassadeur Robert S. Ford…). Ce minutieux travail rompt avec le discours officiel qui s’est imposé en Occident [sur la guerre en Syrie]. »

Cyril Garcia, journaliste, blogueur et spécialiste du monde arabe (https://tinyurl.com/y5l7mexk)

 

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EXCLUSIVE: How CIA & allies helped jihadists in Syria (GlobalGeoNews.com)

EXCLUSIVE: How CIA & allies helped jihadists in Syria (GlobalGeoNews.com)

 

Maxime Chaix, an expert on clandestine operations, intelligence and US foreign policy, is a journalist and regular contributor to GlobalGeoNews.com. He has written La guerre de l’ombre en Syrie (The Shadow War in Syria, published in French by Éditions Erick Bonnier), a shocker of a book in which he reveals insightful information on the support which several Western intelligence services provided to jihadist militias in Syria, starting with the CIA. His investigation reveals a multi-faceted state scandal and points out the murky game played by the Western powers and their Middle Eastern allies in the Levant.

 

An exclusive interview by Emmanuel Razavi (founder and editor of GlobalGeoNews.com)

 

 

 

Emmanuel Razavi: First of all, please refresh our memories about what operation Timber Sycamore is.

 

Maxime Chaix: Timber Sycamore is the codename of a covert operation officially authorized by Obama in June 2013 to train and equip the anti-Assad rebellion, but which actually started in October 2011, when the CIA was operating via Britain’s MI6 to avoid having to notify Congress that it was arming the rebels in Syria. Originally, the CIA and MI6 (the British foreign intelligence service) set up a rebel arms supply network in Syria from Libya — a plan that involved the Saudi, Qatari and Turkish intelligence services. In 2012, probably in spring, Obama reluctantly signed a top-secret executive order, of which little is known other than that it authorized the CIA to provide “non-lethal support” to the rebels in Syria. In concrete terms, then, what the CIA did was to link up its Qatari and Saudi allies with a number of arms manufacturers in the Balkans (Bulgaria, Romania, Serbia, Croatia, etc.). With the backing of NATO, which controls arms exports from the Balkans via EUFOR, Qatari and Saudi secret services began buying up weapons and ammunition from these countries to illegally equip anti-Assad rebels. A few months later, in October 2012, the New York Times revealed that this vast CIA-sponsored arms trafficking was mainly going to support jihadist groups in Syria, while arms exports by air were growing, with weapons being injected into Syrian territory from “operation rooms” in Turkey and Jordan, through the FSA (“Free Syria Army”) and local arms traffickers. Finally, it turned out that these “operation rooms” were cobbled together by fifteen Western and Middle Eastern intelligence services, including the DGSE (French foreign intelligence service) and MI6, although the we do not yet know exactly what role these various agencies played in this secret war. What is clear — and what I demonstrate in my book with irrefutable evidence —is that tens of thousands of tons of weapons and millions of rounds of ammunition were brought into the Syrian theater of war by this operation. It is also proven that these armaments mostly went to equip jihadist groups, including the terrorist militia which proclaimed itself “Islamic State” in June 2014. Ultimately, Donald Trump decided to phase out this operation in early summer 2017. This was a major setback for the CIA, as the US President was thereby conceding the defeat of the United States and its partners in the war against Syria and its Russian, Iranian and Lebanese allies.

 

ER: What concrete evidence do you have to show that US intelligence services have provided support to jihadist militias in Syria?

 

