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Mon livre « La guerre de l’ombre en Syrie » recommandé dans Marianne

Mon livre « La guerre de l’ombre en Syrie » recommandé dans Marianne

 

Je vous conseille cet excellent article de Jack Dion, qui vient d’être publié dans le numéro 1161 du magazine Marianne. Il y résume certains des principaux arguments de mon livre, La guerre de l’ombre en Syrie, critiquant en particulier le silence des médias français autour de l’opération Timber Sycamore – le sujet central de mon ouvrage. Un grand merci à lui et à toute la rédaction de Marianne pour ce courageux papier.

 

 

 

Les bons et les mauvais djihadistes

 

Par Jack Dion, directeur adjoint de Marianne

 

De même qu’il y a le bon et le mauvais cholestérol, il y a les bons et les mauvais djihadistes, en fonction des circonstances géopolitiques. Quand ces derniers font face aux forces occidentales, comme ce fut le cas à Mossoul (Irak) ou à Raqqa (Syrie), ce sont des mauvais djihadistes. On peut alors les éliminer sans faire dans le détail et mener une véritable « guerre d’anéantissement », comme l’a reconnu l’ex-secrétaire américain à la Défense James Mattis, général qui s’était déjà illustré pendant l’invasion de l’Irak, quitte à laisser sur le carreau des dizaines de milliers de civils innocents. En revanche, quand les djihadistes se retrouvent face à la soldatesque de Bachar al-Assad, ils deviennent de respectables « rebelles », soudain parés de vertus humanitaires insoupçonnables en d’autres lieux. Cette présentation caricaturale a déjà eu son heure de gloire médiatique lors de la bataille d’Alep.

 

Elle se rejoue sous une autre forme dans la province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, la dernière région qui échappe au contrôle de Damas avec le Nord-Est kurde. Soutenu par la Russie et les milices iraniennes, Bachar a entrepris la reconquête de cette parcelle de territoire avec la délicatesse qu’on lui connaît.

 

A juste titre, les capitales occidentales s’émeuvent des écoles bombardées, des hôpitaux éventrés et des civils assassinés, mais elles oublient au passage leur propre bilan en la matière. Les médias font de même. En revanche, rares sont les voix qui rappellent qu’Idlib est en grande partie sous le contrôle de Hayat Tahrir al-Cham, ex-branche syrienne d’Al-Qaïda, et de différents autres groupuscules de la même obédience. Etonnant silence. Curieux blackout. Pourquoi ne pas rappeler que, pour l’essentiel, les gentils rebelles d’Idlib sont des clones des frères Kouachi qui ont abattu les journalistes de Charlie Hebdo ? Pourquoi présenter sous les meilleurs atours éthiques des personnages qui seraient considérés comme des terroristes à Paris ?

 

La réponse se résume en un nom de code : « Timber Sycamore » (« Bois de sycomore »). Telle est l’appellation de ce que le journaliste Maxime Chaix nomme « la guerre de l’ombre en Syrie »*. Lancée par les Etats-Unis et ses alliés à l’automne 2011, sous la présidence Obama, afin de renverser Bachar al-Assad, l’opération « Timber Sycamore » a été stoppée en 2017, au terme d’un fiasco mémorable. Entre-temps, elle aura permis de financer, d’armer et de soutenir des groupes qui allaient former la colonne vertébrale de l’Etat islamique. Pendant qu’on amusait la galerie avec l’Armée syrienne libre, censée représenter l’opposition démocratique à Bachar alAssad, Daech tissait sa toile.

 
Curieusement, l’histoire n’a jamais eu les honneurs de la presse française.

 
Cette dernière s’est alignée sur l’un des poncifs de la pensée BHL (si l’on ose dire) : « C’est Bachar qui a créé Daech. » Selon le visionnaire en chemise blanche, le tyran de Damas aurait libéré en catastrophe une pléiade de terroristes destinés à grossir les rangs de Daech afin d’affaiblir l’Armée syrienne libre, alors que cette dernière ne s’est guère opposée aux djihadistes, allant parfois même jusqu’à nouer des alliances avec eux.
S’appuyant sur les meilleures sources, Maxime Chaix fait litière de ce calcul diabolique. A l’en croire, cette opération d’enfumage avait pour but premier de masquer le rôle occulte de la CIA et de ses janissaires, à commencer par les trois Etats islamiques que sont l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie, tous impliqués en dépit de leurs divergences et leurs stratégies propres.

 
Maxime Chaix dénonce la « quasi-omerta » qui règne en France sur le sujet, alors que la presse américaine a largement révélé les dessous inavoués de l’opération « Timber Sycamore », confirmée par Ben Rhodes, qui fut l’un des principaux conseillers de Barack Obama. Il rappelle les ambiguïtés (pour ne pas dire plus) de la diplomatie française sous François Hollande, totalement aligné sur Washington. Sans dédouaner le moins du monde Bachar al-Assad de ses crimes, il démontre que la guerre occulte menée par la CIA et ses petites mains a facilité la formation d’une nébuleuse djihadiste ayant proliféré à vitesse accélérée, tel un monstre échappant à son concepteur.

 

(Source : https://www.pressreader.com/france/marianne-magazine/20190614/282840782559047)

 

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Recension de mon livre par Serge Gadal (L’Incorrect)

Recension de mon livre par Serge Gadal (L’Incorrect)

 

Avec l’accord du magazine L’Incorrect, je vous diffuse une recension de mon livre par le consultant et chercheur en stratégie Serge Gadal, qui a été publiée dans le numéro 20 de ce magazine. Deux précisions : au niveau de la CIA, je ne fais pas remonter le départ de l’opération Timber Sycamore au début des manifestations de mars 2011, mais en octobre de cette même année. Par ailleurs, je ne pense pas que le budget total de cette campagne soit d’environ 10 milliards de dollars, mais potentiellement de plusieurs dizaines de milliards – selon les estimations du chercheur britannique et spécialiste du Moyen-Orient Christopher Davidson. Pour mémoire, en mai 2013, l’émirat du Qatar avait déjà dépensé à lui-seul 3 milliards de dollars pour tenter de renverser Bachar el-Assad. Jusqu’à présent, les budgets de cette opération clandestine ont été tenus secrets, et il n’est pas certain que nous les connaissions un jour.

 

 

 

 

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Les experts qui recommandent « La guerre de l’ombre en Syrie »

Les experts qui recommandent « La guerre de l’ombre en Syrie »

 

Bien que les médias grand public ne parlent pas (encore) de mon livre, des grands reporters, journalistes d’investigation, géopolitologues et spécialistes du Renseignement et/ou du Moyen-Orient l’ont vivement recommandé. Je les remercie chaleureusement pour leur soutien, et j’encourage leurs consoeurs et confrères à lire mon ouvrage.

 

 

 

« [Un livre] stimulant, (…) dont toutes les informations sont corroborées par une multitude notes de bas de pages. » – Ian Hamel, grand reporter, journaliste d’investigation, auteur et correspondant permanent du Point à Genève (www.oumma.com)

 

« Une affaire d’État (…) Une excellente enquête de Maxime Chaix qui a nécessité des années de travail. » – Emmanuel Razavi, grand reporter, journaliste d’investigation, auteur et expert du Moyen-Orient (www.globalgeonews.com)

 

« On lira ce livre avec attention, car il illustre parfaitement l’ambiguïté des services occidentaux, occupés à combattre le terrorisme en Europe, mais à le soutenir dans certaines régions du monde. (…) Pour dépasser les discours simplistes lus et relus dans la presse, cet ouvrage permet d’y voir plus clair. À lire absolument. » – Eric Verhaeghe, journaliste, entrepreneur et spécialiste des questions de Renseignement (www.lecourrierdesstrateges.fr)

 

« Un livre important pour comprendre le cynisme de la guerre et l’idéologie dépassée de la Pax Americana. » – Alex Jordanov, grand reporter, journaliste d’investigation, auteur et réalisateur de documentaires (https://tinyurl.com/y635awpx)

 

« L’implication de l’Occident et des pays du Golfe dans le soutien aux milices islamistes [en Syrie] avait été dénoncée depuis le début par un certain nombre de chercheurs, de journalistes et d’hommes politiques. C’est tout le mérite du livre de Maxime Chaix de recenser et d’analyser toutes ces sources qui nous montrent que les faits étaient connus, tout au moins par ceux qui savaient lire. » – Serge Gadal, consultant et chercheur en stratégie (www.lincorrect.org)

 

« L’ouvrage de Maxime Chaix est le fruit de cinq années de recherches, durant lesquelles l’auteur a méticuleusement compilé et analysé l’ensemble de la littérature au sujet de cette opération clandestine, et interviewé certains des plus grands spécialistes de la question (Fabrice Balanche, Joshua Landis, Christopher Davidson, l’ambassadeur Robert S. Ford…). Ce minutieux travail rompt avec le discours officiel qui s’est imposé en Occident [sur la guerre en Syrie]. » – Cyril Garcia, journaliste, blogueur et spécialiste du monde arabe (www.unuberpourtobrouk.com)

 

« Comme l’a très bien montré Maxime Chaix dans son récent ouvrage, La guerre de l’ombre en Syrie (…), les Etats-Unis ont financé, dès 2011 (…) “l’une des plus vastes opérations clandestines” de l’histoire de la CIA visant à équiper, entrainer (…) et financer des djihadistes syriens (…) dans le but de renverser le régime pro-russe de Bachar el-Assad. » – Alexandre Del Valle, géopolitologue et consultant (www.alexandredelvalle.com)

 

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EXCLUSIVE: How CIA & allies helped jihadists in Syria (GlobalGeoNews.com)

EXCLUSIVE: How CIA & allies helped jihadists in Syria (GlobalGeoNews.com)

 

Maxime Chaix, an expert on clandestine operations, intelligence and US foreign policy, is a journalist and regular contributor to GlobalGeoNews.com. He has written La guerre de l’ombre en Syrie (The Shadow War in Syria, published in French by Éditions Erick Bonnier), a shocker of a book in which he reveals insightful information on the support which several Western intelligence services provided to jihadist militias in Syria, starting with the CIA. His investigation reveals a multi-faceted state scandal and points out the murky game played by the Western powers and their Middle Eastern allies in the Levant.