MC: The coordination role that the Agency signed off on in the fall of 2011 is now a proven fact, as we know that it was belatedly confirmed in June 2018 by Ben Rhodes, Obama’s chief adviser from 2009 to 2017. During the interview in question, Rhodes argued that the blacklisting of al-Nusra Front on the State Department’s list of terrorist organizations in December 2012 was a “schizophrenic” move, since it was obvious that the jihadist militia was a “big chunk” of the anti-Assad opposition, as he put it in his own words. During that interview, journalist Mehdi Hasan not only elicited from him that the CIA had played a coordinating role in this vast arms trade, but also that US involvement in this shadow war had been much greater than we thought. According to the Washington Post, it was one of the CIA’s “largest covert operations” in its history. In January 2016, the New York Times confirmed this, noting that the CIA’s maneuvers to overthrow Assad were part of a multinational campaign involving billions of petrodollars from the Gulf states, mainly spent by Saudi Arabia. It must be understood that this secret war ushered in, between 2011 and 2017, close cooperation between Western secret services and their Turkish and Middle Eastern counterparts. Thus, many experts and journalists were making a mistake by analyzing the operations of the various Middle Eastern powers in isolation from those of the Western governments. On the contrary, as the former Qatari Prime Minister admitted in 2017, it was a joint and coordinated operation involving all of those intelligence services. Due to the record number of public and private funders backing this campaign, and the tens of thousands of anti-Assad mujaheddin who were directly or indirectly aided by the CIA and its allies, I believe this could be the most massive clandestine operation in the history of the Agency. However, I have not been able to determine that with certainty due to the secrecy of this shadow war, which prevents access to archives and severely limits the quantity of leaks to the press. The fact remains, however, that I was able to assemble in my book hundreds of undisputed sources which combine to corroborate my writing. In this book, internationally renowned researchers such as Joshua Landis and Christopher Davidson support my arguments, which I developed after a long investigation that I launched in 2014. Once again, I invite your readers to consult the evidence cited in my book, as it is overwhelming. I would take this opportunity to point out that Bashar al-Assad and his allies have committed major abuses against Syrian civilians, and that my book is not intended to excuse what they are responsible for. Nevertheless, and to date, the Western media have focused mainly on the crimes of Assad and his supporters, while suppressing or downplaying the vast shadow war launched by the CIA and its partners in the fall of 2011.

 

ER: What role did France play in these jihadist militias in Syria? Did it unambiguously support members of the Muslim Brotherhood and al-Qaeda?

 

MC: Operation Timber Sycamore is a clandestine operation, and such campaigns are not owned up to by those sponsoring them — at least, not typically. In this case, however, the operation has become one of such magnitude over time that Western powers have had to communicate something about it, albeit misleadingly. That is to say, succor to jihadist groups has long been described by Western government spokesmen as “non-lethal support” for so-called “moderate” rebels, yet the reality on the ground is that the “moderate rebel force” that is the Free Syria Army (FSA) has served as a pool of fighters, weapons and ammunition for the anti-Assad jihadist nebula, whose tacticians and militiamen were much more effective than the FSA itself. As I explain in my book, the FSA has been dependent on jihadist groups, first and foremost al-Nusra Front, and vice versa. Other factions of the FSA were completely put out of action by the jihadists, their arsenals being looted by the Islamist militias, including the Islamic Front in December 2013. At the very least, it is clear that the FSA as a disunited and complex bundle of anti-Assad armed groups was supported by Western powers as it fought shoulder to shoulder with jihadist groups, including with what later became Daesh, until the winter of 2013-2014. In January 2014, the first major fighting erupted between Daesh and other rebel groups, including al-Nusra Front. It must be emphasized that, until their split in April 2013, al-Nusra Front and the soon-to-be-called “Islamic State” formed a single entity. More specifically, the founder of al-Nusra was sent to Syria in August 2011 by the leader of the future Daesh, Abu Bakr al-Baghdadi, to fight Assad’s troops. However, between 2012 and 2014, it is beyond question that al-Nusra was the driving force of the rebellion in Syria, its tacticians developing major operations that allowed the conquest of various territories by the “Islamic State”, such as Camp Yarmouk south of Damascus, Raqqa, or Deir ez-Zor. In summary, the combined operations of the FSA and al-Nusra enabled the nascent Daesh to then establish itself in many Syrian cities following the split between al-Nusra and the “Islamic State”.

 

It should be noted that, through the FSA, al-Nusra had been enjoying CIA and MI6 support since early 2012, but it is unclear precisely when the French DGSE started becoming involved in this operation. According to François Hollande, the “moderate rebels” of the FSA were in receipt of French lethal support from the end of 2012, in violation of the EU arms embargo on Syria, which was only lifted in May 2013. That same year, Colonel Oqaidi, the commander of the FSA, said to camera that his relationship with Daesh was “good, and even brotherly”… And, as revealed during my investigation, Obama’s then ambassador to Syria, Robert S. Ford, telephoned Colonel Oqaidi to condemn the FSA’s persistent collaboration with al-Nusra. At the time, and since at least the fall of 2012, the French intelligence services were alerting their government to the fact that the Muslim Brotherhood and jihadist groups such as al-Nusra were the driving forces of the anti-Assad rebellion. Despite these alarming surges in theater, Paris, London and Washington resolved to persist in their support for the anti-Assad rebellion, secure in the assurances being given them by their allies in the Gulf that Assad would be toppled quickly and that these groups would not be a problem after the fall of the Syrian government. Both these predictions turned out to be wrong, and the most brutal jihadist group in the Levant struck France directly on November 13th, 2015.