 

An exclusive interview by Emmanuel Razavi (founder and editor of GlobalGeoNews.com)

 

 

 

Emmanuel Razavi: First of all, please refresh our memories about what operation Timber Sycamore is.

 

Maxime Chaix: Timber Sycamore is the codename of a covert operation officially authorized by Obama in June 2013 to train and equip the anti-Assad rebellion, but which actually started in October 2011, when the CIA was operating via Britain’s MI6 to avoid having to notify Congress that it was arming the rebels in Syria. Originally, the CIA and MI6 (the British foreign intelligence service) set up a rebel arms supply network in Syria from Libya — a plan that involved the Saudi, Qatari and Turkish intelligence services. In 2012, probably in spring, Obama reluctantly signed a top-secret executive order, of which little is known other than that it authorized the CIA to provide “non-lethal support” to the rebels in Syria. In concrete terms, then, what the CIA did was to link up its Qatari and Saudi allies with a number of arms manufacturers in the Balkans (Bulgaria, Romania, Serbia, Croatia, etc.). With the backing of NATO, which controls arms exports from the Balkans via EUFOR, Qatari and Saudi secret services began buying up weapons and ammunition from these countries to illegally equip anti-Assad rebels. A few months later, in October 2012, the New York Times revealed that this vast CIA-sponsored arms trafficking was mainly going to support jihadist groups in Syria, while arms exports by air were growing, with weapons being injected into Syrian territory from “operation rooms” in Turkey and Jordan, through the FSA (“Free Syria Army”) and local arms traffickers. Finally, it turned out that these “operation rooms” were cobbled together by fifteen Western and Middle Eastern intelligence services, including the DGSE (French foreign intelligence service) and MI6, although the we do not yet know exactly what role these various agencies played in this secret war. What is clear — and what I demonstrate in my book with irrefutable evidence —is that tens of thousands of tons of weapons and millions of rounds of ammunition were brought into the Syrian theater of war by this operation. It is also proven that these armaments mostly went to equip jihadist groups, including the terrorist militia which proclaimed itself “Islamic State” in June 2014. Ultimately, Donald Trump decided to phase out this operation in early summer 2017. This was a major setback for the CIA, as the US President was thereby conceding the defeat of the United States and its partners in the war against Syria and its Russian, Iranian and Lebanese allies.

 

ER: What concrete evidence do you have to show that US intelligence services have provided support to jihadist militias in Syria?

 

MC: The coordination role that the Agency signed off on in the fall of 2011 is now a proven fact, as we know that it was belatedly confirmed in June 2018 by Ben Rhodes, Obama’s chief adviser from 2009 to 2017. During the interview in question, Rhodes argued that the blacklisting of al-Nusra Front on the State Department’s list of terrorist organizations in December 2012 was a “schizophrenic” move, since it was obvious that the jihadist militia was a “big chunk” of the anti-Assad opposition, as he put it in his own words. During that interview, journalist Mehdi Hasan not only elicited from him that the CIA had played a coordinating role in this vast arms trade, but also that US involvement in this shadow war had been much greater than we thought. According to the Washington Post, it was one of the CIA’s “largest covert operations” in its history. In January 2016, the New York Times confirmed this, noting that the CIA’s maneuvers to overthrow Assad were part of a multinational campaign involving billions of petrodollars from the Gulf states, mainly spent by Saudi Arabia. It must be understood that this secret war ushered in, between 2011 and 2017, close cooperation between Western secret services and their Turkish and Middle Eastern counterparts. Thus, many experts and journalists were making a mistake by analyzing the operations of the various Middle Eastern powers in isolation from those of the Western governments. On the contrary, as the former Qatari Prime Minister admitted in 2017, it was a joint and coordinated operation involving all of those intelligence services. Due to the record number of public and private funders backing this campaign, and the tens of thousands of anti-Assad mujaheddin who were directly or indirectly aided by the CIA and its allies, I believe this could be the most massive clandestine operation in the history of the Agency. However, I have not been able to determine that with certainty due to the secrecy of this shadow war, which prevents access to archives and severely limits the quantity of leaks to the press. The fact remains, however, that I was able to assemble in my book hundreds of undisputed sources which combine to corroborate my writing. In this book, internationally renowned researchers such as Joshua Landis and Christopher Davidson support my arguments, which I developed after a long investigation that I launched in 2014. Once again, I invite your readers to consult the evidence cited in my book, as it is overwhelming. I would take this opportunity to point out that Bashar al-Assad and his allies have committed major abuses against Syrian civilians, and that my book is not intended to excuse what they are responsible for. Nevertheless, and to date, the Western media have focused mainly on the crimes of Assad and his supporters, while suppressing or downplaying the vast shadow war launched by the CIA and its partners in the fall of 2011.

 

ER: What role did France play in these jihadist militias in Syria? Did it unambiguously support members of the Muslim Brotherhood and al-Qaeda?

 

MC: Operation Timber Sycamore is a clandestine operation, and such campaigns are not owned up to by those sponsoring them — at least, not typically. In this case, however, the operation has become one of such magnitude over time that Western powers have had to communicate something about it, albeit misleadingly. That is to say, succor to jihadist groups has long been described by Western government spokesmen as “non-lethal support” for so-called “moderate” rebels, yet the reality on the ground is that the “moderate rebel force” that is the Free Syria Army (FSA) has served as a pool of fighters, weapons and ammunition for the anti-Assad jihadist nebula, whose tacticians and militiamen were much more effective than the FSA itself. As I explain in my book, the FSA has been dependent on jihadist groups, first and foremost al-Nusra Front, and vice versa. Other factions of the FSA were completely put out of action by the jihadists, their arsenals being looted by the Islamist militias, including the Islamic Front in December 2013. At the very least, it is clear that the FSA as a disunited and complex bundle of anti-Assad armed groups was supported by Western powers as it fought shoulder to shoulder with jihadist groups, including with what later became Daesh, until the winter of 2013-2014. In January 2014, the first major fighting erupted between Daesh and other rebel groups, including al-Nusra Front. It must be emphasized that, until their split in April 2013, al-Nusra Front and the soon-to-be-called “Islamic State” formed a single entity. More specifically, the founder of al-Nusra was sent to Syria in August 2011 by the leader of the future Daesh, Abu Bakr al-Baghdadi, to fight Assad’s troops. However, between 2012 and 2014, it is beyond question that al-Nusra was the driving force of the rebellion in Syria, its tacticians developing major operations that allowed the conquest of various territories by the “Islamic State”, such as Camp Yarmouk south of Damascus, Raqqa, or Deir ez-Zor. In summary, the combined operations of the FSA and al-Nusra enabled the nascent Daesh to then establish itself in many Syrian cities following the split between al-Nusra and the “Islamic State”.

 

It should be noted that, through the FSA, al-Nusra had been enjoying CIA and MI6 support since early 2012, but it is unclear precisely when the French DGSE started becoming involved in this operation. According to François Hollande, the “moderate rebels” of the FSA were in receipt of French lethal support from the end of 2012, in violation of the EU arms embargo on Syria, which was only lifted in May 2013. That same year, Colonel Oqaidi, the commander of the FSA, said to camera that his relationship with Daesh was “good, and even brotherly”… And, as revealed during my investigation, Obama’s then ambassador to Syria, Robert S. Ford, telephoned Colonel Oqaidi to condemn the FSA’s persistent collaboration with al-Nusra. At the time, and since at least the fall of 2012, the French intelligence services were alerting their government to the fact that the Muslim Brotherhood and jihadist groups such as al-Nusra were the driving forces of the anti-Assad rebellion. Despite these alarming surges in theater, Paris, London and Washington resolved to persist in their support for the anti-Assad rebellion, secure in the assurances being given them by their allies in the Gulf that Assad would be toppled quickly and that these groups would not be a problem after the fall of the Syrian government. Both these predictions turned out to be wrong, and the most brutal jihadist group in the Levant struck France directly on November 13th, 2015.

 

ER: To be clear: In your opinion, France abetted a clandestine operation by supporting entities that then organized attacks in France?

 

MC: As I explain in my book, the French state and its key Western allies did not directly support Daesh, but they oversaw a system that massively fueled what I call the anti-Assad jihadist nebula, of which the haplessly-named “Islamic State” on Syrian territory was an outgrowth and a driving force. I do not think that the French state or its allies, in carrying out this operation, ever imagined that Daesh would end up attacking Paris on November 13th, 2015. On the other hand, it is clear that our government and its British, American and Israeli allies were consciously arming jihadist groups. In France, some parliamentarians of the PS, LR and LS parties confirmed to me that the DGSE was involved in supporting groups that were not as “moderate” as they were being presented to us in the media. I would go even further, and this is one of the main arguments that I develop in my book: by arming and supporting the FSA in various ways, the Western powers encouraged the rise of what then became the “Islamic State”, which fought “hand in glove” with the FSA from the beginning of 2012 to the winter of 2013–2014. From the time of the break  between the FSA and Islamic State in January 2014 onward, the FSA and al-Nusra maintained a fusional relationship, both against the Assad forces and against Daesh.

 

Yet in August 2014, François Hollande acknowledged that French support for the FSA was continuing. Was he unaware of the close ties between the FSA and al-Nusra? If so, such a level of misinformation at the top of the government would be alarming. Nevertheless, in view of the available evidence, it is more likely that French leaders under the Hollande presidency were fully aware of the fact that al-Nusra was inextricably linked to the FSA. Moreover, in a book that was never contested in litigation by the then French Foreign Minister Laurent Fabius, journalists Georges Malbrunot and Christian Chesnot claimed that the head of our diplomacy knew full well that Saudi Arabia and Qatar were infiltrating into al-Nusra’s private funding networks “paid agents, professional trainers, known to DGSE officers”. Despite this, according to Chesnot and Malbrunot, Fabius was complaining that the Syrian state and its armed forces were not being “hit hard enough [and] not strongly enough”.

 

ER: Speaking of Laurent Fabius, why does his name feature in the Lafarge affair? Is there any evidence that he endorsed a financial agreement between that French company and Daesh?

 

MC: Given his active stance on the Syria dossier, it is inevitable that his name pops up in the Lafarge affair. What’s more, there are even acronyms in it familiar to the French: DGSI (the Directorate General for Internal Security), DRM (French Military Intelligence Directorate), DGSE, and so on. Let’s be clear: the Jalabiya cement factory, constructed by Lafarge in 2010, was transformed during the war into a “bridgehead” for the French intelligence services: that is to say, for the Élysée [President’s office], the Quai d’Orsay [French Foreign Ministry] and all the other ministries concerned. Indeed, as journalist Guillaume Dasquié has proved, “the documents in the case, the testimonies of the few insiders and the documents to which the JDD [the Journal du Dimanche Sunday paper] had access reconstruct a different story [than that put forward by the French authorities.] […] This directly implicates the command in charge of counter-terrorism, the DGSI, the Quai d’Orsay, and the external intelligence services of the DGSE. It spells out for us an improbable war-zone game of chess between industrialists, spies and diplomats, with everyone taking advantage of the presence of the others to advance his pawns, at a time when the Islamic State had not yet committed an attack on French soil.” Laurent Fabius said in front of the investigative magistrates that he had not been aware of Lafarge’s actions in paying out cash to various local jihadist groups, including the ineptly-named “Islamic State” — an explanation that failed to convince some experts on the issue, including Georges Malbrunot. This is all the more eyebrow-raising since it has now become apparent that the French Military Intelligence Directorate was monitoring transactions between Lafarge and the various armed groups in the field.

 

So I return to my previous explanation: a clandestine operation is mounted in such a way that its sponsors have deniability of all knowledge of, as well as their role in, any maneuver of this type. It is now clear that the DGSE has been involved since at least 2012 in supporting the nebula of armed groups opposing Bashar al-Assad. As we also know, Laurent Fabius was the most active of Hollande’s ministers on the Syria dossier, acting in the interests of a fickleSunni diplomacy” that put our trade relations with Saudi Arabia first — the main state funder of Timber Sycamore. Consequently, it is impossible that the Quai d’Orsay could have been unaware of Lafarge’s actions in Syria, which were part of several intelligence or destabilization operations carried out by the French secret services in that country. Renowned researcher Fabrice Balanche is of the same opinion on this as Guillaume Dasquié or Georges Malbrunot.

 

ER: On account of what interests might Laurent Fabius have allowed the DGSE to support islamists? Was he acting on behalf of the Saudis, as this same Georges Malbrunot and his co-author Christian Chesnot suggest in their book, Nos très chers émirs [Our Dearest Emirs]?

 

MC: First of all, it should be pointed out that the French President is supposed to be the one who sponsors, as a last resort, a clandestine operation. However, he enjoys legal impunity in the exercise of his mandate, which is not the case for any of his ministers. During the Hollande presidency, we witnessed a blatant tendency for the French state to support and protect its Gulf allies. This policy materialized not only in Fabius’ hard line against Iran in the nuclear deal negotiations, but also, and much more seriously, in the shifty operations that aimed to shore up the disastrous interventions of the Saudis and their partners in Yemen and in Syria. This approach favorable to the Saudi monarchy was maintained under the Macron presidency, yet with a pro-Qatar instinct which became evident in the aftermath of the Gulf crisis that has set that emirate against Riyadh and Abu Dhabi since 2017. But until then, Saudi Arabia was expressly supported by the French state, owing to the economic and strategic interdependencies that are at stake between Paris and Riyadh. Consequently, and in the interests of this notorious “Sunni diplomacy”, the French state has not only turned a blind eye to the suspicious deeds of Saudi Arabia in Syria and Yemen; it has directly supported Saudi campaigns, in the most discreet way possible. These maneuvers have led to a literally schizophrenic political stance, whereby in fact the French state trumpets its operations against terrorism whenever it can, but further down at the level of the directorate and the intelligence services, strategies that have the specific effect of bolstering jihadist groups are being illegally imposed on some countries, such as Syria, Yemen or Libya.

 

In the case of that latter Libyan operation, an anonymous DGSE officer revealed to our colleagues at Canal+ TV station that he had been ordered, in February 2011, to destabilize Benghazi in coordination with the Qatari intelligence services, notorious supporters of the Muslim Brotherhood, who at that time were dominating the Libyan jihadist nebula. According to the reporter François de Labarre, this policy was then challenged by the French Ministry of Defense under Jean-Yves Le Drian, who used the DGSE to support General Haftar against Islamist armed groups. However, it is difficult to explain why the Quai d’Orsay [French Foreign Ministry] continued to support Abdelhakim Belhadj, one of the founders of al-Qaeda in Libya, who was appointed military commander of Tripoli in August 2011. It should be noted that Belhadj is Qatar’s man in Libya, and that he is one of the most influential figures of the Muslim Brotherhood in that country. According to François de Labarre, President Hollande was unable to decide between the Defense Ministry’s pro-Haftar line and the pro-Belhadj policy — that is, pro-Qatar and pro-Muslim Brotherhood — which the Quai d’Orsay was adhering to. One is left wondering, therefore, whether François Hollande was able to arbitrate France’s foreign policy. In any case, one can be worried about the schizophrenia that this implies. Indeed, this can lead to operations against jihadist groups initially backed by our intelligence services and their allies – operations that are deadly in effect upon civilians. In October 2018, Paris Match magazine co-editor Régis Le Sommier interviewed Russian Foreign Minister Sergei Lavrov. On that occasion, Lavrov revealed a shocking conversation between Laurent Fabius and himself: “Some time after the bombings of Libya, Laurent Fabius, [then] Minister of Foreign Affairs, had called me. According to [the Malian capital] Bamako, mujaheddin from northern Mali were nearing the French contingent’s positions. France intended to stop them by gaining the approval of the Security Council, and I was in favor. I told Laurent Fabius: ‘You surely understand that you are now going to face the same guys you armed in Libya.’ He chuckled and said to me, ‘C’est la vie’.” Lavrov’s comments were not denied by Laurent Fabius, so this type of flippancy in the face of the consequences of French foreign policy towards terrorist groups — and thus of the populations they threaten — is alarming. The same is true of the Syrian dossier, which led our leaders to support for nearly five years a Free Syrian Army of which they could not ignore its close ties with al-Nusra since 2012, including when that Syrian branch of al-Qaeda and the ineptly-named “Islamic State” were a single entity.

 

ER: Should an investigation into this be opened by the counter-terrorist section of the Paris prosecutor’s office?

 

MC: Initially, I became interested in France’s clandestine actions in Syria in the spring of 2014. At the time, parliamentarian and former counter-terrorist judge Alain Marsaud was claiming in the media that our government had previously supported and infiltrated the al-Nusra Front. The following year, he revealed to me that the president-supporting majority under François Hollande had refused any parliamentary inquiry on this issue so as not to “uncover such collaboration with a terrorist group”, to quote his remarks. It should be noted again that several parliamentarians, including Claude Goasguen (LR party), Jacques Myard (LR) and Gérard Bapt (PS party), have leveled similar accusations at the French government. On LCP [French parliamentary TV], Mr. Goasguen declared in June 2015 that the French state was helping “al-Qaeda in Syria”, then the following year Gérard Bapt confirmed me the “clandestine support by the French state of the various islamist movements in Syria, in view of the porosity and proximity of these allied groups in the field”. He added that “French support for rebels in Syria, and more generally Western support for them, continued even after the attacks on Charlie Hebdo and [the French Jewish supermarket] Hyper Cacher, though these were claimed by al-Qaeda”. I must say that this explanation by Gérard Bapt seems to me the most accurate: according to him, the French state has supported militias evolving within a nebula of armed groups which was in constant flux, but which indisputably had al-Nusra Front among its driving forces — as Obama’s close adviser Ben Rhodes himself acknowledged. Let’s not forget, either, that Claude Goasguen had frequently warned the French state on LCP against this policy of support for anti-Assad factions. Put simply, it is a safe bet that our government will oppose by all means the opening of parliamentary and judicial investigations around the clandestine actions of the French state in Syria. But we are looking here at a case obviously much graver than the botched DGSE operation against the Rainbow Warrior, during François Mitterrand’s first term. Let us be clear: if several of our parliamentarians have publicly risen to declaim French state support of al-Qaeda’s branch in Syria, it is inconceivable that they did so without having specific information to back their accusations — which were never officially denied by the government. As taxpayers and as citizens, we should be refusing to accept that our authorities can carry out such dangerous and misguided policies on our behalf and with our tax money, but without our consent — and without our even being aware of it at the outset. Therefore, and as I explain in my book, several legal and factual arguments could justify at least the setting-up of a parliamentary committee of inquiry, though it seems unlikely to me that investigative magistrates will ever want to launch investigations into such a sensitive subject. Indeed, this clandestine operation is part of the state privilege and conduct of France’s foreign policy — an area in which the Executive has powers so exorbitant that it is able to support Islamist groups abroad that are officially considered enemies within our own borders.

 

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Je vous encourage donc à aider GlobalGeoNews.com, un site d’information créé et dirigé par le grand reporter, auteur et expert du Moyen-Orient Emmanuel Razavi. Depuis l’année dernière, j’ai eu le plaisir de collaborer avec lui et son équipe, sachant qu’ils ont toujours soutenu et valorisé mes enquêtes malgré le caractère ultra-sensible des questions que j’étudie depuis 10 ans. Mes camarades de GlobalGeoNews.com m’ont ainsi permis de m’exprimer sur les graves ingérences des États-Unis en France et en Europe via nos propres services de renseignement, sur le soutien clandestin des réseaux jihadistes anti-Assad par la CIA, la DGSE, le MI6 et leurs alliés, ou encore sur l’implication secrète des puissances occidentales dans la guerre génocidaire de l’Arabie saoudite et de ses alliés au Yémen. En France, aucun autre média grand public ne m’a offert une telle liberté d’expression. 

 

Par conséquent, je vous remercie de soutenir GlobalGeoNews.com, dont l’équipe se bat quotidiennement pour nous informer avec professionnalisme, courage et objectivité. Chaque contribution de votre part est déterminante – y compris un don de quelques euros. Je vous transmets donc le lien vers leur page KissKissBankBank, et je vous encourage à diffuser cet article afin de m’aider à faire connaître GlobalGeoNews.com !