 

ER: To be clear: In your opinion, France abetted a clandestine operation by supporting entities that then organized attacks in France?

 

MC: As I explain in my book, the French state and its key Western allies did not directly support Daesh, but they oversaw a system that massively fueled what I call the anti-Assad jihadist nebula, of which the haplessly-named “Islamic State” on Syrian territory was an outgrowth and a driving force. I do not think that the French state or its allies, in carrying out this operation, ever imagined that Daesh would end up attacking Paris on November 13th, 2015. On the other hand, it is clear that our government and its British, American and Israeli allies were consciously arming jihadist groups. In France, some parliamentarians of the PS, LR and LS parties confirmed to me that the DGSE was involved in supporting groups that were not as “moderate” as they were being presented to us in the media. I would go even further, and this is one of the main arguments that I develop in my book: by arming and supporting the FSA in various ways, the Western powers encouraged the rise of what then became the “Islamic State”, which fought “hand in glove” with the FSA from the beginning of 2012 to the winter of 2013–2014. From the time of the break  between the FSA and Islamic State in January 2014 onward, the FSA and al-Nusra maintained a fusional relationship, both against the Assad forces and against Daesh.

 

Yet in August 2014, François Hollande acknowledged that French support for the FSA was continuing. Was he unaware of the close ties between the FSA and al-Nusra? If so, such a level of misinformation at the top of the government would be alarming. Nevertheless, in view of the available evidence, it is more likely that French leaders under the Hollande presidency were fully aware of the fact that al-Nusra was inextricably linked to the FSA. Moreover, in a book that was never contested in litigation by the then French Foreign Minister Laurent Fabius, journalists Georges Malbrunot and Christian Chesnot claimed that the head of our diplomacy knew full well that Saudi Arabia and Qatar were infiltrating into al-Nusra’s private funding networks “paid agents, professional trainers, known to DGSE officers”. Despite this, according to Chesnot and Malbrunot, Fabius was complaining that the Syrian state and its armed forces were not being “hit hard enough [and] not strongly enough”.

 

ER: Speaking of Laurent Fabius, why does his name feature in the Lafarge affair? Is there any evidence that he endorsed a financial agreement between that French company and Daesh?

 

MC: Given his active stance on the Syria dossier, it is inevitable that his name pops up in the Lafarge affair. What’s more, there are even acronyms in it familiar to the French: DGSI (the Directorate General for Internal Security), DRM (French Military Intelligence Directorate), DGSE, and so on. Let’s be clear: the Jalabiya cement factory, constructed by Lafarge in 2010, was transformed during the war into a “bridgehead” for the French intelligence services: that is to say, for the Élysée [President’s office], the Quai d’Orsay [French Foreign Ministry] and all the other ministries concerned. Indeed, as journalist Guillaume Dasquié has proved, “the documents in the case, the testimonies of the few insiders and the documents to which the JDD [the Journal du Dimanche Sunday paper] had access reconstruct a different story [than that put forward by the French authorities.] […] This directly implicates the command in charge of counter-terrorism, the DGSI, the Quai d’Orsay, and the external intelligence services of the DGSE. It spells out for us an improbable war-zone game of chess between industrialists, spies and diplomats, with everyone taking advantage of the presence of the others to advance his pawns, at a time when the Islamic State had not yet committed an attack on French soil.” Laurent Fabius said in front of the investigative magistrates that he had not been aware of Lafarge’s actions in paying out cash to various local jihadist groups, including the ineptly-named “Islamic State” — an explanation that failed to convince some experts on the issue, including Georges Malbrunot. This is all the more eyebrow-raising since it has now become apparent that the French Military Intelligence Directorate was monitoring transactions between Lafarge and the various armed groups in the field.