 

 

 

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« La guerre de l’ombre en Syrie » : revue de presse (mars-avril 2019)

« La guerre de l’ombre en Syrie » : revue de presse (mars-avril 2019)

 

 

 

 

 

Sachant que mon livre est paru le 14 mars dernier, les premiers articles, recensions et interviews qui en parlent ont été publiés, et j’en remercie chaleureusement les auteurs pour leur soutien précieux. En effet, mon ouvrage traite d’un sujet particulièrement sensible, à tel point qu’il est difficile d’avoir accès aux médias grand public. D’avance, je remercie celles et ceux qui m’aideront à promouvoir mon livre. En attendant, je vais vous présenter les premiers articles, recensions et interviews qui lui ont été consacrés.   

 

Je vous signale tout d’abord un excellent article d’Ian Hamel, spécialiste des questions de Renseignement et correspondant du Point en Suisse, qui résume certains des principaux arguments de mon livre : https://oumma.com/quand-les-americains-qualifiaient-daesh-d-atout-strategique/. Merci à l’équipe d’Oumma.com d’avoir publié cette analyse, et bravo à Ian Hamel pour cet article percutant, factuel et courageux.

 

Je vous recommande également la lecture d’une recension positive du blogueur, entrepreneur et fin connaisseur des questions de Défense et de Renseignement Éric Verhaeghe, qui m’a interviewé le 13 mars dernier au restaurant Le Louis, à Paris. Vous pourrez lire sa recension et visionner mon interview dans le lien suivant : http://www.lecourrierdesstrateges.fr/2019/03/20/quand-la-cia-et-loccident-aidaient-et-financaient-daesh-le-livre-a-lire/. Merci à Éric pour son soutien sans faille.

 

Je vous conseille également mon entretien du 30 mars 2019 dans l’émission « Planisphère », animée par l’excellent Hugo Billard. Je tiens à le remercier de m’avoir interrogé avec autant de professionnalisme et de bienveillance, sachant qu’il a su cadrer l’interview lorsque je m’égarais dans les détails, et qu’il m’a laissé m’exprimer librement sur des questions ultra-sensibles : https://radionotredame.net/emissions/planisphere/30-03-2019/.

 

Je vous signale également l’excellent article de l’expert du monde arabe, blogueur et journaliste Cyril Garcia – dont l’analyse a été reprise par le site Tribune Juive, que je remercie au passage : http://www.tribunejuive.info/international/histoire-et-politique-du-maghreb-et-du-proche-orient. J’en profite pour vous conseiller son blog, « Un Uber pour Tobrouk » : http://unuberpourtobrouk.com/index.php/2019/03/21/comment-loccident-a-soutenu-nos-ennemis-djihadistes-en-syrie/.

 

Une autre recension intéressante est à signaler. Écrite par l’association CAPJPO EuroPalestine, elle met en avant les principaux arguments de mon ouvrage, et souligne notamment que les « preuves [citées dans mon livre] sont irréfutables parce qu’elles émanent toutes de sources publiques, et qu’elles résultent pour partie d’aveux de ceux-là mêmes qui ont sciemment encouragé et armé les “djihadistes”, sous couvert d’aide à de fantomatiques “rebelles modérés” en lutte contre le régime dictatorial de Bachar el-Assad. Régime pour lequel Maxime Chaix ne manifeste au demeurant aucune indulgence, soit dit en passant. » Je les remercie pour cette recension claire, juste et équilibrée : https://www.europalestine.com/spip.php?article121.

 

Je vous recommande par ailleurs mon article de lancement du livre, dans lequel je déplore le silence médiatique occidental sur l’opération Timber Sycamore à l’occasion des 8 ans du « printemps syrien ». Cet article critique également le fait que certains experts du monde arabe ont totalement refoulé cette campagne de la CIA et de ses alliés dans leurs analyses du conflit syrien : http://www.lecourrierdesstrateges.fr/2019/04/07/chaix-en-syrie-cette-vaste-guerre-de-lombre-que-lon-a-oubliee/. Cet article a également été publié par le site dedefensa.org, mais je précise qu’ils ont modifié le titre et les sous-titres de mon analyse initiale, conformément à leur politique éditoriale. Je regrette donc qu’ils aient ajouté des guillemets quelque peu péjoratifs pour encadrer le terme « experts » dans le second sous-titre, mais je les remercie néanmoins d’avoir publié mon analyse : http://www.dedefensa.org/article/oubliee-la-guerre-de-lombre-en-syrie.

 

Je vous conseille également mon interview écrite pour l’excellent site GlobalGeoNews.com, créé et dirigé par le grand reporter et expert du Moyen-Orient Emmanuel Razavi : https://globalgeonews.com/content-free/269. Cette interview est accompagnée d’un entretien vidéo, enregistré le 13 mars dernier au café-restaurant Les Éditeurs par Olivier et Nathalie Delagarde (La Petite Presse Productions), que je salue au passage : https://globalgeonews.com/content-free/268. J’en profite pour vous signaler que le site GlobalGeoNews.com vient de lancer une version « grand public », et je les remercie d’avoir mis en avant mes deux interviews pour ce lancement car je suis honoré de collaborer avec eux. Ce site étant totalement indépendant, l’information de qualité à un prix. Mes camarades de GlobalGeoNews.com ont donc lancé une campagne de levée de fonds via KissKissBankBank. N’hésitez pas à les soutenir, leur travail d’information et d’analyse est précieux dans notre débat public : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/globalgeonews-raconte-l-actualite-du-monde-reel.

 

À noter enfin que mon livre a été cité par Alexandre Del Valle dans une interview écrite pour RT France (http://archive.is/XO1Kg#selection-663.0-667.333), et par Éric Verhaeghe dans une analyse publiée par Atlantico.fr (http://archive.is/vFarx#selection-3057.0-3057.106). Je vous tiendrai au courant des prochains articles, recensions et interviews autour de mon livre, et je vous remercie d’avance de m’aider à le promouvoir le plus largement possible. En effet, comme je l’ai précisé au début de ce billet, l’accès aux médias grand public est loin d’être facile et garanti, malgré tous les efforts de mon éditeur Erick Bonnier.

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IMPORTANT : Parution de mon livre, « La guerre de l’ombre en Syrie »

IMPORTANT : Parution de mon livre, « La guerre de l’ombre en Syrie »

 

 

Mesdames, Messieurs, j’ai le plaisir et l’honneur de vous dévoiler la couverture et le résumé de mon livre, qui sortira le 14 mars prochain aux éditions Erick Bonnier !

Opération Timber Sycamore. Ce nom de code ne vous dit probablement rien. Il désigne pourtant une gigantesque guerre de l’ombre, dont le principal objectif était de renverser Bachar el-Assad. Menée par la CIA et ses alliés dès l’automne 2011, puis stoppée à partir de l’été 2017, cette campagne secrète attira peu l’attention des médias occidentaux. Or, elle mobilisa des milliards de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes et de munitions, aidant ainsi une rébellion dont les forces les plus efficaces étaient liées ou affiliées à al-Qaïda. Fruit de cinq années de recherches, cet ouvrage explique comment Washington, Londres, Paris et leurs alliés du Moyen-Orient ont soutenu la nébuleuse djihadiste anti-Assad, y compris l’« État Islamique ». Interrogeant certains des plus grands experts de la Syrie et du monde arabe, l’auteur nous décrit comment – sous couvert d’appuyer des « rebelles modérés » –, les puissances occidentales et leurs partenaires ont renforcé la même mouvance islamiste accusée des attentats du 11-Septembre et du Bataclan. Une enquête percutante et dérangeante, qui remet en cause bon nombre d’idées reçues sur le conflit syrien.

La page du livre : https://www.erickbonnier-editions.com/essais/guerre-de-l-ombre-en-syrie/

Plus de détails dans les prochaines semaines…

 

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L’eau sale dans les « guerres propres » occidentales

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L’eau sale dans les « guerres propres » occidentales 

 

Par Maxime Chaix (source : Le Club de Mediapart)

 

De l’Irak à la Yougoslavie, de l’Afghanistan à la Libye, du Yémen à la Syrie, les guerres ouvertes ou secrètes de l’Occident ont impliqué le ciblage militaire systématique des infrastructures fournissant l’eau potable aux populations. Des millions de personnes en ont été durement affectées. Une plongée dérangeante dans les méandres des « guerres propres » des puissances occidentales.

 

L’instrumentalisation de l’eau dans les conflits armés est une tactique plurimillénaire. Selon le géographe Philippe Boulanger, dès l’Antiquité, « le détournement des eaux [est] recommandé par le stratège chinois Sun Tse dans L’Art de la guerre (Ve siècle av. J.-C.), ou par le stratège romain Frontin dans Les stratagèmes (Ier siècle apr. J.-C.) ». D’après l’historien Jean-Nicolas Corvisier, il existe dans la Grèce antique «  une certaine conscience de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas durant les conflits (…) : ne pas utiliser des armes interdites ; ne pas empoisonner les eaux ; ne pas priver d’eau une Cité (…) Toutefois, si ces pratiques sont réprouvées, elles sont loin d’être inconnues. Certaines ont même fini par se banaliser avec le temps. (…) En revanche, l’interdit sur l’empoisonnement des eaux est beaucoup plus respecté  ». 2 500 ans plus tard, et malgré le développement du Droit international humanitaire depuis un siècle et demi, le recours à des tactiques illégales qui transforment l’eau en arme est une constante dans les guerres occidentales, qu’elles soient ouvertes (Irak, Kosovo, Libye…) ou clandestines (YémenSyrie…).