 

So I return to my previous explanation: a clandestine operation is mounted in such a way that its sponsors have deniability of all knowledge of, as well as their role in, any maneuver of this type. It is now clear that the DGSE has been involved since at least 2012 in supporting the nebula of armed groups opposing Bashar al-Assad. As we also know, Laurent Fabius was the most active of Hollande’s ministers on the Syria dossier, acting in the interests of a fickleSunni diplomacy” that put our trade relations with Saudi Arabia first — the main state funder of Timber Sycamore. Consequently, it is impossible that the Quai d’Orsay could have been unaware of Lafarge’s actions in Syria, which were part of several intelligence or destabilization operations carried out by the French secret services in that country. Renowned researcher Fabrice Balanche is of the same opinion on this as Guillaume Dasquié or Georges Malbrunot.

 

ER: On account of what interests might Laurent Fabius have allowed the DGSE to support islamists? Was he acting on behalf of the Saudis, as this same Georges Malbrunot and his co-author Christian Chesnot suggest in their book, Nos très chers émirs [Our Dearest Emirs]?

 

MC: First of all, it should be pointed out that the French President is supposed to be the one who sponsors, as a last resort, a clandestine operation. However, he enjoys legal impunity in the exercise of his mandate, which is not the case for any of his ministers. During the Hollande presidency, we witnessed a blatant tendency for the French state to support and protect its Gulf allies. This policy materialized not only in Fabius’ hard line against Iran in the nuclear deal negotiations, but also, and much more seriously, in the shifty operations that aimed to shore up the disastrous interventions of the Saudis and their partners in Yemen and in Syria. This approach favorable to the Saudi monarchy was maintained under the Macron presidency, yet with a pro-Qatar instinct which became evident in the aftermath of the Gulf crisis that has set that emirate against Riyadh and Abu Dhabi since 2017. But until then, Saudi Arabia was expressly supported by the French state, owing to the economic and strategic interdependencies that are at stake between Paris and Riyadh. Consequently, and in the interests of this notorious “Sunni diplomacy”, the French state has not only turned a blind eye to the suspicious deeds of Saudi Arabia in Syria and Yemen; it has directly supported Saudi campaigns, in the most discreet way possible. These maneuvers have led to a literally schizophrenic political stance, whereby in fact the French state trumpets its operations against terrorism whenever it can, but further down at the level of the directorate and the intelligence services, strategies that have the specific effect of bolstering jihadist groups are being illegally imposed on some countries, such as Syria, Yemen or Libya.

 

In the case of that latter Libyan operation, an anonymous DGSE officer revealed to our colleagues at Canal+ TV station that he had been ordered, in February 2011, to destabilize Benghazi in coordination with the Qatari intelligence services, notorious supporters of the Muslim Brotherhood, who at that time were dominating the Libyan jihadist nebula. According to the reporter François de Labarre, this policy was then challenged by the French Ministry of Defense under Jean-Yves Le Drian, who used the DGSE to support General Haftar against Islamist armed groups. However, it is difficult to explain why the Quai d’Orsay [French Foreign Ministry] continued to support Abdelhakim Belhadj, one of the founders of al-Qaeda in Libya, who was appointed military commander of Tripoli in August 2011. It should be noted that Belhadj is Qatar’s man in Libya, and that he is one of the most influential figures of the Muslim Brotherhood in that country. According to François de Labarre, President Hollande was unable to decide between the Defense Ministry’s pro-Haftar line and the pro-Belhadj policy — that is, pro-Qatar and pro-Muslim Brotherhood — which the Quai d’Orsay was adhering to. One is left wondering, therefore, whether François Hollande was able to arbitrate France’s foreign policy. In any case, one can be worried about the schizophrenia that this implies. Indeed, this can lead to operations against jihadist groups initially backed by our intelligence services and their allies – operations that are deadly in effect upon civilians. In October 2018, Paris Match magazine co-editor Régis Le Sommier interviewed Russian Foreign Minister Sergei Lavrov. On that occasion, Lavrov revealed a shocking conversation between Laurent Fabius and himself: “Some time after the bombings of Libya, Laurent Fabius, [then] Minister of Foreign Affairs, had called me. According to [the Malian capital] Bamako, mujaheddin from northern Mali were nearing the French contingent’s positions. France intended to stop them by gaining the approval of the Security Council, and I was in favor. I told Laurent Fabius: ‘You surely understand that you are now going to face the same guys you armed in Libya.’ He chuckled and said to me, ‘C’est la vie’.” Lavrov’s comments were not denied by Laurent Fabius, so this type of flippancy in the face of the consequences of French foreign policy towards terrorist groups — and thus of the populations they threaten — is alarming. The same is true of the Syrian dossier, which led our leaders to support for nearly five years a Free Syrian Army of which they could not ignore its close ties with al-Nusra since 2012, including when that Syrian branch of al-Qaeda and the ineptly-named “Islamic State” were a single entity.