 

En septembre 2016, le Huffington Post rapporta qu’une « une station de pompage fournissant de l’eau aux quartiers d’Alep-Est tenus par les rebelles [avait] été détruite par des bombardements », ajoutant que les adversaires de Bachar el-Assad avaient « répondu en fermant une station approvisionnant le reste de la ville, laissant deux millions de personnes sans accès à l’eau potable.  » Un an auparavant, dans un texte cosigné par cinq parlementaires français, le député syrien Boutros Merjaneh et le journaliste franco-libanais Nader Allouche dénoncèrent le fait que « les groupes armés à Alep, qui ont pris possession de la station de pompage et d’épuration de l’eau, [avaient] décidé de couper l’accès à [cette ressource vitale], dont ils [privaient] intentionnellement la population d’Alep, qui compte encore 2,5 millions d’habitants. » Rappelant les « relations privilégiées de la France avec les belligérants et leurs parrains » du Golfe, ils incitèrent en vain les autorités françaises à s’opposer à cette manœuvre des milices anti-Assad.

 

Depuis la fin décembre, le même processus d’instrumentalisation militaire de l’eau est à l’œuvre dans la région de Damas, chaque camp se renvoyant la responsabilité de cette situation tragique qui affecte près de 5 millions de civils. Comme l’a rapporté le site israélien YNetNews.com, en se basant sur des informations de Reuters, « la source d’Aïn el-Fijé, qui fournit 65 % des réserves d’eau de Damas, a été bloquée par les rebelles ; ces derniers auraient également contaminé l’eau avec du carburant », tandis que les opposants à Bachar el-Assad accusent l’armée syrienne d’avoir bombardé la station de pompage de cette ville. Durant ce conflit, les milices rebelles autant que les forces loyalistes ont utilisé l’eau potable pour déstabiliser l’ennemi, ce qui a durement touché la population. Sachant que l’État français et ses alliés soutiennent l’opposition anti-Assad, ils se sont abstenus de protester lorsque la rébellion a empêché des millions de personnes d’accéder à l’eau potable, tout en dénonçant les crimes de l’armée syrienne et de ses soutiens. À l’aune de l’Histoire récente, cette complaisance occidentale face à de telles méthodes n’est pas surprenante, puisque les systèmes nationaux de distribution d’eau ont été systématiquement visés durant les « guerres propres » des puissances de l’OTAN (Golfe, Yougoslavie, Afghanistan, Libye), et dans les « guerres inavouables » où elles sont clandestinement impliquées (YémenSyrie).

 

Yougoslavie, Afghanistan : des guerres « propres » et « humanitaires » ?

 

Lancée en 1999, la guerre du Kosovo est la première application moderne du concept de « guerre humanitaire », autrement qualifiée d’« intervention d’humanité ». Or, comme l’a souligné l’universitaire Jean-Baptiste Jeangène Vilmer – qui est pourtant un défenseur de la doctrine de « Responsabilité de Protéger » (R2P) appliquée en Libye –, « la campagne aérienne de l’OTAN au Kosovo a été une catastrophe humanitaire. Elle constitue encore aujourd’hui l’un des cas les plus exemplaires de violation du principe de proportionnalité. La majorité des purges a eu lieu après le début des bombardements, et on a des raisons de croire qu’ils les ont accélérées. Lord Carrington lui-même, ancien ministre des Affaires étrangères britannique, Secrétaire général de l’OTAN et président de la Conférence Européenne sur la Yougoslavie, pense que ce sont les bombardements qui ont causé le nettoyage ethnique. » Moins connues de l’opinion publique, d’autres conséquences négatives de cette intervention militaire sont à déplorer, et elles discréditent la notion orwellienne de « guerre propre » popularisée en 1991, durant l’opération Tempête du désert.

 

En janvier 2001, un rapport de l’Assemblé parlementaire du Conseil de l’Europe critiqua l’impact écologique de cette campagne de l’OTAN en Serbie et au Kosovo. D’après ce document, « entre le 24 mars et le 5 juin 1999, 78 sites industriels et 42 installations énergétiques en Yougoslavie ont été endommagés par les bombardements et les frappes de missiles [, ce qui a] entraîné une grave contamination de l’air, de l’eau et du sol par des substances dangereuses. » Cet impact environnemental ne s’est pas limité à la Yougoslavie, « qui possède des nappes phréatiques d’importance européenne ; leur contamination peut avoir des incidences négatives à de grandes distances du territoire yougoslave. La situation est d’autant plus grave que les capacités d’auto-épuration des eaux souterraines sont nettement inférieures à celles des cours d’eau », selon les auteurs de ce rapport – qui soulignèrent également l’impact nocif des munitions à l’uranium appauvri. En outre, la destruction des infrastructures fournissant l’électricité ou l’eau potable – telles que les stations d’épuration –, ont massivement affecté les civils, ces frappes visant à encourager un rejet populaire de Slobodan Milosevic, alors Président de la République fédérale de Yougoslavie. Titrant que ces opérations réduisaient les Serbes à des « hommes des cavernes », le New York Times rapporta qu’« après deux mois de bombardements, qui commencèrent le 24 mars [1999], une OTAN désireuse de paralyser l’effort de guerre serbe s’[attaqua] intensivement au réseau électrique de ce pays, et les réserves d’eau dépendant des pompes électriques en [souffrirent] considérablement. Les bombes hautement explosives [causèrent] des dommages permanents à ces deux systèmes. »

 

Deux ans plus tard, à la suite du 11-Septembre, « Tony Blair et Georges W. Bush [appelèrent] de leurs vœux la formation d’une coalition militaro-humanitaire avant d’attaquer l’Afghanistan ». Les opérations furent lancées quelques semaines après ces attentats. À l’époque, les infrastructures garantissant l’accès à l’eau potable dans ce pays furent également visées par les avions de la coalition occidentale, qui frappèrent notamment les réseaux et les installations électriques permettant aux civils d’extraire l’eau de leur sol. Durant cet automne 2001, le peuple afghan venait de subir trois années consécutives de sécheresse. De ce fait, le cabinet de recherches énergétiques Frost & Sullivan souligna que ces frappes de l’OTAN suscitaient « de vives préoccupations en termes de santé publique et d’hygiène, puisque les villes [et les villages afghans avaient] besoin d’électricité pour pomper l’eau ». Ce pays entrait alors dans sa troisième décennie de guerre ininterrompue, ce qui avait délabré le système national d’assainissement des eaux et d’irrigation. S’ils n’en sont pas à l’origine, les bombardements occidentaux en Afghanistan ont aggravé une situation déjà critique, alors que ce pays traversait une crise de l’eau qui a persisté jusqu’à présent.

 

Comme s’en est récemment alarmé le médecin humanitaire Teck Young Wee, « partout sur cette planète, les enfants devraient pouvoir accéder à l’eau [potable]. Mais dans un Afghanistan “démocratique”, qui est soutenu par la communauté internationale et qui est le pays “le plus frappé par des drones”, Zuhair n’est qu’une personne parmi les 73 % de citoyens afghans qui n’ont pas accès à de l’eau potable et propre. Quelque chose me contrariait alors : puisque l’État afghan et les gouvernements alliés ne semblent pas vraiment préoccupés par la résolution des causes premières de cette crise de l’eau, de celle de l’environnement et de bien d’autres [fléaux], que pouvions-nous faire, [mon ONG] et moi-même ? » Ainsi, malgré les dizaines de milliards de dollars investis par la communauté internationale dans la reconstruction de ce pays – dont une part substantielle a été détournée à des fins de corruption –, l’accès à l’eau potable reste un problème majeur pour les trois quarts des Afghans.

 

Sur le long terme, les tactiques ciblant les infrastructures d’assainissement et de distribution de l’eau peuvent avoir des conséquences désastreuses sur les populations (maladies infectieuses, pandémies, cancers, pénuries…). Or, considérant le manque d’études épidémiologiques sur cette question, il est impossible de mesurer l’impact de ces politiques, qui échappent souvent à l’attention médiatique. Il est donc difficile de sensibiliser l’opinion sur ces méthodes mortifères et illégales. En effet, selon l’article 54 du Protocole I additionnel aux Conventions de Genève de 1949, de tels actes constituent des crimes de guerre. Dans certains cas, ils peuvent même être considérés comme des tactiques génocidaires s’ils engendrent la « soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle », en vertu de l’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, qui fut adopté par les Nations-Unies en 1948. Puisqu’elles ont induit le recours prémédité à des tactiques de privation d’eau potable ayant gravement affecté plusieurs millions de civils, nous allons expliquer dans quelle mesure les guerres du Golfe, de Libye et du Yémen pourraient entrer dans ce dernier cas de figure.

 

En Irak, l’eau est une « arme de destruction massive » depuis 1991

 

Au début de l’année 1991, les États-Unis, la France et leurs alliés lancèrent en Irak ce qui était présenté par CNN et d’autres médias occidentaux comme une « guerre propre », mais qui s’est avérée bien plus sale qu’on ne la décrivait. À l’époque, les images des puits de pétrole en feu ont marqué l’opinion, et l’on se rappelle donc qu’en janvier 1991, « Saddam Hussein [ordonna] la destruction des sites d’exploitation pétrolière dans le but de créer une pollution marine, le dysfonctionnement des usines de traitement de l’eau salée et des obstacles à un possible débarquement de la coalition. Les forces irakiennes [mirent] le feu à 60 puits de pétrole le 21 janvier, puis jusqu’à 613 (sur 732 dynamités) à la fin de février, produisant une catastrophe écologique équivalant à 12 fois (…) le désastre de l’Exxon Valdez en Alaska en 1989 [, selon le Pentagone] ». Peu évoqué dans les médias grand public – contrairement à ces sabotages de l’armée irakienne –, un fait historique encore plus dérangeant échappe à la mémoire collective, et discrédite totalement cette notion de « guerre propre ».