 

ER: Should an investigation into this be opened by the counter-terrorist section of the Paris prosecutor’s office?

 

MC: Initially, I became interested in France’s clandestine actions in Syria in the spring of 2014. At the time, parliamentarian and former counter-terrorist judge Alain Marsaud was claiming in the media that our government had previously supported and infiltrated the al-Nusra Front. The following year, he revealed to me that the president-supporting majority under François Hollande had refused any parliamentary inquiry on this issue so as not to “uncover such collaboration with a terrorist group”, to quote his remarks. It should be noted again that several parliamentarians, including Claude Goasguen (LR party), Jacques Myard (LR) and Gérard Bapt (PS party), have leveled similar accusations at the French government. On LCP [French parliamentary TV], Mr. Goasguen declared in June 2015 that the French state was helping “al-Qaeda in Syria”, then the following year Gérard Bapt confirmed me the “clandestine support by the French state of the various islamist movements in Syria, in view of the porosity and proximity of these allied groups in the field”. He added that “French support for rebels in Syria, and more generally Western support for them, continued even after the attacks on Charlie Hebdo and [the French Jewish supermarket] Hyper Cacher, though these were claimed by al-Qaeda”. I must say that this explanation by Gérard Bapt seems to me the most accurate: according to him, the French state has supported militias evolving within a nebula of armed groups which was in constant flux, but which indisputably had al-Nusra Front among its driving forces — as Obama’s close adviser Ben Rhodes himself acknowledged. Let’s not forget, either, that Claude Goasguen had frequently warned the French state on LCP against this policy of support for anti-Assad factions. Put simply, it is a safe bet that our government will oppose by all means the opening of parliamentary and judicial investigations around the clandestine actions of the French state in Syria. But we are looking here at a case obviously much graver than the botched DGSE operation against the Rainbow Warrior, during François Mitterrand’s first term. Let us be clear: if several of our parliamentarians have publicly risen to declaim French state support of al-Qaeda’s branch in Syria, it is inconceivable that they did so without having specific information to back their accusations — which were never officially denied by the government. As taxpayers and as citizens, we should be refusing to accept that our authorities can carry out such dangerous and misguided policies on our behalf and with our tax money, but without our consent — and without our even being aware of it at the outset. Therefore, and as I explain in my book, several legal and factual arguments could justify at least the setting-up of a parliamentary committee of inquiry, though it seems unlikely to me that investigative magistrates will ever want to launch investigations into such a sensitive subject. Indeed, this clandestine operation is part of the state privilege and conduct of France’s foreign policy — an area in which the Executive has powers so exorbitant that it is able to support Islamist groups abroad that are officially considered enemies within our own borders.

 

Authors’s note: if you think this interview was interesting, you can support GlobalGeoNews.com by clicking on their logo below:

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« La guerre de l’ombre en Syrie » : revue de presse (mars-avril 2019)

« La guerre de l’ombre en Syrie » : revue de presse (mars-avril 2019)

 

 

 

 

 

Sachant que mon livre est paru le 14 mars dernier, les premiers articles, recensions et interviews qui en parlent ont été publiés, et j’en remercie chaleureusement les auteurs pour leur soutien précieux. En effet, mon ouvrage traite d’un sujet particulièrement sensible, à tel point qu’il est difficile d’avoir accès aux médias grand public. D’avance, je remercie celles et ceux qui m’aideront à promouvoir mon livre. En attendant, je vais vous présenter les premiers articles, recensions et interviews qui lui ont été consacrés.   

 

Je vous signale tout d’abord un excellent article d’Ian Hamel, spécialiste des questions de Renseignement et correspondant du Point en Suisse, qui résume certains des principaux arguments de mon livre : https://oumma.com/quand-les-americains-qualifiaient-daesh-d-atout-strategique/. Merci à l’équipe d’Oumma.com d’avoir publié cette analyse, et bravo à Ian Hamel pour cet article percutant, factuel et courageux.

 

Je vous recommande également la lecture d’une recension positive du blogueur, entrepreneur et fin connaisseur des questions de Défense et de Renseignement Éric Verhaeghe, qui m’a interviewé le 13 mars dernier au restaurant Le Louis, à Paris. Vous pourrez lire sa recension et visionner mon interview dans le lien suivant : http://www.lecourrierdesstrateges.fr/2019/03/20/quand-la-cia-et-loccident-aidaient-et-financaient-daesh-le-livre-a-lire/. Merci à Éric pour son soutien sans faille.

 

Je vous conseille également mon entretien du 30 mars 2019 dans l’émission « Planisphère », animée par l’excellent Hugo Billard. Je tiens à le remercier de m’avoir interrogé avec autant de professionnalisme et de bienveillance, sachant qu’il a su cadrer l’interview lorsque je m’égarais dans les détails, et qu’il m’a laissé m’exprimer librement sur des questions ultra-sensibles : https://radionotredame.net/emissions/planisphere/30-03-2019/.

 

Je vous signale également l’excellent article de l’expert du monde arabe, blogueur et journaliste Cyril Garcia – dont l’analyse a été reprise par le site Tribune Juive, que je remercie au passage : http://www.tribunejuive.info/international/histoire-et-politique-du-maghreb-et-du-proche-orient. J’en profite pour vous conseiller son blog, « Un Uber pour Tobrouk » : http://unuberpourtobrouk.com/index.php/2019/03/21/comment-loccident-a-soutenu-nos-ennemis-djihadistes-en-syrie/.

 

Une autre recension intéressante est à signaler. Écrite par l’association CAPJPO EuroPalestine, elle met en avant les principaux arguments de mon ouvrage, et souligne notamment que les « preuves [citées dans mon livre] sont irréfutables parce qu’elles émanent toutes de sources publiques, et qu’elles résultent pour partie d’aveux de ceux-là mêmes qui ont sciemment encouragé et armé les “djihadistes”, sous couvert d’aide à de fantomatiques “rebelles modérés” en lutte contre le régime dictatorial de Bachar el-Assad. Régime pour lequel Maxime Chaix ne manifeste au demeurant aucune indulgence, soit dit en passant. » Je les remercie pour cette recension claire, juste et équilibrée : https://www.europalestine.com/spip.php?article121.

 

Je vous recommande par ailleurs mon article de lancement du livre, dans lequel je déplore le silence médiatique occidental sur l’opération Timber Sycamore à l’occasion des 8 ans du « printemps syrien ». Cet article critique également le fait que certains experts du monde arabe ont totalement refoulé cette campagne de la CIA et de ses alliés dans leurs analyses du conflit syrien : http://www.lecourrierdesstrateges.fr/2019/04/07/chaix-en-syrie-cette-vaste-guerre-de-lombre-que-lon-a-oubliee/. Cet article a également été publié par le site dedefensa.org, mais je précise qu’ils ont modifié le titre et les sous-titres de mon analyse initiale, conformément à leur politique éditoriale. Je regrette donc qu’ils aient ajouté des guillemets quelque peu péjoratifs pour encadrer le terme « experts » dans le second sous-titre, mais je les remercie néanmoins d’avoir publié mon analyse : http://www.dedefensa.org/article/oubliee-la-guerre-de-lombre-en-syrie.

 

Je vous conseille également mon interview écrite pour l’excellent site GlobalGeoNews.com, créé et dirigé par le grand reporter et expert du Moyen-Orient Emmanuel Razavi : https://globalgeonews.com/content-free/269. Cette interview est accompagnée d’un entretien vidéo, enregistré le 13 mars dernier au café-restaurant Les Éditeurs par Olivier et Nathalie Delagarde (La Petite Presse Productions), que je salue au passage : https://globalgeonews.com/content-free/268. J’en profite pour vous signaler que le site GlobalGeoNews.com vient de lancer une version « grand public », et je les remercie d’avoir mis en avant mes deux interviews pour ce lancement car je suis honoré de collaborer avec eux. Ce site étant totalement indépendant, l’information de qualité à un prix. Mes camarades de GlobalGeoNews.com ont donc lancé une campagne de levée de fonds via KissKissBankBank. N’hésitez pas à les soutenir, leur travail d’information et d’analyse est précieux dans notre débat public : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/globalgeonews-raconte-l-actualite-du-monde-reel.