 

En effet, selon l’expert britannique Nafeez Ahmed, « des chiffres de l’ONU jamais remis en question démontrent qu’environ 1,7 million de civils irakiens sont morts à cause [du] régime de sanctions (…) imposé par l’Occident [à la fin de la guerre du Golfe], dont près de la moitié étaient des enfants. Il semblerait que cette abondance de morts ait été intentionnelle. Parmi les biens interdits par les sanctions de l’ONU, l’on peut recenser des produits chimiques et des équipements essentiels au fonctionnement du système national de traitement des eaux de l’Irak. Un document secret de l’Agence de Renseignement militaire du Pentagone (DIA) (…) a été découvert par le Professeur Thomas Nagy, qui enseigne à l’École de Commerce de l’Université George Washington. Selon lui, ce document constitue “un plan de génocide contre le peuple irakien”. » Toujours selon Nafeez Ahmed, « dans son article scientifique (…), le Professeur Nagy expliqua que ce document de la DIA révélait, dans “les moindres détails, une méthode parfaitement opérationnelle pour ‘délabrer complètement le système de traitement des eaux’ d’une nation entière” pendant une décennie. Par conséquent, la politique de sanctions créerait “les conditions favorables à une vaste propagation de maladies, dont des épidémies de grande ampleur (…) liquidant ainsi une vaste portion du peuple irakien”. »

 

D’autres sources confirment cette politique génocidaire et son caractère intentionnel, dont la lettre adressée en mai 2000 par le parlementaire américain Tony Hall à la secrétaire d’État Madeleine Albright. Comme s’en alarmait alors ce représentant au Congrès, « je partage les inquiétudes de l’UNICEF face à la détérioration permanente des systèmes d’assainissement et d’approvisionnement de l’eau sur la santé des enfants [irakiens]. Première cause de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans, les maladies diarrhéiques ont dorénavant atteint des proportions épidémiques, et elles touchent quatre fois plus de personnes qu’en 1990. Les restrictions frappant les contrats dans le secteur de l’eau et de l’assainissement sont la première raison de la hausse des maladies et des décès. Sur les 18 contrats concernés, 17 interdictions ont été imposées par le gouvernement des États-Unis. (…) [Madame Albright,] je vous implore de reconsidérer votre décision [d’interdire ces contrats], car les maladies et les décès sont la conséquence inévitable de ne pouvoir ni consommer de l’eau potable, ni s’assurer une hygiène minimale. »

 

Quatre ans plus tôt, en mai 1996, une journaliste de l’émission télévisée 60 Minutes rappela à la secrétaire d’État Madeleine Albright que cette politique de sanctions imposée par les puissances occidentales avait tué « un demi-million » d’enfants irakiens en 5 ans, selon des estimations de l’UNICEF. Visiblement choquée par ces chiffres, elle lui demanda si cela « en valait la peine ». Sans hésiter, la secrétaire d’État lui répondit par l’affirmative, ce qu’elle regrettera des années plus tard, mais sans démentir ce lourd bilan. En d’autres termes, Madeleine Albright reconnut puis confirma la responsabilité centrale du gouvernement des États-Unis dans ce qui constitue un génocide au regard du Droit pénal international. Depuis ces aveux, aucun dirigeant occidental n’a été inquiété pour ce crime de grande ampleur, et l’Irak continue de s’enfoncer dans le chaos depuis l’invasion illégale de cette nation en 2003. À l’époque, selon le New Yorker, les soldats américains « découvrirent un pays brisé par les sanctions. Les centrales électriques vacillaient, les canaux d’irrigation étaient bouchés, les ponts et les routes tombaient en ruine ; dans leur majorité, les infrastructures semblaient avoir été improvisées. Le gouvernement des États-Unis dépensa ensuite des milliards de dollars pour les reconstruire. »

 

Malgré les sommes colossales investies dans la reconstruction de ce pays, les conditions de vie de la majorité des Irakiens restent catastrophiques, notamment en termes d’accès à l’eau potable. Selon le dernier rapport annuel du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) relatif à l’Irak – qui a été publié un an avant l’offensive de Mossoul –, « les besoins humanitaires [dans ce pays] sont énormes, et ils sont en croissance permanente. L’accès aux services de santé essentiels représente un besoin immédiat pour 8,5 millions de personnes. À travers le pays, 6,6 millions de personnes ont un besoin urgent d’accéder à l’eau, à des installations sanitaires et à de l’aide en termes d’hygiène. (…) Les systèmes de distribution hydrique et d’assainissement des eaux usées sont délabrés, ce qui amplifie le risque de crises majeures de santé publique. » Depuis lors, selon les dernières estimations de l’OCHA, les conditions de vie de la population se sont encore dégradées, ce qui n’a pas empêché l’Irak de redevenir un producteur et un exportateur majeur de pétrole. « Mission accomplished ». 

 

En Libye, quand la « guerre humanitaire » assoiffe la population

 

En 2011, vingt ans après le lancement de l’opération Tempête du désert, l’OTAN est intervenue en Libye au nom de la « Responsabilité de Protéger ». Quatre ans plus tard, pour citer à nouveau Nafeez Ahmed, « de nombreux commentateurs parlent de la crise de l’eau qui s’aggrave à travers [ce pays], sachant que les besoins dépassent la production. Certains ont souligné le contexte environnemental de raréfaction de l’eau due aux changements climatiques. Or, ils ont ignoré le fait que [la Grande Rivière Artificielle (GRA),] le complexe système national d’irrigation patiemment construit et développé depuis des décennies afin de régler ce problème, fut délibérément ciblé et dégradé par l’OTAN. (…) En septembre [2011], (…) l’UNICEF rapporta que la destruction partielle de la GRA avait laissé 4 millions de Libyens sans eau potable. [En 2016,] la GRA est toujours en mauvais état, et la crise de l’eau en Libye continue de s’aggraver. »

 

Ces dernières années, d’autres experts ont confirmé une probable intensification de cette crise. Les raisons qu’ils invoquent pour l’expliquer sont principalement d’ordre naturel, telles que la rareté de l’eau dans cette région désertique. Or, les frappes de l’OTAN ont fortement détérioré le système national de distribution de l’eau en Libye, tout en retardant le développement de la GRA. En 2016, si l’on se base sur les estimations de l’OCHA, « environ 680 000 personnes [dans ce pays avaient] besoin d’une aide humanitaire pour satisfaire leurs besoins basiques en consommation d’eau et en hygiène (…) Le traitement des eaux usées [était] aussi de plus en plus préoccupant, en particulier pour les demandeurs d’asile et les migrants. » Selon le spécialiste des questions environnementales Kieran Cooke, le système de la GRA « pourrait s’effondrer si le chaos en Libye perdure – aboutissant à une pénurie chronique d’eau potable qui affecterait des millions de personnes ». 

 

Comme l’avait rapporté Bloomberg.com en mai 2015, les problèmes d’accès à l’eau en Libye sont également dus aux coupures d’électricité engendrées par le délabrement du système électrique national et les affrontements continuels entre milices rivales. La campagne de l’OTAN ayant engendré ce chaos sécuritaire et la destruction partielle des infrastructures libyennes, elle fut donc un facteur central d’aggravation de cette crise de l’eau qui menace l’avenir de ce pays. De toute évidence, le recours à cette tactique fut intentionnel, puisque les frappes contre ces équipements ne constituèrent en aucun cas des bavures, mais des attaques planifiées et assumées par l’état-major de l’OTAN. Au Yémen, des méthodes similaires de destruction délibérée des infrastructures d’assainissement et de distribution de l’eau sont employées par la « coalition arabe ». Bien qu’étant central, le rôle des États occidentaux dans ces opérations n’est toutefois pas assumé, sachant que cette guerre ne peut être justifiée par les motifs humanitaires attrayants qui ont légitimé l’intervention en Libye.

 

Au Yémen, un désastre humanitaire aggravé par les puissances de l’OTAN

 

Avant le conflit qui oppose depuis mars 2015 la coalition dirigée par l’Arabie saoudite aux rebelles houthis, le Yémen était déjà répertorié parmi les nations devant affronter les pénuries d’eau les plus graves. D’après certains experts, les nappes phréatiques de ce pays pourraient d’ailleurs être épuisées dès cette année. Dans un tel contexte, la guerre de la « coalition arabe » contre les Houthis a exacerbé une crise humanitaire qui préexistait, avec l’appui décisif mais confidentiel d’au moins trois États occidentaux. En effet, comme l’a souligné Régis Soubrouillard en avril 2015, le Pentagone, la Direction du Renseignement Militaire (DRM) et la DGSE aident l’armée saoudienne à planifier ses bombardements et à sélectionner ses cibles, notamment au moyen de renseignements satellitaires. En mai 2016, dans Le Figaro, le grand reporter George Malbrunot confirma l’implication clandestine de militaires français dans cette guerre, un haut gradé anonyme lui ayant affirmé que la France était « très discrètement cobelligérante », fournissant des « dossiers d’objectifs » ou effectuant des « missions de reconnaissance (…) non seulement par satellite, mais aussi avec des avions ». Ce rôle opérationnel décisif des forces françaises est méconnu, car seule une poignée de journalistes l’a rapporté. En revanche, l’engagement direct des États-Unis et de la Grande-Bretagne dans ce conflit est mieux couvert par la presse anglo-saxonne, et il ne se limite pas à des ventes d’armements. En effet, des officiers militaires de ces deux pays aident également leurs alliés locaux à planifier et à conduire leurs opérations. La « coalition arabe » est donc une expression qui masque, intentionnellement ou non, le rôle majeur des gouvernements américain, français et britannique dans cette offensive aux conséquences humanitaires désastreuses – notamment en termes d’accès à l’eau potable.

 

Comme l’a rapporté Amnesty International en février dernier, « j’ai été témoin de ce que les Yéménites endurent – voir des corps tirés des décombres à Sanaa ou des restes humains parmi les gravats jonchant le site d’une station d’épuration visée par une frappe aérienne à Hajja  ». En janvier 2016, l’UNICEF expliquait que « les enfants représentent au moins la moitié des 2,3 millions de personnes déplacées de leur foyer, et au moins la moitié des 19 millions de personnes qui s’efforcent chaque jour de trouver de l’eau potable ; (…) Les services publics de santé, d’eau et d’assainissement ont été décimés et ne peuvent pas répondre aux besoins toujours croissants d’une population désespérée. » Ainsi, des millions de civils yéménites subissent les conséquences des bombardements massifs d’infrastructures civiles par la « coalition arabe ». Ces opérations aggravent le manque chronique d’eau potable, ce qui favorise l’émergence ou la propagation d’épidémies de maladies diarrhéiques et de choléra. En d’autres termes, les dirigeants occidentaux ayant décidé d’appuyer secrètement cette offensive sont juridiquement coresponsables de l’aggravation d’un désastre humanitaire dans la nation la plus pauvre du Moyen-Orient. En effet, ces opérations limitent considérablement l’accès à l’eau potable dans un pays qui connaissait déjà des difficultés structurelles dans ce domaine, sans parler des pénuries de nourriture suscitée par les bombardements d’infrastructures agroalimentaires et le blocus imposé par la « coalition arabe ».