 

À noter enfin que mon livre a été cité par Alexandre Del Valle dans une interview écrite pour RT France (http://archive.is/XO1Kg#selection-663.0-667.333), et par Éric Verhaeghe dans une analyse publiée par Atlantico.fr (http://archive.is/vFarx#selection-3057.0-3057.106). Je vous tiendrai au courant des prochains articles, recensions et interviews autour de mon livre, et je vous remercie d’avance de m’aider à le promouvoir le plus largement possible. En effet, comme je l’ai précisé au début de ce billet, l’accès aux médias grand public est loin d’être facile et garanti, malgré tous les efforts de mon éditeur Erick Bonnier.

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IMPORTANT : Parution de mon livre, « La guerre de l’ombre en Syrie »

IMPORTANT : Parution de mon livre, « La guerre de l’ombre en Syrie »

 

 

Mesdames, Messieurs, j’ai le plaisir et l’honneur de vous dévoiler la couverture et le résumé de mon livre, qui sortira le 14 mars prochain aux éditions Erick Bonnier !

Opération Timber Sycamore. Ce nom de code ne vous dit probablement rien. Il désigne pourtant une gigantesque guerre de l’ombre, dont le principal objectif était de renverser Bachar el-Assad. Menée par la CIA et ses alliés dès l’automne 2011, puis stoppée à partir de l’été 2017, cette campagne secrète attira peu l’attention des médias occidentaux. Or, elle mobilisa des milliards de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes et de munitions, aidant ainsi une rébellion dont les forces les plus efficaces étaient liées ou affiliées à al-Qaïda. Fruit de cinq années de recherches, cet ouvrage explique comment Washington, Londres, Paris et leurs alliés du Moyen-Orient ont soutenu la nébuleuse djihadiste anti-Assad, y compris l’« État Islamique ». Interrogeant certains des plus grands experts de la Syrie et du monde arabe, l’auteur nous décrit comment – sous couvert d’appuyer des « rebelles modérés » –, les puissances occidentales et leurs partenaires ont renforcé la même mouvance islamiste accusée des attentats du 11-Septembre et du Bataclan. Une enquête percutante et dérangeante, qui remet en cause bon nombre d’idées reçues sur le conflit syrien.

La page du livre : https://www.erickbonnier-editions.com/essais/guerre-de-l-ombre-en-syrie/

Plus de détails dans les prochaines semaines…

 

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« L’État profond américain » de Peter Dale Scott recensé par l’IRIS

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« L’État profond américain » de Peter Dale Scott recensé par l’IRIS

 

Par Aprilia Viale

 

« Voici une recension percutante du livre L’État profond américain de Peter Dale Scott. Écrite par Aprilia Viale, elle vient de paraître dans le numéro 100 de la Revue Internationale et Stratégique de l’IRIS. J’en profite pour souligner la pertinence de cet ouvrage du Dr. Scott au lendemain des attentats tragiques du 13-Novembre, notamment car ce livre dénonce les dérives de la “guerre contre le terrorisme” lancée à la suite des attentats du 11-Septembre, ainsi que les périls démocracides que constituent les lois d’exception, l’état d’urgence et le “tout-sécuritaire”. Cette recension d’Aprilia Viale le démontre clairement, et je ne peux que saluer cet effort, tout en remerciant également Pascal Boniface, le directeur et fondateur de l’IRIS – un cercle de réflexion indispensable dans le paysage intellectuel français. »

 

(Source : Revue Internationale et Stratégique, n°100, hiver 2015)

 

Recension de L’État profond américain: la finance, le pétrole et la guerre perpétuelle – Peter Dale Scott (Éditions Demi-Lune, Plogastel-Saint-Germain, 2015)

 

« L’ouvrage de Peter Dale Scott propose, en dépit d’une organisation interne difficile à suivre, des pistes intéressantes de décryptage de la vie politique intérieure américaine des XXe et XXIe siècles. Partant du constat de l’érosion des pratiques démocratiques aux États-Unis depuis le 11-septembre et des décrets successifs visant à renforcer les pouvoirs des garants de la sécurité nationale, l’auteur établit la genèse de cette tendance et cherche à en désigner les responsables.