 

Dans les « guerres propres », des millions de malades et d’assoiffés

 

Dans les pays de l’OTAN, la guerre au Yémen passe au second plan. En revanche, l’indignation politico-médiatique s’est massivement concentrée sur Alep-Est, ce qui est paradoxal puisque la reprise de ces quartiers par les forces syriennes et leurs alliés représente une défaite militaire majeure pour al-Qaïda. À Mossoul, le même objectif est recherché par la coalition dirigée par les États-Unis, mais l’offensive contre Daech « a longuement piétiné » et les civils paient un lourd tribut dans cette opération, qui pourrait encore durer plusieurs mois. Dans ce contexte orwellien – où les jihadistes sont décrits comme « modérés » ou « extrémistes » en dépit de leur idéologie commune –, les opinions occidentales s’indignent des exactions de Bachar el-Assad et de ses soutiens, mais n’ont majoritairement pas conscience de l’implication de leurs gouvernements respectifs dans ce qui pourrait constituer des crimes de guerre, voire de génocide, au Yémen et dans les autres conflits étudiés à travers cet article.

 

Secrètement engagées dans des guerres inavouables au Levant et dans la Péninsule arabique, les puissances de l’OTAN y ont soutenu une coalition arabe et des mercenaires salafistes notoirement insensibles aux Conventions de Genève et aux droits de l’Homme. Entre autres actes de barbarie, ces forces sunnites ont empêché des millions de personnes d’accéder à l’eau potable. Plus globalement, depuis 1991, les États occidentaux ont affirmé conduire des « guerres propres » en Irak, en Yougoslavie, en Afghanistan et en Libye. Or, durant ces opérations, les infrastructures fournissant l’eau à la population ont été massivement et intentionnellement dégradées, engendrant ou aggravant des crises humanitaires ayant affecté des millions de civils. Et comme nous l’avons souligné, les pénuries d’eau courante ne sont que l’un des innombrables fardeaux imposés aux peuples « libérés » par ces offensives. De ce fait, et malgré les risques majeurs induits par sa présidence, il est plutôt rassurant que Donald Trump rejette les politiques de « changement de régime », qui sont hors de contrôle depuis le 11-Septembre, et qui ont provoqué la plupart des catastrophes humanitaires décrites dans cet article. Néanmoins, au vu de son hostilité ouverte à l’égard de la Chine, des ex-généraux bellicistes qui domineront son équipe de sécurité nationale, et de sa volonté de durcir la guerre contre Daech en assouplissant les règles d’engagement au détriment des civils, tempérons notre optimisme et gardons à l’esprit que les promesses n’engagent que celles et ceux qui les reçoivent.

 

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Pourquoi l’“émodiplomatie” française n’est ni crédible, ni constructive

 

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Pourquoi l’“émodiplomatie” française n’est ni crédible, ni constructive

 

Par Maxime Chaix (source : Le Club de Mediapart)

 

Depuis les Printemps arabes, le moralisme diplomatique à géométrie variable de Nicolas Sarkozy et de son successeur s’est imposé dans la politique étrangère française, en particulier à l’égard de l’« axe chiite » (sous Sarkozy) et de la Russie (sous Hollande). Justifiées par le pilonnage et le siège d’Alep-Est par les forces de Bachar el-Assad et leurs alliés russes, les récentes hésitations et menaces de l’Exécutif français contre Vladimir Poutine en sont un exemple paroxystique, tandis que la France et ses alliés soutiennent clandestinement des rebelles islamistes en Syrie, et qu’ils appuient la « coalition arabe » qui bombarde avec des armes occidentales des milliers de civils yéménites depuis plus d’un an et demi – avec des conséquences humanitaires désastreuses. Cette diplomatie de l’indignation sélective est irrationnelle et contre-productive, pour ne pas dire irresponsable et contraire à nos intérêts nationaux, en ce qu’elle cherche à satisfaire en priorité les objectifs maximalistes de nos alliés pétromonarchiques, israéliens et américains, en particulier ceux des néoconservateurs. Nous pourrions la qualifier d’« émodiplomatie », une contre-politique étrangère de l’émotionnel qui nie le réel, et dont l’une des principales figures est la députée PS Élisabeth Guigou.

 

Régis Le Sommier face à Élisabeth Guigou : des vérités dérangeantes pour l’État français

 

Récemment, dans l’émission Ça vous regarde d’LCP, le grand reporter Régis Le Sommier s’est risqué à évoquer ouvertement la politique clandestine de la France en Syrie, suscitant l’indignation puis le déni de cette influente parlementaire. En effet, le directeur adjoint de Paris Match – qui revient d’Alep-Ouest en rapportant que sa population subit quotidiennement les attaques de l’opposition –, a déclaré durant cette émission avoir « du mal à comprendre avec le gouvernement français [ce que l’on] va chercher comme rebelles [à soutenir]. La plupart des rebelles modérés sont partis avec les Turcs [pour les] aider dans leur offensive contre les Kurdes », soulignant que les combattants retranchés à Alep-Est sont donc « essentiellement des islamistes ». Lorsqu’Élisabeth Guigou confirma ce fait, elle avança que la radicalisation des rebelles était due aux actions militaires du gouvernement syrien et de ses alliés. Régis Le Sommier lui répondit que ces opposants extrémistes étaient financés par « l’argent de l’Arabie saoudite et puis aussi aidés par les Français, quelque part. Voilà. Cette radicalisation, en leur donnant des armes en plus, en leur permettant de mener une lutte jusqu’au bout, on a quand même largement favorisé cette guerre civile syrienne, dont on est [co-]responsable, et dont on paye les conséquences avec le flux de réfugiés aujourd’hui ». Cette prise de position de Régis Le Sommier tranche avec les opinions de la majorité des journalistes français, qui désignent fréquemment Bachar el-Assad et ses alliés comme les principaux responsables du désastre syrien, et qui refoulent l’implication clandestine de l’État français et de ses alliés occidentaux dans ce conflit.

 

Manifestement indignée par ces propos, Élisabeth Guigou déplora inexplicablement que « l’on saute au Yémen ! » Régis Le Sommier lui répondit qu’il ne parlait pas du conflit yéménite, mais bel et bien de la guerre en Syrie, rappelant que « nos alliés » d’Arabie saoudite avaient « largement mis [leurs] mains dans la guerre civile syrienne en armant les rebelles, c’est une réalité ». Après s’être agacée du fait qu’on lui coupait la parole, Élisabeth Guigou démentit les arguments de Régis Le Sommier, en prétendant que l’État français n’« est pas là à chercher des [rebelles à aider], à soutenir un camp contre l’autre ; on est là à chercher la paix, et chercher la paix, on ne demande qu’une chose, c’est qu’il puisse y avoir à la fois un dialogue, mais un dialogue responsable, et qu’on arrête les bombardements, et qu’on ait un cessez-le-feu, et qu’on aille sortir ces malheureux [civils d’Alep-Est], et qu’on organise des couloirs humanitaires, et évidemment que les discussions (…) doivent aussi avoir lieu avec Monsieur Poutine, mais encore faut-il qu’il soit ouvert à la discussion, et malheureusement, malheureusement, ça ne se passe pas comme ça ».

 

Derrière le déni de Madame Guigou, le jeu trouble de la France vis-à-vis des rebelles en Syrie

 

Dans cet argumentaire, Élisabeth Guigou a omis quelques réalités dérangeantes qu’il semble nécessaire de rappeler. Tout d’abord, elle nia le fait que le gouvernement français appuie « un camp contre l’autre » dans le conflit syrien. Pourtant, François Hollande a lui-même reconnu en août 2014 qu’il avait ordonné à ses services d’armer ce qu’il nomma la « rébellion syrienne démocratique », malgré le risque avéré que ces armements tombent dans de mauvaises mains. En décembre 2015, l’auteur de ces lignes avait interrogé le député LR et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud sur la politique clandestine de la France en Syrie. Ce dernier avait alors déclaré sans ambages qu’« il n’est pas sérieusement contesté qu’à un moment ou un autre l’État français a facilité les actions d’al-Nosra qui, je vous le rappelle, est une filiale d’al-Qaïda [en Syrie]. J’ai eu l’occasion de montrer à l’Assemblée Nationale des photos de combattants d’al-Nosra en possession de fusils d’assaut français. Il n’y avait bien évidemment aucune volonté du gouvernement français de voir mis en évidence une telle collaboration avec un groupe terroriste. Ainsi fut rejetée toute idée d’enquête parlementaire. » Récemment interrogé sur cette question, le député PS Gérard Bapt me confirma un « soutien clandestin de l’État français en faveur des différentes mouvances islamistes en Syrie, au regard de la porosité et de la proximité entre ces groupes alliés sur le terrain. Or, l’aide française aux rebelles en Syrie, et plus généralement le soutien occidental en leur faveur, se sont poursuivis y compris après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, pourtant revendiqués par al-Qaïda. » 

 

En décembre 2012, le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius relaya les arguments des alliés pétromonarchiques de la France, déclarant que le Front al-Nosra faisait du « bon boulot sur le terrain », alors que le Département d’État plaçait cette milice sur la liste onusienne des organisations terroristes. Cette démarche de la diplomatie américaine était en totale contradiction avec la politique clandestine de la CIA et de ses partenaires occidentaux et proche-orientaux, qui soutenaient depuis janvier 2012 le Front al-Nosra en Syrie, c’est-à-dire bien avant le déclenchement de l’opération Timber Sycamore au printemps 2013. Relayée par le journal Le Monde, cette déclaration stupéfiante du locataire du Quai d’Orsay sur le « bon boulot » de la branche syrienne d’al-Qaïda ne fut pas reprise dans la presse francophone. Elle avait été prononcée par Laurent Fabius alors que l’État Islamique d’Irak (EII), qui allait s’autoproclamer « califat » en juin 2014 après la prise de Mossoul, faisait partie intégrante d’al-Nosra. En avril 2013, cette organisation et l’EII décidèrent de se séparer à l’issue d’une importante rencontre entre commandants jihadistes. L’EII se rebaptisa alors « EIIL » (État Islamique en Irak et au Levant), et absorba la grande majorité des combattants, des armes, des munitions, de la logistique et des centres de commandement du Front al-Nosra dans le Nord de la Syrie. De ce fait, le soutien clandestin d’al-Nosra par les services spéciaux occidentaux et leurs alliés proche-orientaux a favorisé la montée en puissance du futur « État Islamique » dans le conflit syrien – un risque anticipé en 2012 par le Renseignement militaire du Pentagone (DIA).

 

En mars 2016, le magazine Marianne révéla que la direction de la prospective du Quai d’Orsay avait, dès octobre 2012, alerté le ministre des Affaires étrangères et l’Élysée sur le fait que l’Arabie saoudite et le Qatar finançaient les groupes extrémistes en Syrie – ce qui vient d’être confirmé par des propos d’Hillary Clinton rendus publics par Wikileaks. Dans une note qui fut ignorée par leur hiérarchie, ces experts du Quai d’Orsay soulignèrent que le « piège [venait] du Golfe », et que « nous [risquions] d’y tomber ». Finalement, à partir de 2014, plusieurs députés de l’opposition accusèrent le gouvernement français d’avoir soutenu le Front al-Nosra, rappelant qu’il s’agissait de la branche d’al-Qaïda dans le conflit syrien. Au vu de la gravité de ces allégations, on aurait pu s’attendre à un scandale national. Il n’en fut rien, les médias français n’ayant pas repris ces arguments. Présidente de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale depuis juin 2012, Élisabeth Guigou pouvait-elle ignorer ces politiques clandestines ? Contactée durant l’écriture de cet article, la députée n’a pas répondu à ma sollicitation.

 

Embargo en Syrie, guerre au Yémen, bataille de Mossoul : le moralisme français n’est pas crédible

 

Durant ce débat télévisé sur LCP, d’autres vérités dérangeantes ont été passées sous silence par Élisabeth Guigou. Cette dernière, à l’instar du gouvernement français, persiste à nier le réel et à mener une diplomatie moraliste et manichéenne qui met en péril nos relations avec la Russie, un acteur incontournable dans le conflit syrien, un important fournisseur de gaz pour l’Europe et une puissance nucléaire stratégique. Or, ce positionnement irrationnel nécessite d’entretenir l’illusion d’un État français irréprochable, donc de dissimuler le fait que le gouvernement soutient non seulement des islamistes en Syrie – comme nous venons de le rappeler –, mais également une guerre illégale frappant les civils yéménites depuis le printemps 2015, ainsi qu’une véritable guerre économique contre le peuple syrien. En effet, le site TheIntercept.com a récemment dévoilé un rapport interne de l’ONU démontrant que les sanctions unilatérales des pays de l’Union Européenne et des États-Unis contre la Syrie punissent collectivement la population. En effet, ces mesures bloquent ou complexifient l’accès aux médicaments, au carburant ou à des équipements susceptibles de réparer les infrastructures détruites par la guerre – dont les hôpitaux, les stations d’épuration ou les centrales électriques. Considérant la sévérité de ces sanctions approuvées par l’État français – qui d’après ce rapport perturbent grandement les opérations humanitaires de l’ONU et des ONG dans ce conflit –, les préoccupations du gouvernement vis-à-vis du sort de la population syrienne semblent toutes relatives.

 

L’implication clandestine de l’armée et des services de renseignement français dans la guerre au Yémen suscite la même impression déplaisante. En effet, comme l’a souligné Régis Soubrouillard en avril 2015, le Pentagone, la Direction du Renseignement Militaire (DRM) et la DGSE aident l’Arabie saoudite à planifier ses bombardements et à sélectionner ses cibles, notamment au moyen de renseignements satellitaires. Citant un article du Canard Enchaîné, mais ne mentionnant pas le rôle des Britanniques dans ce conflit, Régis Soubrouillard a rapporté que « les “militaires américains supervisent cette guerre en tant qu’associés”, (…) les opérations [étant] supervisées par le CENTCOM, qui pilote toutes les opérations américaines dans le Moyen-Orient et en Asie centrale. » Il ajouta que, « selon la lettre Intelligence online, “les services de renseignement français ont ouvert en grand les vannes des transferts de renseignement pour soutenir l’opération ‘Tempête décisive’ au Yémen. La Direction du Renseignement Militaire (DRM) et la DGSE ont ainsi reçu l’ordre express de l’Élysée de soutenir par tous les moyens l’offensive de Riyad contre les rebelles houthis ». La « coalition arabe » est donc une expression qui masque, intentionnellement ou non, le rôle central des gouvernements américain, français et britannique dans cette guerre aux conséquences humanitaires désastreuses – notamment en termes d’accès à l’eau potable.

 

En effet, comme l’a rapporté Amnesty International en février dernier, « j’ai été témoin de ce que les Yéménites endurent – voir des corps tirés des décombres à Sanaa ou des restes humains parmi les gravats jonchant le site d’une station d’épuration visée par une frappe aérienne à Hajja [,] ou assister à une réception de mariage qui se transforme en funérailles ». En janvier 2016, l’UNICEF expliquait que « les enfants représentent au moins la moitié des 2,3 millions de personnes déplacées de leur foyer, et au moins la moitié des 19 millions de personnes qui s’efforcent chaque jour de trouver de l’eau potable ; (…) Les services publics de santé, d’eau et d’assainissement ont été décimés et ne peuvent pas répondre aux besoins toujours croissants d’une population désespérée. » Ainsi, des millions de civils yéménites subissent les conséquences des bombardements massifs d’infrastructures civiles par la coalition « arabe ». Ces opérations militaires aggravent le manque chronique d’eau potable au Yémen, ce qui engendre des épidémies de maladies diarrhéiques et de choléra.

 

Le blocus de la coalition « arabe » et le pilonnage délibéré des fermes et de l’industrie agricole yéménites constituent également un problème majeur dans ce pays, « plus de la moitié des 28 millions de Yéménites [étant] à court de nourriture [, avec] les enfants (…) en première ligne ». Selon l’UNICEF, 3 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire immédiate, et 1,5 million d’enfants souffrent de malnutrition. Avec la reprise des opérations de la coalition « arabe » en août dernier, il est difficile d’être optimiste sur l’issue d’une guerre totale qui, contrairement au conflit syrien, attire nettement moins l’attention des citoyens et des médias français. Or, selon le spécialiste du Moyen-Orient Mathieu Guidère, « le Yémen est en train de devenir une nouvelle Syrie ». Dans un tel contexte, le quasi-silence du Quai d’Orsay et de l’Élysée sur la guerre au Yémen est compréhensible, la France étant discrètement impliquée dans le soutien de la coalition « arabe » aux côtés de nos alliés américains et britanniques, tout en aidant clandestinement des rebelles islamistes dans le conflit syrien en coordination avec les principaux services secrets occidentaux et proche-orientaux. Parallèlement, la reconquête de Mossoul par les forces locales et les puissances de l’OTAN a été lancée le 16 octobre, l’ONU craignant « une crise humanitaire sans précédent » et de lourdes pertes humaines au sein de la population. Ces risques ne dissuadent aucunement l’État français d’engager notre armée dans ces opérations en Irak, tout en dénonçant des bombardements à Alep-Est qui ont pourtant le même objectif qu’à Mossoul : libérer une grande métropole d’une force d’occupation islamiste.

 

Face au risque d’escalade militaire globale, la lucidité diplomatique doit s’imposer

 

La France étant donc loin d’être irréprochable sur la scène internationale, il faudrait abandonner cette « émodiplomatie » qui n’est pas crédible, qui est souvent contraire à nos intérêts nationaux, qui accentue dangereusement les tensions Est-Ouest, et qui ne suffit plus à dissimuler l’engagement inavouable de l’État français dans des guerres par procuration au Yémen et en Syrie. Et si des « bavures » sont perpétrées par la coalition durant la bataille de Mossoul, nos partenaires russes – dont le Président a exhorté les forces occidentales à épargner les civils irakiens –, accuseront à leur tour la France et ses alliés de commettre des crimes de guerre, amplifiant les tensions et les risques d’escalade militaire entre grandes puissances au Proche-Orient, voire au-delà.

 

Par conséquent, les dirigeants français et européens ne doivent plus céder à la russophobie excessive qui s’est imposée à Washington, et ainsi faire preuve de lucidité diplomatique. Ils devraient donc s’opposer à toutes nouvelles sanctions contre la Russie, et tenter de trouver des solutions constructives avec nos partenaires du Kremlin – comme lors des négociations ayant abouti aux accords de Minsk II. Ne décourageant point les ambitions géopolitiques de Vladimir Poutine, les sanctions frappant l’économie russe depuis 2014 devraient être abandonnées, du moins par l’Union Européenne. Ce revirement diplomatique pourrait enclencher un processus de désescalade, qui semble impératif dans le contexte actuel. En effet, nous observons chaque jour des tensions exacerbées entre la Russie et l’Occident, à tel point que le Financial Times, le Spiegel ou le ministre allemand des Affaires étrangères nous mettent en garde contre un risque réel de guerre mondiale. Pour ne citer qu’une seule de ces sources, les propos du chef de la diplomatie germanique sont alarmants : « C’est une illusion de croire qu’il s’agit de l’ancienne guerre froide. Les temps actuels sont différents, plus dangereux. (…) Le danger d’une confrontation militaire est considérable. Ce danger n’a jamais été aussi important depuis des décennies, et la confiance entre l’Ouest et l’Est jamais aussi faible ». Lorsque l’on observe la situation géopolitique mondiale, ce constat se traduit dans les faits, et la Russie est en train de préparer activement sa population à cette sinistre éventualité. Est-ce donc le temps du moralisme, des hésitations et des menaces diplomatiques irréalistes ? On peut légitimement en douter.

 

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