 

La pratique de déroger à la légalité et à ses responsabilités face aux citoyens américains remonte à John Edgar Hoover et à la constitution du Federal Bureau of Investigation (FBI) dans ses fonctions actuelles, et serait depuis une tendance rampante de la vie politique américaine. Au point que l’administration Obama, malgré l’éviction de deux soutiens parmi les plus évidents de cette dynamique, Dick Cheney et Donald Rumsfeld, a poursuivi cette tendance – notamment par la hausse inouïe des assassinats extrajudiciaires et de l’usage des drones, ainsi que par la criminalisation des lanceurs d’alerte. En dépit de ses promesses de campagnes, les deux mandats du président démontreraient les intérêts rhizomatiques et puissants de l’État profond, capables de prolonger l’état d’urgence au-delà de toute raison, quatorze ans après les attentats du 11-septembre.

 

L’auteur désigne cette tendance en reprenant le nom du projet lancé en 1982 sous le gouvernement Reagan, Continuity of Government (COG). Ce projet, initialement prévu pour assurer le fonctionnement du gouvernement américain en cas d’attaque nucléaire et d’élimination des chefs de l’exécutif, s’est progressivement métamorphosé jusqu’à s’adapter à toute “situation de crise”, la définition de cette dernière étant confiée aux gestionnaires du projet. L’application de ce plan permet d’outrepasser tous les mécanismes constitutionnels et d’organiser, au nom de la sécurité nationale, des internements massifs, des écoutes extrajudiciaires ou des assassinats ciblés, aussi bien à l’étranger que sur le sol américain, contre des ressortissants étrangers et contre des citoyens américains. Ce projet, aussi appelé “Jugement dernier”, est ainsi devenu un formidable instrument de répression et d’action préemptive, notamment contre les opposants, en particulier pacifistes.

 

Pour comprendre son effectivité, il faut revenir au 11-septembre et aux événements qui l’ont immédiatement suivi ou précédé. Pour Peter Dale Scott, bien que le gouvernement n’ait alors pas été décapité, le COG aurait été mis en application, notamment par deux de ses concepteurs, D. Cheney et D. Rumsfeld, au nom de l’urgence nationale alors décrétée. Le Patriot Act est ensuite venu entériner la majorité des propositions faites par les défenseurs de l’État profond au fil des décennies et souvent repoussées par les mécanismes constitutionnels. Les attentats inaugurent aussi un temps d’exception, un état d’urgence qui dure jusqu’à aujourd’hui, dont la révision appartient normalement tous les six mois au Congrès. Sur la scène internationale, la “guerre contre le terrorisme” et son caractère imprécis ont suscité les dérives que l’on connaît, sans pour autant pousser à la rationalisation des alliances américaines avec des États accusés de soutenir la nébuleuse Al-Qaïda et le djihadisme wahhabite, comme le Pakistan ou l’Arabie saoudite.

 

L’auteur retrace également les carrières de certains hauts fonctionnaires américains, émaillées de responsabilités dans de grands complexes militaro-industriels et non dénuées de conflits d’intérêts. Il s’intéresse aussi au “boom” du secteur de la sécurité et de l’intelligence depuis les débuts de la campagne contre le terrorisme, qui porte en son sein des “guerres auto-génératrices” au Moyen-Orient, tout comme la campagne américaine contre la drogue en Amérique latine en son temps. C’est donc une situation déjà décrite par Machiavel qui s’incarne dans la poursuite de l’hégémonie américaine : un État ayant une puissance militaire et de projection sans commune mesure avec ses pairs crée une instabilité mondiale car cette capacité nourrit chez eux un sentiment d’insécurité, et chez l’hégémon la crainte de la décadence. La puissance militaire des États-Unis mène ainsi à des excès interventionnistes et nourrit le terrorisme, tout en sapant les fondements du droit international, du système multilatéral et en freinant la réforme démocratique. »

 

Aprilia Viale

 

Étudiante à IRIS Sup’

 

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